Corso cronotassico
ses peines, l'appui de sa fiLiblesse, le secours de ses traTâUx. Lorsqu'elle revint à elle, eUe avoua qu'elle souhaitait sa fin prochaine, et ses disciples le lui reprochèrent avec désespoir. Sans leur mère, ils ne sauraient ni bien vivre ni bien mourir ; les abandonneraitelle exposés à la tempête pour se réfugier dans le port et goûter le bonheur qui lui était assuré? ils savaient qu'elle tenait son sort entre ses propres mains ! oc Je « n'ai d'autre volonté que celle de Dieu », répliqua Catherine. « Celui qui est le salut peut vous sauver sans l'aide d'aucune créature. Que sa volonté s'accomplisse pour votre plus grand bien. »
Durant toute la semaine, de longs silences succédèrent à de rapides échanges de paroles ; la malade buvait seulement quelques gouttes d'eau froide. <c Ce qui est « doux me semble un poison », disait-elle en refusant les boissons sucrées qu'on lui préparait. Raymond de Gapoue se souvint alors qu'on baignait les tempes el les poignets des personnes faibles dans du vin de Vemaccia. Il demanda à ses hôtes de lui en procurer, ?( ils envoyèrent chez un voisin dont la cave était mieux pourrue que la leur ; mais l'ami des Buonconti n'avait plus de ce vin. Tout ce qu'il put faire pour témoigner ^n bon vouloir fut de montrer le tonneau vide et de Urer la cheville qui le fermait. Aussitôt, des flots vermeils inondèrent le sol. On appela les serviteurs ; ils ptrtagèrent l'étonnement du maître. Quant aux disciples de Catherine, ce miracle, qui rappelait la barrique oerreilleuse de. Sienne, encouragea leurs espérances, et ils appliquèrent le remède avec foi. Le samedi vers le wir leur mère fit appeler Raymond de Capoue. « J'espère que vous êtes content », dit-elle, « le Seigneur
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« semble vova exaucer ». Cne kmgne extase snmt sa commanion an lendemain. Bile renaissait sons ^e regard anxieux de ses disciples ; bientôt elle s'endormit profondément. ÀTec un espoir qu'on n'osait s'ayouer, chaenn épiait S29 mouvements. « Êpron^ez-Tous toa- « jours les mêmes douleurs ? > s'écria Raymond de Gtpone dès qu'elle s'éTeiUa. — «Mes plaies fortifient mon « corps », répondit-elle. « Ge qui m'abattait me 8oaa tient ; le Seigneur a écouté tos prières ; mon âme doit « faire taire ses regrets. » Gatherine était guérie ; elle sciera et sortit. Sa mission, dont elle portait les signes mystérieux, ne devait pas souffrir de délai. Un nonce apostolique venait d'arriver à Pise ; il fullait qu'elle lui parlât.
La ville entière s'agita dès qu'on aperçut la Sainte de Sienne dans les rues. Les passants poussaient de joyeuses clameurs; les ouvriers accouraient de leurs ateliers, les femmes, les enfants, tombaient à genoux. Avaient-ils besoin de voir les stigmates de Catherine pour y croire ? Tandis que les Frères Mineurs, regardanf / ees plaies sacrées comme un privilège réservé à leoi père saint Francis, niaient le miracle que les Domini^ cains cherchaient d'ailleurs à tenir secret ', tandis quo les savants souriaient de cicatrices invisibles, le peuple ne doutait pas. Il lui semblait plus iacile de porteries stigmates que de faire couler du vin d'un tonneau vide, et chacun se vantait tout haut d'avoir puisé à Tinépuisable barrique de Yemaecia. La tertiaire s'élonni
1. B. Raiffl. P. II, d^. TU, p. 901-930. Cette querelle duadei «iédes. Le Pape fraBciscain Sixte lY alla jusqu'à défendre de re présenter Catherine avec la marque des Saints stigmates ; enfin Ur bain VIII donna gain de cause atix Dominicains. (Voir Biîbliogr. IL|
Là CROISADfi 171
du bmit élevé sur nés pas, et s'en plaignit an Seigneur : « Âi-je sollicité ce Tin ? » disait-elle ; « tarissezr-le au plus tM. » De même que les stigmates^ le vin disparut, mais la yénéntlon qu'on témoignait à Catherine lai était à jamais acquise.
