Lettere l
leur austérité. Néri se réjouissait, la noblesse siennoise célébrait la conversion de Malavolti, Pourtant Catherine soupirait toujours au nom de ce nouveau disciple.
Un jour, François se sentit entraîné chez elle par une force qui contrariait son désir ; dès qu'elle Taperçut, elle congédia ses compagnes. « Depuis combien de temps ne t'es-tu pas confessé ? lui dit-elle vivement. — Vous savez, ma mère, que je me confesse tous les samedis, ainsi que vous me l'avez conseillé. — Va te confesser, reprit-elle en le faisant rougir sous son regard ; et comme il hésitait : Crois-lu donc, mon enfant, que je n'ai pas toujours les yeux ouverts sur mes fils, que je ne vois pas les péchés qu'ils commettent en secret ? Vade, ajouta-t-elle dans le langage de TEglise qu'elle ne savait point parler, vade igiiur et lava te a tanta miseria, »
Connc^issant son caractère irrésolu, les anciens compagnons de plaisir de Malavolti le raillèrent de subir ainsi Tinfluence d'une pauvre fille sans naissance. A leurs quolibets il répondit: «Allez la voir vous-mêmes. » Les jeunes fous rirent encore davantage. — c Si cette fille était le Christ en personne, elle ne nous ferait pas changer de conduite I » Enfin, pour prouver à Malavolti qu'on pouvait résister à Catherine, deux libertins fort décidés à prolonger leur joyeuse jeunesse, Néri Urgugieri et Nicolas Ughelli, résolurent d'affronter la redoutable Tertiaire. Entre cette plébéienne et eux aurait lieu un tournoi de paroles dont ils sauraient sortir victorieux. La provocation sur les
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soii APOSTOLAT [1372-1373] 157
lèvres, ils entrèrent dans la maison de Fontebranda ; mais leur langue immobile refusa d'articuler un seul mot. Avec la pénétrante douceur qui apaisait toutes les colères, Catherine leur reprocha les propos qu'ils avaient tenus contre elle. « Ordonnez, Madame, s'écrièrent-ils; ordonnez, nous vous obéirons. — Conduis tes amis au P. Thomas, » dit Catherine à MalavoUi. Peu d'instants après, les deux jeurtes gens recevaient le pardon de Dieu, allaient en paix et faisaient pénitence.
Une autre fois c'était un homme mûr, Pierre Ventura dei Borgognoni, dans le cœur duquel les discordes civiles avaient allumé d'implacables haines. « Pierre, disait la jeune fille, je veux prendre sur moi tous tes péchés, je ferai pénitence à ta place et je satisferai la justice de Dieu ; mais accorde-moi une grâce, confesse-toi ! — Je me suis confessé il y a peu de jours, répondit effrontément le citoyen siennois, qui était venu trouver Catherine dans le seul désir de complaire à une sœur qu'il aimait tendrement. — Il n'en est point ainsi, murmura la Voyante ; il y a sept ans que tu ne t'es confessé. Pourquoi ne veux-tu pas le faire? » D'une voix brève, elle lui énuméra tout haut les fautes de sa vie, l'obligea à s'en repentir et lui apprit « à pacifier et à reposer son cœur*. »
Uun des seuls popolani siennois mêlés aux affaires publiques qui se montrât souvent chez la Sainte était André Vanni, dont le pinceau repro-
1. ProceunB ll8S.~Sermo G. Flete [Bibliooraphib F. I], Lettara 47.
duisaitses traits dès 1367 ; il occupait de hautes dignités et était môm-e envoyé comme ambassadeur en cour d'Avignon. Le premier qui sortit d'une étude de notaire pour écouter les paroles de la vie éternelle dans la cellule de Fontebranda se nommait Christophe de Gano Guidini*. En ces disciples et en leur pairs Catherine ne trouva pas la générosité des pauvres et des nobles. La vertu la plus habituelle à leur classe était la fidélité aux commandements, et la Sainte n'exigea pas davantage. Tous deux reçurent sa parole dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre*.
Pour voir jusqu'où la Dominicaine pouvait initier à la connaissance et à l'amour de Dieu, on regardait les couvents soumis à son influence, mais non point ses meilleurs disciples, les Frères Prêcheurs. Son action sur des Ordres très différents du sien, comme Tétait, par exemple, celui des Jésuates, apparaissait, grâce au contraste, d'une façon plus éclatante. En 1373, tous remarquèrent les progrès dans la vie spirituelle de Thomas Guelfaccio, le compagnon des courses apostoliques du bienheureux Colombini. Depuis qu'il fréquentait la cellule de Fontebranda, ses frères les Jésuates de Saint-Jérôme lui reconnaissaient une compréhension des observances monastiques plus lumineuse que la leur, et parlant avec lui du Verbe incarné, ils participaient
1 . C'est à lui que nous devons le Mémorial déjà cité. Ce document est précis et plat ; l'auteur ne tient aucun compte de l'importance relative des faits .qu'il consigne.