Lett
croient parce qu'ils ont vu. A Sienne, tout le monde militait pour que « la cité de la Vierge et des Saints d devînt un sanctuaire dédié à la pauvre fille du teinturier. Le nouveau Prieur du couvent de Camporeggi, Thomas délia Fonte, qui n'avait osé faire aucune cérémonie, quand, accompagné du P. Sansedoni, il rapportait le chef de la Bienheureuse, s'unit au Maître-Général, de passage à Sienne, en 1385, pour préparer une fête éclatante.
Pendant plusieurs jours les voûtes de Saint-Dominique retentirent des louanges de la Tertiaire Dominicaine. Non seulement le Maître-Général de son Ordre, le Père Maître de sa Fraternité, ses disciples, ses amis parlèrent d'elle à son peuple, mais encore les plus célèbres prédicateurs dominicains, à quelque nation qu'ils appartinssent. On alla chercher la relique, déposée à cet effet hors des portes de la ville et qu'entourait la Fraternité du Tiers- Ordre. La Seigneurie, le Capitaine du peuple, les abbés mitres et les évoques de l'Etat siennois, le clergé, les congrégations religieuses, les confréries, les ermites, les pénitents, formèrent une longue procession : les Aris marchaient sous leurs diverses bannières, les citoyens et les guerriers, le parti des nobles et les fractions divisées du peuple s'unissaient dans une commune allégresse. « Habillez-vous de blanc, disait jadis Catherine, qui songeait à la robe d'innocence mystique, remplissez vos mains de fleurs, c'est-à-dire de bonnes œuvres. » En souvenir de cette parole, on avait revêtu quatre cents enfants de tuniques blanches et ils portaient des couronnes où les lis se mêlaient aux roses.
Parmi les Tertiaires marchait Lapa ; la pauvre octogénaire avait beaucoup souffert, beaucoup pleuré • comme Tavait annoncé Catherine, elle appelait la mort, bien lente au gré de ses désirs ; mais en ce jour elle ne trouvait pas qu'elle eût trop vécu \ « Heureuse Lapa I lui criait la foule en la saluant, tu as mérité de voir de tes yeux le triomphe de ta fille. » Tous voulurent contribuer à la fête, môme Catherine, qui multiplia le pain du couvent insuffisant pour le grand nombre de religieux réunis en son honneur *.
Ce ne fut pourtant ni la capitale de l'Eglise, ni la ville la mieux sanctifiée par Tapostolat de la Sainte, ni même sa patrie , qui aidèrent le plus à son triomphe. L'honneur en était réservé à Venise où jamais elle n'avait passé. C'est qu'à Venise, sous la main du P. Caffarini, délégué par Raymond de Capoue au gouvernement du Tiers-Ordre, et sous l'influence de ses auxiliaires Barthélémy dei Dominici et Jean di Domenico, le Tiers-Ordre faisait résonner comme une voix pure et puissante le son de la vie du Christ ^. Tel que Catherine l'avait reçu et renvoyé, ses frères, ses sœurs le répandaient. Grâce à la protection miraculeuse de la Sainte,