‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 121 sur 282 · Doleiêsimo habbo mio · texte numérisé non relu

Doleiêsimo habbo mio

fosse. Malade et médecin s'en vont en enfer, » Après avoir exhorté Grégoire XI à donner cent mille fois sa vie, s'il le fallait, pour l'honneur de Dieu et le salut des créatures, après lui avoir montré, avec un rare bonheur d'expression, que le pasteur mercenaire, dont l'intérêt est le mobile, n'abandonne pas seulement les brebis au loup, mais les dévore lui-même, Catherine continuait ainsi : « Suivez le doux Grégoire \ Ce qui lui était possible vous l'est aussi, car il n'était point d'une autre chair que vous. Le Dieu d'aujourd'hui est le même que dans ce temps ; rien ne nous manque, sinon la vertu et la faim du salut des âmes... Mon père... ne nous occupons plus ni de nos amis, ni de nos parents, ni de nos besoins temporels; donnons-nous à la vertu... les biens temporels ne vous manquent que parce que vous avez abandonné le soiii des biens spirituels

Que les pontifes, que les pasteurs, que nous toutes créatures de Dieu , nous soyons honteuses de notre ignorance, de notre orgueil , de nos plaisirs , en voyant la libéralité, la bonté, l'amour ineffable de notre Créateur : revêtant notre humanité, il s'est montré à nous comme un arbre chargé de fruits doux et suaves, afin que nous, arbres sauvages, nous puissions nous enter sur lui. »

La Bienheureuse dépeignait le « bien-aimé Grégoire et les autres bons pasteurs » entés sur

1. Le pape saint Qrégoire le Grand. Ce nom se trouve sans cesse sous la plame de Catherine.

l'arbre de vie, c'est-à-dire conformant leurs mœurs à celles du Christ. Devant le pape elle dressait la croix, d'où le Crucifié criait aux âmes: J'ai soif ! une soif infinie de votre salut, que ma passion sur la terre ne saurait pleinement exprimer. Entraînée par son zèle, elle disait à Grégoire XI : c Si jusqu'ici vous n'avez pas été ferme, en vérité, je le veux et je vous en prie, agissez virilement dans cet instant du temps qui vous reste... Le secours divin est proche... Donnez vos soins aux affaires spirituelles ; mettez de bons pasteurs et de bons recteurs dans vos villes, car ce sont les mauvais pasteurs et les mauvais recteurs qui ont causé les révoltes... Exécutez vos desseins... revenez^ ne tardez plus... levez le gonfalon de la très sainte Croix... Je vous en supplie, invitez ceux qui vous sont rebelles à une sainte paix, afin que toute la guerre tombe sur les infidèles... Prenez courage, venez consoler les pauvres serviteurs de Dieu, vos enfants... Pardonnez-moi, mon père, de vous avoir dit tant de paroles. Vous savez que la bouche parle de l'abondance du cœur. . .

€ Je vous prie de vous montrer un père, dans vos négociations avec Pise et Lucques. Secourez-les en ce que vous pourrez, invitez-les à rester fermes et persévérantes. Je suis allée à Pise et à Lucques, afin de les engager autant que je l'ai pu à ne pas se liguer avec les membres corrompus qui vous sont rebelles. Mais elles hésitent, car vous ne les encouragez pas, et la partie adverse les stimule et les menace. Jusqu'ici elles n'ont pas pleinement consenti. Je vous prie d'écrire une lettre pressante à messire

Pierre ^ Faites-le promptement et sans tarder, je n'en dis pas davantage.

« Ici j'ai appris que vous aviez nommé les cardiniaux. Je crois qu'il serait plus à l'honneur de Dieu et meilleur pour nous, si vous vous appliquiez toujours à choisir des hommes vertueux. Le contraire a comme effet le déshonneur de Dieu et la corruption de l'Église. Ne nous étonnons pas ensuite si Dieu nous envoie ses châtiments et ses fléaux ; nous les avons mérités. Je vous prie de faire virilement et avec crainte de Dieu ce que vous avez à faire. »

Dans sa première lettre au chef de l'Eglise, la Dominicaine ne pouvait point oublier son Ordre. Pour cette chère famille elle implorait non point des privilèges, mais une autorité respectueuse de la règle. Sans juger Elie de Toulouse ' dont sa vision prophétique lui dévoilait peut-être Taveuglement futur, elle écrivait :

« On m'a dit que vous deviez pourvoir le Maître de notre Ordre d'un autre bénéfice. Je vous prie donc, pour Tamour du Christ crucifié, que vous nous donniez un bon et vertueux vicaire; c'est nécessaire à TOrdre, tant il est dégénéré. » Faisant intervenir de sages prélats qu'elle avait eu occasion de rencontrer, elle ajoutait: « Vous pouvez en conférer avec messire Nicolas d'Osimo et avec Tarchevêqued'Otrante, je leur écrirai à ce sujet ^ »

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