‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 104 sur 282 · Lattera · texte numérisé non relu

Lattera

A leur tour, les Chartreux que le pape venait d* envoyer peupler Tîle de la Gorgone * voulurent voir Catherine. C^était Un voyage à entreprendre. Durant les longs jours d'été elle rassembla ses compagnons et partit avec eux de Pise ; à Tombre des forêts qui s'étendent jusqu'à la Méditerranée, elle gagna le rivage. D'un côté s'élevaient les cimes des Apennins , de Tautre fuyaient les lignes indécises de la plage. Pour la première fo?s Catherine était en présence de la mer. A l'horizon^ des rochers noirs portaient au milieu de la large échancrure de leur crête le couvent dont à peine on distinguait la forme '. Un bateau attendait les Siennois : ils y montèrent au nombre de vingt : on hissa la large voile carrée, on démarra, et après avoir navigué quelques heures on abordasur la grève de la Gorgone. Dom Barthélémy attendait les voyageurs. Il offrit à Catherine et à ses compagnes l'hospitalité d'une maison située près de la mer ; quant aux Dominicains, il les conduisit à son monastère.

Le lendemain dès l'aube, une longue procession quittait la Chartreuse. Dom Barthélémy amenait ses moines à Catherine afin qu'elle les exhortât. Elle resta interdite : « Que peuvent apprendre les serviteurs de Dieu d'une ignorante ? » dit-elle au prieur.

1. Deux ioscriptions de la Chartreuse de Galci disent qa'à la prière de Catherine, Grégoire XI donna aux Chartreux de ce monastère Tîle de la Gorgone. Les documents font défaut pour savoir quand et comment la chose eut lieu.

2. Suivant nous, Catherine ne s'embarqua pas à Porto Pisano (aujourd'hui Livoume), elle prit la mer le plus près possible de Pise.

SES EXHORTATIONS A LA CROISADE 2i9

Pourtant elle parla, et ce fut avec une rare connaissance des tentations qui assiègent les contemplatifs, des illusions qui les pqrtent à fuir la solitude, des traditions de saint Bruno, de la perfection . que ses moines ont choisie, et dont ils placent l'idéal dans la bonté. Elle sut à la fois convaincre et per« suader de* la nécessité du travail constant, de Timportance de la soumission aux supérieurs, des bienfaits, de la pénitence et de la persévérance, de TobligatLou d*élargirt son cœur afin d y renfermer toutes les créatures de Dieu pour Tamour de lui, de la connaissance dé sioi-même qu'on acquiert par les lumières de la foi, de la connaissance de Dieu où conduit une. oraison humble et continuelle \ La prière, tel était le sujet dont Catherine entretenait ces solitaires, et elle leur prouvait que par l'oraison ils s'enfermaient et se conservaient dans la doctrine du Christ, Leur décrivant les degrés qui conduisent à Tunion avec Dieu, elle s'écriait : « La vie éternelle que goûte une âme en cet état. Dieu vous la fasse éprouver, car jene veux ni ne puis vous la décrire '. » Déjà elle pressentait plus d'un disciple parmi les Chartreux, chacune de leurs âmes lui était aussi chère que la sienne propre, et elle en voulait faire un miroir de l'observance et des coutumes de rOrdre . Dom Barthélémy éprouvait une vraie surprise. €Si,€omme moi, cette Sainte confessait

1. Bien entjdsdu, la.Saiiit««ntelid ce mot dans le sens de saint Paul ; noas donnons, oh. ii et ch. xviii, la substance de Tadmirable traité sur l'oraison qu'elle adresse à un moine de la Ckn-gone.

Page 1