‹ Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 90 sur 116 · Ont. VI, XX, X, XI, xni: XV, XVI, XVII, xvm, \\l · texte numérisé non relu

Ont. VI, XX, X, XI, xni: XV, XVI, XVII, xvm, \\l

sur la campagne. Se détournant des riantes collines d'Âlbano, elle contemplait à sa gauche une vaste plaine aux ondulations* indécises» fuyantes, mystérieuses, dont la limite seule se détache en ligne droite à Thorizon comme les flots lointains de la mer. Ce ciel si souvent sans nuages d'où le soleil éclaire une terre sans ombre, cette nature silencieuse, paisible, attiraient son âme accoutumée à chercher dans la création finie le Créateur infini. Rêvant le ciel, elle arrivait au couvent des Dominicaines de Saint- Sixte, où elle racontait les visions par lesquelles Dieu ranimait ses espérances pour l'Eglise. Un jour Notre- Seigneur Jésus-Christ lui montra une vigne chargée de fruits, dont le germe était en Lui ; des chiens vigoureux parcouraient cette vigne, arrachant avec leurs dents les grappes dorées. Non contents de se rassasier, ils appelaient leurs petits, et leur distribuaient des raisins. « La vigne, » disait le Seigneur, « c'est l'Eglise; les ce chiens sont les vertueux prélats qui nourris de ma docce trine la dispensent aux peuples chrétiens. y> Catherine avait vu ca qu'elle décrivait ; elle en parlait avec une foi qu'elle communiqua à chacun. Interrogée ensuite par son auditoire, elle l'entretint de l'éternité, de la vision béatifique, qui de même que la foi est une pour tous, mais à laquelle les âmes participeront plus ou moins selon leurs mérites ; puis elle dépeignit le lieu béni de l'immortalité, ainsi qu'elle l'avait contemple pendant sa mort mystérieuse ^

1. Lett. 286. Orat. XXIII, XIX. Supp. vilœ, Pars II, Tr. VI, Orat. XII. Plus tard, les religieuses de Saint-Sixte, décimées par la fièvre, durent quitter leur couvent. En 1852 on y a retrouvé une peinture effacée où certains érudits* croient voir Sainte Catherine de Sienne.

Ces instants d^extase, de prière, de pieuses conversir lions semblaient d'autant plus doux à la Sainte qu'ils étaient rares et courts au milieu d'éxénements douloureux. A peine Urbain YI fut-il maître de Rome que ses ennemis attentèrent à sa Tie, cherchèrent à Tempoisonner. Prévenu par Catherine, le Pape repoussa la mort qui plusieurs fois lui fut offerte par des mains empressées à le servir. Alors les conspirateurs jetèrent le masque, et on vit des Romains, ' des catholiques, les armes à la main investir le Yatitan. Ce n'était point le combat, car le Souverain Pontife ne se défendait pas, c'était l'assassinat. Urbain YI résigné et courageux revêtit les ornements pontificaux, puis à l'exemple de son Maître Jésus-Christ, à l'exemple aussi de sa conseillère Catherine de Sienne, il alla au-devant de ceux qui le menaçaient, a A qui en voulez-vous? » dit-il. Les rebelles laissèrent tomber leurs armes et s'enfuirent. Urbain YI était sauvé. A quel prix? il le devina bientôt.

Depuis quelque temps Catherine était la proie de violentes douleurs. «Je meurs en vivant,» écrivait-elle à SCS fidèles, <« je demande la mort au Créateur et ne puis a mourir. Ne vaut-il pas mieux mourir que vivre en « voyant la ruine présente et à venir du peuple chré- «t tien? • Ses extases no la consolaient plus. L'Eglise lui apparaissait sous l'aspect d'une Yierge souillée de lèpre. Rome lui semblait pleine de démons ardents à exciter le peuple au parricide. Elle-même se débattait contre Satan qui l'accablait de menaces, parce que ses prières détournaient les colères de Dieu et apaisaient les Romains. Le Christ d'ordinaire si prompt à l'exaucer lui faisait attendre sa miséricorde. « Il faut que le « crime s'accomplisse » répétait le Tout-Puissant à sa

servante, « il faut que le Pape meure de la main des chré- « tiens. Rome sera alors détruite comme autrefois So- « dôme ! » Sans se décourager la' Sainte luttait contre la justice de Dieu. Elle s^offrait en holocauste avec une foi que le Christ victime et Rédempteur ne trompe pas, elle déclarait qu'elle voulait boire le calice dé douleurs et mourir pour son peuple. Urbain VI fut donc sauvé, et quand la .Bienheureuse s'entremit auprès des chefs de l'émeute, les armes qui attaquaient le Pontife se tournèrent pour le défendre*.

