‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 124 sur 282 · C£.Letteral · texte numérisé non relu

C£.Letteral

3. Dans les griefs relevés contre le Saint-Siège était l'appui donné aux Salimbeni contrôla Hépabliqae de Sienne par le Nonce Gérard du Pny.

ment, pour mauvais qu'il fût, était cependant moins oppressif et partial que celui des Etats environnants*. De telles traverses eussent découragé le caractère le plus confiant en soi, mais ce n'était pas en ellemême que Catherine puisait sa force ; elle n'agissait pas par des vues personnelles, et plus les obstacles paraissaient insurmontables, plus elle comptait sur le secours divin. L'influence des cardinaux français prévalait de nouveau, Grégoire serait sourd à sa voix; elle se tourna donc du côté des Florentins ; le Saint-Siège leur laissait le temps de se soustraire au châtiment par la soumission, il fallait les y décider.

D*abord elle s'adressa aux hommes qu'elle dirigeait depuis 1374 et qu'en 1375 elle avait exhortés à prendre la croix ; ils étaient nombreux et appartenaient aux diverses classes, aux divers partis. Tous se montrèrent ardents à la servir; plusieurs avaient de l'influence ; l'un d'eux surtout lui fut de puissant secours. C'était Nicolas Soderini, Prieur des Arts, célèbre dans la République par l'élévation du caractère et par l'esprit de paix, signe distinctif d'un vrai disciple du Christ. Dès la révolte de Florence, Catherine Pavait averti du châtiment qui en serait la suite, châtiment d'autant plus terrible que les orgueilleux Florentins, « remplissant l'office des démons, entraînaient les autres créatures de Dieu à commettre la faute qu'ils commettaient eux-mêmes. » Grâce à la Sainte, Soderini remplit au contraire c l'office des anges intermé-

1. Geschichte der Pâpste seit dem Aasgang des Mittelalten Yon, Di'Liidwig Partor. Freibnrg, 1886, I, 1, 82.

diaires entre rhomme et Dieu; » il s'employa pour la paix auprès de ses collègues et leur communiqua les lettres de la Dominicaine. La lettre qu'elle avait écrite au moment où Grégoire prenait l'initiative de négociations avec les rebelles exposait les devoirs de tout peuple chrétien envers l'Eglise € qui n'est JUitre chose que le Christ. » Maintenant <iatherine développait sa pensée, elle montrait à la ville, occupée d'alliances coupables , que l'assemblée des chrétiens forme un corps unique, lié en ses parties, dont Jésus-Christ est la tête ; lui seul fait vivre ses membres ; or donc s'attaquer au vicaire du Christ, c'est s'attaquer au Christ môme ; c'est se condamner à la mort. « Livrée à ses forces propres, la raison ne comprend guère cette vérité révélée, dit la Sainte, mais nous ne sommes ni des Juifs ni des Sarrasins, nous sommes des chrétiens ! » Les objections qu'on pouvait élever, Catherine les prévoit et les détruit; la vérité, pour laquelle elle exhorte Soderini à mourir, est son seul souci ; elle ne voile point les torts des légats et du clergé, seulement elle dévoile l'aveuglement des pécheurs de Florence, prompts à condamner les oints du Seigneur libérés de la servitude du monde et investis de l'autorité divine ; de faux chrétiens s'écrient : Nous poursuivons les péchés des mauvais pasteurs ! et ils prétendent être agréables au Christ en persécutant son épouse. Sans doute les prêtres eux-mêmes la souillent par trois vices immondes : la luxure, l'avarice et l'orgueil ; leur corps est l'instrument de tous les péchés que les hommes peuvent commettre. Ils boivent, ils blas-

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phèment, ils jouent jusqu'à leur âme ; ils évoquent les diables et se les associent ; ils vendent les prélatures, les grâces du Saint-Esprit, et laissent de riches héritages, au lieu de mourir insolvables pour l'amour des pauvres. Ils osent tout, môme tromper le peuple par des consécrations feintes. Dieu les pimira donc plus sévèrement que les autres pécheurs, la mort rendra à chacun ce qui lui est dû ' ; mais fussent-ils de véritables démons incarnés, nul, sous peine du châtiment éternel, ne peut se faire le justicier de Dieu ; en aucun cas la loi civile n'est autorisée à frapper des ecclésiastiques justiciables d'un autre tribunal que le sien '. Cette attitude conduira l'Etat non seulement à s'affranchir du pouvoir de l'Eglise, mais encore à la dominer injustement': Florence empiète sur les droits de Grégoire XI, elle sera punie. La dernière parole de la Sainte est celle du Christ en faveur de l'humanité coupable ; mille fois et plus encore, si c'était possible, elle donnerait sa vie pour Florence, car la mesure de son désir c'est la mesure infinie du cœur de Jésus*.

Loin de ralentir l'activité de Soderini, l'interdit et l'excommunication l'excitaient à entretenir plus encore ses concitoyens de l'espoir que personnifiait Catherine de Sienne. Enfin saisissant le moment

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