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sans laquelle le seigneur de Foligno se fût damné: « j'ai permis Taccident, dit le Rédempteur, afin que par Teffusion de son sang il trouvât la vie dans le mien * ! » Avec ces paroles on pouvait consoler la veuve de Trincio! Catherine lui montra ce qu'une telle mort avait de providentiel: l'heure de Dieu avait été l'heure de la miséricorde, Trincio n'était point mort au milieu des affaires et des plaisirs qui le captivaient; mais quand il s'offrit pour l'Eglise, Dieu accepta son sacrifice et sauva son âme. Vibrante des plus intimes délicatesses de chaque douleur, Catherine ne nommait pas Trincio ; elle sentait que pour les veuves il est une âme vivante en elles devant la miséricorde du Christ, et que cette âme est simplement, comme l'écrivait la Sainte, « son âme » l anima sua !
Montant vers la Roche, Catherine songeait à la dame de Foligno. Elle lui avait proche la patience, elle avait rappelé à la fiére Jacqueline l'asservissement où parfois la réduisaient les richesses et les honneurs, qu'il est onéreux de posséder et cruel do perdre ; elle lui avait montré la brièveté de l'épreuve, la durée de la gloire ; elle lui avait dicté une prière admirable inspirée des exhortations de saint Paul, des promesses de saint Jean, lui prouvant que la souffrance est un bien, Tamenant à vouloir, à aimer souffrir pour Celui qui, par amour, a tant souffert.
1 . Dans sa lettre (272) au P. Raymond, la Sainte écrit simplement colui per cui era (tddivenuto il caso, La chronologie, les détails, des termes semblables dans les lettres 264 et 270 et daqs le chapitre cxxxrx du Dialogue désignent clairement le seigneur de Foligno.
Enfin, discernant en la dame appauvrie et découronnée la résignation de Job, elle lui avait prédit que ses descendants rentreraient en possession de Foligno *. Cette prophétie intéressait à un haut degré les maîtres de la Roche, qu'une nouvelle union, promptement brisée, venait pour la seconde fois d'allier aux Trinci.
Toutes les femmes de la famille Salimbeni, Catherine ne l'oubliait point, avaient formé de brillantes alliances ; mais combien la destinée les traitait diversement ! La tante du seigneur actuel de la Roche, Pentesilée, mariée à Ranuccio Farnèse, avait demandé des conseils à la Sainte pour s'élever vers Dieu du sein de la prospérité. Catherine lui enseignait à remercier le seul légitime possesseur de tout et à considérer les objets de ses plus chères tendresses comme des biens prêtés, qu'on doit, au premier appel, rendre sans murmurer. Pour la préserver de l'orgueil que le bonheur terrestre inspire trop souvent, elle lui parlait de l'honneur, delà sécurité, de la joie qu'on trouve à marcher, dans la peine, sur les (races du Christ. Cependant les sœurs d'Agnolino, les Comtesses Isa et Benoîte, cachaient d'amères déceptions sous le toit qui apparaissait aux regards des voyageurs. Isa, veuve de Paul dei Trinci de Foligno était une femme d'énergie ; elle avait fait respecter ses sentiments, lorsqu'il le fallait, mais soit qu'usée par la lutte et les épreuves, elle fût tentée de s'endormir dans la soumission passive à ses
1. Lettera 264. Nous trouvons dans le chapitre oxxxviii du Dialogue une allusion à ce fait.
proches, soit qu'après avoir (écouté et compris la vocation de Dieu qui l'appelait parmi les Sœurs de la Pénitence * elle s'elî rayât du renoncement et de l'apostolat qu'impose la règle dominicaine, elle mollissait au service divin, et c'était « la vigueur de la vertu » que lui prêchait la Sainte. Quant à Benoîte, elle avait vu mourir son mari, puis ie fiancé auquel de secondes noces allaient Tunir ; dans des lettres où la force, la science et la sagesse se combinent pour former un merveilleux traité de TAmour de Dieu, Catherine l'exhortait à se déprendre d'espérances qui revivaient pour périr. Détachée des biens matériels dont le poids entraîne Tâme vers la terre, séparée des créatures impuissantes à résister à la mort, à se défendre de ses coups, la jeune Comtesse ne devait plus s'unir qu'à un époux capable do donner la vie, et Catherine entendant Tappel de Dieu à cette âme, lui indiquait le monastère dominicaiji qu'on édifiait à Belcaro.
