SOUFFRE DE L'INJOSTIGE DES HOMMES
hostiles à la Sainte, Gabiiel de Yolterre, savant prédicateur de l'Ordre des Frères Mineurs, et Maître Jean Tantucci, professeur de théologie, docteur de TUniversité de Cambridge, prieur des Ermites de Saint-Augustin de Lecceto. Leur aspect hautain ofirait un singulier contraste avec Taccneil plein de simplicité de Catherine, lis venaient, lui dirent-ils non sans aigreur, s'assurer de rorthodozie de ses doctrines, et ils cherchèrent à Tembarrasser par d'oiseuses subtilités. « Comment « mettez-vons votre cœur dans cette science inutile au « prochain et fatale à vous-mêmes, par l'orgueil qu'elle « vous inspire? » répondit la Sainte. « Vous ne péné- « trez pas les choses de Dieu, vous restez à la surff face et n'en savez que ce qu'il faut pour plaire aux « hommes. » Leur expliquant alors la lettre morte sur laquelle ils s'épuisaient, elle l'anima du souffle de l'esprit. Pour la première fois ils comprenaient le sacrifice de la croix, pour la première fois ils aimaient le Christ cmcifié ! Grabriel de Volterre chargea deux disciples de Catherine, le poète Nicolas Cicerchi et Thomas Guelfacci de l'Ordre des Jésuates, de vendre son splendide mobilier qui, contrairement à la règle, envahisttit plusieurs cellules au couvent des Franciscains. Jean Tuitueci, gardant son bréviaire pour tout bien, se décida enfin à suivre les austères constitutions de Saint- Augustin.
C'est ainsi qu'on se convainquait de la vertu de Catherine, n restait à châtier ceux qui la persécutaient. Malgré les supplications et les larmes de sa servante, le Seigneur le fit avec une rare sévérité* Profitant de l'immobilité où la^réduisaienl ses extases, une femme mal- Mtait cruellement la Sainte ; cette femme fut saisie de
violentes douleurs et mourut sans secours ai pardon» Dominé par d^nayouable» sentimentSy. un religi^uc voitlait assassiner Catherine ; nâs en. fuite par des passants, il courut au château de sa famille où il fl#> pendit. GependaDt la Bienheureuse recevait du divin Madtze le prix de sa vertu. Si, craintive de se voir ehassée, elle cfuittait réalise, Jésus-Christ rarrètait. « D'où vient ce que tu veux me fuir? ton âme est mou temple; en a quelque endroit que tu ailles, tu te troruverafl- toujauis « avec moi, parce que je serai toujours avec toi. » Elle entendait alors chanter les esprits célestes, ou les voyait officier, devant la Vierge Mère et les Saints,, sur l'autel en feu. Dans Téglise éclairée de splendeurs surnaturelles, remplie de parfums inccmnu» à la terre, l'hostie s'animait sous son regard fasciné ; c'était 1 indivisible Trinité tout entière dans chaque fraction des espèces sacramentelles. « Seigneur, » disait-elle, se souvenant de ses hésitations passées, « Seigneur, doutez^vous de « ma foi ? je crois, pourquoi me traiter comme si j'étais « incrédule? y> — « Ce n'est pas pour toi, ma fille, mon <c épouse, c'est pour ceux que tu dois affermir dans la ce foi. A cause de toi je révélerai à d'autres^ les prodiges a que tu contemples, » — ce Quand seraee, Seigneur?» murmura- t-elle ; «quand sera-ce? » Le P» Thc»nas, qui croyait être plus près de Dieu lorsqu'il priait à côté de sa pénitente, entendit ces paroles et voulut en savoir le sens. — « Le Seigneur me promet des dons c« précieux, à condition que les créatures ne les canfn naîtront que par mes exemples* » -— U fallait attendre. Le P. Thomas se tut et se oeotenta de suivre en Catherine . les opérations de la grâce. Rien désormais n'entravait le cours des miséricordes câestes; la vie de
