‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 178 sur 282 · Processus Mss. attest. P. Vent, de Senis · texte numérisé non relu

Processus Mss. attest. P. Vent, de Senis

sa peine et aussi celui de sa délivrance, mais trente témoins du miracle en remerciaient le Seigneur.

Plusieurs de ceux ci connaissaient un possédé célèbre dans la Maremme et eurent Tidée de Tamener à la Roche. On le lia sur un robuste cheval, car il frappait et mordait ses gardiens. En gravissant la montagne, cet homme, que les puissances infernales avaient rendu muet, retrouva la parole pour maudire Catherine. Mise en présence de Ténergumène, elle rassura les paysans, qui déclarèrent n'avoir plus peur tant qu'elle serait parmi eux; puis elle délia le corps enchaîné et délivra Tâme captive.

Un autre possédé, qu'on cherchait à faire guérir par la thaumaturge, échappant aux mains de ses gardiens, se précipita dans la grande salle du château. La comtesse et ses filles, assises sur des sièges richement drapés, causaient avec François dei Malavolti et quelques autres Siennois ; la Sainte était accroupie par terre, lorsque le possédé glissa sur les fleurs odoriférantes qui couvraient le plancher et vint tomber sur le sol. Elle attira l'infortuné le plus près possible de son cœur en invoquant le Christ, maître du démon. Tandis qu'elle priait, une quantité de vermine, sortie des haillons du démoniaque,v couvrit tous les assistants. « Ma mère, dirent-ils avec une repu-* gnance mal dissimulée, ôtez cet homme ; ne voyezvous pas l'état dans lequel il nous met et vous met vous-même? » D'un sourire la Bienheureuse fit disparaître les objets de ce dégoût; déjà Ténergu* mène se relevait délivré.

Ces triomphes ne furent pas les seuls que, pendant

le séjour à la Roche, la Sainte remporta sur Satan. Il se vengea d'abord en employant les moyens qui lui étaient habituels à cette époque, et envoya des démons dans le corps d'un âne que la servante de Dieu montait d'ordinaire. Comme les pourceaux dont parle l'Evangile, la paisible monture obéissait alors à une force invisible: elle jetait violemment sa maîtresse par terre. Une autre eût été tuée. Catherine se relevait en riant, et le P. Raymond, qui, près de Sienne, Tavait vue rouler ainsi au fond d'un précipice et en sortir saine et sauve, rassurait ceux qu'eussent effrayés de telles chutes ^ Plusieurs fois un mouvement incompréhensible la précipita dans les flammes qui ne la brûlèrent jamais : « C'est Malatasca, la mauvaise bête, le démon dévorateur des âmes, » s'écriait-elle gaîment, sans vouloir attacher de prix à son triomphe *.

Mais lorsque l'ennemi du genre humain passa de ces inutiles épreuves extérieures à de douloureuses épreuves intérieures, la Sainte se plaignit à Dieu ; elle se plaignit même à sa chère Alexia, cherchant, selon la tradition dominicaine, un appui dans Famitié fraternelle. « Tu me demandes si je souffre, écrit la Sainte peu avant Noël, et je te réponds : Dieu y pourvoit admirablement à l'extérieur et à Tintérieur ! » Cette épreuve « réelle et cependant très douce, » par laquelle TEpoux éprouvait l'amour de son épouse, Catherine ne la cachait point à sa sœur de choix ; elle lui parlait de ses peines intimes, au-

1. Processus Mss., 450. Le P. Carapellî raconte ce fait avec quelques variantes.

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