SOUFFRE DE L'INJUSTICE DBS HOMMES
Tantel. Le jour de la Pentecôte une langue de feu descendit sur la tète de Catherine. Ce que la Vierge et les apôtres avaient éprouvé dans le cénacle, elle réprouvait. Le souffle de Dieu la terrassait, puis il la remplissait d'une force capable de résister à l'enfer. Le jour de la Trinité ses prières convertirent laïques, séculiers et religieux^ elle était comme « l'arbitre des volontés ce- « lestes. » L'office de la Fête-Dieu répondit à ses doutes sur TEucharistie. Pendant la messe de ce jour elle en fut guérie à jamais. Des voiles du pain et du yin le Christ vivant vint à elle, elle le reconnut, c^était le bien-aimé de son âme. U était là, il ne la quitterait plus. U l'introduirait avec lui dans l'éternelle demeure de son Père.
Dès lors Dieu entendit défendre Catherine contre les calomnies des hommes et il commença par donner des armes à ses fidèles champions les Pères délia Fonte et dei Dominici. Us avaient obtenu qu'elle pût communier le jour de la Nativité du Précurseur; Tun d'eux disait la sainte messe, tandis que l'autre distribuait l'Eucharistie aux fidèles. A l'instant même où leur pénitente, recevant THostie sacrée, s'entendait dire par Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j'ai mis toutes « mes complaisances, je veux, ma fille bien-aimée, qu'il tt se donne à toi dans le divin Sacrement, » les Dominicains partagèrent' avec elle les grâces qu'elle leur décrivait sans cesse. L'amour des âmes les dévorait! Afin qu'ils ne pussent pas douter de la volonté qu'avait le Seigneur de s'unir à la Sainte, le pain consacré s'échappait souvent de leurs doigts et volait en Catherine dont les lèvres ne faisaient pas le moindre mouvement. Leur vie n'avait pas de secrets pour elle. Que le P. Tho-
mas fût à Sienne ou en Toyage, la Voyante connaiwait ses actions, ses moindres entretiens «1 jusqu'à, ses fhis intimes pensées* Pendant une des maladies goudaines qui la retenaient chez elle^ Catherine lui dit : « Que faisiez^TOus ^ers la a troisième heure de la nuit? » et comme il témoignait quelque surprise d'une cemblable question, elle ajouta : « Je puis vous le raconter «xactd- «c ment ; vous écriviez. » — « Pas tout à fait, » interrompit le père Thomas. « Non, c'est vrai, vous dictiez <c à Totre compagnon^ » — « Puisque vous prétendez ce savoir à quoi j'emploie mon temps, dites-moi de^uelJe •« matière nous traitions ? » Elle baissa la tète et hésita; «nfin pressée de s'expliquer : « Voua écriviez les gràcee « que Dieu accorde à son inutile servante! « -^ « Cest « vrai, » mnrmura le Dominicain.
