‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 105 sur 282 · Letterel30. lôO · texte numérisé non relu

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tous mes religieux, elle n'aurait pas tenu un autre langage, dit-il au P. Raymond de Capoue ; elle n'a pas proféré une parole inutile. » Le Dominicain - s'inclina sans répondre. Ne savait-il pas que tandis que les fils de saint Bruno, immobiles sous de longs vôtements blancs, invisibles à l'ombre des capuchons abaissés, se tenaient autour de sa pénitente, elle contemplait leursâmesaupleinjour deslumières célestes ? Ne lui avait-il pas entendu déclarer que le prieur était vraiment un ange, qu'il gouvernait une bonne et sainte famille, où elle se proposait d'envoyer des postulants ? Catherine s'était tue ; on se'' prépara au départ.

Dom Barthélémy voulait garder une relique de la jeune Sainte. Il exigea le sacrifice du manteau noir qu'elle avait reçu pour sa profession, vieux morceau de laine qu'elle raccommodait avec une ténacité dont ses disciples souriaient entre eux, et qu'ils avaient racheté quand, dans un acte suprême de charité, elle s'en était dépouillée pour le donner à des mendiants ; on prêta ce singulier trésor aux Chartreux sans le leur donner *. En descendant vers la mer, Catherine attira le prieur à l'écart: « Veillez sur votre troupeau, dit-elle ; Tennemi le menace. » Troublé par ces paroles, car il avait remarqué en Catherine le don de prophétie, son hôte la regarda avec effroi. « Rassurez-vous, ajouta-t-elle ; le démon ne prévaudra pas. »

Les voyageurs mirent à la voile, emmenant quel-

1. Le P. Barthélémy le conserva et le laissa en 1413 à la Chartreuse de Pavie, où il mourut.

ques moines qui avaient voulu les accompagner jusqu'au rivage Pisan. Là, les Chartreux se jetèrent à genoux ; la Tertiaire dominicaine les bénit. « Ne craignez rien, si des dangers s'élèvent sur votre route, » leur cria-t-elle comme dernier adieu, lorsqu'ils reprenaient lamer, le Seigneur est avec vous ! » Ils étaient déjà loin de la côte, quand une tempête imprévue éclata. Le gouvernail fut brisé et emporté à la dérive ; rapidement la barque s'élançait vers les écueils de la Gorgone, où elle échoua. Les Chartreux périssaient, le courant entraînait môme au large un moine accouru de l'île à leur secours. Soudain, sans cause apparente le vent tomba, les flots s'apaisèrent et les naufragés purent gagner la rive à la nage. L'intervention de Catherine parut évidente au prieur ; il songea aussitôt à l'autre avertissement qu'il avait reçu d'elle, avertissement utile, car peu api*fes un religieux du monastère tenta de se poignarder. S'il n'avait pas veillé, Dom Barthélémy serait arrivé trop tard pour désarmer le coupable, que Ton calma en le couvrant du manteau de la Sainte.

Cependant, au moment de s'enfoncer dans les forêts qui entourent Pise, (Catherine arrêtait ses regards sur la Gorgone. Elle connaissait Tavenir et voyait déjà les moines qu'elle venait d'exhorter à prier Dieu pour le succès de la croisade, chassés de leur solitude par les Sarrasins, ce fut donc avec tristesse qu^elle regagnala ville et prit congé desPisans* Ses amis pleuraient son départ ; les pauvres, les malades, les affligés, la bénissaient une dernière fois ; les démons eux-mêmes, parlant par la bouche

de^ possédés, reconnaissaient son héroïque vertu ; mais à tant d'hommages, à taat de conquêtes elle aurait préféré un seul des cris enthousiastes, que saint Bernard arrachait jadis aux foules avides de prendre la croix*.

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