Rtv. IV. 10, 57, 136, Extrav. VUL
sans protection; pleine d'alarmes, la jeune femme pleurait, et le Seigneur, se contentant d'ordonner qu'on cherchât un gtte, ne répondit par aucune consolation aux prières de ses servantes. Le cardinal avait laissé un mois de délai. Brigitte erra de rue en rue et de maison en maison; personne ne voulait recevoir des étrangers qu on savait pauvres, et que le peuple n'aimait point. L'heare fixée pour le départ sonna. La sainte n'avait plus de refuge où cacher sa fille, plus de cellule où se recueillir en Dieu ; il faudrait vivre avec le vulgaire, dans un des asiles que la libéralité de l'Eglise ouvrait aux pèlerins. Résignée, Catherine baissait les yeux, Brigitte les tournait encore vers le ciel, d'où elle attendait le secours. Enfin son Epoux lui apparut. « J'ai permis « cette épreuve, dit-il, afin que, par expérience, tu « connaisses les douleurs des pauvres pèlerins étran«- « gers et que tu en aies compassion. Ne sors point de « cette demeure ; désormais nul ne t'inquiétera. ]e> âu moment même où la sainte partageait avec ses compatriotes la joie de cette promesse, un message d'Avignon autorisait les Scandinaves à rester chez Hugues de Beaufort tant qu'ils voudraient.
Françoise des Papuzeri, Pune des plus ferventes disciples de Brigitte, avait plaint sa détresse sans pouvoir alors y porter remède ; mais la jeune romaine étant entrée en possession de sa fortune, par la mort de son mari, elle donna aussitôt à sa vénérable amie la nue-^ propriété de son palais, dont elle ne garda la jouissance que pour mieux l'ouvrir à la colonie Scandinave. C'était un édifice de pierre d'une construction originale, situé dans la région d'Ârenula, près du Campo di Fioro et
tAllITE BBIQITTS. 9
du Tibre. Des colonnes arrachées aux vieu^ sanctuaires païens en ornaient Tentrée, défendue par les tours, hautes et sveltes, où le moyen âge cachait ses hommes d'armes. Sous les fenêtres s^étendaient de vastes jardins ; Toranger y mariait son vert feuillage aux touffes des myrtes, aux branches sombres des cyprès et des pins ; plus loin quelques vignes, suspendues aux arbres ou rampant à fleur de terre, laissaient libre passage à l'air ; le silence régnait sur toute une façade de la maison. Là Brigitte aurait vécu tranquille, si Ton avait eu de l'argent ; mais les ressources de Françoise étaient limitées et celles de ses hôtes épuisées par la durée de leur séjour à Rome *. L'une des premières prières de Brigitte dans sa nouvelle demeure, fut un cri de détresse jeté à la très sainte Vierge. « Aime Dieu da- « vantage, lui répondit la Reine du ciel. Si tu aban- « donnes à la Providence tout souci du lendemain, tu « augmenteras en loi la charité.
— « La nourriture de l'âme ne repait pas le corps, répliqua la pieuse femme.
* — « Vends, ou mets en gage tes objets inutiles.
— « Nous n'avons qu'un vêtement chacun, quelques ustensiles de cuisine, les livres des prêtres et leurs ornements sacerdotaux. Puis-je travailler pour vivre ?
— « Que fais-tu chaque jour?
— d J'apprends la grammaire latine, je lis et je prie.
— « Il ne faut pas changer ce travail en travail manuel.
1. Proc. Can. Dep. P. de Alvasfro sup. 32* art. f. 221 f. et Fr, Papuune fup. 24* art. /*. 189 v. — Den^v, KoU i Rom. 211-215.
— « Puis-je emprunter ?
— <i Ouï, si tu es sûre de rendre. Sinon il vaut mieux te passer un jour de manger.
— « Que mangerons-nous demain ?
