‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 69 sur 282 · Lettere · texte numérisé non relu

Lettere

SON APOSTOLAT [1372-1 373 j 159

plus largement, grâce à ses leçons, aux secrets du Verbe divin.

Chose rare dans TEglise, la Tertiaire dominicaine, qui n*était point, à proprement parler, ce que les théologiens nomment' une religieuse, puisque sa règle n'oblige à aucun vœu, guidait des gens de toute condition et de tout état. Des moines, des prêtres, des cloîtrées, des laïques se disaient hautement ses disciples, nul n'en était scandalisé et elle apportait la vérité et la paix aux consciences troublées par les luttes intestines dans lesquelles vivait la République.

Les Siennois avaient adjoint à la seigneurie deux magistratures qu'ils confiaient à des étrangers choisis hors de l'Etat pour aider à le gouverner : un podestat était chargé des causes civiles et criminelles, un sénateur avait en main Tautorité militaire *; lorsqu'au début de 1373 le sénateur entrant en charge, Ludovic de Mogliano dut défendre son autorité contre l'émeute, Catherine, par l'intermédiaire de sa femme, fut seule à l'encourager. Catherine seule osa dire. aux prêtres dominés par des haines ou des amours sans frein que « c'était un grand miracle que le Seigneur ne commandât pas à la terre de les engloutir; ^ elle seule arrêta la main de moines homicides qui, oubliant leur consécration volontaire au Dieu de paix, s'entr'égorgeaient au pied de la croix; elle seule consola le désespoir d'une mère dont les fils payèrent leurs

1. Ces emplois forent mal définis, intermittents, quelquefois réunis, et même tenus par des Siennois.

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violences de la peine capitale ; elle seule exhoria chacun à profiter de ce qui lui arrivait de joyeux ou de pénible. « Tout événement, disait-elle, doit faire gagner quelque chose à nos âmes : pensez-y et bientôt vous sefez riches en vertus*. »

Le corps de la Sainte était exténué par les peines expiatoires qu'elle endurait pour son père et pour ses disciples ; il se brisait sous la plénitude de la vie surnaturelle qui, croissant avec Faction divine, pressait l'esprit de consommer la matière ; et pourtant uni à son âme, il possédait une dignité, un charme supérieurs à ceux de la plus grande beauté. « Notre Mère a une telle majesté qu'on ne peut la regarder sans trembler, disait-on ; mais son aspect ranime, ses yeux consolent, sa présence répand la joie ; ses vêtements, les objets qu'elle touche exhalent des parfums ignorés de la terre'; son contact fait éprouver un je ne sais quoi qui révèle la vie même du Christ et la communique. » Entre ses disciples et le Verbe incarné, médiateur de Thomme près de Dieu, Catherine devenait médiatrice ; à tous et à chacun elle répétait : « Jetez sur moi le fardeau de vos péchés, je le porterai et la divine charité le consumera avec mes propres iniquités. Je prie la divine Bonté de châtier vos fautes sur mon corps. Librement je vous promets de m'en charger ; le péché vous tuât-il tous les jours, tous les jours

1. Lett. 31. 38, 39, 53,^9. — Muratori, XV, 235-236. — B. Raym.II, 5.

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