‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 58 sur 116 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

cel cui Jhesus enseigna

Segur escola po tener.

(Jaufre Rudel.)

Al sacro concistor più d'una volta Mostro la gran prestanzia nell' orare.

(J. Cavalieri di Mootepulciano, in Laude di S. Cateriru.i

Arrivée de Catherine à Avignon. — Ses rapports avec les Domiflicains et avec les Frères-Prêcheurs. — Elle paraît devant le Codsistoire. — Malveillance des Cardinaux. — Le Pape lui donne ses pleins pouvoirs pour traiter avec Florence. — Ses efforts. — Ses déceptions. — Elle prêche la croisade. — Ses conseils au duc d*Anjou et au roi de France. — Son désir de quitter la cour pootiûcale.

Le 18 juin 1376, à l'heure où, selon les Provençaux, i( le bon jour du Dieu s'évapore, » Catherine remontanll le cours du Rhône aborda près d'Avignon. Parfumée etj féconde, la plaine couverte de vignes, de moissons, d'oli-j viers en fleur, semblait renaître après les brûlantes chaleurs de la journée ; les derniers rayons du soleil qui glissaient sur le rocher d'où la ville^e mire dans

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les eaux da Rhône doraient de leur lumière les murailles crénelées des remparts et les tours massives du palais des Papes.

Une foule curieuse se porta à la rencontre de Tambasstdrice. Raymond de Gapoue, Jean Tantucci, Néri dei Pagliaresiy attendaient leur compatriote; ils lui remirent et lui traduisirent une courte lettre du Souverain Pontife avant de la conduire à la somptueuse demeure qu'on lui avait préparée. Les habitations que la ville offrait aux cardinaux se nommaient Livrées ; ce fut dans celle de Graillard de ia Motte, restée sans emploi depuis sa mort qu'on installa les tertiaires siennoises. La Chapelle était fort belle ; Notre-Seigneur Jésus^Ghrist luimême y attendait sa servante et près de lui elle goûta le repos que la terre ne peut donner. Le lendemain matin, elle était encore aux pieds du divin Maître, quand Grégoire XI envoya un des dignitaires de la cour Poutificale, Thomas Petra, lui demander ses prières.

Que de fois Catherine n'avait-elie pas prié à l'intention du Pontife! Elle redoubla de ferveur et s'offrit en holocauste, avec une générosité sans limites. « Voici ma « chair, qu'elle soit détruite , » s'écriait-elle ravie en extase; <c voici mon sang, qu'il soit répandu, que mes «ossements eux-mêmes soient dispersés ^.. mon « Dieu... afin que votre Vicaire, Epoux unique de votre

< Epouse, considère votre volonté, l'aime et l'accom-

< plisse... créez en lui un cœur nouveau ! Que le Pape « soit assez fort pour lever l'étendard de la Sainte Croix

< et £adre participer les infidèles aux fruits de la Passion. « Pcccaui, DominCy miserere met, » répétait-elle, corn-

l. Epiai. Dom. Stepbani.

mentant ces paroles en termes dignes de saint Thomas d'Aquin. Enfin, messire Petra la vit s'affaisser sur ellemême et garder le silence. Il 's'apprêtait à quitter la chapelle, mais la Sainte se ranima. « divinité éternelle ! » disait-elle à haute voix, « exaucez votre serce vante, élevez à vous le cœur des ministres de l'Église... « qu'ils vous suivent dans la voie de la Sainte Croix^ tt qu'ils soient des anges terrestres et non des hêtes brutes *. » Lorsque Catherine eut repris l'usage de ses sens, elle s'entretint avec le messager du Pape et lui remit pour son mattre un pli scellé.

Ce fut au pont de Sorgues, dans la belle retraite où le Souverain Pontife se réfugiait pendant les accablantes chaleurs do l'été, que Thomas Petra lui rendit compte de sa mission et lui porta la réponse que Catherine faisait à la lettre de la veille. Grégoire XI avait soumis un cas de conscience à la Sainte. Les cardinaux s'appuyant sur l'exemple de Clément IV, l'un de ses prédécesseurs, prétendaient que le Pape ne devait pas prendre de décision sans le conseil du Sacré Collège. A cet exemple Catherine en opposait un autre, celui d'Urbain V, qui agissait sous la seule inspiration du Saint-Usprit. Avec une finesse toute italienne elle conseillait au timide Grégoire de répondre à la ruse par la politique *.

Peut-être le Pape était-il retenu à la campagne par la maladie? Peut-être voulait-il voir Catherine pour la première fois en présence du Consistoire afin qu*on ne l'accusât pas d'entente secrète avec elle ? Toujours est-

1. Cette longue prière dont nous avons détaché et traduit quelques passages a été publiée plusieurs fois n extenso. Nous avons suivi le texte de Gigli. '

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