— « Demandez Taumône au nom de Jésus-Christ. » Brigitte ne craignait pas de mendier son pain. Parfois même elle se mêla aux pauvres qui recevaient leur pitance à la porte du couvent des Glarisses ; mais cela ne suffisait point à entretenir le groupe nombreux de parents, d'amis et de serviteurs auquel on donnait le nom de famille. Au début de l'hiver, il fallut emprunter et, avant la fin, les créanciers réclamèrent ce qu'on leur devait. La noble dame, en qui Tadministration chrétienne de grands biens avait éveillé un point d'honneur alors peu habituel à sa classe, se jeta aux pieds de son Maître. Il lui apparut et lui ordonna de s'engager à rembourser le jour de l'Octave de l'Epiphanie ; elle n'hésita pas. Au terme fixé, un messager vint de Suède apporter des redevances. C'était le premier argent que Brigitte recevait de sa patrie depuis quatre ans et aussitôt elle paya les dettes. Plus tard il fallut recourir à un nouvel emprunt. En s'adressant au Romain Alamavo, la sainte prit la Pentecôte comme échéance. A l'office de ce jour elle priait le Dispensateur de. tout bien de garantir sa parole, quand un de ses débiteurs suédois lui apporta de l'or et de l'argent ^
Catherine savait que payer les créanciers n'enrichissait point la colonie Scandinave, et assistant,
1. /î«». Î7, 46. — Extrav. CUL — Proc Can. Dep, Fr. Paputerœ et Pr, ie Alvattro sup. 29* art f, 190 r. et v, et 226 r. et /)"" GoHtim ux, Lat, ^ Drêinii iup. 18» art. /. 193 r.
dans la basilique de Saint-Pierre, à la nies3e matinale qu'on célébrait, à Tautel de Saint-Jean, elle réclama de son Père des cieux le pain quotidien. Près d'elle vint s'agenouiller une femme, revêtue des livrées dominicaines. ç( Chère dame, dit rinconnue, priez pour « Gitzla. y> Le nom de sa belle-sœur attira l'attention de Catherine, «r D'où venez-vous?» demanda-t-elle. La pèlerine répondit qu'elle arrivait de Suède ; elle devait apprendre à ses compatriotes la fin prématurée de la sénéchale de Néricie. Catherine voulut emmener la tertiaire au palais Papuzeri. « Je ne puis vous suivre, (L répliqua celle-ci, mais priez pour Gitzla. Dieu va vous « tirer de la pauvreté dans laquelle vous vivez; avant peu (L de jours on vous apportera la couronne d'or de votre « chère sœur qu^elle vous laisse par testament. N'ou- « bliez point son âme. j> La Dominicaine disparut et Catherine resta fort perplexe. Avec qui venait-elle de s'entretenir? Etait-ce avec une femme ou avec un fantôme ? Ses suivantes avaient entendu le dialogue sans voir l'inconnue. Interrogée par sa fille, Brigitte dit aussitôt : « C'est l'âme de Gitzla ; elle quitte son « corps et nous demande le secours de nos prières. » Quelques semaines plus tard,, un vassal d'EggertsnsBs* arrivait en toute hâte à Rome, et annonçait à la veuve de son suzerain la mort de la princesse Gitzla. Dans ses mains était la précieuse couronne que la tertiaire avait jadis jetée aux pieds de saint Dominique ; on la vendit, et le sort des Scandinaves fut assuré
i. Ingevald Amundsson, qui devint frère convers au couvent de Vadstend. Diar. an. 1391.
pour une année entière S II semblait que Gilzla, fidèle à sa vocation de tertiaire, voulût pourvoir à la vie matérielle des apôtres du Christ, afin qu'ils pussent se livrer en toute liberté d*âme aux travaux de Tapostolat.
Cependant Albornoz achevait de reconquérir les Etats de l'Eglise. Rome se préparait à recevoir Innocent VI, et.Brigitte, qui trouvait les mœurs et les actes du Pontife conformes aux révélations du Verbe, s'attendait à voir bientôt le retour du saint siège. La vieillesse, les infirmités retinrent Etienne d'Âlbret sous le beau ciel d'Avignon. La voyante s'en affligea d'autant plus qu'au milieu de ses extases le Christ lui montrait que les royaumes ont le sort qu'ils méritent.
L'exemple le plus frappant de. cette grande vérité lui était fourni par les vicissitudes de la guerre de Cent Ans. D^ns les cieux, Brigitte contemplait la patronne de la France qui, avec saint Denis et les autres saints dont les corps ressusciteront du sol français, implorait le Seigneur pour la fille aînée de l'Eglise. Sur terre elle discernait les rois de France et d'Angleterre ; ils se combattaient sous la figure de deux animaux d'espèces différentes ; leur voix était terrible, leur ardeur dangereuse ; ils se cherchaient l'un l'autre afin de s'entre-dévorer lecœur ^
Brigitte comprit la cupidité injuste du roi d'Angleterre à l'égard du royaume d'autrui. Elle devina l'am-
1. Prw. Can. Beatae Kater. Dep. Marg. Clau»dotter in art. SO® f. 57 v.
^. Quelques auteurs voient dans celle révélation de Rri{i;itte le récit de la Hataille de Poitiers. Il est à remarquer qu'une des premières gravures «(u 00 ail du fusil à pierre se trouve dans Tédition princeps des œuvres de la sainte.
