LOSI LAUDI DI 8. CATBIIINA
Lettres de Catherine à Grégoire XI et à divers prélats — Son voyage à Florence. — Ses discours au Palazzo Vecchio et au PflJazzo degli Anziani. — La République la choisit comme ambassadrice. — Elle part pour Avignon. — Son passage à Bologne.
Le Souverain Pontife n'avait point dédaigné d'associer Catherine à la politique du Saint Si^ge et quand elle vit Tinsouciance de la cour d'Avignon compromettre le résultat de ses récents efforts, elle résolut d'écrire à Grégoire XL Catherine était d'une simplicité absolue ; aucune puissance de la terre ne Tintimidait, et sa lettre pleine de mystique poésie est d'une hardiesse singulière. Commençant comme elle commençait toujours : « Au nom du Christ crucifié et de la très douce Marie, » mettant selon sa coutume dans la pre-
niière phrase tout Tobjet de sa pensée, elle le conçoit, elle le développe, elle le résume en une vigoureuse synthèse, avec les ressources de la raison éclairée par la Foi et souvent illuminée des inspirations directes du Saint-Esprit. D'un trait elle die ta:
« Révérendissime et bien-aimé Père en Jésus- Christ, votre indigne, malheureuse et misérable fille Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus-Christ, dans le précieux sang duquel elle écrit, s'adresse à vous, avec le désir de vous voir un arbre fécond chargé de fruits doux et suaves, planté en une terre fertile. Hors de cette terre qui est la connaissance de nous-mêmes, Tarbre se dessécherait et ne porterait point de fruits. L'âme qui se connaît s'humilie : elle ne voit pas en elle de quoi s'enorgueillir... Sachant qu'elle n'est point par ellemême, tout ce qui est en elle, elle le rend à Celui qui est... 0 douce et vraie connaissance ! tu portes le glaive de la haine, et avec cette haine tu étends la main du saint désir pour enlever et tuer le ver de l'amour-propre. C'est un ver qui corrompt et ronge la racine de notre arbre, de telle sorte qu'il ne peut produire aucun fruit de vie ; sa verdure se dessèche et se fane; car en celui qui s'aime vit la superbe, chef et principe de tout mal. Dans quelque condition que se trouve l'homme, qu'il soit prélat ou subordonné : s'il n'aime que lui seul, c'est-àdire s'il s'aime pour lui-même et non pour Dieu, il ne peut faire autre chose que le mal et toute vertu est morte en lui. Il est comme la femme qui enfante ses enfants morts. »
Passant ensuite des réflexions générales à des
conseils directs au pape , la Sainte ajoutait : « Si c'est un prélat, il agit mal : par amour de lui-même (c'est-à-dire pour ne pas déplaire aux créatures), il tue en lui la justice sainte. Il voit commettre des fautes et des péchés à ses ouailles, et il semble qu'il paraisse ne pas les voir, ne pas les corriger, ou, s'il les corrige, il le fait avec une telle froideur, une telle tiédeur de cœur, que cela ne sert de rien. C'est un replâtrage du vice... Si, quand il en est besoin, la plaie n'est pas cautérisée par le feu, si Ton n'y met pas le fer, mais seulement de l'onguent, elle ne s'assainit pas, elle pourrit et quelquefois elle cause la mort. »
« Hélas ! hélas ! mon très doux père *, s'écriait Catherine, voilà pourquoi vos sujets sont tous corrompus par l'impureté et par l'iniquité ! Hélas ! je le dis en pleurant ! . . . Pourquoi le pasteur continue-t-il à employer tant d'onguent ? Parce que ce remède ne lui cause aucun ennui. En traitant les malades par l'onguent, il n'excite contre soi aucun déplaisir, aucune malveillance : il ne lutte point avec la volonté du malade. Le malade voulait de l'onguent, il lui en a donné ! 0 misère humaine ! Le malade est aveugle et ne voit pas ce dont il a besoin. Le pasteur, qui est médecin, ne considère que son plaisir, que son avantage personnel... il n'use ni du glaive de la justice, ni de la flamme de la très ardente charité. Ces deux hommes accomplissent la parole du Christ : Si un aveugle en guide un autre, ils tombent dans la