Bien différentes étaient les quatre Salimbeni dirigées par Catherine ! Fidèle aux traditions de son Ordre, sachant que la grâce s'appuie néces-
/ 1 . La phrase de Catherine : Questo non vi êcemerà ia dêvossione del glorio$o pcuire voftro »anto Franeesco; anco la cresarà, non di meno voi sete libéra : poniamo che fuise piutioêto âifeito chê non a Inrnare a dietro quêUo ehe è comincîato, nous avait portés à supposer, lors des premières éditions de oe livr^, qu'Isa appartenait à la famille francidcaine *, mais c*est évidemment une simple allusion à rintimité des Triuci avec les Frères-Mineurs. Le conseil sur la stabilité dans la résolution se rapporte au projet exprimé par Isa d'entrer dans le Tiers-Ordre dominicain. La dame de Foligno est citée dans nn Bref par lequel Urbain VI accorde à cinquante Tertiaires l'indulgence plénière 171 ariiculo mortiê.
SA POLITIQI'E 393
sairement sur la nature, TApôtre n'avait pas plus adressé les mêmes paroles à la douce Blanche, à la généreuse Pentesilée, à la raisonnable Isa et à Fardente Benoîte, qu'elle ne poussait dans la ipéme voie, la veuve restée à son foyer, Theureuse épouse, la future Tertiaire etTâme appelée à la vie parfaite, mais au service de chacune elle apportait la même intelligence des desseins providentiels. Quand les propos de quelques sots lui donnèrent l'occasion d'écrire au Comte Salimbeni pour parler de Benoîte et prouver que les vocations religieuses, où le monde aveugle voit une honte, sont un honneur aussi durable que les autres honneurs sont éphémères, elle sut prédisposer le fougueux chevalier à écouter des paroles do paix. Jusqu'alors il avait cru que discerner son intérêt, le défendre, chercher le renom et la puissance par les armes et la politique était tout Tobjet de la vie. Catherine lui mit au cœur le type idéal du chevalier, incarné dans le Verbe divin. Tout'surpris de cette vue nouvelle, Agnolino convint que la seule victoire est celle qui ouvre le ciel.
La majestueuse forteresse dont les murs abritaient une cour digne de princes souverains, abaissa ses ponts-levis et fit voler au vent ses étendards, quand parut rhumble troupe, où l'habit dominicain était celui du grand nombre.
Sur le seuil du château, la première parole de Catherine fut pour transmettre le message de Cione ; puis elle présenta Matthieu Tolomei. Le guelfe chez les gibelins de la Roche, c'était un rameau d'olivier envoyé en signe de paix ; afin de se trouver
39 i SAINTE CATHERINE DE SIENNE
là, dans la main de Catherine, le Dominicain avait rompu les résistances de sa famille, quitté sa sœur malade et affronté le courroux de isa mère. Agnolino noua des négociations avec Cione et avec les Tolomei, mais les peines que toute œuvre exige de son ouvrier ne furent point épargnées à Catherine dans cette œuvre de pacification.
D'abord Honorée Tolomei sollicita le retour immédiat de son fils à Sienne, avec une violence de passion, un mépris de la règle des Frères Prêcheurs, que la Sainte dut réprimer. A cette mère qui menaçait de maudire, il fallut prouver qu'elle délirait. Catherine le fit vigoureusement et pourtant avec compassion ; puis les poui parlers entre la Roche, le seigneur de Castiglioncello, et d'autres voisins que la Dominicaine ramenait sous Tautorité ou dans Talliance des Salimbeni Tobligèrent à envoyer loin d'elle tous ceux qui Pavaient suivie. Raymond de Capoue, Thomas délia Fonte, Barthélémy dei Dominici, Matthieu Tolomei, jNéri, Malavolti, Maconi, l'ermite Frère Saint et jusqu'à ses chères Sœurs du Tiers-Ordre \ qu'accompagnaient parfois les Comtesses Blanche et Isa, durent la quitter pour seconder son apostolat, étendu de Montepulciano jusqu'à Volterre.
