Témoin Matteo Forestani. Lett
pour les créatures rachetées par le sang du Christ, pour des créatures qu'ils ne verront jamais et dont ils ne recevront aucun retour.
Au milieu même des solitudes où saint Augustin avait vécu avec ses amis, elle se plut à entretenir les Ermites du fondateur de leur. Ordre. La règle de saint Augustin sert d'appui à celle des Frères Prêcheurs, et soit par leurs sermons, soit par rinspiration directe du Saint-Esprit, Catherine connaissait les écrits du grand Docteur. Comme on la trouvait plus affirmative que saint Augustin sur la fréquente communion, puisqu'elle désirait recevoir chaque jour le corps du Rédempteur, elle repartit gaiement à un évoque qui l'en reprenait : « Il ne me suffit pas d'être bonne une fois par an, une fois par mois, ou une fois par semaine, il m'est nécessaire de Têtre tous les jours : aussi saint Augustin a-t-il raison de ne pas me blâmer absolument. » Nul ne la contredit, car c'était à ce couvent qu'elle avait adressé Tun de ses admirables commentaires des paroles du Christ : J'ai désiré d'un grand désir faire cette Pâque avec vous. On voyait d'ailleurs sa vertu attestée par de nombreux miracles. L'un d'eux fut un bienfait durable pour les moines, car la Sainte changea les eaux bourbeuses de leur mare en une source limpide \
1. Aie. mir., s. 15. — Alcnni dise. La cellule qu'occupait Catherine est aujourd'hui une chapelle dans laquelle on lit l'inscription suivante : Siste hic^ viator^ et haê eedes erectai a B. Joanne Incontrio, tmno MCCCXXXy uhi ieraphiea Oatharina Senensis sponsum receptavit Chri»tum, veneraré mémento» Lettere80, 17, 51,52.
Parmi les solitaires de Lecceto était un Anglais d'une haute sainteté, ce Guillaume de Flete que Dieu lui-même avait miraculeusement donné pour ami à Catherine. Dans le monde des âmes où tous les deux vivaient pendant leurs visions, .ils s'étaient connus et aimés. Les lettres de la jeune Sainte avaient été utiles au vieil ermite ; sa présence le fut plus encore, surtout pendant Thiver de 1376. Sans le remarquer, Guillaume de Flete s'était peu à peu fait une règle personnelle dans la règle de saint Augustin. Tout ce qui Tarrachait à ses mortifications et à ses oraisons lui semblait un supplice. Parfois même il discutait la volonté du prieur. « Ignorant, dit la Tertiaire illettrée au Bachelier célèbre par sa science , ne sais-tu pas que la pénitence corporelle est un moyen, non un but ? Ne sais-tu pas que le désert où se plaît le Christ est en nous-mêmes, dans la cellule intérieure creusée par la connaissance de notre néant ? Ne sais-tu pas que Taustérité et la retraite sont inutiles, si nous ne soumettons point notre volonté ? »
Catherine instruisait Guillaume ; Dieu les avait réunis à cette fin. Mais le moine avait en l'esprit ces ténèbres que longtemps le moi peut jeter comme son ombre entre Tintelligence humaine et la lumière divine, et pour éclairer le savant religieux, Thumble Tertiaire lui fit un sacrifice devant lequel une âme moins généreuse eût reculé: elle lui dévoila les débuts de sa propre vie intérieure. Disciple docile, Guillaume de Flete écrivit les paroles de la Sainte, les tradui-
sit en latin *, et pourtant ne les comprit pas encore : rheure de Dieu n^avait pas sonné. Ce qu'il comprit, c'était le devoir imposé aux serviteurs de Dieu par les malheurs de l'Église. Les Ermites avaient des rapports avec leurs concitoyens ; Catherine leur ordonna de porter « le doux nom de Jésus parmi les hommes ; ils semèrent la parole incamée, le Christ, dans le champ des âmes et y firent germer la vérité *. »
Cependant les disciples que Catherine avait dans le monde rivalisaient de zèle avec les disciples qu'elle avait dans le cloître. Aussitôt après son retour de Lecceto, ils accoururent à elle « les mains pleines du fruit de leurs travaux, » c'est-à-dire des âmes qu'ils prétendaient ranger sous sa loi. L'un d'eux, Pierre Bellanti, qu^elle avait jadis réconcilié avec ses ennemis, lui amena Etienne Maconi, jeune chevalier dont la famille était alors en lutte ouverte avec les Tolomei et les Rinaldini. Ces puissants seigneurs ne voulant se prêter à aucun accommodement, la médiatrice de toutes les querelles saurait les y décider.
Etienne éprouva une vive surprise à la vue de Catherine. Il croyait trouver à Fontebranda une timide religieuse, ignorante du monde, que sa visité embarrasserait. Elle ne se montra au contraire inférieure à personne par son langage et