Alors on s'aperçut avec effroi que le visage de Catherine portait le sceau de la mort. Tout son être semblait dévoré par une flamme ii^térieure. L'haleine passait sur ses lèvres desséchées comme un souffle de feu. Son activité qu'aucun aliment ne soutenait, dépassait la limite des forces humaines. Ses lettres se multipliaient, elle prévoyait les maux à venir et cherchait à y porter remède. D'une part elle apprenait au Pape que l'ambition et la cupidité se glissaient déjà dans l'âme de plusieurs des nouveaux Cardinaux, de l'autre elle excitait ceux-ci à la pénitence. Avertie par une crise suprême que ses forces pouvaient bientôt la trahir, elle dicta le 30 janvier à Barduccio des pages d'une admirable sagesse sur la conduite que le Pape avait à tenir envers ses sujets romains. Les hommes d'État qui suivaient l'histoire de Rome depuis le premier séjour des papes à Avignon, et qui voyaient la ville peu soucieuse du Sénateur nommé par le Souverain Pontife se gouverner à son gré sous Tautorité de sesBannerets et desBuoni-Uomini, n'eussent

l. Lett. 305, 214, Dial. LXXXVI. Orat. XXIL B. Rai m. Pars U, cap. II, p. 939. Maimbourg) L. I, p'. 152.

pas donnr d'aTii?»?* Mn^tL* iZ'zÛJtiiLTl. — Lit* BaojMCfi» cl certains djss SoHLf-daizzii hnz^siz i»fiLzr i J12 <L::cvi» une assemkiKÎe T^d^^chJ^ m :* h urini izaji»!iLH xx î-£iî:«cii entre le PSipe *ti js zc^m îi4 Bsioi*^ -^ iT::iaîx YI «t5 humble, qaTI se st^crâîiini» Ix nul iiz: pur ^ ^a^iui^sî à riulie soos Se 'srifn^trzi^jL^sji Lm- Iftrt:^^ -zt^ il ï^k^jct* Yolontîeffs et aimarLici-aLi j!*:^ iJiLiaâsatl-ïfr»^ « J^ tocs « en prie. Très SaËit-Pttrc,» «crnii Ci:âi«iz«'^ « tq j«a-

« les sonrent aTee pnôi^ssce^ 2.:raa&i*f2-iri>xs-îies fdjr

a les liens de ramocr. Y::^^x< d^T^îz sxioir (^"il «st «iaas « la conditioii de tch éls nazies c'è^cre a:dr>^ et a retenos plus par la é-ynctitTir «T^ze par la fo>iv% et race prêté des parûtes! Recoai:ai<$4»!Z la cêoessicê pour « vous et pour IXf lise de coiLserrer ce peuple dans « l'obéissance et le respect de Xo>tr«^-^^gneur. Je tous « en prie, soyez prudent, ne promettez qne ee que tous « pouvez pleinement accorder adn qu'il ne sVnsuîTe c ni dommage, ni bonté, ni confusion!... Pardonnez* « moi ces paroles. Votre homilité, Totre bonté seront < contentes qu'elles aient été proférées; tous ne les « aurez ni en aversion ni en dédain parce qu'elles sortent « de la bouche d'une très vile femme; l'humble do a cœur ne considère pas celui qui lui parle. Il Toit c seulement l'honneur de Dieu, la Téiitë, le salut ^ » Tout à coup les lèvres entr'ouvertes de la Bienheureuse cessèrent de dicter; violemment elle tomba sans connaissance sur le sol. Barduccio la releva, ses compa* gnes accoururent, bientôt elle fut comme morte; son corps et son fme lui semblaient divisés quoique présents l'un à l'autre. Deux jours et deux nuits so pas-

Page 1