‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 257 sur 282 · Les actes de ce procès furent signés le 5 janvier · texte numérisé non relu

Les actes de ce procès furent signés le 5 janvier

— [BlBLIOGKAPHIB. G. L]

rendu les honneurs du culte, on prouva sans réplique qu'elle les méritait.

Les Seigneurs souverains de Sienne, ceux de Venise, les rois étrangers, s'unirent alors pour faire proclamer la gloire de Catherine. Son disciple Jean di Domenico, dont par un miracle elle déliait jadis la langue^étaitdevenu cardinal et archevêque. Il avait puissamment contribué à la pacification de TEglise sous une autorité unique* ; et il espéra qu après avoir mis fin au schisme, rétabli le Saint-Siège à Rome et ordonné la réforme du clergé, le concile de Constance canoniserait, par la voix de Martin V, celle qui avait donné sa vie afin de procurer ces mômes biens à l'Eglise ; mais les esprits étaient alors plus portés à à discuter les vivants qu'à s'occuper des morts, et ils ne s'apaisèrent que longtemps après l'heureuse issue du concile de Constance. Enfin un Sicnnois jaloux des gloires de sa patrie, un poète qui mettait sa muse au service de la Sainte, Enée Piccolomini, pape sous le nom de Pie II, plaça Catherine sur les autels. Dans la Bulle Misericordias Do7nini, il donna aux faits miraculeux de sa vie, qu'il se plut à résumer, la sanction de sa foi et de sa parole *.

C'était le 19 juin 1461. La basilique de Saint- Pierre retentit de Toffice de Catherine ; le' pape

1. 11 mourut en 1420 et fut béatifié par Grégoire XVI. Brev. 0. P. die X Junii.

2. Bibliographie F. V, et G. III. Tout ce qui aemble étrange dans l'existence de Catherine, son jeûne absolu, son mariage mystique, sa mort miraculeuse, l'échange de son cœur contre celui du Christ, etc., est mentionné par Pie II comme fait historîqiie et digue de la foi des catholiques.

lui-même ravait composé* ; la chrétienté le répéta et éleva' des sanctuaires à la nouvelle Sainte *. De nos jours, Rome Ta choisie comme patronne et, soit à Tautel de la Minerve, où le pape Pie IX entoura ses reliques de riches ornements, soit dans les églises qui lui sont dédiées, il s'élève bien des prières à celle qui, après avoir ramené le Saint-Père dans la ville des apôtres, sut l'y défendre contre tous ses ennemis '.

Sienne prétendit rendre un éclatant hommage à sa Sainte. La maison du teinturier Benincasa, lieu de pèlerinage depuis 1380, fut achetée afin d'être convertie en chapelle. Les Dominicains unirent leurs ressources à celles des habitants du quartier, et les magistrats de la République leur envoyèrent une grosse somme d'argent: « il importe, dirent-ils, de servir Dieu, quand on jouit du don céleste de la H-

1. Non content d'écrire TofiBce de Catherine, le souverain pontife la célébra dans divers poèmes. [Bibliographie E. III, IV.J

2. Il serait impossible de les énnmérer. En 1635, on comptait 43 couvents dominicains portant son nom : Vies des Saintes et Bienheureuses, par le P. Jean de 8. Marie. S. Huré, Paris, 1635, I, 2 ; II, 1. Quant aux temps les plus tristes pour l'honneur des Ordres religieux, un auteur satirique célèbre chercha les vertus du cloître disparues de la terre, il les rencontra au fond d'un monastère dominicain dédié à Catherine de Sienne. Cf. Lyndsay, 1, 334. Liber Conventus. S. Katherine Senensis. Edimbargi, mdcocxli.

3. Le 9 août 1865, le pape Pie IX, assisté du P. Jandel, alors Maître-Général de l'Ordre, entouré de Prélats et de hauts personnages qui, en ce jour, cédaient le pas au Tiers-Ordre dominicain, transporta sous le traître-autel de la Minerve la partie des reliques placée en 1430 par saint Antonin dans un sarcophage que surmontait la statue de Catherine sculptée sur bois.

