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i. Dans aa déposition au procès de Brigitte, le prieur d'Alvastra, après avoir parlé de l'engagement d'Ulf, ajoute : a In proposilo ipso mortuus est in monasletio présente Islo teste, s Henriquezse trompe donc lorsque dansle Mêiiologc de Cilcaui,]! inscrit le B. Vif à'UlCaiAcoaune Moaachut Alvattr».
On ne renouvela point en l'honneur d'Ulf Gudmars-» son les pompeuses funérailles faites à son beau-père. Le sénéchal de Néricie n'était plus qu'un humble moine; on l'enterra dans le cimetière du couvent cistercien de Yads Lena *, voisin d'Alvastra; mais en parlant de lui, ses frères l'appelaient le bienheureux Ulfy et aucun cle ses titres ne valait celui-là.
Brigitte sentit que son dernier lien avec le passé était rompu. L'amour, qui avait été la douceur de sa jeunesse et la joie de son âge mûr, l'attirait à présent vers l'autre monde. Quitter le siècle, marcher vers le ciel, vers l'amour infini qui les contient tous, c'était marcher vers son époux. La veuve, vouée au cloître du vivant même de celui qu'elle pleurait, regardait les monastères de son beau pays. A sa famille franciscaine elle n'appartenait que par la communauté de prières et de bonnes œuvres. Son union intime avec Jésus-Christ absorbait aux yeux de tous, et aux siens propres, non seulement ses tendresses naturelles, mais encore ses tendresses surnaturelles, et elle n'éprouvait pas l'attrait de passer du tiers ordre de Saint-François « à l'ordre complet, comme on passe de la jeunesse à la virilité ^ ». Elle n'alla donc point frapper à la porte des pauvres Clarisses. Elle ne s'unit pas non plus à ses amies les vaillantes Dominicaines, ou aux savantes Bernardines, sœurs des moines d'Alvastra. Aucun institut ne l'attirait, et il lui semblait parfois qu'elle était destinée à fonder un ordre nouveau. L'obéissance seule pouvant la gui-
t. La pierre sépulcrale d'Ulf fut transportée de ce monastère au musée rojal de Stoekholm.
1 H.-D. Lacordairef 0. P, Vie de saint Dominique, c. xvi.
der, elle remit son sort aux mains de maître Matthias. Ce qu'il ordonnerait, Brigitte était résolue à le faire* Nouvelle épreuve I Le directeur n'ordonna point, ou, du moins, il laissa subsister pour la veuve les peines de l'incertitude. Dieu ne lui demandait que de rester dans la dépendance extérieure du couvent d'Âlvastra, où, durant la maladie d'Ulf, la tolérance de Tabbé et la charité du prieur l'avaient admise, avec une servanjte^ contre la coutume sévère qui éloigne les femmes des monastères de moines ^
Cette vie d'attente, ce manque d'occupation définie dans une position fausse aux yeux des hommes, étaient durs au caractère ardent et actif de Brigitte ; mais les résolutions ne se prennent point au choc des grandes douleurs, et elle réQéchissait, en priant pour celui qui l'avait quittée. Sa soumission lui mérita une grâce dont la douceur ne saurait s'exprimer. Le cœur sacré du Rédempteur réunit ceux que la mort séparait. L^ftme d'Ulf devint présente et visible aux yeux de Brigitte» Malgré ses vertus et ses mortifications, le sénéchal de Nérîcie expiait en purgatoire sa faiblesse envers son fils Charles et quelques autres péchés : « J'étais c insensé , gémissait^il ; j'applaudissais aux sottises € de mon enfant, je me délectais dans ses folies! » Puis le mort s'accusait d^avoir nui à ses créanciers par négligence, au roi par légèreté, au prochain par manque de miséricorde. Ce qui avait plaidé devant Dieu en sa faveur, c'était sa justice comme magistrat, Tordre 4^ ses
1. Vita S. Birg. 19i. — Proc. Can. Dep. P. de Alvastro sup. 34' art. f, 133 verso.
afTaîres pécuniaires eL des affaires publiques, sa chanté envers les pauvres, le soin avec lequel il avait tout réglé en se démettant de ses charges, son ferme propos de s'amender et la pratique des chastes vertus dont sa femme lui donnait l'exemple. Il demandait qu'on offrît le saint sacrifice pour le repos de son âme, et qu'on distribuât aux malheureux les chevaux, l'argenteFie et le luxueux appareil auquel sur la terre il s'était trop attaché. Quant à ses biens, ses enfants pouvaient les posséder en toute sécurité de conscience. Jamais, de fait ou de désir, il n'avait rien acquis injustement. Celui qu'elle aimait se tournait vers elle dans sa souffrance, et Brigitte sentit qu'elle pouvait le soulager. Pauvre créature d'un jour, elle possédait la merveitlense puissance d'agir sur la justice éternelle par le don de soi. Aussi elie se lança tout entière dans les balances mystérieuses où Dieu pesait les mérites et les fautes de son bien-aimé. Elle fit parler avec elle l'Ëglise triomphante, la Mère des Miséricordes, le sang du Sauveur. Le poids de son amour, ce poids admirable qui entraîne des lAondes, fléchit le Juge céleste. Arr&cbé aux peines de l'expiation, Ulf apparut à Brigitte, Penché vers celle qui venait d'acquitter sa dette et de briser le dernier obstacle entre lui et le ciel, il la remerciait*. Il l'attendait dansia patrie. II l'y recevrait. Là leurs imes s'uniraient, se pénétreraient, avec l'intimité parfaite dont leur tendresse ferresiren'élail qu'une ombre.