ARCHEVÊCHÉ DE TOURS
Madame la Comtesse,
J*ai fait examiner Totre Vie de sainie Caihet*ine de Sienne, et le compte très ayantageux qui m*a été rendu au sujet de ce livre m*a porté à Touloir le lire moi-même, ce qui me permet de joindre à l'approbation que tous m*ayez demandée mes plus sincères félicitations.
En effet, bien que sainte Catherine de Sienne, non moins illustre par ses vertus que par le rôle considérable qu'elle a joué dans Thistoire de TÉglise, eût déjà trouvé de consciencieux historiens, on ne peut qu*app^audir à la très heureuse inspiration que tous aTez eue, Madame la Comtesse, de donner une fois de plus, sa Vie aux lecteurs chrétiens. Ils y trouTcront, sous une forme rajeunie, mieux faite pour les intéresser et pour leur plaire, toute la substance des documents du moyen âge ; tandis que les traTaux plus modernes, ayant eu surtout et presque exclusÎTement pour objet le rôle politique de Catherine, laissent à Totre ouTrage le bénéfice de sa fraîcheur et de sa nouveauté. Sans négliger, en effet, le côté historique d'une si merveilleuse existence, tous tous êtes particulièrement attachée à montrer dans la fîlle du pauvre teinturier, Benincasa, la vierge chrétienne et la sainte. Mille détails charmants, qu'un écrivain rationaliste
eût Tolontiers négligé comme appartenant à la légende, onl été recueillis par la foi et la piété de Tauteur dans toute leur nalretéy et enchâssés avec art dans un récit où la sûreté d i Térudition le dispute à Télégance du style. C'est un des mérites de l'ouvrage dû k votre plume, Madame la Comtesse, d'avoir laissé la céleste vierge de Sienne se mouvoir librement dans une atmosphère surnaturelle, et de n'avoir point sacriGé aux exigences d'une époque incrédule quelques-uns des plus beaux rayons dont est entouré le front de la sainte. Il convient en outre de signaler dans cet ouvrage une autre qualité bien rare : l'auteur y disparaît devant Théroîoe; il raconte sans se mettre en scène, se résigne à un rôle impersonnel et se cache derrière le tableau. C'est k la fois faire preuve de modestie et de goût : moins le peintre se fait visible, plus on tombe volontiers sous le charme du portrait.
En résumé, cette nouvelle vie de sainte Catherine de Sienne, digne en tous points des éloges dont j'ai cru devoir accompagner mon approbation, aura le double mérite d'édifier et de plaire, et sera accueillie avec faveur par toutes les âmes qui ne sont insensibles ni aux délicatesses de l'art, ni aux beautés de la vertu.
Agréez, Madame la Comtesse, Thommage de mes plus respectueux sentiments.
f CHARLES, Archevêque de Tours.
Tours, 12 mars 1880.
Madame la Comtesse,
Vous publiez une nouvelle vie de sainte Catherine de Sienne. Après la biographie de la sainte par son confesseur, le bienheureux Raymond de Capoue, qui raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu, ce qu*il a touché de ses mains, et qui le raconte avec le charme inimitable d'une âme pénétrée, émue au souvenir de si héroïques vertus; après Thistoire plus complète Jé Téminent oratorien, le P. Capecelatro, dont le souverain Pontife Léon XIII vient de récompenser les lumières et les services religieux en l'appelant au Vatican et le faisant prélat de sa maison; après cette histoire qui met en relief pour la première fois l'influence de sainte Catherine sur l'Église et sur son siècle, vous n*avez pas hésité, Madame, à écrire une nouvelle vie.
iN 'écoutant que votre ardent amour pour cette grande «Ime et votre désir de la faire mieux connaître, vous l'avez racontée à votre tour, estimant sans doute que si le premier récit contemporain manquait d'ampleur, le dernier, celui du P. Capecelatro, péchait peut-être par trop de détails sur le rôle extérieur de la Sainte. Vous avez voulu fondre en quelque sorte les deux vies en une seule, et
tout en conservant la fraîcheur, la naïveté, la pieuse émotion du témoin oculaire, y ajouter cependant ce que Tépoque actaelle réclame de tout hagiographe : Taction de la sainteté, son rayonnement au dehors, dans la sphère humaine et sociale.
Le public dira si vous y avez réussi. Mais, quel que soit son jugement, permettez-moi. Madame, de vous remercier d^avoir mis votre labeur, vos recherches, votre amour de TEglise et de la France au service d'une si belle cause.
Pea de figures de saintes offriraient un caractère plus moderne, plus actuel.
Ce qu*ii faut à Theure présente, ce sont des âmes où les facultés de Taction soient équilibrées avec celles de la contemplation, des âmes passionnées pour Dieu, et pour la douce Épouse du Christ, comme disait sainte Catherine, des âmes tellement fortes de la vie même de Dieu que rien n*ébranle leur courage et leur dévouement dans les tentatives désespérées du mal et de Terreur contre la barque de Pierre, qui porte, en ce moment, plus que jamais les destinées du monde.
Or, je ne sais si Ton trouverait dans le livre d'or des Saintes de PÉglise, une sainte comparable, sous ce double rapport, à la vierge de Sienne, une âme de femme qui ait porté à un plus haut degré Péclat des vertus héroïques et la splendeur des services rendus à son siècle, qui ait eu pour Dieu le cœur d'un saint François d'Assise et pour le serrir au dehors l'intrépidité d'un saint Bernard* Humble iUe d^artîsans, elle parle et enseigne comme les plus grands docteurs, ell^décide les questions les plus ardues de la théologie; elle écrit dans la langue du Dante et de Pétrarque d'un style qui tient d'eux et de leur race ; elle se lève de Teztase pour prêcher comme saint Paul Jésus crucifié ; elle Ta le porter^ dans son corps stigmatisé par la soulTrauce et par Tamour, aux papes, aux princes de l'Église et de rEoipire, aux pauvres malades et aux foules avides do sa
parole \ elle n^a d^attrait que poui" sa cellule qui lui donne Dieu, son époux, et ce même amour la promène à travers les villes d'Italie, la conduit jusqu'en France, à Avignon d'où elle ramène en triomphe le pape Grégoire à Rome, accomplissant ainsi, elle, simple femme, cette grande réparation à laquelle avaient travaillé vainement les efforts des plus puissants et des plus habiles.
Si notre siècle usé et caduc n'a pas le droit d'espérer une sainte Catherine de Sienne pour l'Église et la papauté, vous aurez au moins contribué. Madame, à r&hauffer nos âmes au contact de cette^rande Sainte d'un siècle de barbarie, dit-on, du quatorzième, et vous aurez rappelé cette parole qu'elle laissait à ses disciples la veille de sa mort, et qui résume sa mission : « Je vous recommande instamment de ne pas laisser s'affaiblir après ma mort nos désirs de la prospérité de l'Église : quUls soient au contraire de plus en plus ardents, et que vous offriez sans cesse à Dieu vos larmes et vos prières pour cette douce Épouse et pour le Vicaire du Christ. »
Veuillez agréer, Madame la Comtesse, l'hommage de mon très humble et religieux dévouement en Notre-Seigneur.
F. BERNARD CnoCARNE, Provincial des Frères- Prêcheurs.