CHAPITRE I
Né più salir potiesi in quella vita ; Perché di questa in me s'accese amore.
(Dante. Purg., XIX.)
Nata nel bel paese di Toscana Nella nobil ciltà cL' a l'Ârbia a piedi.
(Canz. a Sta Caterina di M. Gimizzi.^
Sienne. — La famille Benincasa. -— Naissance de Catherine. — Peste de 1348. — La ruine menace Benincasa. — Première vision de CalheriDe. — Elle cherche un désert pour vivre dans la solitude, reçoit de Dieu des grâces surnaturelles et se lie à lui pnr un vœu. <— Sa dévotion envers saint Dominique. — Ses austérités. — Les pendant la révolution de 1355.
Entre la mer et les Apennins, presque au centre de la Toieiney s'étendent les vallées fertiles où TArbie et ses affluents promènent leur cours capricieux. De toutes
parts les cyprès dessinent leur noir profil sur le ciel et font paraître plus lointaines encore les montagnes cou- Tertes de chênes Terts, de châtaigniers et d'oliviers qui se succèdent et semblent se perdre dans la lumière voilée de rhorizon. C'est au milieu de ce paysage, que sedresse fièrement, sur trois collines, la xieille cité de Sienne. De la masse de briques dorées par le soleil, laquelle s'harmonise avec la végétation comme avec les teintes de la terre, s'élance, au-dessus d'une forêt de tours, la cathédrale avec son campanile. A l'ombre de cet antique édifice se groupent les demeures des nobles ; solides, crénelées, souvent réunies par un arèeau de pierre sous lequel se précipitent des rues aux pentes abruptes, elles portent la trace de plus d'un combat. Près des antiques remparts et des portes fortifiées qui défendent Il ville, dans les quartiers populaires, les maisons sont espacées, égayées par de riants jardins ; c'est là qu'il faut chercher le mouvement, cur le commerce est prospère, surtout celui de la laine, auquel s'emploie une corporation active et puissante, héritière du secret des Milanais, qui ont enrichi Sienne de cette industrie. Les demeures des artisans de la laine sont situées sur le versant du coteau occidental, autour des eaux limpides de Fontebranda, connues dans Tltalie entière depuis que Dante les a célébrées. Un portail élevé dont les créneaux soutiennent des fleurs et de luxuriants feuillages abrite sous ses ogives la claire fontaine; dans le long bassin qu'elle alimente les ouvriers lavent et foulent les toisons, tandis que les ateliers voisins préparent les couleurs qui serviront à les teindre.
Au milieu du xiv* siècle, un des plus renommés parmi ces ateliers appartenait à Jacques Benincasa,
homme probe, intelligent et très estimé dans la classe moyenne du peuple, dont il faisait partie. La fortune de ceC artisan était l'œuvre de ses mains. Orphelin dès Tenfance, il avait échappé aux tristesses de Tisolement par le travail, puis, ne consultant que son cœur, il avait, très jeune encore, épousé Jacqueline, ou, comme on l'appelait plus communément. Lapa Piacenti, fille d'un poète siennois de quelque renom, et les années, loin d'afiaiblir son bonheur, y ajoutaient la force de la confiance ^ Vingt-deux enfants étaient nés de cette union sans que Jacques et Lapa, qui avaient Tâme dégagée des intérêts terrestres, se fussent lassés de remercier Dieu d'une bénédiction si abondante. Us furent donc traités selon la mesure des bontés divines.
Le 25 mars 1347, alors que Sienne fêtait le premier jour de l'année ' et que la chrétienté réunie au pied àfs autels célébrait l'entrée triomphante de Jésus-Ghrist à Jérusalem, Lapa donna le jour à une enfant destinée à être la gloire de sa patrie et l'honneur deTÈglise* On r^pela Catherine, en souvenir de la martyre d'Alexandrie, très vénérée dans toute la Toscane. A peine futelle purifiée par les eaux du baptême, qu'elle eut une mission céleste à remplir, celle de consoler ses parents de la mort d'une sœur jumelle retournée aussitôt à Dieu. Les Benincasa af aient pleuré la perte de plusieurs nouveau-nés ; ils se serrèrent autour du berceau qui leur cachait des tombes et rivalisèrent de tendresse pour le petit être qui, rien qu'en se laissant aimer, donnait déjà tant de bonheur. Jacques redoubla de travail, afin d^ac-