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véritables gouvernants de la ville. Catherine devait sans relâche s'occuper des affaires auxquelles, depuis 1372, elle se trouvait môlée. Bologne n'acceptait la souveraineté titulaire du pape que grâce à la Sainte. Les magistrats Tayaut consultée en sollicitant ses prières, elle leur avait répondu : « Mes prières resteront impuissantes si vous n'accomplissez point votre devoir ! » Sa lettre, véritable traité de politique juste, indépendante de toute secte, protectrice de tout droit, exempte de bassesse, d'égoïsme, de cet enfantillage . que la Sainte reproche souvent aux magistratures républicaines, prouvait avec autorité que seule la crainte du Seigneur rend un Etat libre, prospère, plein d'honneur, et que la charité est Tunique fondement de Tordre social *. Catherine gardait donc Bologne sous Tinfluence de TEglise, alors que les autres Etats du pape et la Toscane continuaient une guerre préparée par les trames déloyales de Guillaume de NoëUet, entretenue par les cruautés de Robert de Genève, maintenue grâce aux intrigues des Florentins ; en présence du massacre de Cesène, ceux-ci pouvaient bien appeler les princes étrangers à prendre pitié des Italiens égorgés par les mercenaires du pape *. Remarquant que le rétablissement du Saint-Siège à Rome n'avait pas la paix pour première conséquence , Catherine
.1. Lett. 268. Cf. les noies de Téd. Gigli à la lettre 200.
2. GregoronoA. VI,475-476. Le I*** février 1377, le cardinal Bobert de Genève fit massacrer plus de 4000 citoyens par les troupes d'Hawkwood. La lettre de la République florentine aux rois et aux princes est du 25.
déclarait qu'il ne favoriserait point Torganisation de la croisade et qu'il n amènerait pas la réforme du clergé ; sous l'empire d'une triple déception, elle avait écrit à Grégoire XI, de Belcaro, où elle préparait l'installation des Dominicaines. En termes très humbles, puisqu'elle s'accusait d'être la cause de tout le mal, elle exhortait le pape à s'affranchir des « conseillers de guerre et de misères » qui avaient porté une atteinte terrible à la popularité pontificale; d'un mot elle définissait le rôle du pape : « Le Verbe, disait-elle, est médiateur entre l'homme coupable et Dieu offensé, Grégoire doit se faire le médiateur des fils rebelles de l'Eglise près de leur mère. »
Au début de Tannée 1377, Catherine s'excusait de ne pouvoir aller à Rome où la désirait le pape ' . A l'automne, sentant proche le terme de sa mission pacifique près de Sienne, elle offrit d'entreprendre le voyage et d'avance elle engagea le pontife à remplir ses devoirs: « Dieu vous a donné l'autorité. .. vous l'avez prise, lui écrivit-elle de chez les Salimbeni, usez de votre puissance... si vous ne voulez pas vous en servir, mieux vaut y renoncer ! » D'un mot la femme inspirée tranchait la question, qui depuis l'avènement de Boniface VIII passionnait les esprits : le droit du souverain pontife à se démettre d'une charge, qu'il promet de garder jus-
1. Lett. 270. Paacete e nutricate % fideli criêHani^ dit-elle, non ci daté sangue senza fuoco^ ne fuoco senza iangue, Peroechè il sanguefu aparto con fuoeo d'amorel Gomment tradaire de tels mots ? plas on' lea médite, plus le sens se creuse profondément.
qu*à la mort *. Sans s^arrêter à discuter ce point, elle pressa Grégoire d'accomplir la volonté divine. Ne craint-il pas au dernier jour de s'entendre dire : « Sois maudit! la force, le temps t'avaient été octroyés, tu n'en as point usé *. »
La Sainte se prom(»nait de long en large dans sa chambre, et elle dictait non seulement cette lettre, mais encore deux autres. Tandis que Néri écrivait au pape, Maconi et Malavolti s^adressaient, l'un au duc de Milan, l'autre à un grand seigneur italien. Soudain les jeunes gens s'aperçurent que. par suite d'une distraction, ils venaient tous ien tïoi« d'écrire la dernière phrase de Catherine, sans savoir auquel d'entre eux elle s'adressait : « A qui parliezvous, ma mère ? » interrompirent-ils. — « Continuez, mes enfants, répondit-elle, nous verrons plus tard. » Les lettres achevées, les secrétaires les relurent, mais bion qu'elles traitassent de sujets absolument différents, la phrase que le hasard leur avait donnée en commun s'adaptait parfaitement au sens de chacune '. On célébra le talent de la Bienheureuse; au cours des événements, Dieu facilita sa correspondance par un miracle.
1. Prqfilêor,'., quamdia in hac misera vka eonstUutuê ftiero non ahdicaho. (Ex Diarn. Rom. Fontif.) Depuis cette époque, le cardinal Bellarmin a déclaré que quand l'Eglise ne s'y oppose pas, le pape peut renoncer à son pouvoir.