‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 12 sur 132 · Afzeuus. F/, 224-285. — Sver. MedeL KnliurhUL Sk · texte numérisé non relu

Afzeuus. F/, 224-285. — Sver. MedeL KnliurhUL Sk

dre au pied de la chaire. Le vendredi ils se confessaient aa même prêtre et, n'ignorant point le don d'amour que fait le Verbe à ceux qui unissent leurs cœurs pour les jeter dans le sien, afin d'y éclairer, d'y réchaufifer, d'y perpétuer leur mutuel dévouement, ils s'approchaient ensemble le dimanche de la table sainte. Les défauts qu'ils voyaient l'un en l'autre n'affaiblissaient point leur mutuelle tendresse. Ils se regardaient tous deux dans la vérité, sans les illusions qui créent des idoles. Chacun cherchait à prier, à soufiFrir, à mériter, pour que l'autre devînt meilleur. Ulf apprit de Brigitte Tusage de la haire et du cilice, les bienfaits de la discipline. Déjà, et il n*était pas besoin d'être fort avancé dans la vie spirituelle pour le comprendre, il savait qu'il n'y a pas de jeunesse pure sans austérité corporelle. L'intimité de sa femme avec le ciel était pour lui un sujet de joie. Il retrouvait en elle les caractères du mysticisme vrai qu'il avait remarqués chez les bénédictins. La jeune femme ne s'occupait jamais d'elle-même, sauf quand elle s'examinait sur ses péchés. Elle ne contemplait que Jésus-Christ^ et dans le prochain elle considérait seulement ce qu'elle pouvait imiter ou sccourîr.Son mysticisme réformant sa nature, la portait à l'humilité, à la soumission ; il ne l'empêchait point de montrer une singulière aptitude pour ses devoirs d'état, fussent-ils le gouvernement de sa maison ou même Tadministration de ses grands biens. Aux yeux de cette Scandinave élevée sous le règne des lois germaniques, la propriété n'était qu'un fief, prêté par Dieu et protégé par les commandements divins. Le pouvoir que la châtelaine exerçait sur ses biens lui paraissait une puis-

sance morale destinée à servir des intérêts élevés. Si les étudiants que la Suède envoyait s'instruire à Bologne lui avaient parlé de la possession selon le code romain, de la domination physique que l'individu s'arroge sur la terre , de la liberté qu'il s'attribue d'en jouir pour son seul intérêt, elle eût été singulièrement surprise. Posséder supposait des obligations plutôt que des droits, et ces obligations elle s'appliquait à les remplir de son mieux. Toujours elle commandait avec douceur, mais elle savait se faire obéir. Quoiqu'elle usât surtout de son pouvoir pour le salut des âmes dont elle se sentait responsable, elle s'entendait â diriger les travaux de ses nombreux serviteurs. Ses rosaies étaient les plus fleuries de la contrée, les fruits de son jardin les plus savoureux. A l'exemple des moines de Cîteaux, elle s'efforçait d'acclimater en Suède les plantes du centre de l'Europe. Ses houblons étaient productifs, son colombier bien tenu, sa basse-cour approvisionnée ; sous son toit nul ne manquait de rien, et son ordre lui permettait de joindre à la libéralité de la grande dame, l'inépuisable charité de la chrétienne. Si l'hospitalité d'UIfâsa ne connaissait point de limites, les pauvres étaient encore les hôtes favoris des châtelains. Avant de se mettre à table, Brigitte en servait douze de ses mains. Le jeudi elle leur lavait et leur baisait les pieds, à l'exemple de Noire-Seigneur. Ensuite elle recevait volontiers les parents d'Ulf, ses amis, la noblesse , le clergé du pays, les voyageurs et les moines mendiants pour qui le pont-levis s'abaissait au premier appel. Selon l'usage, la noble dame multipliait devant ses hôtes des mets choisis, servis sur