En apprenant l'arriTée du Monoe apostolique, la premito pensée de Catherine avait été la croisade. Cette guerre sainte prèehée par &régoir6 XI dès son élection, maintes fois espérée depuis 1370, semblait plus opportune que jamais. L'ambassadeur de la R^ente de Chypre, qui demandait protection au Pape contre les- Mahométans, venait de traverser Pise pour se rendre à Avignon; il avait vu Catherine, fl lui avait parlé du tombeau de Notre Seigneur, des progrès de l'isla* nisme en Orient, d'Amurat qui menaçait à la ibis Con BtantÎDople et la Hongrie. D'une paît il lui montrait lesinfidèles s'unissant contre les Chrétiens, de l'autre les querelles de la France et de l'Angleterre, les royaume» Espagnols toujours en guerre les uns contre les autres^ les Républiques italiennes ardentes à s'entre-détruire, quand elles n'étaient pas liguées contre le Pape, et, pour comble de malheur, l'Europe entière dévastée par de hardis mercenaires qui pillaient et rançonnaient lesvilles et lés campagnes. li n'eu fallait pas davantage pour que Catherine se donnât à la grande œuvre dont elle avait espéré le succès dès 1372. Elle prit les conseils du Nonce, s'inspira d'une Bulle papale récemment prcHuulguée, puis, d'une voix ferme, elle appela les rois et les peuples à la croisade.
Jeanne de Naples, cette £Mmne dont la {prâee et la beauté eussent subjugué le monde, si elle n'avait pa» été elle-même l'esclave de ses propres vices, portait
comme héritière de Jean de Brienne le titre de reine de Jérusalem. C'était à .elle qu'il fallait s'adresser tout d'abord. Catherine le fit avec un respect mêlé de sévérité : « Les actes des hommes )>, lui écrit-elle, « seront jugés par la vérité divine que rien ne séduit, au sortir du temps qui ne dort point et passe comme le vent. » La reine s'acquerra des droits à la Jérusalem céleste en prenant la croix pour délivrer son royaume terrestre. Elisabeth de Pologne, veuve du dernier roi de Hongrie dont Jeanne avait épousé, puis assassiné le fils, recevait en même temps les mêmes exhortations. Catherine la suppliait d'aider Grégoire XI, d'envoyer à la croisade le roi Louis I*'. Si on enlevait une ville à la Hongrie, le roi et la reine mère ne la reprendraient-ils pas, fût-ce au prix de leur vie ? Les Musulmans possèdent le bien des Chrétiens. Catherine ne peut que prier ; ses désirs de verser tout son sang sont stériles. Le roi de Hongrie et Elisabeth ont la puissance en main ; qu'ils agissent. Mais il faut se préparer à la croisade comme à la mort, par une confession générale de ses péchés ; autrement mieux vaudrait rester chez soi. Quant à la croix, on doit la porter plus encore dans son cœur que sur ses vêtements La Sainte le dit à tous, prêtres et laïques, et en particulier à ceux qui ont toujours la croix sur la poitrine, aux ordres militaires, tenus de combattre les infidèles. Les armes des Chrétiens ne vaincront les païens que si les Chrétiens se sont vaincus euxmêmes dans la lutte que tout homme doit livrer à ses passions. L'amour de Dieu, voilà l'arme la plus forte! Que les Chevaliers de Rhodes y songent en partant pour la Terre-Sainte.
Cependant Catherine entendait délivrer son pays des
Condottieri et obtenir d'eux le rachat du Saint-Sépulcre. Elle conseilla donc à son confesseur de « sou* haiter la bienvenue aux travaux et aux fatigues », et elle renvoya à des mercenaires amenés jadis en Italie par le roi Louis pour venger la mort d'André de Hongrie. Leur plus célèbre chef, l'anglais Hawkwood, ravageait en ce moment les environs de Pise. Le P. Raymond devait lui remettre une lettre de Catherine. Avec une extrême éloquence, elle sollicitait cet intrépide soldat de combattre pour Jésus. Pouvait-il préférer la solde du démon à celle de Dieu ? N^avait-il pas autrefois promis d'aller en Terre-Sainto mourir pour le Christ? Pourquoi s'oubliait-il à guerroyer contre les Chrétiens? Était-ce ainsi qu'un chevalier tenait sa parole?
