‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 31 sur 282 · Cérémonial de la Profession · texte numérisé non relu

Cérémonial de la Profession

2. Il est difficile, dit M. l'abbé Toti(G£. p: 6» dans les notes dont il accompagne les dessins et les plans de M. Basiri ^8, 9) de se figurer la maison ; cependant on comprend qu'elle était plus haute que large et à trois étages. Au rez-de-chaussée setrouraient la teinturerie et une autre pièce bâties sur la cave. A l'étage supérieur, de niveau avec la cellule de la Sainte, les chambres à coucher; plus haut la cuisine. Du côté de Camporeggi, la teinturerie était en sous-sol. On y entrait par la rue opposée. Entre la maison des Benincasa et les autres, sur la chambre attenante à la teinturerie, restait une sorte de passage où étaitla cellule de la Sainte. Cette cellule donnait sur une petite cour ouverte qui aboutissait rue des Teinturiers. « La base de la maison ressemblait donc à un gamma majuscule. »

bœuf s'ouvrait au premier appel. Par là Catherine donnait aux pauvres sa propre nourriture et le pain qu'elle sollicitait de ses parents à leur intention. Près 4u banc de briques où elle s'étendait pour dormir, on voyait de naïves peintures du Rédempteur, de la Vierge Mère et des Saints devant lesquelles plusieurs lampes brûlaient nuit et jour. Sur le mur on lisait ces mots du Psalmiste^ pleins d'espoir en Tétemel réveil : Illumina oculos meos ne wiçuam obdormiamin morte. Grâce à un effort de volonté qui lui fut longtemps pénible, la Tertiaire veillait presque toute la nuit, méditant souvent cette parole ; quand le second coup de Matines appelait les Dominicains au chœur, elle disait à Dieu dans toute la confiance de sa foi : « Jusqu'à présent, Seigneur, mes frères se sont reposés; j'ai prié pour eux, et j'ai eu soin de vos louanges ; les voilà maintenant qui se lèvent, je vais dormir un peu. »

Son sommeil était de courte durée ; la jeune

fille, quelque absorbée qu'elle fût par la méditation

des vérités éternelles, n'avait garde de se soustraire

à la loi du travail ; jamais elle ne restait oisive, et

c'était après avoir longtemps manié l'aiguille ou le

fuseau qu'elle allait s'entretenir avec Jésus-Christ

dans la solitude de son jardin ; ce jardin en terrasse,

situé au-dessus de la cellule de Catherine, était

dominé par la colline de Camporeggi et isolé de la

rue parla maison. Là, au milieu des fleurs qu'elle

aimait plus que tout dans la nature, la jeune fille

chantait des cantiques vibrants d'amour et faisait

des bouquets qu'elle envoyait à ses amis en souvenir

de ses prières pour eux. On remarqua que les lis,

les roses et les violettes, qui déjà étaient des symboles pour d'autres mystiques de la famille dominicaine', formaient souvent ces gerbes parfumées. De la création Catherine montait au Créateur; il lui suffisait d'apercevoir un instant la campagne dorée des derniers rayons du soleil pour entendre la symphonie que Tunivers chante à Dieu. C'était alorsune satisfaction si complète deTâme, un repossi heureux des sens qu'elle se croyait, disait-elle, entrée dans les joies de la résurrection. Mais la Sainte cherchait surtout Dieu en elle-même ; ce miroir de l'âme qui reflète la divinité, Catherine le voulait sans tache. « Seigneur, répétait à l'éternelle Vérité la Vierge inspirée du Saint-Esprit, comment serai-je parfaitement pure ? » Et une voix perceptible non seulement à son esprit mais à son oreille lui répondait : « Si tu veux être pure au point que rien ne puisse scandaliser ton esprit, sois-moi unie par l'amour. . . Je suis le feu qui purifie. Puis ne juge point les créatures dont les péchés ne doivent exciter que la compassion ; ne vois sur toi et sur elles que ma volonté, et ne juge pas cette volonté. »

1. On sait le goût particulier du Bienheureux Henri Seuse ou SuBO pour ces fleurs ; la Bienheureuse Mechtilde dit au Christ Epoux:

Empfang, o Herr, deine Braut,.. .