de massifs plats d'argent ; mais, habituée à se mortifier, jeûnant dès que les fêles de TEglise n'étaient pas joyeuses , elle s'arrangeait pour manger de grossiers aliments, et cela même en petite quantité. Son riche gobelet, au couvercle finement ciselé*,. ne contenait qu'un peu d'eau, et le soin qu'elle mettait à cacher ses pénitences en augmentait le prix devant Dieu. Affable envers tous, indulgente pour le pécheur quoique sévère pour le péché, Brigitte défendait sa réputation avec un soin jaloux, comme le bien de ceux à qui elle devait l'exemple. Parmi ses servantes elle n'admettait que des filles aux mœurs pures. Pour amies, elle eut des chrétiennes dont le nomet lavie élaientsans tache. Ulf la dirigeait dans ses choix. Le serment qu'il avait fait devant Dieu de protéger sa femme ne lui semblait point une vaine formule. Le toit conjugal était pour Brigitte un sûr asile, et son mari la gardait des familiers du vice, ainsi qu'il l'eût gardée de plantes vénéneuses ou de bêtes de proie.

Bientôt, dans la grande salle où elle dirigeait les travaux de ses femmes, Brigitte put réunir sa sœur Catherine, mariée au frère d'Uif , Magnus de Loo, ses deux tantes maternelles la châtelaine d'Aspena^s et celle de Svanhals, «euRn sa belle-sœur Catherine, femme de Gustave Tunesson (Sparre). A des degrés différents, toutes ces nobles dames se conformaient, selon leurs dispositions et les dons de la grâce, aux plus austères conseils évangéliques. Leurs époux étaient les premiers

1. DUr. an. 1416. Au xvi* siècle, ce gobelet vint aux mains de TévêqiM «le Rœtkilde, qui le donna au couvent birgittin de Mariboo^

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à les en louer. Attirées vers ce groupe de ferventes chrétiennes, les voisines d'DIfâsa accouraient. C'étaient Ingeborge Erikidotter, Marguerite (Bjelke) de Broby, Christine et Ingeborge, filles du sénéchal de Gothie Orientale. Cette dernière passait pour savante. Tandis qu'on faisait des travaux d'aiguille, à Tusage des églises et des pauvres, elle lisait à haute voix les Passions des saints, le Spéculum virginum *, livre fort goûté des âmes dévotes, ou des parties de l'Ecriture sainte, traduites en suédois vers 1300, par les soins des Cisterciens. Eatre toutes, cette dernière lecture plaisait à Brigitte. Elle n'y cherchait point un aliment pour sa curiosité ou son imagination, elle n'entendait pas y trouver des sujets de discussions stériles, mais elle espérait apprendre dans rEvangiîe la science qui purifie et soutient la vie terrestre, en même temps qu'elle prépare à la vie éternelle.

Ulf appelait parfois au dehors la châtelaine et sps amies. La pique en arrêt ou le faucon au poing, dames et chevaliers chevauchaient. Tantôt ils battaient la plaine guidés par les oiseaux qui volaient devant eux ; tantôt ils couraient dans les bois à la poursuite des ours, des loups, des élans, des martres et des hermines. Le soir on se récréait en dansant. On chantait aux doux sons du luth, et l'on écoutait la lecture des romans de chevalerie que la belle-mère du duc Eric avait fait

1. Ingeborge savait sans doute le latin, car le : Dialogus Peregrini et TheodorsB de Spécule Virginum ne fut traduit en suédois qu'au xv« siècle, par un moine birgittin, chapelain du roi Chcirles VIII, Cfr. G. Silfverstolpe, K4ostr6t i Vadstena Uistorhkt Biblioiek. Slockholnij KLemmingj 1815,

traduire en suédois. A ces divertissements, Brigitte apportait un visage joyeux. Sa présence empêchait le rire de devenir grossier. Elle arrêtait la joute d'armes avant qu'on en fît un combat sanglant, le festin avant rheure de Tivresse. Se plaire au milieu des plaisirs d'Ulf était un devoir imposé par la volonté divine, et si de tels amusements mortifiaient ses penchants, elle bénissait Jésus-Christ de mettre la croix dans la voie large et douce où il la faisait marcher S

Brigitte et Ulf vécurent ainsi deux ans ^. L'amour surnaturel qu'ils se portaient les unissait plus qu'aucun attrait humain ne l'eût fait. Qu'étaient l'émotion terrestre, le sentiment sensible né de la beauté périssable, auprès de leur pure tendresse que l'âge devait cimenter, la résurrection épanouir en Dieu. Le respect spiritualisait leur amour, et dégagés de toute passion éphémère, ils étaientrestés libres de se choisir un état. Après avoir beaucoup prié et réclamé l'avis de leur confesseur commun, les deux jeunes gens comprirent que, puisque Dieu ne les destinait pas à une vocation plus haute, ils devaient le servir dans le saint état du mariage, où ils étaient appelés pour leur sanctittcation, afin d'engendrer et d'élever des générations de saints. Avec simplicité ils avaient cherché à connaître la volonté divine; avec simplicité ils s'y conformèrent.

