‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 123 sur 282 · Joan. I · texte numérisé non relu

Joan. I

2. Lassa andarê; expression plus belle que donne. Va* mour ôte tout retour sur soi dans le sacrifice.

chose la plus précieuse n'est-elle pas ce qu'on doit le mieux défendre? Le vrai trésor de l'Église est le sang du Christ donné comme prix des âmes et non comme prix des richesses temporelles. Si vous êtes tenu de conserver et de reconquérir le trésor de la Seigneurie des villes, que TEglise a perdu, combien davantage êtes- vous ' tenu de reprendre tant de brebis qui sont un trésor de rÉglise!... Paix, paix, paix donc pour l'amour du Christ crucifié! Ne considérez point Tignorance, l'aveuglement et Torgueil de vos enfants. . . Je ne vous écris point afin de vous enseigner, mais parce que la vérité première m'y contraint et que dans ces guerres et ces malheureuses aventures, je ne vois pas que vous puissiez jouir d'un moment heureux... Ces calamités arrêtent votre désir de réformer votre Epouse, de la réformer, dis-je, en lui donnant de bons pasteurs et de bons recteurs. Votre Sainteté les trouvera, s'il lui plaît de les chercher. Vous savez que pendant la guerre il vous est difficile de le faire ; comme vous croyez avoir besoin des princes et des seigneurs, il vous semble que la nécessité vous contraint à faire des pasteurs à leur gré et point au vôtre ! .. Prenez conseil des véritables serviteurs de Dieu ; ils vous consei^eront selon la vérité ; vous avez besoin d'eux. La guerre et le manque de vertu, voilà les deux raisons pour lesquelles TEglisc perd et a perdu ses biens temporels. »

Au sujet de la croisade, la Sainte n'était pas moins éloquente. « Levez l'étendard de la très ardente, de la très douce croix, disait-elle, car

tous courront à l^odeur de la croix, même ceux qui vous ont été le plus rebelles... Vous les prendrez,, eux et leurs personnes, et Us vous aideront.à faire la guerre aux infidèles qui menacent de. vous arracher votre bien- Vous-même, le^ serviteurs de Dieu et moi, misera miserabile, nous verrons s'acr complir notre désir : les pauvres âmes païennes qui ne participent point au sang de l'Agneau seront rachetées !»

Dans la ferveur de son zèle, Catherine voudrait voir le pape : a bocca, dit-elle, crederei dipiù sfogare l'anima mia * ; et elle cherche à faire pénétrer en Grégoire sa propre volonté de donner sa vie pour les créatures de Dieu. Les hommes sont méchants, orgueilleux, ingrats, rebelles ; s'ils ne se réconcilient point avec le pape, ils seront exclus de rhéritage éternel, dont le pouvoir du successeur de Pieri'e leur ferme l'entrée ; mais ils étaient tels quand Jésus les racheta de son sang. Le Vicaire ne suivra-t-il pas l'exemple du Maître ? Ne sera-t-il pas un vrai pasteur, maintenant que l'heure sonne de sacrifier sa vie pour son troupeau ? Comme un agneau au milieu de loups cruels, Grégoire est au milieu de mauvais conseillers, de prélats, de recteurs de la sainte Eglise qui dévorent les âmes confiées à leur garde ; pourtant, s'ils attaquent le pape quand il voudra rentrer à Rome et entreprendre la croisade, que Grégoire ne craigne rien. Le feu de la charité consume tout obstacle, le Christ l'a bien

U De vive voix je pourrais miens, je crois, épancher mon ftme.

lAUm CATeSRIME 9

prouvé en faisant du persécuteur de la foi Tapôtre saint Paul. Catherine envoie son fidèle Néri à Grégoire XI ; peut-être confiera-t-il quelque secret à ce messager : « Car nous ne pouvons pas écrire tout ce que nous voudrions, i insinue-t-elle en terminant sa lettre au pape*.