bition implacable du fils de Philippe VI, le peu de charité envers les hommes de ce Jean, nommé le Bon en dépit de sa dureté d'âme, parce qu'il était brave, et qu'aux époques belliqueuses la vaillance se confond avec la vertu. L'extatique pénétra aussi les secrets desseins de la multitude d'hommes entraînés à la suite des deux rois. La mort moissonnait les armées ; ceux qui faisaient la guerre par devoir entraient dans la gloire des justes ; ceux qui la faisaient par intérêt tombaient dans l'abtme infernal. De la terre Brigitte entendit trois voix s'élever vers la très sainte Vierge. « Si j'avais ce qui m'appartient, disait de la tour de « Londres l'infortuné Jean II, je me soucierais peu «du bien d'autrui ; car je crains de tout perdre ». Et assailli de terreurs, le prince français se tournait vers la patronne de son royaume. « • 0 Marie, s'é- € criait-il, priez pour moi ! i> De son côté, Edouard gémissait. « Je suis las I plût à Dieu que je fusse en (c mon premier état ! » et lui aussi implorait la Vierge, dont un sanctuaire béni, celui de Chartres *, se dressait non loin du camp anglais. A la prière des souverains en faveur de la paix, Brigitte entendit se joindre
i « Le roy Edouart d'Angleterre . et son host vinrent en Chartrain... (( Et là chey sur son host et sur lui une très ^rand tempeste dont moult
d d'Anglois moururent Ainsi avint jadis en dit terrouail à Rou, rôy en
d partie de Danemarche, !«' duc de Nor mendie son antécesseur par quoy
ce le dit Edouart considérant que jadis les ennemis qui gastoient la terre de d Nostre-Dame de Chartres avaient là receu tourment, le plus tôt qu'il poult a se parti du païs. d Chronique des quatre premiers Valois. 1327-1303, jnibiéepar Siméon Luce, Paris, 1872 114-115. ce E adonc regarda li rois (( d'Engleterre devers l'église Nostre-Dame de Chartres et se voa et se rendi d dévotement à Nostre-Dame et promist si comme il dist et confessa depuis, a: que il s'accorderoit à le païs. » Chroniques de Froissart. Ed, Siméon Luce, Paris, 1876. VI. 5.
celle des peuples. Une troisième voix partit du chœur des élus, c Pfotre-Dame ! murmurait-elle, nous ne c pleurons pas la mort, les misères des vivants, nous c pleurons les âmes qui s'aiTaiblissent et se perdent. » La Mère des Miséricordes, toute-puissante sur le cœur deson Fils, lui représenta le triste spectacle qu'offraient les royaumes de France et d'Angleterre. « Je pardonneT € rai pour Tamour de vous, répondit le Verbe incarné. c Que les rois s'unissent, qu'ils délivrent leurs sujets € d'impôts injustes, qu'ils répandent la foi et qu'ils € aiment les âmes. A ces conditions ils jouiront d'une c paix durable. Si Jean II ne veut point obéir, il finira V douloureusement sa vie, laissera son royaume en « proie aux tribulations, et sa race s'éteindra dans « une honte qui surprendra le monde. Pourtant, quand « les Français s'humilieront, le royaume appartiendra c au véritable héritier et goûtera une heureuse paix. 7> Le traité de Brétigny, qui suivit de près le vœu fait à Notre-Dame de Chartres par Edouard III, sembla d'abord à Brigitte la réponse des miséricordes divines aux supplications des rois et des peuples. Mais nul ne changea de conduite. Les compagnies de mercenaires, fléau que la guerre de Cent Ans jeta sur le continent européen, dévastèrent les villes et les campagnes^ plus encore que ne l'avaient fait les armées belligérantes. La mort c douloureuse » annoncée par le Christ frappa Jean II en exil ; celle mort fut pour le malheureux monarque le comble des châtiments de la terre si, déchirant le voile de l'avenir, elle lui montra les derniers Valois, leurs vices, leurs crimes, et la fin do Henri 111 sous le fer d'un assassin.