Ce que la terre donne de joie et le ciel d'espérances, Brigitte et Ulf le possédaient, quand une nouvelle terrible les contraignit à se séparer. Des estafettes parcou-

i. Proc. Can. f. 23 à 26.

t. Proc. Can. Art. 23, f, 8. Dep, Kat. êup, 4» ari. /*. 125. — Vila 5. Birg.

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raient le pays de toute la vitesse de leurs chevaux. Elles s'arrêtaient dans les villes el les villages et lisaient des harangues sur la place publique. Les unes réclamaient au nom du roi Birger Tobéissance de tous. Les autres appelaient les fidèles des ducs à combattre. Attirés à Nykœping, oii le roi tenait sa cour, par des démonstrations amicales, Eric et Valdemar avaient été saisis pendant leur sommeil, chargés de chaînes puis jetés au fond d'un cachot. Tandis que Birger se disait le maître du royaume, les sénéchaux de ses frères se préparaient à les délivrer.

Le père de Brigitte ne manqua point à son serment de fidélité envers le roi, mais il se signala par son zèle pour rendre aux ducs la liberté. Déjà il étaiten marche avec les vassaux de Valdemar. Ulf ne mit aucun retard aie suivre. Sans une larme, la jeune femme vit armer son époux. Ce cœur intrépide éprouvait une invincible confiance dans le Dieu des armées ; elle l'inspirait au guerrier qu'elle suivait du regard. Son souvenir ne l'abandonna pas alors que ses yeux ne l'apercevaient plus, car dès que le seigneur d'Ulfâsa eût franchi le dernier fossé du château, et que la châtelaine eut levé les ponts et garni les murailles, elle s'enferma dans son oratoire. Là sa prière fut aussi longue que la nuit. Implorait-elle le succès des combatlants, leur heureux retour ou seulement le salut de leurs âmes ? Dieu seul le savait. Tout le temps que dura l'absence d'Ulf, elle ne dormit qu'au pied de la croix, et ses servantes avaient grand'peineà lui faire prendre quelque nourriture. Déjà les prières écrites ne suffisaient pi» j giux élans de son âme. Elle demaij^ait

à Notre-Seigneur et à la très sainte Vierge de lui donner des formules d'oraison qu'elle put réciter en leur honneur, dans les sentiments où eux-mêmes ils louaient Dieu durant leur vie terrestre. Le ciel l'exauça. Ainsi qu'aux jours de sa pieuse enfance elle connut l'extase. Ses lèvres articulaient d'admirables litanies. Elle rendait gloire à Dieu de toutes les perfections de Jésus et de la Vierge, de chacun des actes de leur vie. La lecture quotidienne de ces prières la laissaittoute remplie des consolations du Christ *.

Cependant la guerre civile continuait autour des ducs. Leur frère les fit expirer dans les tourments de la faim. Alors les habitants de Nykœping traînèrent aux portes les cadavres et les montrèrent aux assiégeants. « Retirez-vous, leur disaient-ils ; vos seigneurs ne sont € plus, et le roi, leur héritier, reste maître de la Suède. > lodignés, les sénéchaux des provinces ducales répondirent qu'on ne pouvait s'emparer d'une succession par un meurtre, et qu'ils serviraient l'enfant nouveau-né d'Eric, le petit prince Magnus.