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berté*. » D'innombrables artistes se disputèrent rhonneur de travailler pour Catherine. Les maîtres peignaient à fresque ou sur toile, les principaux épisodes de sa vie , ils taillaient sa statue dans le bois et dans le marbre ; les élèves s'employaient à des ouvrages d'ornementation. Dès 1473 Toratoirc fut fini, mais jamais les Siennois ne le trouvèrent achevé. La cellule de la Sainte, Tatelier de Jacques Benincasa, sa cuisine, devinrent autant de sanctuaires. Lorsqu'en 1565 on obtint des Pisansle crucifix devant lequel Catherine avait reçu les saints stigmates, on commença une véritable église dans le jardin, et on la relia à la maison par un péristyle où se révèle toute la grâce de la Renaissance *.

1 . SappUca degli nomini délia contrada di Fontebranda alla Sig. di Sieoa. (Àrchivio délia Kifor. di Sîena. Consiglio dellaGampaQa.T.23ô,a-c^ 132.) Publiée p.ir 6. Milanesi. Docnm. per la Storia deirArto saneae. T. II, Sec. XV e XVI, Siena, 1854, n°229.

2. La maison des Benincasa contient troid chapelles. La plus ancienne (Cf. Milanesi, n<> 240 A. D., 1469) appartient à la Confrérie du quartier, quartier qui, en 1536, prit le nom de contrada deir Oca, à cause du grand nombre d'oies qu'on y éle7ait.(Falo8Chi Ghieae Senesi. Bibl. Com. de Sienne, Cod. Ë., v. 16.) C'est Tatelier même de Jacques Benincasa. On ne sait si Tarchitecte fat Francesco dit Giorgio, ou Francesco di Duccio del Guasta. Corso di Bastiano, Antonio Federighi, Mariano di Fingo, Giovanni di Guglielmo et Giovanni di Paolo y travaillèrent. Cris* tofano di Mone fut chargé des vitraux, Nofrio d'Angelo deB serrures. Les loges qui décorent la façade, le buste de la Sainte qui surmonte la porte latérale, sont Tœuvre de Cozzarrellî; sur la porte principale, le bas^relief qui représente Catherine entre deux anges est dû à Urbain de Cortone. A l'intérieur, les murailles sont couvertes de fresques non sans mérite, œuvres de FoUi, de Girolamo del Pacchia et de Salimbeni. Sur Tautel, que fouilla le ciseau de Redi^ et que domine une lunette peinte par

Désireux de fixer dans leur église les vestiges de leur Sainte, les Frères Prêcheurs de Camporeggi lui avaient consacré la chapelle délie Volte ; une autre chapelle contenait son chef ; rien n'avait été épargné pour que le reliquaire oii il reposait fût une merveille. Tout autour, les murs peints à fresque parlaient des miracles de Catherine*. Ses traits y

le Sodoma, s'élève Jar statue de la Sainte. (Neroccio la sculpta eu boie, 1455.) Après avoir monté quelques marches, on parvient à deux cellules. Dans Tune on voit la pierre sur laquelle Catherîoe endormie reposait sa tête et la petite fenêtre par laquelle elle distribuait ses aumônes. L^autre, plus grande, est disposée en oratoire. Un escalier conduit à la seconde chapelle, qui occupe remplacement du jardin en terrasse de la Sainte. Elle est reliée à la maison par un charmant petit cloître. G. B. Pelori construisit cette chapelle pour recevoir le crucifix de Giunto da Pisa qu'on plaça sur Tautel. Riccio, Manetti, Conca, Franchini, Caivi, Perpignani, Querrini, Nasini, Tornèrent de peintures et de fresques. L'image de Catherine s'y retrouve jusque sur la civière peinte par Fr. Vanni, qui sert à porter les morts. En montant encore, on parvient à la troisième chapelle, d*origine plus ancienne que la seconde. Elle est desservie par la Confrérie de Sainte-Catherine. Dans un enfoncement, derrière l'autel ,*on voit encore l'âtre de la cuisine des Benincasa. Fungai, Riccio, Sorri, Salirabeni, Francesco Vanoi, Manetti et Casolani décorèrent cette chapelle. Le plafond doré fut achevé en 1594, et le merveilleux pavage en 1600.

