Lettere
semblait les imiter. Le P. Thomas s'approcha d'elles. Simon, . accablé, s'affaissa près de la porte. Catherine leva les yeux. « Pourquoi mon fils me fuit-il? » — « Il « a la fièvre, » répondit Thomas délia Fonte. La Sainte attira près d'elle le pauyre novice dont le visage se décomposait sous l'action du mal ; pour tout remède elle loi imposa une cuillerée de la soupe qui était sur la table et fit plusieurs fois le signe de la croix en ordon* nant à la fièvre de cesser. La fièvre obéit.
Afin de multiplier ces guérisons miraculeuses on enlevait parfois Catherine à ses disciples et à ses malades des hôpitaux pour la mener chez d'autres pestiférés. Ce fut ainsi qu'on Tentraîna hors des portes de la ville à l'ermitage d'un disciple de Pierre Petroni et de Jean dei Colombini, le frère Saint des Terame. Elle aimait cet anachorète et elle sut le décider à se laisser mener à l'hôpital de la Miséricorde. Quand il y arriva, elle lui murmura à l'oreille: <^ Ne craignez « rien, quelque malade que vous soyez, vous ne mourrez " pas. n La peste étendait pourtant ses ravages, chacun s'affligeait, déjà on avait cessé de lutter contre le mal et on attendait le dernier soupir. « Ne craignez rien, » dit derechef Catherine, « vous ne mourrez pas. » Enfin on prépara les funérailles de l'agonisant, car les vivants éloignaient les morts comme un danger. « Ame < bénie de Jésus-Christ, je te commande de ne pas «•partir, » s'écria Catherine penchée sur son ami. A ces mots, la vie, triomphant des lois de la nature, s'arrêta mrles lèvres tremblantes dont elle s'échappait et,par- &itement rétabli. Frère Saint remercia celle qui l'avait, disait-il, vraiment ressuscité.
La ville de Sienne applaudit à ce nouveau prodige.
l&à SAINTE CATHBRINB BE SIENNE
Len Frères de la Miséricorde le célébraient avec joie quand une aîaistre nouvelle se répandit dans l'hôpiuL Le Recteur de lamaison, ce Matthieu di GenniFazi qui s'était jadis converti à la yue d'une extase de Catherine^ venait de tomber en faiblesse dans la chapelle. U avait ressenti les premières atteintes du mal, la nuit, près d'un pestiiéréy mais il était resté à ses devoirs jusqu'au moment où ses forces l'avaient trahi ; maintenant étendu sur une civière, enveloppé daus sa longue tunique brune, le capuchon rabattu^ la croix brodée de son manteau sur la poitrine, il semblait déjà mort. Les frères qui remportaient à sa cellule rencontrèrent Raymond de Cspoue dans l'escalier. Le Dominicain était l'ami, le confesseur du Recteur. Tremblant, il suivit le cortège, ranima le malade, le fit coucher, lui donna l'absolution et le laissa entre les mains du docteur Senso, médecin de la maison. Celui-ci prit le pouls du P. Matthieu : la fièvre était ardente, d'intolérables douleurs de tête se joignaient aux signes ordinaires de Tépidémie. Quel espoir pouvait-on garder l Le médecin ordonna le seul remède qu'il connût, du suc de casse pour purifier le fiHmg, et sortit découragé. Au même instant Catherine parut sur le seuil de la porte : « Leveza vous, Père Matthieu », cria-t-elle. « Ce n'est pas le « temps de reposer mollement dans son lit. » Soudab les terribles taches noires qui couvraient le corps de Matthieu Cenni dispururent, les souffrances cessèrent, il se leva et chercha partout Catherine pour la remercier de sa guërison. Mais la jeune fille s'enfuyait à Fontebranda. Chemin faisant elle se croisa avec le P. Raymond qui, désespéré, quittait le médecin. « Ma Cl mère, laissorez-vous mourir une personne si utile et
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« qui BOBS est n chàre? • dît-il d'ua fonderefuroelie. — « Qatt langage leaa-TOOs?» rejpartît-elle eomiat ^ffcvyée. « Soîs-ja aeidblalile à Bieii psiar déliTr«r um c homme de la mort? « — « Dites cela à qui voioa 'vooc dicz, » réplifiia amèremmt le P. Raymond égaré pv la douleur; « moi, je aaia irossecreta, et je a'igium « pw que ^ons obleBflK de Bieu leut ce que tous loi « demandes. » La Bîeaheniea&e soarit ; un éclair de joie kôlla daas son r^aid. a Ajes bon courage, il ne « meutra pas, » s'écria-4-eUe eu continuant rapidement a maretie. Le Bomônicain courut à la Miséricorde, et hors d'kaleinese prëcipitachez le Recteur. « Vous ne « mourrez pas, Gadierîne me l'assare ! » Rendu à la plénitude de ses forces^ le P. Matthieu prenait part au repsB du réfectoire en racontant à tout l'hôpital le BÛiacle auquel plus de Tingt témoins avaient assisté, airacle qui donna pour disciples à Catherine le docteur Sesao et son fils Jean.
Enfin, vaincue eUe-mâme par tant d'émotions et de fatigoes, celle qui guérissait les autres tomba dangenassMent suilade. On ne pouvait croire à la peste, car aucun des symptômes de l'^pidénde ne s'était manifesté, pourtant la mort venait, (ktherine allait joyeusement àaa ivBContre quand elle se sentit renaître à la vie, et sa plainte fut si amère qu'elle fit iq>paraître la très dfluce Vierge Marie. « Catherine, ma fille, vois-tu cette « multitude d'âmes qui me suit? si tu consens à vivre, « m<Na Fils te donnera toutes ces âmes en outre de '< celles que tu lui as déjà gagnées : choisis. » — « La « volonté de Jésus-Christ est ma volonté !» — « Ces « âmes t'appartiennent,» dit la Mère de Dieu. Cathe~ fine retourna au chevet des pestiférés. Quand elle
rencontrait une de ces âmes elle la reconnaissait pour son bien, et nul ne sut jamais combien de ses compatriotes lui durent le retour à la santé ou les béatitudes étemelles.
La peste, Dieu le révélait à la Voyante, * châtiait les Siennois de leurs péchés comme jadis le feu du ciel avait châtié Sodome et Gomorrbe. La ville était un vaste c^amp de mort. Le podestat Barnabe dei Magalussi avait succombé au fléau ainsi que son fils et toute sa cour. Tant de personnes mouraient qu'on ne trouvait plus assez d'hommes pour remplir les diverses fonctions de TËtat et se partager l'autorité dont les Siennois étaient si avides. Â la peste se joignit la disette. Le grain devint hors de prix, il fallut donner de Ter en échange d'un peu de viande, de quelques gouttes de vin où d'huile. Dans les palais comme dans la maison du pauvre on manquait de tout, nul ne se souciant de risquer sa vie pour approvisionner la ville. Les jeunes nobles, les plébéiens riches du Popolo Maggiore se joignaient aux enfants des mendiants afin de participer aux distributions de pain que, trois fois par semaine, l'hôpital délia Scala faisait à tout venant.
De même qu'elle assistait les malades, la Sainte chercha à nourrir les affamés. Dès qu'il y avait des vivres dans la maison de sa mère elle les donnait aux pauvres ; chacun en recevait sa part, la misère la plus coupable n'était point oubliée, et, dans une obscure maison où se cachaient des malheureuses, si méprisées, que les lois de la République leur défendaient de porter le nom de la Vierge Marie, Catherine fit pénétrer le repen-