Jean Tantucci s*endormit dans le Seigneur en
fosse au cimetière de la Minerve, et sous les yeux de tout le clergé séculier et régulier, suivi des autorités civiles, Catherine fut rendue à la terre.
La foule se porta sur son tombeau ; 1(^ uns y retrouvaient la santé, d'autres la paix. Les membres do son Ordre, les confréries qu'elle protégeait, ceux qui écrivaient son histoire, ressentirent tout partîculièrementles effets de sapuissance, ils échappèrent aux dangers des voyages, aux courroux des éléments ; s'ils étaient condamnés par les médecins, ils recouvraient la santé ; si la justice humaine les croyait à tort coupables, un miracle arrêtait Texécution de la sentence. Ainsi elle exauçait les hommes qui lui demandaient la vie. Sans doute elle exauçait également ceux qui lui demandaient de la suivre dans un monde plus heureux.
Catherine garda T:ous les engagements qu'elle avait pris, quand elle était sur la terre. Confiante dans sa parole, la ville de Varazze avait, pour se protéger contre la peste, élevé une église à la Sainte Trinité. Les habitants furent toujours garantis de Tépidéraie. Thomas Petra ne fut pas oublié ; il vit son amie les mains pleines de palmes, le visage éclairé d'un céleste sourire ; lorsque les Clémentins mirent à prix la tète du prélat, Catherine le défendit contre leurs embûches. Au reste, toutes les victimes qui souffraient dans la cause de l'Eglise trouvaient en elle une protectrice. Peu après la mort de la Sainte, Renaud Orsini, marchant contre Rome sous la bannière de la reine Jeanne, laissa ses soldats traiter les paysans avec une rare cruauté ' les uns, attachés aux arbres, attendai<?nt une mort
lente ; les autres, chargés de fers, devaient gémir dans les cachots jusqu'au paiement d'une rançon ; mais à peine eurent-ils invoqué la Sainte de Sienne, que les liens tombèrent, les cachots s'ouvrirent et ils vinrent eux-mêmes prier le P. Raymond de célébrer leur reconnaissance.
A côté de ces miracles Catherine en fit d'autres, qui témoignaient plus encore de sa tendresse que de sa puissance. Au moment môme où son âme s'unissait à Dieu, le P. Raymond quittait Gênes afin d'aller à Bologne au chapitre des Frères Prêcheurs , invités par Urbain VI à se choisir un Maître-Général, puisque Elle de Toulouse et « ses Français » passaient au parti de l'anti-pape *. Le P. Raymond n'était point sans crainte de ses responsabilités ; il partait tout tremblant, lorsqu'il entendit une voix intérieure proférer ces paroles, que percevait son intelligence ' : « Ne craignez rien,jesuisici pour vous ; je vous protégerai, je vous défendrai. » Cette voix préparait le Prieur de Gênes à la lourde tâche que ses frères allaient lui imposer, en ratifiant le choix qu'Urbain faisait de lui pour gouverner les Dominicains fidèles à Rome. Vers la même époque, Jean délie Celle fut consolé par la douce présence de Catherine. De son vivant elle apparaissait déjà dans
1. Fontanâ. MDCLXXXV, 247. Jasqa'à ravènement de Martin V, Elle et ses successeurs gouvernèrent dans les Etats soumis aux antipapes.
2. Ce n'est point ici le lieu de disserter sur les paroles intellectuelles. Cf. ck. II, p. 56; ceux que la question intéresse pourront trouver des explications dans le texte du B. Raymond (IV 4), et s'ils désirent s'éclairer davantage, dans les écrits du P. Yallgornara, de Cajataiiiet de laintaThéràia.
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la gloire à ses dévots, après sa mort elle se montra plus fréquemment encore.