Là , Benuccio dei Belforti , fils d une autre des Salimbeni, et son cousin Bernard, guelfes tout-puissants decette ville, poursuivaient de leurs colères la maison gibeline des Allegretti. Catherine les menaça de
1. La Sainte nomme Alexia, Usa et deux autres sur lesquelles on n'a aucun document : Tomma et Bruna. Lett 118»
Fenfer. « Si Ton n'aime pas le prochain, leur écrivitelle, on n'aime pas Dieu; la seule manière dont nous pouvons être utiles à Dieu, c'est par le bien fait au prochain. Celui que la haine porte à tuer se frappe d'abord lui-même ; quand la haine traverse le cœur, elle lui ôte la vie de la grâce. » Après ce premier conseil, la Sainte adopta les Belforti comme ses enfants spirituels ; elle les pria de venir la voir ; par ses virils enseignements elle soutint ceux que la douleur frappait déjà, et elle prépara les autres aux terribles épreuves qu'elle prévoyait *.
Les serviteurs du château, que Catherine appelait la secondp famille^ trouvèrent aussi près d'elle des encouragements et des consolations ; de toutes parts les vassaux des Salimbeni venaient à la Bienheureuse et elle convertissait un tel nombre de pécheurs, que ses confesseurs ne pouvaient suffire à les absoudre. Un criminel dont l'exemple fut une salutaire leçon, échappa pourtant à la servante de Dieu. (iC Siennois, exilé par les Réformateurs, avait trouvé à la Roche refuge et protection. « Confesse-toi, mon fils, lui dit Catherine dès qu'elle l'aperçut ; si tu ne reçois pas l'absolution ce soir, demain tu seras dans un lieu d'où tu ne pourras plus revenir. » Comme si Ton pouvait tromper la Bienheureuse par un mensonge, le proscrit répondit san^
1 . La prédiction de Catherine au sa jet des seigneurs de Foligno 86 réalisa sous le règne du pape Boniface IX. Quant aux Belforti, plusieurs des leurs périrent de la main du bourreau. Utt. 68, 81, 103, 111, 112, 113, 114, 115, 120, 263, 264, 264. Nous faisons de nombreuses citations de ces lettres chapitre xyni.
rougir, qu*il s'était confessé, puis, la ntiit venue, il quitta le château. Les émissaires de la Seigneurie r épiaient, il fut pris, conduit à Sienne et décapité avant le lendemain *.
A la Roche, comme à Sienne, la Sainte se montra peu désireuse de rencontrer • les démoliiaques. Jamais elle ne les voyait de son plein gté ; il fallait l(;s placer sur son chemin quand oti l'appelait hors du château. Certain jour qu'elle allait réconcilier deux châtelains du voisinage, la Comtesse la mit en présence d'une de ses femmes que l'enfer rendait furieuse. « Dieu vous pardonne ! madame, s'écria Catherine : ne savez-vous pas que moi-même je suis tourmentée des démons? vous m'exposez à eux. w Cependant, elle s'approcha de la possédée: c Tu voudrais m'arrêter dans mon œuvre de paix, lui dit-elle ; attends-moi là, » et elle la conduisit près de Tun de ses auxiliaires, le Frère Saint. Il avait quitté son ermitage pour la seconder, et comme jadis, à Sienne, elle venait encore de le guérir d'une maladie mortelle. Le vénérable ermite garda la possédée. — « Laissez-moi sortir, criait le démon : celte maudite Catherine me tient enchaîné, c'est ma pire ennemie, je n'en ai pas de plus puissante au monde, » et de moment en moment l'esprit de ténèbres racontait tout ce que faisait alors la Sainte. Enfin, Catherine parut: — « Sors à jamais de cette créature de Dieu, » dit-elle avec autorité. La démoniaque tomba dans les bras de sa libératrice et s'y endormit. Au réveil, elle avaitperdu le souvenir de