‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 126 sur 282 · Ammirato fi. XIII · texte numérisé non relu

Ammirato fi. XIII

cœur, l'ardente charité qu'elle a perdue : Siatemi uomo virile e non timoroso, s'écriait-elle, puis elle ajoutait : C'est la main désarmée que celui dont vous tenez la place a vaincu nos ennemis ; c'est sans armes à la main que vous vaincrez vousmême *. Moi je ne puis plus attendre ; vivante je meurs !... Ecoutez ce que vous diront Frère Rayipiond et mes autres fils de la part du Christ crucifié et de la mienne. L'amour et la douleur qui me font parler me seront une excuse. »

Tout en se préparant à se rendre à Florence, Catherine entretenait une fréquente correspondance avec ses envoyés. Elle les nomme les hérauts du Verbe, elle les veut intimement liés et soumis les uns aux autres, grâce à leur union en Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie. Aimez-vous! est son dernier mot à ces hommes divers d'état et de condition, que son amour maternel sait associer pour une grande œuvre. La lumière dont elle les éclaire, les conseils qu'elle leur donne font songer à saint Jean au milieu des disciples. L'impatience de son désir éclatait dans ses lettres au P. Raymond : « Dites au Christ en terre qu'il ne me fasse plus attendre, écrivait-elle ; alors, comme le doux vieillard Siméon, je chanterai mon Nunc dimittis! » Parole pleine d'autorité, qui imposait d'autant plus que la Sainte s'humiliait davantage de ses péchés et les accusait de nuire à son apostolat ; enfin de cette âme débordante d'amour s'échappait ce cri pas-

1. De noaveau noas retrouvons sous la plume de Catherine des paroles de S. Grégoire et de S. Bernard.

sionné : « Je voudrais qu'un glaive me tranchât le cou et répandît mon sang dans le corps mystique de TEglise * ! >

Avant d'engager sa fidèle servante dans des travaux où elle devait trouver plus d'une déception, au lendemain même de sa séparation d^avec son confesseur, le divin Maître la fortifia par des visions pleines de douceur, où elle trouva des lumières propres à augmenter sa charité. Elle jouit de Dieu à un degré qu'elle ne parvint point à expliquer à ses disciples.

^anniversaire du jour où, Tannée précédente, elle était marquée des stigmates du Christ, l'avenir s'éclaira pour la Sainte. Elle vit que la persécution soufferte par PEglise amènerait la réforme du clergé et la gloire de TEpouse de Jésus-Christ. Le Seigneur, disait-elle, fait une discipline avec les persécuteurs, comme au temple il faisait une discipline avec des cordes ; sous les coups de cette discipline, les immondes, les cupides, les avares, ceux qui vendent et achètent les dons du Saint-Esprit se convertissent. Descendant le cours des siècles, l'Extatique contempla la régénération des peuples dans le sang du Christ : Dieu l'envoyait porter la paix aux chrétiens et aux infidèles * ; la croix au cou, l'olivier à la main, elle partait pour annoncer une grande joie et ce n'était pas sans motif que durant cette vision l'apôtre saint Jean guidait la phalange dominicaine,

Page 1