1. Outre la fresque d'André Vanni qui a été déplacée en 1667 et a subi des adjonctions et des modifications fâcheuses, il y a dans la chapelle délie Fo/^édeux toiles médiocres de Gambarelli. La chapelle Sainte-Catherine contient un tabernacle attribué longtemps au Vecchietta, qui avait fait pour le dôme une statue de Catherine en argent ; mais il paraît plus probable que ce tabernacle est, comme l'ancien reliquaire d'argent, récemment refait, l'œuvre de François d'Antonio. Dans cette chapelle, le Sodoma peignit l'extase, la communion de Catherine et le supplice de Nicolas Toldo ; F. Vanni, la guérison d'une démoniaque et le portrait de deux des confesseurs de la Sainte, Raymond

furent rendus avec une telle ressemblance parle Sodoma, chargé de la représenter pendant la défaillance qui suivait ses extases, qu'on fit à ce tableau toute une histoire fabuleuse *.

Cependant, auxjoursoù Ton fête la Sainte, la foule est encore à Tétroit dans les nombreux sanctuaires qui lui sont consacrés, car il n'est pas un habitant de Sienne qui ne veuille honorer sa concitoyenne *. Chaque année on renouvelle les discours, les représentations, les vers, les chants en son honneur. Même les érudits s'efforcent de lui plaire et éditent quelques manuscrits la concernant, quelque pièce rare dont ils font hommage à ses fidèles. Aimer la chère Sainte donne en quelque sorte droit de cité dans sa ville natale, et assure aux étrangers les plusincon-

de Capoueet Thomas Caffarini. Mal heureusement en 1784, Saint- Dominique fat arraché aux Dominicains.

1. Die Wunder der Heiligen Gatharina Yon Siena, nacherzâlt von A. Hagen. Leipzig, 1840. La critique moderne n'a point pour cette œuvre du Sodoma la même admiration qae ses contemporains, et, après eux, B. Peruzzi, Vasari, etc. M. Timbal résume Topinion qui prévaut de nos jours en disant : <i c'est la pâmoison du corps, non celle de l'âme. » Gaz. des Beaux-Arts, 1*' février 1878.

2. La fête de Catherine avait d'abord été renvoyée par le pape Pie II au premier dimanche de mai. Urbain VIII la fixa au 30 avril. En outre,rOrdre de Saint-Dominique dit: le 3avril,rOffiee des stigmate? de sainte Catherine, et le jeudi avant la Quinquagésime, celui de la Translation des reliques. Depuis que le souverain pontife a déclaré Catherine patronne secondaire de Rome, sa fête a été élevée au rite d'Octave solennelle. A Sienne, une procession a lieu le dimanche in Aîbis, en souvenir de celle qu'on fit lorsqu'on plaça le crucifix de Pise dans l'oratoire construit pour le recevoir. [Bibliogbaphib. G.I, V, IX,XIV,XV.]

nus, nous le savons par expérience, la bienveillance de ses compatriotes *.

L'école de peinture, qui se disait appelée à « révéler aux illettrés les miracles de la foi, » fit revivre Catherine non seulement dans les églises, où :

€ Quanto i pittori Senesi fecero di meglio, a Tutto è al pubblico, >

mais encore dans lès autres édifices *. Tandis qu'André Vanni exécutait sur les murs du Dôme, aux frais de Christophe de Gano, une belle image alfresco de Catherine ^, et que Thomas délia Fonte plaçait dans l'église Saint-Dominique une peinture saisissante de sa stigmatisation, elle était représentée audessus de la porte qui mène à Rome, et à l'intérieur du Palazzo Pubblico. Au restç, si à l'Institut des Beaux- Arts vous regardez les peintures consacrées à Catherine, vous y trouvez en quelque sorte résumée rhistoire de l'Ecole siennoise, dontla manièredélicate dégénéra en vulgarité sous l'influence des passions démocratiques. D'abord le type de la Sainte est naïf, pur, idéal, bientôt il devient commun et enfin grossier *.

1. Nous ne sauriqns assez remercier de leurs secours le R. P. Chighizzola 0. P., curé de S. Spirito, le vice-bibliothécaire M. Martinif le F. Mochi, et tant d'autres qui nous ont aidés de leur connaissance du pays et nous ont donné les précieux opuscules qu'on ne vend pas.

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