296 SAIjNTB BRIGITTE.
La colonie suédoise, réunie au palais Papuzeri, chantait un soir VAve^ maris Stella, quand le prieur des Cisterciens d'Alvastra vint frapper à la porte. Pierre Olafsson avait entrepris un pèlerinage au tombeau des Apôtres, et dès ses premiers pas sur la terre de TEglise il connaissait la persécution. Assailli, dépouillé de ses vêtements par des larrons, il se mourait de fatigue et de froid. Tandis qu'on le réconfortait, Brigitte àppritde saint Jean-Baptiste ce qui s'était passé. Dans cette fâcheuse rencontre, le vénérable prieur avait acquis de grands mérites; aux voleurs qui se disputaient sa robe, il abandonnait sa chape et il priait pour eux pendant qu'ils s'éloignaient.
L arrivée de Pierre Olafsson permit à Brigitte de savoir plus complètement ce que les révélations du Verbe et les nouvelles des pèlerins Scandinaves lui apprenaient sur sa chère patrie. Les châtiments qu'elle prophétisait jadis frappaient la Suède depuis 1350. D'abord la peste était entrée en Norvège d'une manière mystérieuse et terrible. Un vaisseau, que nul ne guidait, avait échoué non loin de Bergen. A bord gisaient quelques cadavres, et la riche cargaison, restée sans possesseurs, fut enlevée par les pêcheurs de la côte. L'héritage des morts sema l'épidémie; des paroisses entières succombèrent ; les corps restaient sans sépulture et la terre, privée de vivants, se couvrait d'herbes et de forêts comme aux premiers temps de la création. Ainsi le pillage des naufragés avait introduit la peste. Etait-ce une punition de cette habitude inique, si éloquemment flétrie par Brigitte? Nul n'y songea. Ses compatriotes n'acceptèrent point l'épreuve, et
le roi donna le triste exemple de braver la colère du Seigneur.
Loin de pourvoir au bien de ses Etats par une administration équitable, Magnus recourait de nouveau à de périlleux expédients. Il occupait Tactivité de sms sujets, et il remplissait son trésor, par la guerre» Une campagne en faveur de tous les chrétiens dlngrie et de Carélie, persécutés des Russes, lui permettait de faire main basse sur les décimes que le pape abandonnait aux croisés. Dès l'automne de 1350 il prenait la mer. En son absence, la reine Blanche et Nicolas Turesson, régents du royaume, convoquaient à Jœnkœping uno assemblée de la noblesse et du clergé, et sous peine d'excommunication s'engageaient à rendre Tannée suivante, au légat pontifical, les subsides de Terre Sainte qu'ils recevaient de lui. La guerre, approuvée du souverain pontife, pouvait, si on le voulait, devenir une croisade. Brigitte s'était donc immiscée de nouveau dans les affaires du pays. Elle avait écrit aux prélats réunis sous la présidence de l'archevêque d'Upsal, et en particulier à Hemming, évèque d'Abo, voisin du théâtre de la guerre, afin de les exciter à s'occuper avec lèlede la conversion des Russes. Employant les paroles mêmes du Christ, elle dévoilait au clergé suédois Tàme des croisés, conduite par la cupidité, la cruauté, les voluptés animales, bien plus que par la foi et la charité. Tournée vers Hemming, la sainte lui rappelait qu'il avait mis le soc de sa charrue dans la terre de Finlande et qu'il devait la défricher avec le secours du pape Clément VI. Tel n'était point le plan de Magnus ; il songeait à l'argent et non au magnifique « négoce des
âmes ]>. Non content de ce (Qu'avait abandonné le souverain pontife, il lui arrachait encore la moitié d'un impôt sur les revenus ecclésiastiques, et le percevait si injustement que Tévéque dWbo était obligé de résister. Brigitte apprit un jour qu'on avait jeté son ami en prison. Des chevaliers, indignes de leurs éperons d'or^ s'étaient prêtés à soutenir la violence contre le droit ; aussitôt l'extatique prédit à Fun d'eux le châtiment mortel qui ne tarda pas à l'atteindre *.
