‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 46 sur 116 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Bi Oisto pmt ruHioB sigiik.

(Daja«^ Parai XL)

La piaghe ricevè del Redentore

Ne piedi, nelle mani, in mezzo al core.

(G. Papino, Poes. in on. di S. Cat.)

Catherine est appelée à Pise par Pierre Gambacorti. — Son séjour dans le palais Buonconti. — Elle reçoit du Christ les stigmates de la passion. — Elle prêche la Croisade à Jeanne I'*, reine de Naples; à Elisabeth, reine-mère de Hongrie; à Barnabe Yisconli, seigneur de Milan ; aux chevaliers de Rhodes, aux Condottieri. — Ses visites aux Chartreux. — Son retour à Sienne.

La crainte constante de la mort dans laquelle les Toscans avaient vécu durant la peste les disposait à tourner leurs regards vers ceux des serviteurs de Dieu qui guérissaient Tâme et parfois le corps. De TApennin à la Méditerranée chacun savait, chacun célébrait le nom de Catherine Benincasa. Aussi, dès que la fin de Tépi • demie permit aux villes de rétablir entre elles des rela-

LAGBOiaAI» 16a

lioBui, Iftaeignenrdftla R^pnbli^aedePise^ PimeGanbtcortiy habile à faire servir son ptmimr par Xmm lea peitffiuMiges isftiMDts, sappUa 1& l^mnoiae de ¥«■» tra- Tiillar an salât dea PisaBS.

Catherine pressentît qne sa susaion dans.llÊlgUfle allait ceaimaiew. Malgré la douleiur de eftté qui l'oppressait, en dépit du censeil de ses j^rochesy elle ne répondit pas par nn reins formel. L'état de sa santé, les disaênaienB réeentea awrennes entre Sienne et Piee lui oftaîent de justes moti£» de délai : elle les invoqua, attendant qne Dien manifestât se volonté^. Peu après, éckirée sur son devoir et gnérie par minde, elle se piépsraan départ.

Les conversions sans nombre ebtnuiee parGatkerine lai avaient vain une Bulle ds Pa|ie en vertu de laqudUe il lai était permis de se faire assister par trois prêtres qai, munis des mteies pouvrârs qne les évèques, absolvaient les péeheurs qu'elle décidait à la pàûtenee ; le Souverain Pontife avait désigné lea P. Raymond de Capoae et Tantucei ; le choix du troisième confesseur était laissé à la tertiaire*. Elle prit le P. dei Dominid, dédara an P. délia Fonte, à lâsa, à Alix, à Françoise d«i Qori, qu'il &llait la suivre, et avant même que le printeBips''eût triomphé des rigueurs de l'hiver, on se mit ea chefloam. Soit à pied, soit à cheval, soit dans quelque charrette d'osier attelée de ces boeuEs giîs de Toscane, àfaîr si doux, si triste sous le joug, on fiùsait chaque jour de longues étapes. Bientôt, non loin de la mer, on

t. UUms 140.

1 Cette MU était jadis coaseivét à Veaiee aa couvent des eaîal» JeanetPtol.

aperçut Pise, mollement étendue à l'abri des Apennins, sous un ciel clémente

L'entrée dans la ville fut un véritable triomphe. Chacun se disputait le bonheur de recevoir les voyageurs. Des religieuses cloîtrées, qui maintes fois avaient sollicité la venue de Catherine, souhaitaient qu'elle habitât leur couvent. Mais, si elle eût trouvé là une cellule conforme à ses habitudes, cette cellule n'eût pas été accessible aux personnes du monde. Pierre Gambacorti voulait l'arrêter sur la rive gauche de l'Amo. Avec empressement il lui ouvrait son splendide palais où l'appareil guerrier de la féodalité s'unissait au luxe d'une république commerçante. Catherine refusa. Venue pour être toute à tous, elle ne pouvait se faire Thôte du chef presque absolu de l'État, d'un homme que ses ennemis trouvaient à bon droit intrigant, 'et qui jouait dans la politique italienne un rôle propre à inspirer la défiance.