Il n'était pas besoin de telles révélations pour que la dépouille mortelle de la Bienheureuse fût entourée de soins jaloux. Voyant que l'humidité du cimetière altérait le cercueil, Raymond de Capoue le transporta, dansTéglise de la Minerve*. Selon la prédiction de la Sainte à Varazze, cette translation de son corps eut lieu la veille de la fête de saint François. En môme temps, le nouveau Maître-Général se rendait aux justes réclamations de la ville de Sienne, et lui envoyait le chef de sa grande citoyenne. Les restes de la Sainte étaient bien des reliques ; déjà celui de ses doigts qui portait l'anneau mystique, garde par Maconi, quelques-unes de ses dents, soustraites au tombeau par ses compagnes, opéraient de véritables prodiges. Un jour que du haut de la chaire le P. Raymond racontait le dernier d'entre eux, un homme se leva et s'écria : <r C'est pour moi que la Bienheureuse a fait ce miracle. * »
1. On ignore à quelle époque les c reliques furent placées... dans la nef de droite, au pied du pilier qui fait front À la chapelle du Rosaire. Le P. Raymond fit sculpter et fixer sur le pilier un ange aux grandes ailes, tenant devant lui un volume déployé où se lisait...
Hic humilis, digna, prudens, Katerina benigna
Pausat, quae mundi zelum gessit moribundi
Sub Lapa matre, Dominico postea pâtre,
Floruit hœc munda virgo, Senis oriunda.
Ce monument se peut voiraujourd'huidansle corridor qui donne accès à Tescalier de la Bibliothèque Casanate, à Rome. » Fr. J. Berthier. 0. P. An. Dom. [Bibliographie I. xzxi.] Avril ld89.
2. Lettera de Barduccio Ganigiani. — SuppL III, 3 -« B. Raym. III, 5. — Âlcani dise. — Relazione dol Passagio
Les malheurs de TEglise mettaient obstacle à ce qu'elle sanctionnât, par la canonisation, la confiance en la se^^'aute de Dieu. Urbain VI fit tout ce qu'il pouvait faire ; il permit qu'on rendît hommage à Catherine et il donna l'exemple. Aussi tôt dans quatre villes italiennes , le culte envers la Sainte opéra, selon la promesse de saint Paul, si souvent rappelée par Catherine, les grandes choses qu'opère toujours la charité*. Le mouvement partit de Rome et son impulsion trouva Pise, Sienne et Venise singulièrement préparées à le recevoir.
Dans lacitédes Apôtres, il était dirigé par Raymond de Capoue. A Pise, Tora Gambacorti, devenue la Révérende mère Claire, et les Frères Prêcheurs amis de Catherine, le favorisaient avec l'autorité de ceux qui
di Gaterina, nel luogo di Voragine. Cf. ch. xiv, p. 351. — Procossiu; atteat. Bart. Dom. de Sen. D. Mart. VI, 1325-1364. Noas avons vénéré les principales reliques de sainte Catherine : à Sienne, son chef dans l'église Saint-Dominique ; à Borne, son corps sous Tautel de la Minerve ; sa main gauche, marquée du stigmate, chez les Dominicaines du Chapitre noble des saints Dominique-et-Sixte; son omoplate gardée par les Tertiaires du couvent de Sainte-Catherine ; à Venise, une de ses côtes, que possède l'église des Frari, et au couvent des Dominicains, son pied gauche marqué du stigmate. Présentées à la vénération des fidèles dés 1396, divisées, répandues dans toute la chrétienté, plusieurs des reliques de la Sainte ont laissé une longue trace de bienfaits : le doigt qui portait Tanneau mystique guérit Maconi d'une douloureuse maladie des yeux et fit une foule d'antres miracles. A Sienne, on garde dans la maison de la Sainte, à la sacristie de Saint- Domique et dans divers couvents, une partie du mobilier de sa chapelle et des objets lui ayant appartenu ; mais le manteau de sa profession est perdu ; le dernier auteur qui en parle est aux vin« siècle Flaminius, il l'avait vu dans Téglise Saint-Dominique.