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la Baûrtè so passait dans une viaion de joie contiBUtUe. Tanâk qne, « l>oire le taag da Christ ans plaies di- « ?mes, » loi devenait^ diaait-alle, une dcnice habitude, on Toyiiî^ son cœur incapable de contenir ramoof qui le nspÛssaît battre aree d'étranges mouvements» LorsqtMr son esprit so plongeait dans la source de tout bien, se» yeux yersaîent des larmes sanglantes, son visage était transfiguré*
A tant de preuves d'amonr le Chsisf en ajouta oae cp'il n'avait donnée à nulle créature. « Créez en « moi nn ee^r pur^ » lui disait Catherine avee le Propbèle. Il panst devant elle, hii ouvrit le cAtè et, est retirant le ctcur qui avait volentiers seuSért pour lui Tinjostsce des hK>nuaes et même l'abandon de Dieu, tl l'emporta^ La Sainte mil la main sur sa poitrine; rien se battait plus* « Yraiment^ il me stetbie que je n'ai « plus de ocur, » dit<eUe à sen oonfesseor qui rit de sa ûaiveté* EcaÎMl possible de vivre sans eœur? Plnsîenrs jours se passèrent ainsi; le Créateur enfreignait ses propres lois, ta nature obéissait à son Maître^ le corps tifait sans les organes nécessaires à la vie. Jésus-^Ihrist revint à Galberine«. a Ma fille bien aimée, je t'ai pris « ton citur, je te donne le mien^ e*eet par lui que tu • vivras. » Une iDoffaçable dcatriee iiii le signe visible de eet échanger
N'y avait-il là qu'une figure? Était-<e comme les Gbfétiens qui dépouillent le vieil bomme afin de se refltir de JésuS'Christ que Catherine perdait son eomr fini dans le coeur infini do Rédemplenr? On ne sait. La cicatrice mystérieuse att estais la véracité du rédt de la Sainte dont les visions étaient si claires, si présentes à son âme, qu'elle les éprouvait et les décrivait comme
si elles aTuient été des réalités. Même la théologie ignore comment Dieu lève pour ses héroïques serviteurs le voile qui le cache ; eux-mêmes hésitent quand ils veulent décrire leurs apparitions, définir ce^ue les yeux de leur corps ont vu, ce que Tœil de leur esprit seul a contemplé. Catherine, qui donnait. sur le ravissement de saint Pa-ul des explications adoptées par rÉglise ^, Catherine, qui commentait TËcriture avec une pénétration et une sûreté de jugement que les Docteurs lui enviaient, parlait de sa vie miraculeuse comme on parle de choses naturelles. Jadis elle racontait ainsi la pluie de sang par laquelle le Rédempteur l'avait purifiée de ses péchés et son mariage mystique avec Notre Seigneur ; avec la même simplicité elle parla du cœur de Jésus-Christ, non seulement aux hommes, mais à Dieu lui-mèmcf. Si son confesseur Tinterrogeait, elle lui disait: «Ne voyez-vous pas que je ne suis plus la « même, que je suis changée en une autre personne ? « Mon âme est enivrée d'une telle joie, d'un tel bonce heur, que je m'étonne qu'elle reste dans mon corps. « D'inexprimables ardeurs m'embrasent, je me crois « revenue à l'innocence de mes premières années ; « j'aime le prochain au point de désirer mourir pour « lui. y> Si son Maître lui demandait : « Qui choisis-tu de toi ou de moi ? » elle répondait simplement : « Je n'ai pas d'autre cœur que le vôtre, » et elle ne pouvait plus dire comme par le passé : « Mon Dieu, je vous ce recommande mon cœur. » — a C'est votre cœur que «je vous recommande, » s'écriait-elle pleine de foi. Avec le cœur de Jésus^^rist battant dans sa poitrine,