A quelques pas du palais Gambacorti, non plus au bord même du fleuve, mais sur une place un peu écartée, voisine de l'Église Sainte-Christine où se réunissaient les Sœurs de la Pénitence, s'élevait la demeure des Buonconti. Une vénérable veuve et ses quatre fils réclamaient comme un droit d'y loger les Prêcheurs et les tertiaires, car leur cousin André portait avec honneur l'habit de saint Dominique. Catherine accepta l'hospitalité des Buonconti*.

Elle était à peine arrivée chez eux, qu'une multitude

1. II est probable que Catherine arriva à Pise au mois de février 1375, style commun.

2. On montre encore cette maison qui appartient maintenant à la famille Sergardi ] elle a subi trop de réparations pour garder trace du passé.

de curieux assiégeait [la maison. On voulait voir la Sainte, on s'inclinait, on lui baisait les mains, on lui demandait sa bénédiction. Silencieuse, elle souffrait ces marques de respect. Le P. Raymond craignit qu'elle ne s'abandonnât à l'orgueil. Il remarquait d'ailleurs que la race des pharisiens, qui est de tous les temps et de tous les pays, se scandalisait, et il reprocha à sa pénitente de souffrir de tels témoignages d'admiration. « Gela me dëplidt, » répondit-elle avec un sourire; « mais en songeant que le seul amour de Dieu porte « la foule à agir comme elle le fait, je rends grâces au » Tout-Puissant. Je connais trop mon propre néant « pour être accessible à la vaine gloire. » Bien n'était plus vrai, le P. Raymond en eut la preuve.

D y avait alors à Pise un homme connu par son savoir et sa piété : Dom Bianco de Gastelli, tel était 6on nom, se répanclit en railleries contre la Sainte et écrivit même au P. Baymond une lettre dans laquelle il la taxait d'hypocrisie. Catherine surprit son confesseur lisant cette lettre au P. Barthélémy ; les deux religieux étaient indignés, elle les calma : « Ne voyez- « vous pas que cet homme craint que je ne m'égare? « il m'avertit avec charité ; je veux avoir sa lettre et l'en « remercier. » Tant de douceur irrita le P. Raymond, i>ai s'exprima vertement sur l'ignorance, sur la présomption de D. Bianco. « Vous voyez le mal où il n'y a « que le bien, » dit-elle, en dictant à l'adresse de Bianco <ie Gastelli une réponse admirable par son humilité.

L'apostolat de Qitherine s'exerça bientôt chez elle, diez les autres, parfois môme sur la place publique. A l^ute voix elle exhortait les pécheurs à revenir au Sei« gneuret, quand ils avaient reçu l'absolution: « Ne pen-

« ses plus à Tos fautes, » leur <ii8«il-«lle, « je Teux ies « prendre sut moi, je lépondiiai pour tous à IHeu, « j'acquitterai tos deUes envers loi.» Soureatdee gens qui ne s'étaient jamais approchés des sacrements racontaient tonte une vie mouillée de crimes horriMes. Les religieux Siennois entraient donc au confessionnal aussitôt après leur messe et y restaient à jeun jusqu'au eoir. S'ils sentaient leur courage s'épuiser, ils le renouvelaient auprès de la Sainte; le visage pâle, les mains amaigries, le corps immatériel de leur mère, témoignaient asses qu'à son éooleon ne pouvait ni s'épargner ni se reposer.

En même temps que les maladies spirituelles Gatherine guérissait les maladies corporelles : témoin le jeune homme miné par la Mvre, que €rérard, l'aîné des Bnonoonti, lui amemi un soir. Le* malade allait expliquer la nature de ses soufiranees. Oatherine l'arrêta : « Dece puis combien de temps ne vous étes-vous pas eon- « fessé? » Le dernier pardon de Jésus-Oirist remontait aux jours de l'enâmce. « Mon fils, c'est le poison de vos « péchés qui vous tue, allez vous oonfesser. » tl obéit et revint absous* Catherine lui mit la main sur l'épaule : « Que la paix du Seigneur voue accomplie ! je ne « veux plus que vous souSnei. » Avec l'innocence le pécheur recouvra la santé.

