LA POLITIQUE DE BRIGITTE
Emeutes k Rome. — Mort de Clément VI. — • Avènement d'Inno cent VI. — Révélations de la sainte sur ces deux papes. — Françoise dcErPapuzeri donne son palais à Brigitte. — Embarras d'argent de la colonie Scandinave. — Révélations au sujet de la guerre de Cent Ans. — Avis aux Suédois. — Déposition de Magnu3 ir. — Elévation au trône d'Albert P
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confecisti plobi IrUti
empinstrum penltencic, dum scripFisti vcrba Christ!.
Breviarium BirgWinvm.
Tandis que Brigitte et Catherine éveillaient chez les Romains Tamour de ce qui demeure pour les faire vivre, dès cette terre, dans le monde de la charité, les vicissitudes de ce qui passe, le bruit de la guerre civile entre les bourgeois, représentants des municipes latins, et les nobles, émules des seigneurs féodaux allemands, montaient jusqu'à leur oratoire. Le 26 décembre 1331, les deux saintes virent la foule courir au Capitole. En présence du peuple sans armes qui s'emparait de l'autorité, et des nobles bardés de fer qui la
perdaient, le vicaire pontifical investissait du pouvoir le nouveau sénateur Cerroni. La rivalité des Orsini et des Golonna avait amené le triomphe populaire, Brigitte en était sûre, et peut-être contribua-t-elle à la réconciliation des deux partis. Toujours est-il que Bertbold Orsini et Etienne Colonna, unissant leurs efforts, parvinrent à ressaisir le gouvernement. A la surprise des saintes suédoises, ce fut peine inutile. Le pape Clément YI, suzerain de Rome, était fatigué de voir la puissance disputée par des factions qui s'occupaient moins du bien public que de raffermissement de leur influence; il ne recojinut pas l'élection des deux barons, qu'il bannit, et les troubles recommencèrent aussitôt.
Durant cette période d'anarchie, le Christ fil à Brigitte une de ses prophéties les plus précises, a: Reste A à Rome, lui ordonna-t-il, jusqu'à ce que tu y voies le « Pape et l'Empereur. Tu leur diras, en mon nom, les c paroles que je t'inspirerai. ]> La sainte fit connaître les instructions de Dieu à maître Pierre et à des amis, parmi lesquels Ange de Grimoard et Renaud Orsini, deux cardinaux qu'elle avait appris à vénérer. Leur étonnement fut voisin de l'incrédulité ^ Ils rappelèrent à Brigitte que les querelles du saint-siège et de Tempire remplissaient le temps présent. Avait-elle oublié les luttes que Louis de Bavière, empereur irrégulièrement
1> Rev. Exlrav, Vllf. Malgré le terme de quinze ans qui donne la date de cette prophétie, nombre d*his'.oriens, trompés par une certaine confusion dans le récit du prieur d* Al vastra (Proc. Can. Dep. siip. !29* art. f. ^6 r.), racontent qu'elle eut lieu en Suède. Leur erreur est réfutée par les déposilioQi de Magnas Penaon et d« Catherine. (Su/;. 29» ei âS» art, f. 110 tt 135 o.)
élu^ soutenait contre les papes Jean XXII etBenoilXII, qui ne Pavaient point reconnu? Ne se souvenait elle pas que le souverain allemand, révolté contre Tcxcommunication, osait installer au Vatican, comme chef de TEglise, un fils rebelle de saint François ? Ces scandales, il est vrai, semblaient terminés ; après la soumission de Tant! pape, le choix dos électeurs à Tempire s'était porté, en 1347, sur un candidat approuvé du saint-siège, Charles, roi de Bohème ; mais le nouvel élu avait promis de n'entrer à Rome que pour recevoir la couronne impériale, et Clément VI ne songeait guère à vengr sacrer Charles IV au tombeau des apôtres. Brigitte ne s'émut point de ces doutes 8ug« gérés par la raison humaine. Elle savait que Dieu mène le monde suivant les desseins cachés dé sa providence, et des lumières prophétiques continuèrent à Féclairer.
