Dial. CXLV
Dis à mon Vicaire qu'il pacifie son âme et donne la paix à quiconque veut la recevoir ; assure aux cardinaux que, pour empocher des maux terribles, ils doivent être humbles, purs, unis, et recouvrir comme d'un manteau les défauts du pape leur père ; alors il suivra leurs conseils, car ses intentions sont droites! — Que puis-je faire? s'écria la Sainte. — Par amour pour moi seul, offre de nouveau ta vie, ton cœur à TÉglise, répondit le Maître, ne te don'ne aucun repos ; c'est à cette fin que je t*ai choisie, que je t'ai révélé mes mystères, que je t'ai appelée à diriger les autres. VoilàTaction que je t'assigne, que j'assigne à tous ceux qui te suivent et te suivront ; multipliez pour l'Eglise vos prières et vos sacrifices ; je vous exercerai chacun selon vos forces. Mon amour sera attentif à vous pourvoir de grâces corporelles et spirituelles. »
Tout le jour se passa dans ces entretiens de Catherine avec le Rédempteur. Le soir venu, elle éprouva les mêmes sensations qu'au moment de sa mort miraculeuse. Se disant qu'elle servait l'Eglise avec ignorance et paresse, qu'elle entraînait les autres à imiter son peu de vertu, elle se prosternait pleine d'effroi, quand, par une faveur spéciale, elle se trouva en présence de l'Eternelle Vérité. En son âme Catherine repassa les grâces reçues durant sa vie passée et présente et surtout au moment de son mariage mystique; les mystères exprimés par ce mot : VEglisey lui étaient révélés ; bientôt l'amour lui fit tout oublier : elle ne concevait plus que l'holocauste entier, parfait, qu'elle pouvait faire d'ollo-méme à cette Eglise, et son cœur d'Apôtre
Taimait davantage à mesure qu'elle voyait mieux les plaies et la corruption du clergé. En vain, les esprits de ténèbres l'environnèrent de terreurs; tournée vers son Maître, Catherine répétait : « Dieu éternel, recevez le sacrifice de ma vie dans le corps mystique de la sainte Eglise ! Je n'ai à donner que ce que je tiens de vous... prenez ce cœur, pressurez-le sur la face de l'Epouse*. » Avec une force qui sans un miracle l'eût brisé, le Tout- Puissant saisit le cœur que Jésus-Christ avait donné à Catherine, dans un mystérieux échange, et il en exprima tout l'amour, pour laver les iniquités dont les prêtres souillaient l'Eglise ; comme saint Paul, l'apôtre nouvelle pouvait dire : « J'achève en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l'Eglise '. » Cependant les démons déclaraient à l'agonisante qu'ils anéantiraient son œuvre et Dieu soutenait ses forces par des promesses de joie qu'aucune langue ne saurait raconter: «Le Seigneur, s'écriait Catherine, a faitde nousdes chevaliers ; nous combattons pour son Eglise. Comme après la Rédemption, le champ de bataille nous reste et nous est acquis, non point par la souffrance de nos corps, mais par la divine charité.» Une. vision prophétique, sans doute la fin du schisme et le triomphe de l'Eglise, venait d'éclairer l'horizon ^
1. Cette expression indique le désir qu*a la Sainte d'offrir ses mérites pour purifier les souillures du clergé.