Cette parole révélait la connaissance surnaturelle du caractère timide de Grégoire, connaissance qui inspira les lettres de Catherine à divers prélats dont elle devinait Tempire. Le principal d'entre eux, le cardinal Orsini, était fils du comte de Noie, Tun des messagers ordinaires de Grégoire XI près de la Bienheureuse Brigitte; parmi les frères du cardinal on distinguait Robert, à qui la prophétesse avait prédit la joyeuse mission d'accompagner le pape à Rome. Préparé à comprendre Catherine , Orsini lui avait rendu visite, lors de son passage à Sienne pour aller en cour d*Ayignon recevoir ïe chapeau. Depuis il sUnstruisait à Fécole de la Sainte. Par une admirable lettre , elle avait largement ouvert Tâme du cardinal à la charité ; dans une seconde elle précisa les devoirs des cardinaux : € colonnes fondées en toute humilité au milieu de l'Eglise sur la force du Christ, fleurs odoriférantes, miroirs où les hommes du siècle sont appelés à se mirer. »

Le docte Florentin Pierre Corsini, lui aussi membre du Sacré-Collège, n'avait jamais rencontré

2. La troieième de celles qui ont été cocservées. Lettare 185, 209, 218.

SON AMBAâ8At)Ë â9l

Catherine, et pourtant le coeur du prélat, rétréci par de mesquines vanités, était sans secrets pour son regard. Elle s'efforçait d'élargir ce cœur, de lui faire chercher dans lamour, la lumière par laquelle on participe à la sagesse du Fils de Dieu ; à l'ambitieux seigneur elle voulait une ambition noble : celle de € ressusciter les fils morts de TEglise. » Près des c colonnes » se trouvaient les « pierres vives : > Jacques dltri, archevêque d'Otrante, et le secrétaire du pape, Nicolas d'Osimo, que Catherine avait intéressés au choix d'un Maître général pour rOrdre des Prêcheurs. Elle les exhorta aux vertus de leur état, à dire la vérité, dussent-ils affronter mille morts. Une vision, leur écrit Catherine, vient de m'éclairer sur les obligations que tout chrétien a, « selon sa mesure, » envers le clergé. Je m'offrais comme victime prête au martyre pour « le corps universel de toutes les créatures qui participent à la lumière de la Foi, ^ quand le Sauveur m'est apparu et m'a ordonné de jeter mes oraisons, mes peines, mes souffrances, mes désirs, et s'il le faut ma vie dans le corps mystique de l'Eglise *. t Un tel service lui est agréable au point qu'il en rémunère non seulement ses serviteurs désintéressés, mais même les mondains dont l'intérêt est l'un des mobiles. » Lumières, raisonnements, passion entraînante, éloquence persuasive, tout ce jque la Sainte accumula au cours de cette correspondance avait un même objet: mettre en l'âme des conseillers du « doux Christ de la terre »

I . Oatherine nomme l'ensemble des chrétiens le corps univer* sel, et le clergé le corps mystique deTEgliie.

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la force du Christ triomphant, afin qu'ils pussent décider Grégoire à la croisade, au rétablissement du Saint-Siège à Rome, à la réforme du clergé, et surtout à la paix par le pardon des injures'. La paix, le pape la souhaitait par tempérament comme par vertu, mais ce fut sous l'influence de (Catherine* qu'il fit des propositions pacifiques aux Florentins. Doubles dans leur conduite, ceux-ci occupèrent les envoyés pontificaux par de vaines promesses, tandis qu ils excitaient à la rébellion Bologne, la dernière ville des Etats de l'Eglise qui tînt encore pour le Saint-Siège ; puis ils massacrèrent les inquisiteurs et écorchèrent vif le nonce pontifical. Méconnu, insulté, dépouillé de tous ses biens et frappé dans ses ambassadeurs, le pape lança contre ses ennemis l'excommunication et l'interdit. Inquiète pour son commerce, car sur la terre entière l'interdit livrait à tous les richesses et la personne des Florentins, qu'il devenait licite de piller et même de réduire en esclavage, la République expédia sur l'heure des messagers en cour d'Avignon ; mais au lieu de faire lever une sentence, plus terrible dans son énoncé que dans son application, ils employèrent leur éloquence à accuser les légats ' et non à excuser les Florentins. Un mouvement national,comme ritalien'enavaitjamais connu, la portait à se révolter contre des étrangers, dont legouverne-

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