Ce récit étonna fort Le P. Barthélémy ; il alla trouver la Bienheureuse. « Gomment avons-nous passé k «densité et la troisième heurcT de la nuit? » dit-U- « Dans la cellule du sous-prieur, » répondit^Ue, et elle dépeignit la réunion des religieux, nommant les sujets théologiques qu ils avaient discutés : « Ma mère, v^ius « «avez donc ce que noua faisons f » dit le P. Bsrtbé^ lemy tout pensif a Mon Fils, Notre Seigneur Jésus- «c Christ, qui m'a donné une famille spirituelle, ne me « laisse rienignoner de ce qui la regarde. Si v<Nia aviez « de bons yeux, v^ous me verriez comme je vous vois. ^
Quelles que fussent lespréventionscimtreGatberiiie, à Oamporeggi on ne pouvait douter de la parole des Pères délia Fonte et dei Dominici quand ils racontaient de tels prodiges. A leurs témoignages se joignit l'admira^ tion d'un Dominicain célèbre de Sainte^Marie-NoU" Telle. Afin d*éprouver Catherine, le Florentin lui dit des
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choses blessantes. Très smcèrement elle le reateraa, «royant qu'il rëekicait vax son àzne. N'était-ce ppint ià'une preuve éclatante de sainteté? Pliusiours ditrac^ teure de la Bienheurernse Toulureiit alors la voir,. Peut* ^tre rougissaîeiit'ils de critiquer ce qu'île ne counaisk fiaient |Mk8. Peut-être voulaient-ik coundtre afin de miens critiquer. L'un des plus célébras d'entre eux était un frère mineur, plus désireux de plaire au monde que d'observer la règle de saint François. Frère Lazzanui, c'est «insi qu'il «a nommait, gagnait tous les esprits par son éioqoenee. Nul à Sienne n'avait autant de crédit que lui, sauf Calberine, et, impaXieut de ce partage avec une femme ignojrante, il raillait en chaire la Sainte, «es extases et ses disciples. Tout à coup Lazzarini parut dans la cellule de Fontebranda. Le mobilier était d'une austèie simplicité» Le Frère s*assit sur un eofire, Oatberîne par terre à ses pieds. Debout der* rière elle était Barthélémy dei Docainici qui avait amené le Francâscain. «J'^i entendu vanter votre sainteté, «votre intelligence des Bcritures, >» dit Lazzarini, « j'es- « père ètps édifié par vos entretiens. » — « Je me « réjouis de ^otre visite, » reprit Catherine, « sans « doute le Seigneur veut me faire profiter de la science « dont ^us nourrissez vos élèves. » Le temps s'écoula dans ces insignifiants propos. Quand il prit congé de la Tertiaire, elle implora sa bénédiction; lui, se recommanda à ses prières, employant plutôt une formule qu'il n'exprimait un Toeu. « Voilà une bonne fille qui ne « mérite guère sa réputation, » pensa Lazzaarini, et fort satis&dt de sa propre supériorité, il ae mit à préparer la leçon de philosophie qu'il devait faire le lendemain A sa surprise, ses larmes coulaient sans qu'il pût les
retenir; au début de sa leçon elles suffoquèrent sa voix, et il dut quitter les élèves réunis au pied de la chaire. Le jour se passa, la nuit vint, il pleurait toujours, a Qu'as-tu ?» se demandait cet Italien que troublaient les vieilles superstitions latines. « Ta mèrece est-elle morte, ton frère a-t-il péri dans un combat? » Puis, s*indignaQt de sa folie, il cherchait dans ses péchés l'explication de cette épreuve. Il se souvint de son attitude orgueilleuse à l'égard de Catherine; subitement ses pleurs se tarirent. De grand matin il courut se prosterner devant la Sainte. N'avait-elle pas fait couler ces larmes inexplicables? Et comme elle ne le niait pas, il la supplia de l'adopter pour son fils spirituel. « Mécc prisez les vanités du siècle, la faveur àt monde; dea venez humble, pauvre, afin de servir Jésus-Christ et « votre père saint François » dit Catherine qui voyait cette âme et lui prescrivait ce que Dieu attendait d'elle. Lazzarini, qui jusqu'alors n'avait pas observé son vœu de pauvreté, distribua aux malheureux l'argent, les meubles, les livres qu'il aimait tant, puis il apprit de Catherine à offrir joyeusement à Dieu, non seulement ses privations corporelles, mais « la fatigue de son « cœur et la peine de son esprit ^ »
On causait encore de Lazzarini dans la cellule de Catherine, quand elle s'écria: « Soyez béni, Fpoux éternel a des -âmes, qui les conduisez à Vous par de nouvelles a voies !» — « Que dites-vous? » demanda le P. Thomas. — « Voyez quels poissons se sont pris dans nos filets!» ajouta Catherine les yeux tournés du côté de la porte. A ia surprise générale, on vit entrer deux théologiens