Tous reçurent favorablement les messages de la Sainte. Déjà le Juge d'Ârborea, maître de Tlle de Sardaigne, lui promettait des forces considérables ; déjà la République de Gènes se levait en masse : au mois de juin 1375, une trêve conclue entre Milan et les États de l'Église accrut encore ses espérances. La croisade, Catherine le répétait sans cesse, devait avoir avant tout comme résultat la pacification du monde Chrétien, l'union des peuples hostiles dans une entreprise com^ mune. Le seigneur de Milan était l'instigateur des révoltes contre tous les Papes qui se succédaient. S'il servait sous « le Gonfalon de la Croix », son exemple eotralnerait les plus récalcitrants : Catherine entendait donc qu'il dirigeât la guerre sainte, et elle le lui écri- Til».
1. LeU. 132, 133, 138, 143, 145. (Dans les notes de cette dernière l«Ure, qui est la 3n« de Téd. Gigli, le P. Burlamacchi dit que Ca-
A Tétcmnem^t de ses sajets, Yisconti répondit gnemiBement. Il permit même que Thumble fiUe de Siesne Tentretlnt de riastabilité du pMi^r hnmaiiiy et qu'elle mit tout en œu^e afin de pousset les Milanais à la croisade^ Catherine s'était assuré Tiqpipui de Tambitieuse Béatrice délia Scala^ femme de Barnabe, et elle soageailà aller v(Hr leur belle-filla Elisabeth de Barière, qui l'appelait à Milan quand le cours des é^èuopaents rompit ses deâseiuB K
Pierre Gambaeorti^ qui était le confident du meode «stier^ sT^rtit Catherine que Barnabe Visoonti se ligaait avec son ancienne ennemie la République de Florence contre le SouTorain Pontife. Hawkwoody loin de se convertir, recevail tantôt la solde de Grégoire XI, tantôt celle dos Florentins, et comm^^ttait d'atroces omautés. Au lieu de l'élendard de la croir^ se lerait une bannière couleur de sang, sur laquelle le naol Liberêas inscrit en larges lettres blanches appelait à la révolte contre k Pape les peuples des £tats de l'Église, qu'on livrait ensuite au premier petit tyran venu.
La missiion de Catherine débutait par un échec. Elle ne se laissa pas décourager. « Le temps des persécocutions », disait-elle, « précède le tempsdes miséricordes, <r et malgré ma douleur je tressaille d'allégresse, car au €4 milieu des épines je sens le parfum de la rose qin tt ta s'ouvrir. » Impuissante à agir sur ]és masses, elle se donna à chacune des âmes qu'elle dirigeait.
therine écrivit aussi au roi de France et au juge d'Ârborea, maître de^l'ile de Sardaigue.) Lett. 256,100. Gron. de Pisa, aut. anon. Muratori, t. XV, p. 1068. Lett. 150, 66, 28, 29.
1. Lettre dTÉlisabelib ée Bavière i €at]toriae de Sîeane es dMe du ao mai 1^75. (Voir Bii>»ogr. i, VI.)
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DsBS le fêiaia Giaharorti Iqb iiienhres bien différtaiB d'une même faaiille ae giODpei«it autour d'elle. Homme de celail dam ees jagememle et dans ses aapîlatioaSy le maitre de Pke se teaail sur Télreite limite qui aépare le piditiqne de la daplicilé. Sa fille Toie, d£jà mariée à treizeens, ri^alîaaii de générœiKé a^ec lee plus grands saints ; le pèfe et la helle-eœur de Pierre s'essayaient à amrcher dans la voie de Dieu ; leur fils Jean késitait entre un mariage Traiment chrétien dent rafibction serait le mobile, et des mariages d'intérêt qui endialneraient sa liberté sans salisiaîre son cœur. Pour dumm Catherine eat un avis qpe semblait dicter le ciel. Lea Baonoonti Tiraient trop près de la BÎMiheareuse ymsT ne pas être sons sa main et sous son autorité. Elle éloigna Yanni des « sociétés perreraes » ; Thomas et François se donnèrent à elle pour lenjoiirs; Gérard déviât son secrétaire ; Catherine, la femme de ce dernier, apprit à cminidtre les doocenra du sacrifiée, et leur mère Nella sut bientôt que « servir le prochain est la « seule manière de se rendre agréable à Dieu ; que la « paix se trouve dans Tanéantissement de la volonté ; « que le monde est diose prêtée, et qull le faut aban- « donner afin de reeeveir dès cette terre les arrhes de la « vie étemello» »
Depnis longtemps les Prêcheurs de Pise etmnaisaaient Gatiwirine par les récits de Fr. Kicolas da Caseina, jadis témoin de ses extases. Le premier qui la rencontra, Fr. Ranieri, curé de Sainte-Christiney fut tossi le premier à se mettre sous sa direction K Au ceovent de Saintedatherine, tout plein de l'esprit des