Le 2 décembre 1352, la foudre tomba sur les cloches de Saint-Pierre et les fondit. Chacun accourut, discutant le prodige avec la solennité particulière aux Romains ; on voyait là un présage de la mort du pape, alors dangereusement malade à Avignon. Brigitte in* terrogea son Maître ; il lui apparut, lui rappela le deuil de la création autour du Calvaire, et lui expliqua que, parfois, les forces naturelles sont les instruments et les hérauts du cijel, puis, faisant allusion à Fétat d^esprit de Rome, il ajouta : « La ville s'écrie : le pontife est « mort! que ce joursoit béni ! Pourquoi ne souhaite-t-on a pas une longue et heureuse vie à Clément VI? C'est (( aisé à concevoir. Il aurait dû convier les peuples à a sauver leurs âmes. Au lieu de cela, il les invitait à sa
tf cour, dont le luxe dépasse celui de Salomon. Son or, « son mauvais exemple, les poussait à leur perle. Mltis, « déclarait le Seigneur, l'heure de la colère est venue- « Je jugerai ce pape parce qu'il a dispersé le troupeau de « Pierre. Cependant, s'il se tourne vers moi, je courrai « au-devant de lui comme un tendre père. » Brigitte fit prier son entourage, se répandit elle-même en prières et poussa la justice divine vers la miséricorde ; le souverain pontife reçut le sacrement qui eiîace toute faute , avant de rendre son âme au Seigneur. Cette âme traversa Textase de Brigitte. Le pape était terrifié par Taspect du démon et consumé du désir de posséder le Dieu d'amour. La charité de Clément VI, sa fidélité à ses devoirs de moine bénédictin, militaient en sa faveur et le rachelaionl des plus horribles souffrances du purgatoire. 11 fallait pourtant qu'il expiât ses désobéissances envers Dieu, ses prodigalités à l'égard de sa famille, ses faiblesses dans la correction et le châtiment de ses amis. Un jour viendrait, et ce jour était pressenti par Tâme prophétique de la sainte, où il jouirait de la gloire des élus*.
Pendant ce temps les Français, compatriotes de Clément VI, exaltaient ses vertus, les Italiens lui reprochaient ses vices ' et les cardinaux lui donnaient un successeur: Etienne d'Albret, qui prit le nom dlnno-
«. Hev. !V. 144. — VI. 96.
1 Balozb« I, 300. Tertla Vita Clementis VI. — Geschichte derPàpste Mit dem Âusgang des Miltelalters von D' Ludwig Pastor. Freiburg, itt«, 1,1-77.
cent VI. « Le pape Innocent, » dit le Christ à sa servante ai»^ moment de l'intronisation du pontife, «est d'un « airain mieux trempé que son prédécesseur. A cause de « la malice des hommes, il sera vite enlevé à la terre. Sa « bonne volonté lui tiendra lieu d'actes et sera récom- « pensée. S'il connaissait les révélations que je t'ai « faites, il deviendrait meilleur encore, et ceux qui « lui apporteront tes écrits augmenteront leurs joies « éternelles. j>
Brigitte s'efforça de faire parvenir au saint-père quelques feuilles de parchemin, sur lesquelles maître Pierre avait transcrit, en latin, ses révélations. Avignon n'aimait pas les messages de Rome, et celui-là n'arriva point à son adresse. Innocent VI l'eût accueilli avec faveur. Déjà, plein du désir de réformer le clergé, il abolissait la pluralité des bénéfices, préparait le retour du saint-siège au tombeau des apôtres, et nommait légat en Italie un homme capable de replacer sous l'autorité pontificale les Etals de l'Eglise: le cardinal Albomoz. Pourtantlapaixnese rétablit pasaussitôt dans la ville, où Orsinî et Colonna maintenaient leur puissance. Brigitte multipliait d'autant plus ses prières pour les Romains, qu'au cours de ses extases elle entendait de terribles paroles. « Rome, disait le Verbe, est un champ sur « lequel croissent les mauvaises herbes ; elle sera rui- « née. Le fer sarclera sa terre, le feu la purifiera, la « charrue la retournera, car ce peuple tout entier oublie « ma mort et la rédemption. Quelques amis de Dieu « prient dans la retraite, mais la foule s'unit aux dé- « mons ; elle méprise le Seigneur, son Eucharistie et ses « saints, et elle ne verra pas la souveraine Beauté. ^
