LeUere 206, 211, 226, 210. Dialogo CV1IL Lettera
Huit de la guerre eux-mêmes, se réunirent autour d'elle. Fatiguée par une marche longue et précipitée, plus pâle encore que.de coutume, majestueuse, calme, Catherine parla d'une voix vibrante des torts et des devoirs de la République. Si son langage était en harmonie avec les sentiments de plusieurs des Prieurs des ArtSy il éveillait également de singulières espérances chez les Huit. Ces hypocrites, qu'un peuple en démence avait décorés du nom de saints parce qu'ils prétendaient préférer leur patrie à leur âme, préféraient certainement leur autorité à leur patrie. Or ils voyaient les Florentins découragés de la lutte. L'application récente de la Bulle In omnem ferè terrant, qui lançait l'excommunication et l'Interdit, troublait beaucoup de consciences et ruinait tous les commerçants, en livrant leurs biens et jusqu'à leurs personnes à ceux qui se faisaient un devoir productif d'appliquer contre eux les châtiments de l'Église. Il s'agissait donc de paraître favoriser les espérances du peuple, sans toutefois les réaliser, car une révolution causée par la durée de la guerre, ou la conclusion de la paix, faisait également rentrer dans le néant la magistrature des Huit. Avec une attention croissante ils écoutèrent la parole de la Sainte. Ces astucieux Toscans voyaient en elle un instrument dont ils pourraient faire usage. Quand elle se tut, bien avant qu'on fût las de l'entendre, les Huit se consultèrent entre eux. Thomas Strozzi, de noblesse récente, Alexandre dei Bardi, courtisan de cette même populace qui jadis brûlait le palais de ses ancêtres, connaissaient Catherine. Ils firent comprendre à leurs collègues plébéiens le parti qu'il était opportun de tirer d'elle, et ils répondirent à ses discours par une ofTre unique dans l'histoire. H était du
devoir de la Toscane de &ire trêve à ses querelles avec la Papauté i Sh bien 1 ils choisissaient Catherine pour ambassadrice; en leur nom, elle irait à Avignon plaider la cause de Florence.
Les plus hardis, les pins dévoués citoyens de la République, songeant d'une part aux colères de Grégoire XI, de Tautre à la mauvaise foi probable des Huit, eussent refiisé une pareille mission. Catherine l'accepta. Dieu lui traçait son devoir ; elle obéissait sans que la Providence lui révélât le résultat de ses travaux. D'ailleurs peu lui importait Tastuce des mondains. Elle servait un seul maître, Jésus-Christ, principe et fin de toutes ses œuvres ; puisqu'il l'envoyait à Avignon, il avait ses desseins. Cependant elle désira que ses pou- Toirs fussent nettement définis. « Messeigneurs, » ditelle aux Huit, « si vous voulez vous soumettre comme a des jnorts au Saint-Père, j'irai plaider votre cause, « sinon je ne m'en chargerai point. » Les Huit do la guerre, habitués à peu se soucier de tenir leur parole, promirent à Tunanimité de se rendre sans conditions. L'assemblée entière fit cortège à Catherine quand elle quitta le Palazzo del Popolo. Elle entendait voir tons les pouvoirs afin de se les concilier tous et elle se rendait à l'austère demeure du Podestat. La foule réunie sur la place se précipita à sa rencontre. Chacun disait son mot, c'est la coutume à Florence, et un murmure d'enthousiasme suivit la Sainte. En passant près de l'admirable Loggia que le conseil de la commune se faisait construire d'après les dessins d'Orcagna, Catherine s'aperçut qu'on y élevait des statues aux vertus théologales et cardinales. Tel était Tesprit des Florentins; en guerre ouverte avec le Pape, ré-
sisUnt à rinterdit au iiea de s'en faire relever, ils donnaient mille preuTes de foi et gardaient les emblèmes^ les pratiques d'une religion dont ils méconnaissaient les lois.
Avec le Podestat président du Conseil de la commune, vivaient le Capitaine président du Conseil du peuple et le^ six Capitaines du parti guelfe, sorte « d'État dans l'État,» fruit des dissensions du siècle passé. Comme les Prieurs, ces nmgistrats voyaient leur prestige s'effacer devant lautorité nouvelle des Huit de la guerre. Catherine les tira de rabattement où les jetait le sentiment de leur impuissance; elle fit rougir ceux d'entre eux (pii n'étaient pas disposés à s'employer pour la paix. Jamais ils n'avaient entendu pareille éloquence, même dans leur patrie berceau de la langue italienne, et pour la première fois les divers partis qui se disputaient Florence se mirent d'accord afin de saluer la nouvelle ambassadrice *.