Aux côtés de Magnus on distinguait Benoît Algotsson, le favori, et Israël Birgersson, le frère de Brigitte, qu'on nommait son mauvais et son bon génie. Le départ de ce dernier pour la guerre s'expliquait par la marche des événements ; servir le roi ne lui semblait plus désirable. Par des raisons qu'il est facile de deviner, cet homme juste et droit avait renoncé à la charge de sénéchal d'Upland, estimant que son patriotisme n'avait d'autre refuge que l'armée. Il comprenait qu'on peut vaincre ou mourir pour Dieu, sous l'étendard d'un prince hypocrite et lâche, et que le chef importe peu dans un combat dont le prix dépend des sentiments du soldat; aussi, sans se demander si le roi portait sincèrement la croix, il se confia aux bulles pontificales, d'après lesquelles les morts de cette campagne mériteraient les indulgences concédées aux croisés tombée devant Jérusalem. Les prières de Brigitte, qui prenait une part apostolique à la croisade par ses paroles et ses pénitences, s'attachèrent à son frère, mais Dieu lui demanda un suprême sacrifice. En
1. Rev, /, 17. - /F, 103, 104, 105. — Vl(l, 6. 55. Ettrav, LI, LXXL
1351, un message de deuil lui apprit la mort d'Israël. Après avoir contribué aux succès des premières renr contres et partagé la défaite de Tarmée, il passait de Finlande en Livonie avec Magnus et s'arrêtait à Riga, vaincu par la maladie. Affligé de ne pouvoir mourir pour la foi, sous le heaume et la cuirasse, ce vaillant chrétien voulut du moins rendre le dernier soupir aux pieds de sa Dame. On vénérait dans la cathédrale de Riga une ancienne statue de la Mère du Verbe incarné. Israël se fit porter devant elle, et lui passant son anneau au doigt, il dit à ^immortelle patronne du sanctuaire : <r Vous êtes ma Dame et vous me fûtes € toujours très chère, j'en invoque votre propre « témoignage. C'est pourquoi j'abandonne mon âme à « vos soins et à votre miséricorde. » Là, muni du viatique, le chevalier quitta cette terre. Peu après, sa veuve fit ouvrir le tombeau de Birger Persson, afin de réunir les cendres du fils à celles du père, jusqu'au jour où, ensemble, ils se lèveraient pour glorifier rElernel *.
« Mieux vaut mourir à la guerre que de voir les « maux de son peuple et de ses saints * I » Tel fut le cri des âmes sincères en présence des événements qui suivirent la mort d'Israël. Déjà Magnus était de retour à Stockholm. D'une expédition terminée parla défaite et la banqueroute, Benoît Algotsson rapportait les
1. Israël vivait encore en 1349, Facte de vente publié par le Diplomatû' Hum (VI, n* 4463) le prouve. Une lettre qu'adressa le roi Mag^nus à sa veove dès 1352 indique qu'à cette époque il n'était plus. 11 est donc facile de démentir les récits des vieux chroniqueurs, quand ils assurent qu'Israël refusa ven 1363, le trône de Suéde. Cïr. Sver. Hist.Il. 8, U.
2 MachalMeonini I, m, 59.
éperons de chevalier. Tout-puissant sur l'esprit du roi, il le fît renoncer à l'alliance de TOrdre Teutonique, à celle delà Hanse, Tune et Tautre désirables pour la Suède; il lui persuada d'enrôler à des conditions onéreuses le prince Louis de Namur, frère de la reine; il le laissa s'engager de plus en plus à l'égard du comte de Holstein, créancier de la couronne, et lui conseilla d'adopter pour vassal le duc de Mecklembourg, qu'un traité secret liait au Danemark. En récompense des maux ainsi accumulés sur le royaume, le favori obtint, contre la volonté du conseil royal, les duchés de Finlande et de Halland, ce qui le rendait l'égal des princes du sang, dans un pays oii la noblesse ne portait pas de titres héréditaires*.
Le ciel s'unit à la terre afin d'éclairer pour Brigitte la voie ténébreuse où marchait Magnus, et la voyante adressa au souverain de sa patrie les conseils de la sagesse divine. « Vous recherchez l'amitié du renard, « écrivait-elle en désignant le duc de Mecklembourg. « Selon la coutume de ces animaux, il fait le mort « afin de tromper les oies crédules, mais il les <( plumera toutes. Lorsque cet homme aura obtenu « quelque cession de territoire, il voudra augmenter « son bien et il sèmera la discorde en Suède, où les « indigènes ne s'accordent point avec les étrangers. « S'il s'avance, il ruinera le pays. Acquittez-vous de ce « qui lui est dû comme dot ^ car la semence du loup et « de la vipère élèvera la tète. Cette race déplaît au
1. Reuterdahl, I, 117.— Fryxell, II, 9i. - Sver, Hist. //, 14, 22. H. HlLDEBRAND. KuUufhist, skild. Il, 26. — SolOvief. III, 324.