Chronique de St-Denis. II, f
2. Nu] n'ignore qn'Etîenne Marcel fit massacrer aux côtés du Dauphin ses denx loyaux serviteurs, le sire de Conflaas, maréchal de Champagne, et Robert de Clermont, maréchal de Normandie.
3. « Cette ordonnance est le premier acte politique de la France ; les réformes indiquées dans Tordonnance furent presque toutes accomplies par nos rois. » Michelet, II f, vi, 111, 418, 419.
depuis la rupture des liens féodaux, apprenait de lui une leçon nouvelle : la fidélité au roi.
Ce ne fut donc pas seulement à Fhôtel Saint-Paul qu'on s'étonna^ quand une Sainte dont la brûlante parole poussait les condottieri eux-mêmes à l'amour généreux dont l'élan franchit, sans la chercher, la ligne qui sépare les ordres diyins du conseil, entretint Charles Y deâ seuls comniandements. L'accent môme de Catherine était d'une sévérité inattendue. Que le roi, disait-elle à Charles en le nommant son venèrabile sigtwre epadre, ne rompe pas avec le Christ qui est la Voie, la Vérité et la Vie ! Cette Voie tend à la justice et ne passe point par les honneurs, mais par l'insulte et les souffrances. La Vérité, c'est manifester la justice sans se laisser guider par Tégoïsme : il faut mépriser la richesse prêtée dont on n'est point le possesseur, ajoutait la Sainte, rappelant au successeur de Philippe le Bel que le roi très chrétien est pour quelques anuées un mandataire de Dieu et non point un autocrate propriétaire. La Vie, continuait-elle, est dans l'amour du prochain, dans le pardon du mal qu'il nous fait, car la haine allumée par la cupidité tue celui qui l'éprouve. Après avoir exposé et appliqué les paroles de saint Jean, Catherine précisait : La perte de biens temporels sera un gain pour Charles de France, s'il se réconcilie avec son frère d'Angleterre ; la mort devrait le tenter, si l'offrande de sa vie arrêtait le dommage que la guerre cau^e aux chrétiens et même aux infidèles qu on ne va point convertir. « Assez de folie et d'aveuglement, crie-t-elle au saige artiste peu accoutumé à
s'entendre juger de la sorte ; songez au mal dont vous êtes la cause! » Par une vigoureuse synthèse de sa lettre elle concluait ainsi: « Pour vous, la voie c'est la patience sous l'injure; la doctrine, c'est la paix a;vee votre prochain ; la charité, c'est prendre la croix. > Donnant à la croisade le sens d'un sacrifice, elle la nommait « le doux mystère du saint passage. » Les derniers mots de la jeune apôtre étaient frappants par leur autorité : « Ainsi vous ferez la volonté de Dieu et la mienne, ainsi vous observerez les commandements divins*, i»
Le roi ne signa pas la paix et ne s'occupa guère de la croisade; l'orgueil du succès aveuglait sa sagesse, et sa politique, où la ruse avait trop de part, lui émoussait le sens moral. Tombant dans une sorte d'indifférence au bien et au mal, il disait que t les circonstances font les choses bonnes ou maulvaises •. > L'accomplissement des devoirs que Catherine lui présentait comme nécessaire, comme un commandement, ne lui parut pas opportun, et la sagesse du siècle l'applaudit. Accepter une paix sans gloire révoltait l'audace chevaleresque ; ressusciter la croisade tuée avec les Templiers par Philippe le Bel, révoltait la circonspection bourgeoise. Ouverte aux visions prophétiques, l'intelligence de Catherine discernait peut-être le grand plan divin, dont par ses combinaisons personnelles, Charles V entravait la miséricorde. Dans ce plan, il pouvait être donné au roi très chrétien d'empêcher