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Répandues par les disciples de Brigitte, ses révélalions furent connues d'un grand nombre de citoyens. Peu d'entre eux firent pénitence. On voyait cependant se multiplier les châtiments du ciel : les peuples n'ont point à subir de purgatoire ; il faut qu'ils expient sur terre. Aux discordes civiles des Romains s'ajoulait un récent fléau : la disette. Des émeutes éclatèrent contre les sénateurs. La bataille s^engagea aux cris depojwh, (l'une part, d^Orsini e Colonna de l'autre. A peine élu tribun, Baroncelli renversa les nobles. Non loin du Campo dî Fiore, Orsini périt lapidé. Puis par ces mouvements populaires qu'une seule volonté suffit à diriger, ou se porta au palais Beaufort. La populace n'ignorait ni l'amitié de la sainte pour les Orsini, ni ses menaces prophétiques ; elle confondait sa patrie avec celle des mercenaires allemands, odieux au peuple, enfin elle obéissait à des hommes ennemis de toute vertu. <l Folle! sorcière! » criaient quelques forcenés à la noble veuve, que le bruit attirait àsafeuêlre. Aussitôt un meneur parla delà brûler vive. Le sang qui coulait dans les veines de la fille des Yikings aimait à braver le danger: volontiers Brigitte fût morte en héroïne ; avec le secours du ciel, elle se sentait portée au martyre, et joyeusement elle eût offert, pour les pécheurs de Rome, ses souffrances et sa vie, mais elle était entourée de chevaliers qui l'eussent défendue, ?a maison abritait des prêtres, des femmes, des malades ; elle demanda conseil auSei* gnear. Fallait-il courber la tète et s'éloigner pour un temps? Jésus-Christ n'exigea point pareille humiliation» « Reste, lui dit-il; peu importe qu'on trame ta mort. Ma « puissance mettra un frein à la malice de tes ennemis»
a si les miens m'ont crucifié, c'est parce que je l'ai per- « mis. » La sainte Vierge ajouta : « Chantez tous ence semble chaque jour VAve maris Stella, et je vous garce derai de tout danger *. »
Le cardinal Albornoz rétablit enfin le calme. Installé à Montefiascone, la seule ville des Etats pontificaux restée fidèle à Innocent VI, il saisit l'instant où les Romains, fatigués du règne de Baroncelli, renversaient le tribun, pour faire rentrer à Rome le fameux Rienzi. Brigitte ne le connaissait pas, et au cours de ces événements elle garda le silence. Sa mission dans l'Eglise, que le Christ lui avait d'abordlaissé pressentir en Suède, lorsqu'il lui donna l'ordre d'écrire à Clément VI, et qu'il lui définit dès son entrée à Saint-Pierre de Rome, cette mission, elle la remplissait comme un instrument docile sous la main du Seigneur. Seul le Verbe pouvait faire résonner l'instrument, et bien que la sainte orientât sa vie vers un seul objet : la réforme de l'Eglise, poursuivie par un seul moyen : le retour du pape à Rome, elle savait attendre.
Le nouvel état de choses que le gouvernement de Rienzi créa dans la ville, faillit changer les conditions d'existence de la colonie Scandinave. Soit qu'il eût le dessein de rentrer à Rome, ou d'offrir l'hospitalité à quelque ami, le cardinal de Beaufort avertit la sainte qu'il ne pouvait plus lui abandonnera jouissance de sa maison. Sans regret Brigitte se fût mise à la suite de Celui qui n'avait pas une pierre où reposer sa tête. C'était impossible avec sa fille, que la chute des Orsi ni laissait