B. Raym. III
4. Sans laquelle, selon le chapitre xiii de la règle, elle ne pouvait pas quitter la ville.
mendier leur pain près d'elle, que vivre chez eux dans rabondance. En voyant passer ces hommes et ces femmes dont la vertu, éprouvée par la mortification, ne reculait devant aucune fatigue, en apprenant qu'ils voyageaient sans argent, confiants dans la charité du prochain, les villageois toscans songeaient aux Apôtres et aux saintes femmes, qui jadis abandonnaient tout pour suivre Nutre-Seigneur sur les chemins de la Judée.
Tantôt les voyageurs longeaient le cours de TArbie, tantôt il leur fallait traverser des plaines de sable. Plus loin, des forêts de chênes verts donnaient, malgré la saison, Tillusion de Tété; enfin les pâles eaux du Tibre guidèrent les Siennois dans une vallée, que dominaient les forteresses des barons. Catherine marchait résolument, résolument elle s'éloignait de sa chère patrie ; mais sa gaieté habituelle était voilée d'un nuage de tristesse : « On est dans un temps de larmes, > répétait-elle souvent à ses amis en les exhortant à prier pour rEglise*.
Le 28 novembre 1378, Catherine entra pour la première fois dans la ville où ses exhortations avaient ramené le successeur des apôtres. Son triomphe, resté dans la mémoire de tous, était effacé de la sienne; elle ne songeait qu'aux malheurs présents de la papauté, et s'unissant aux Romains, qui célébraient Toffice du premier dimanche de
1. Catherine, qnî voyageait à pied ou à âne, alla sans doute en ligne droite de Sienne à Rome. Ecrivant avant son départ (L. 316) k la prieare des Tertiaires d'Orvieto, elle Ini disait : « Je ne sais quel chemin je prendrai. »
SA DÉFENSE d'uRBAIN YI 497
TA vent, elle criait à Dieu : Parce^ Domine^ parce populo tuoK Sa rencontre avec le P. Raymond, venu au-devant d'elle jusqu'à l'antique porte Flaminia, ne fut pas sans mélancolie. Désolé par les épreuves de l'Église, effrayé de l'avenir, le Dominicain rappelait à sa pénitente les prédictions qu'elle lui faisait à Pise : c Quand le Saint^Pèrc voudra réformer les mœurs des prélats, avait-elle dit, ils diviseront TEglise ! ^ Maintenant la prophétie était accomplie. « Hélas ! murmura Catherine, ce que vous voyez n'est qu'un jeu d'enfant en comparaison des maux dont les pays voisins seront le théâtre *. » La nouvelle prédiction était douloureuse ; Raymond de Capoue chercha une lueur d'espérance : « Ma mère, qu'arrivera-t-il après tous ces maux ? Le visage de la Sainte s'éclaira. En y songeant, mon âme tressaille d'allégresse : Dieu purifiera et réformera le clergé, il éveillera l'âme de ses élus; les peuples fidèles se réjouiront d'avoir de saints pasteurs, les infidèles reviendront au bercail. Rendez grâces à Dieu du calme qu'il accordera à son Eglise après cette tempête '. »
Les joies étaient réservées aux générations futures, et Catherine, occupée du présent, se mit en marche dans les rues de Home. Ce n'était point