One pareille manière de guérir alarma les honunes de la science. A quoi bon consumer ses veilles dans l'étude, si un signe de croix l'emportait sur les fimnules d'Hippocrate et de 6alien?Le plus célèbre médecin de la ville, Jean Gittalebrâocia, résolut d'avoir raison de Catherine. Sous prétexte de lui proposer la solution de mystères qui le troublaient il vint la trouver, accom-

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Teot le temps que Ckâieniie «e doiiBait pu active- Beat m piwikâia, «Ue le peanit à pner pour hô ifams l'église Sente-ChiÎBlÎBe. Iâ, fkias les voûtes iie l'aatiqaeetactaam bÊÀ an temps et CSiarleaM^roe, près de fArae d'oè putaieat les canilqves des satelofoipa, en aeltuit à is ^vile, ne vecoanBaBdsient à k Mad«ae del PwUe^ elle paiiiit des ânes «a Sinvear. Séduit» dès Mneii&aee parla wmt de JésavChnst, eDe eompanit sa destinée à celle des pécfae«rs que le caprice de la volonté ttitriilie ¥eFB les créalmes. Sî ies Boauaes oonnaissaient Diea, ils le prèFërenôentàtost. N'élait-^Ue pas appeMe à le leur bire comiaftre ? N'était-eUe pas appelée à les t&uver par ses enBeignements, par ses exemples, et sni»toot par ses sonffiances? «Déjà votre cœur Lat dans ma B psitrine, » disait-elle au Bédeiapteur: « ne m'accorde- « reZ'YOus pas de porter le sceau dont tous marquée « les êtres destinés à s'associer à la Rédemption? Is ^im-

« primerez- vous pas vos stigmates dans ma chair? Ce (c me serait un signe certain de ma mission ^. »

Le quatrième dimanche de Carême ', Catherine priait les bras étendus en forme de croix devant une vivante peinture du Christ crucifié. Après avoir assisté au sacrifice de la messe, après avoir communié, elle exprimait à Dieu son sirdent désir de recevoir les stigmates. Soudain l'assistance qui remplissait Téglise la vit se relever toute droite, puis tomber sur les dalles avec une extrême yiolence. Raymond de Capoue comprit que les vœux de sa pénitente étaient exaucés; il s'approcha rapidement. « Par la miséricorde de Notre Seigneur « Jésus Christ, je porte ses stigmates », murmurait-elle à voix basse. « Le Sauveur est yenu à moi ; mon âme « s'est élancée vers lui , mon corps s'est relevé pour la « suivre. Des cinq plaies sacrées tombaient sur moi cinq Cl rayons sanglants; j'ai demandé à mon Maître de « rendre les cicatrices invisibles ; il m'a exaucée ! avant a d'arriver jusqu'à moi en ligne droite, avant de pénétrer « mes pieds, mes mains et mon cœur, les rayons san- <c glants se sont transformés en simples rayons lumi- « neux. Une vive douleur déchire mes membres, une si « cruelle angoisse oppresse mon cœur que, sans l'inter- « vention divine, je mourrais. »

Dès qu'on eut ramené la Sainte au palais Buonconti, elle s'évanouit. Ceux qui l'aimaient tombèrent à genoux, d'ardentes supplications s'élevèrent yers le Seigneur ; en Catherine chacun voyait la consolatrice do

1. Processus, attest. Fr. Barth. de Sen. et P. Nacc. Gaff. D. Mart., t. YI, p. 1353-1355 et p. 1268. B. Raim, P. Il, cap. zn, p. 917. Sapp). vit», P. II, Tr. III.

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