Palletti-Fosgati
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âme rebelle ; mais il ne lui suffisait pas que Toldo eût confessé ses fautes et fût devenu, ainsi qu'elle le disait, <( semblable à un agneau destiné à être ofiFert sur Tautel, » elle voulait plus encore. Quand elle sut que cet innocent était condamné à périr, elle souhaita 'qu'il s'oflFrit en victime expiatoire, que son sang plaidât pour l'Eglise, pour le monde, pour ses bourreaux ; elle décida au sacrifice Volontaire de la vie ce beau et noble chevalier, dont Tâme s'ouvrait confiante aux promesses de l'avenir, et dont la jeunesse n'avait rien perdu de ses forces, o Vous reviendrez, douceur de mon âme, pour l'amour du Christ vous assisterez à mon supplice, » lui dit-il lorsqu'elle le quitta.
Le jour fatal luisait à peine, le glas de la cloche funèbre n'avait point encore retenti, que Catherine était près du condamné. Elle le mena à la sainte Messe, et pour la première fois, car le monde l'avait fort distrait de Dieu, Toldo se nourrit du corps et du sang de son Rédempteur. Il était soumis, mais il craignait, que son courage ne L'abandonnât, que sa volonté ne restât point unie, à la volonté divine. Avec la simplicité de la parfaite innocence, Catherine laissa reposer sur son cœur la tôte du jeune homme. « Allora, disait-elle dans son intraduisible langage à ceux qui comprenaient le sens de telles paroles, sentira uno giubilo e un odoi^e del mngiie suo, e non era senza odore del rnio el quale io deddero di spandere per lo dolce spoao Gesu * . La présence de
1. Alors je sentais une joie et un parfum de Bon sang, et ce n*était pas sans le parfum du miei que je désire répandre pour le doux Epoux Jésus I
la Sainte était pour le chevalier un gage sensible de la présence de Dieu. « Ne ^n'abandonnez pas et je meurs content j répétait-il. — Console-toi, mon frère, bientôt nous arriverons aux noces éternelles ; tu y paraîtras baigné dans le sang du Fils de Dieu ; le doux nom de Jésus t'accompagnera, je ne veux pas qu'il sorte jamais de ta mémoire. » L'âme virile de Catherine anima son disciple. Détaché de la vie, la quittant avant qu elle le quittât ou plutôt y tenant encore pour l'offrir en holocauste, il nommait Téchafaud le lieu saint de la justice et hâtait de ses vœux l'heure suprême de l'immolation. Ce fut la tête haute, calme, souriant, abandonné à la volonté de Dieu, qu'il marcha à la mort. La foule se pressait autour de lui et ne pouvait retenir ses larmes ; les âmes pieuses croyaient voir un martyr, les Dominicains le vénéraient comme tel. A genoux près du billot, Catherine y avait posé sa propre tête ; elle éprouvait une indicible soif de verser tout son sang ! Elle priait ; avec elle priait sa patronne Catherine, vierge et martyre. Marie ! s'écriait la jeune fille, recommandant cet innocent à la Mère de douleurs. Elle voulait que la paix s'étendît sur lui, que la lumière divine éclairât sa consommation en Dieu. Soudain elle ne vit plus ni l'assistance ni l'échafaud. Ses regards se fixaient sur le Tout-Puissant: elle se sentait exaucée. Nicolas Toldo s'approcha : Bénissez-moi, dit-il avec un regard radieux, et plusieurs fois il répéta, en les unissant, le nom du Christ et le nom de celle qui lui avait fait connaître son Rédempteur. Jésus et Catherine furent ses dernières paroles* La Sainte le bénit, sAiirrc CATBEiime. 1
lui étendit le cou sous la hache fatale, lui rappela une dernière fois le prix du sang uni au sang de Jésus- Christ, puis faisant, elle aussi, son sacrifice, ofiFrant à Dieu son ami, elle articula d'une voix ferme: Je veux. La tête sanglante du chevalier Pérugin tomba dans ses mains, et elle éprouva une telle douceur que le cœur, écrit-elle, ne peut la penser ou la langue Texprimer! En une vision que l'amour révèle à Tintelligence lorsque la plume de Catherine la retrace au P. Raymond, la Sainte contemplait le Christ ; il recueillait le sang, les désirs, lame même de la victime ; le sang divin mêlé au sang de Toldo lui donnait une valeur ; cet homme participait à la sagesse du Ycrbe obéissant au Père, dont la toutepuissance recevait ce sacrifice expiatoire, par l'opération du Saint-Esprit ; le ciel s'ouvrait ; Tâme de Nicolas y entrait, mais sur le seuil même du Paradis cette âme se retourna vers Catherine avec une douceur infinie, « comme réponse qui, arrivée au seuil de l'époux, remei*cie de la tête et du regard ceux qui l'ont accompagnée. »
Pendant rétemi té, lamiséricorde divine, oublieuse de la vie passée de cet homme, devait le récompenser du sang « chaud de désirs » versé pour Jésus-Christ, sang qui empourprait la robe blanche de la Sainte et dont elle eût toujours voulu garder la trace. Uépouse du Crucifié, confiante dans le sang versé sur le Calvaire, croyait aussi à la puissance du sang humain versé en expiation des crimes de Thomme ; les yeux fixés sur celui que Nicolas Toldo avait répandu, l'esprit absorbé par la réforme de l'Eglise, œuvre de reconstruction à laquelle elle se savait destinée par
SON DÉVOUEMEKT t»ENDANT* LA t»EStE 219
Dieu, Catherine s'écria : « Il me semble que la première pierre est posée et cimentée par ce sang, où germe la vie du Christ *. »
Le sang du Fils de Dieu ! tel était le mot que partout et toujours Catherine avait sur les lèvres. Dans ce sang sorti du côté entr'ouvert de Jésus pour révéler le secret du cœur divin, dans ce sang qui ressuscite de la mort, fortifie, rend libre et joyeux; dans ce sang laissé par le Rédempteur sur le champ de bataille terrestre afin d'exciter les hommes à se montrer généreux de leur sang, Catherine résumait toutes les manifestations de l'Amour créateur et rédempteur. La vérité, s'écriait-elle, est dans le sang du Christ! et quand on confesse cela, on doit être prêt soi-même à donner tout son sang pour l'amour du sang divin '.
Puisque le Pontife sacrificateur entrevu dans la vision de son enfance ne voulait point encore l'accepter, la vierge dominicaine lui conduisait une autre victime : elle entraînait Nicolas Toldo à s'associer au sacrifice de la croix. Dans sa patrie châtiée, dans sa ville natale dépeuplée par la peste, Catherine commençait son suprême apostolat : sur les péchés de l'Eglise elle avait fait couler un sang expiatoire.
l.Lett. 273.
2. OrationilX, X,XX [Bibliogbafhib A]. Ldtt. 8, 13, 25, 29, 56, 82, 99, 102. - Dial. XIV-CXXXIV.