‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 94 sur 282 · B. Raym. II · texte numérisé non relu

B. Raym. II

La crainte constante de la mort dans laquelle les Toscans avaient vécu durant Tépidémie les disposait à tourner leurs regards vers ceux des serviteurs de Dieu qui guérissaient l'âme et parfois le corps. De r Apennin à la Méditerranée chacun savait, chacun célébrait le nom de Catherine Benincasa ; on avait vu des milliers d'hommes et de femmes accourir à Sienne du sommet des montagnes ou des pays environnants pour se prosterner devant une sainte qui souvent convertissait les âmes à Dieu par saseule présence, avant d'avoir dit un seul mot ; aussi, dès que les villes ptirent rétablir entre elles des relations, chacun s'empressa-t-il de réclamer la visite de la Thaumaturge. Nul ne fut plus pressant dans sa requête qu'un homme habile à faire servir son pouvoir par tous les personnages influents, Pierre Gambacorti, capitaine du peuple et seigneur véritable de la République de Pise.

Catherine comprit aussitôt que cette République était désignée par ses relations avec la Palestine et par son glorieux passé, comme l'âme de la Croisade. En dépit des douleurs de côté qui l'oppressaient et rebelle aux conseils de ses proches, elle ne répondit point à Gambacorti par un refus. L'état de sa santé, des dissensions récentes survenues entre Sienne et Pise au sujet de la forteresse de Talamone * lui offraient de justes motifs de délai qu'elle invoqua en

1. Pierre Gambacorti était mal va des oonoitoyens de Catherine, parce qu'il avait encoaragé le priear des chevaliers de Saiat-Jean à occaper poar l'Eglise deux forteresses Siennoises dont Tune, Talamone, commandait l'accès de la ville.

attendant que Dieu manifestât sa volonté *. Peu après, éclairée sur son devoir et guérie par miracle, elle se préparait au départ.

Les conversions sans nombre obtenues par Catherine lui avaient valu une Bulle pontificale * en vertu de laquelle il lui était permis de se faire assister par trois prêtres qui, munis des mômes pouvoirs que les évoques, absolvaient les pécheurs qu'elle décidait à la pénitence ; Grégoire XI avait désigné le domijiicain Raymond de Capouc et TAugustin Jean Tantucci ; le choix du troisième confesseur était laissé à la Tertiaire. Elle prit le P. dei Dominici, déclara au P. délia Fonte, à Lisa, à Alexia, à Françoise dei Gori, qu'il fallait la suivre, et avant même que le printemps eût triomphé des rigueurs dePhiver, on se mit en chemin. Soit à pied, soit à cheval, soit dans quelque charrette d'osier attelée de ces bœufs gris de Toscane, à l'air si doux, si triste sous le joug, on faisait chaque jour de longues étapes. Bientôt, non loin de la mer, on aperçut Pise, mollement étendue à l'abri des Apennins, sous un ciel clément '.

L'entrée dans la ville fut un véritable triomphe. L'archevêque, le clergé, les Sœurs de la Pénitence, nombre de religieux et de religieuses se portèrent au-devant des voyageurs ; on se disputait l'honneur de les recevoir. Un monastère qui maintes fois

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