Les maux de sa patrie avaient rempli le seigneur de Finstad d'une profonde tristesse. La mort de ses amis le plongea dans le chagrin, et leur salut éternel dans l'inquiétude. Les ducs l'avaient désigné comme leur exécuteur testamentaire. Sans perdre une heure, il écri-

1. Le texte latin (Revelationes S. Birgittœ, Antwerpiœ apvd J. KetTher^ 1(11.673 à 680), lie mentionne pas le moment où la sainte formula ces pnères, mais la traduction suédoise du xiv> siècle retrouvée et publiée par l« «avant conservateur de la Bibliothèque royale de Stockholm (Heliga Birjpttti Uppenbarelier ulgifna af G. £. Klemming. Ur en pergament Huùkrift kong. Bibliotekei. A, 36. A. 27. Samlingar ntgifna al Sfiaïka Fornikrilt SflUikapet, IV. 136) dit que ce fut en Tabscnce de Ml mari. Or Ulf et Brigitte se quittèrent peu par la suite.

vit à quatorze évêques, et fit assurer des indulgences aux nobles défunts, service qui ne fut pas le moindre de ceux qu'il leur avait rendus *.

En apprenant ce drame, Brigitte sut aussi quels dan* gcrs menaçaient Ulf et Birger. Au début des hostilités, Magnus, le fils du roi de Suède, était entré dans sa patrie à la tête d'une armée danoise. Avec elle il occupait la forteressede Stegeborg, et autour de ce point ses troupes luttaient avec entrain contre les vengeurs d'Eric et de Valdemar. La châtelaine d'Ulfâsa traversa des temps cruels, s'efforçant d'apaiser son âme et de la garder soumise à Dieu. Enfin Stegeborg se rendit, le fils du roi Birger fut fait prisonnier, et le pouvoir civil tomba entre les mains de cet oncle de Brigitte qui l'avait reçue à Aspenœs. La puissance militaire et la garde de Tenfant d'Eric demeurèrent au sénéchal de Gothie Occidentale, Matthieu Kettilmundsson.

Birger avait repris ses fonctions de sénéchal d'UpIand. En juillet 1319, il rassembla dans les prairies de Mora, non loin d'Upsal, une diète qui pour la première fois réunit les représentants de la noblesse, du clergé, des marchands et du peuple. Matthieu y parut, tenant dans ses bras l'enfant de trois ans qu'on voulait faire souverain, et il le plaça sur l'antique pierre oii, de temps immémorial, on couronnait les rois. Cependant le sénéchal d'Upland invitait les Suédois à se donner pour maître le fils du chevaleresque duc Eric. L'assemblée répondit par d'unanimes accla-

1. Voir dans les Cantiones Historicae, publiées par 6. E. Klemming, Nordaledt ti filii Stockholm \%^1 , 100 f/ 102, l'intéressante complainte intitulée: Cantio de nsce dncum Erici et Waldemari.

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malions. Magnus It fut proclamé roi de Suède, et la mort de son grand-père maternel Haquin le fit, peu après, hériter du trône de Norvège.

Le nouveau pouvoir craignit les derniers partisans du pouvoir déchu, il continua les traditions sanguinaires des Folkungs et fit décapiter le jeune prince MagQus, fils unique de Birger P^ Des engagements solennels garantissaient cependant au vaincu de Stegeborg la vie et la liberté. Aussi en les voyant trahir, CQ voyant tomber la tête innocente de ce prince de dixneuf ans, Brigitte déclara hautement que le parti vainqueur commettait un crime. Les conséquences de cette politique de représailles n'échappaient point au sens droit de la jeune femme, et elle ne se laissait pas entraîner, comme son père et son oncle, par les calculs de Fintérêt ou l'ivresse du succès *.

Ulf vivait trop de son bonheur présent pour chercher des leçons dans le passé ou concevoir des craintes au sujet de Tavenir. La naissance d'une fille vint bientôt ajouter à Tunion des châtelains d'Ulfâsa ce je ne sais quoi d'achevé que la paternité donne au mariage chrétien; désormais ils voyaient une héritière à leurs bonnes œuvres et ils savaient qu'elles seraient continuées.

Même les biens temporels prenaient une autre valeur pour les deux jeunes gens. Planter des arbres, défricher des forêts, faire fructifier des champs, creuser des mines, échanger des terres, tout cela leur fut un travail quotidien. Ils chevauchaient ensemble à travers leurs domaines, présidant à chaque affaire avec justice. Si la

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