1. LetL 147» 137, 149, 194, 362, 155, 224, 157, 151, 161, 167, ISd.
fondateurs de l'Ordre, elle troava de fervents disciples. Le prieur, Dominique de Peccioli, lettré, poète, ambassadeur, théologien, prédicateur célèbre , quittait la chaire même de Saint Thomas d'Aquin pour venir s'instruire auprès d'elle. Il lui amenait son collaborateur Fr. Simon de Cascina, son ami Fr. Augustin de Pise ; il la mettait en rapports avec le noble et savant Thomas Ajutamicristo, avec le jeune Jean di Domenico, dont elle formait l'éloquence. Petits et grands subissaient l'empire de Catherine; elle s'occupait même des postulants; l'un d'eux, Fr. Baronto, lui voyant guérir nombre de malades, espéra qu'elle le délivrerait d'une infirmité déclarée incurable par les médecins. « Mon enfant », lui dit la Bienheureuse avec compassion, « cette épreuve est nécessaire à ton salut ; elle te suite vra jusqu'au tombeau sans t'empôcher de servir Dieu <c en religion. » Prédiction douloureuse qui devait se réaliser et rendre Baronto un des dévots de la Sien-
noise ',
Souvent Catherine parcourait la ville; elle allait prier au Dôme, admirable offrande des Pisans, victorieux de la Sicile; elle s'entretenait avec le métropolitain Nino da Spazzavento, âme enthousiaste et généreuse ; puis, traversant la prairie où s'élevait le Baptistère, elle adressait les paroles de la vie éternelle aux ouvriers qui terminaient Tœuvre commencée deux siècles auparavant parDiotisalvi. Le Gampo Santo avait pour elle
1. Chron. ant. «ouvent. S. Gatherinœ de Pisis. Arch. Stor. ital. ' T. VI, P. H, Disp. II, p. 557-592. Fir. Vieusseux 1848. Pisa illast. da A. Morrona, Pisa, 1793^ p. 105-123. Lettera del B. G. di Domenico a S. Paolasua madré, 21 feb. U16. Alcuni discepoli.
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un attrait particulier. Sur cette terre de Psalestîne rapportée par les Groîaés, son imagiiMitâon était plus proche dti Saint-Sépulcre. A l'abri des arceaux de marbre da cimetière, près des morts qm atioidaie&t la lésor* rection, étendus an pied de la croix, devant les freecpies d'Orcagna, enseignement parkntdela mort, il loi était doui de songer à l'immortalité, de s'en oitretenir aTec les ermites qui habitaient ce lien. L'accueil joyeox qui iai était Cût l'encouragea à multiplier ses visites ; bien tôt on l'appela de toutes parts. Les religieuses, les tertiaires se mettaient vaillamment à son école ; les Bénédictines du chapitre noble de Saint-Etienne se montraient dociles à ses leçons. L'une d'elles marchait même de si près sur ses traces que pour Tencourager la Bienheureuse lui racontait ses visions '.
Il n'était pas jusqu'aux austères disciples de Saint Bruno, sur lesquels elle n'exerçât son influence. Le prieur de la chartreuse de Gald, Jean Opezzin^, qui servait Dieu dans les lieux mêmes où ses ancêtres commandaient jadis aux hommes, l'emmena à quelques milles de Pîse afin qu'elle exhortât ses moines et bénit \fB murs du couvent que Nino da Spaizavento faisait bâtir sous les oliviers séculaires de Vallebuia.
A leur tour les Chartreux que le Pape venait dVnvoyer peupler Tile de Gorgone voulurent voir Catherine. C'était un voyage à entreprendre. Durant les longs jours d'été elle rassembla ses compagnons et partit avec eux de Pise; à Tombre des forêts qui s'étendent jusqu'à la mer, elle gagna le rivage. D'un cété s'élevaient les cimes des Apennins , de l'autre fuyaient les