Le soir venu, l'amie des Sodérini s'abrita sous leur toit; déjà elle était célèbre dans toute la ville, non plus comme la tertiaire qui en 1374 édifiait par se» vertus, mais comme Tambassadrice de la République. Voilà, disait-on sur les bords de l'Amo et à l'ombre des coteaux de Fiesole, voilà notre messagère de paix; pareille à la colombe de l'arche, elle reviendra avec une branche d'olivier, et fera sonner les cloches dans les églises rouvertes aux fidèles. Grâce à elle nous aurons la paix, l'abondance et le lepos du cœur !
1. Geschichte der Stadt Rom im MiUelalter, von F. Gregorovius, IV»". Band, S. 165-166. Storia dalla Repubblica di Firenze di Cino Capponi. Barbera, 1875. Vol. I, L. ICI, cap. i. p. 177-178; cap. vi, p. Î43-24&; cap. viii, p. '291.
AMB&SSADBIGK DE FLORBNCB 2\b
Alors, non eontente de préparer la paix avec le Saint- Siège, Catherine essaya d*arracher aax Gondotlieri les urnes ensanglantées qu'ils toaruaient tantôt contre un ]Mrti, tantôt contre l'antre. En attendant la croisade, elle Toolut lancer dans des. expéditions contre les Mtares d' Afrique ces soldats qu'une longue habitude de la guerre rendait impropres à une antre existence, ■ais dont l'esprit ouvert aux oonsmls évangéliques comprenait les leçons de la foi, et, chose surprenante, celles de la théologie mystique ! Pour plusieurs, elle y parvint.
Cependant on semblait à Avignon avoir perdu le
« jugement chrétien » sur les hommes et sur les évè-
nenents. Gomme les révoltés ne s'étaient point encore
soumiSf le Pape continuait la gnorè, et envoyait dans
le Patrimoine des légats qui par leur âge comme par
leur tempérament semblaient personnifier, l'un la
faiblesse, l'autre la violence. Gomment arracher le Vicaire
du Christ i l'influence fatale de prélats qui déshono-
nient l'Eglise et que Catherine flétrissait à bon droit
du nom de démons incamés? — « Je meurs de douleur
« sans pouvoir mourir, » écrivait-elle, en se mettant au
nombre des coupables pour mieux implorer, puis elle
parlait avec sa simplicité accoutumée de la mission
qu'elle avait reçue des Florentins. « La bonté divine.ar^U
« sur les grands loups et les transforme en agneaux...
« Toilà que maintenant je vais vers vous ponr les jeter
« homblea et soumis dans votre sein. Je suis certaine
«que vous les reeetres comiigp un Père... votre brebis
« perdue est retrouvée, vous la mettrez sur l'épaale d^
< l'amour, vous la porterez dans la bergerie de la Sainte
« Église, mais, » continuait laBienheureuse, «notre doux
« Sauveur veut que vous leviez contre les infidèles « rétendard de la Sainte Croix, il veut que la guerre a cesse entre nous et soit portée chez eux. » — Dési^ gnant les terribles Bretons, les Grascons sans frein qu^ le cardinal Robert de Genève s'apprêtait à déchaînel sur la Toscane, elle s'écriait : «Arrêtez les gens que vod ce avez soudoyés afin de les envoyer ici. . . ils vous nuironl « au lieu de vous servir ! Si la vie vous est chère, nfi « venez pas avec une armée, venez la croix à la main ! a
Tout en multipliant ses conseils, Catherine sentait que des paroles agiraient plus sur l'esprit du Pape que des lettres. Elle rassembla donc à la hâte ses compa^ gnons de voyage. Bientôt, aux PP. délia Fonte et dei Dominici, à Frère Saint de Terame, à Etienne Macconi, à Lisa, Alix et Fraiiçoise, se joignirent les Buonconti de Pise, les Fr. Guidone et Félix di Massa, le poète Nic(H las Gicerchi et d'autres encore au nombre de vingt-deux. Néri revenait de Provence ; la Sainte lui écrivit d'y retourner afin d'annoncer au Souverain Pontife l'ambassadrice des Florentins*.
Vers la fin de mai Catherine partit pour Avignon. Sa marche fut si rapide qu'elle passa l'Apennin et les Alpes sans laisser d'autre trace qu'un fugitif souvenir dans le monastère des Frères Prêcheurs de Bologne- Conduite le long des cloîtres, elle s'était tournée vers le cimetière intérieur où les restes vénérés de saint Dominique et de ses premiers religieux avaient reposé avant d'être portés sur les autels et où nombre de DO' minicains espéraient l'heure de la résurrection. Songeant aux travaux qui l'attendaient en Provence, à sa jeunesse