Bief ihr die Lilien keuscher Minne,...

Bief ihr der Andacht rothe Rosen,...

Geh' ihr entgegen mit Violen.

Sans doute, Catherine s'arrêtait plutôt à cette interprétation qu*à celle généralement connue : 111 ic Tonfessorum violée, lilia virginum, rosœ martyrum.

SO?i ENTRÉE OAKS LE TIERS-ORDRE 45

Disciple attentive du Maître unique, elle sentit son âme se dilater, s'ouvrir, déborder sous Faction surabondante de la grâce. Réellement présent en elle, le Maître manifestait cette présence, soit à son esprit, soit à son imagination, soit même à ses yeux S et il la façonnait au type de TOrdre où elle était entrée. A la Dominicaine, Téternelle Vérité enseignait la (c science » qui avait fait de saint Dominique « une lumière et une colonne de TÉglise ; » à cette femme, membre de la milice de Jésus-Ghrist, elle révélait que le Christ médiateur entre Dieu et Thomme ne se concevrait pas sans l'Église.

La contemplative s'appliqua aussitôt à pratiquer Tenseignementdivin. Sa volonté devint un médiateur entre sa raison et la partie sensible de son être qu'elle entralnavers Dieuparl'unionauVerbeincarné, puis, victime volontaire, elle s'offrit en holocauste pour la sainte Église épouse mystique du Seigneur Jésus. Son sacrifice d'elle-même prit avec celui du Rédempteur une union qui portait le caractère apostolique de son Ordre. Pleurer, se mortifier, prier, elle le faisait depuis son enfance. Maintenant ses larmes ne coulaient plus seulement sur ses propres péchés, elles tombaient sur ceux des hommes indifférents au salut qu'apporte le sang du Christ, et l'on remarqua que parfois elles se teignaient de sang. Comme témoignage d'expiation, Catherine faisait tomber ces larmes sur les quelques aliments qu'elle prenait

1. Les visions sont intellectuelles, imaginaires ou corporelles, Ion qu'elles s'adressent à l'intelligence, à Timagination ou aux

sens extérieurs.

chaque jour avec une répugnance croissante. Ses pénitences n'étaient plus pour elle seule ; jointes à celles des Frères Prêcheurs, elles allaient enrichir le trésor de l'Église. Le lien de cette âme avec Dieu, lien plus intime encore que Tunion de Tâme avec le corps , semblait changer les lois de Texistence et rendre immatériel Tétrede Catherine. Mais plus le corps se faisait frêle et transparent, mieux Tâme rayonnait vivante et vigoureuse, dépensant dans la contemplation de la vérité une intelligence et une activité surhumaines *.

Le Maître présent en TEucharistie attirait Cathe* rine à lui avec une indicible force, et ses stations dans Téglise témoin de sa profession étaient d'autant plus longues qu'elle y recevait de fréquents témoignages des préférences célestes. Parfois saint Dominique lui apparaissait pour Téclairer ou l'instruire, puis, comme un ami dévoué, il protégeait son retour à la maison paternelle. D'autres jours c'était Notre-Seigneur lui-même qu'elle voyait : il la conduisait au ciel en esprit, l'associait un instant à la joie des élus, et quand elle se plaignait de retomber sur la terre, il la consolait par une douce bénédiction.

Un matin, à l'heure où les religieux ayant tous célébré, l'église était déserte, Catherine, restée en prière au fond de la chapelle délie Volte^ s'entendit implorer par un mendiant. Elle n'avait pas d'argent et, s'excusant auprès du pauvre, elle le pria de la suivre chez ses parents où elle l'assisterait de son mieux. « Je ne puis pas attendre, reprit cet homme:

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