‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 95 sur 282 · Lettera · texte numérisé non relu

Lettera

2. Cette bulle était jadis conservée à Venise an couvent des Saints-Jean et Paul. B. Raym. II, 8.

3. Il est probable que Catherine arriva à Pise an mois de février 1375, style commun.

avait appelé Catherine à Pisc lui ouvrait ses grilles *: mais si elle eût trouvé là une cellule conforme à ses habitudes, cette cellule n'eût pas été accessible aux personnes du monde. Pierre Gambacorti voulait l'arrêter sur la rive gauche de TArno. Avec empressement il lui ouvrait son splendide palais, où l'appareil guerrier de la féodalité s'unissait au luxe d'une république commerçante. Catherine refusa. Venue pour être toute à tous, elle ne pouvait se faire Thôte du chef presque absolu de l'Etat, d'un homme que ses ennemis trouvaient intrigant, malgré la générosité de son caractère, et qui jouait dans la politique italienne un rôle propre à inspirer la défiance.

A quelques pas du palais Gambacorti, non plus au bord même du fleuve, mais sur une place un peu écartée, voisine de Téglise Sainte-Christine, où se réunissaient les Sœurs de la Pénitence, s'élevait la demeure des Buonconti. Une vénérable veuve et ses quatre fils réclamaient comme un droit d'y loger les Prêcheurs et les Tertiaires, car leur cousin André portait avec honneur l'habit de saint Dominique ; Catherine accepta leur hospitalité ».

Elle était à peine arrivée chez eux, qu'une multî-

1 . Les scuite donne désignées dans la lettre 149 sans autre indication sont peut-être les pécheresses converties par le P. Dominique Cavaloa. Elles menaient une vie édifiante, sous la régie du Tiers-Ordre^ dans un couvent cloîtré.

2. On montre encore cette maison qui appartient maintenant à la famille Sergardi ; elle a subi trop de réparations pour garder trace du passé.

tude de curieux assiégeait la maison. On voulait voir la Sainte, ons*inclin^it, on lui baisait les mains, on lui demandait sa bénédiction. Silencieuse, elle souffrait ces marques de respect. Le P. Raymond craignit qu'elle ne s*abandonn&t à l'orgueil. Il remarquait d'ailleurs que la race des pharisiens, qui est de tous les temps et de tous les pays, se scandalisait, et il reprocha à sa pénitente de souffrir de tejs témoignages d'admiration. € Quand je ne suis pas absorbée par la vue des âmes au point de ne plus remarquer les àctéà extérieurs des personnes, tout cela me déplaît, répondit-elle avec un sourire ; mais en songeant que le seul amour de Dieu porte la foule à agir comnie elle le fait, je rends grâces au Tout-Puissant. Je connais trop mon propre néant pour être accessible â l'orgueil ; d'ailleurs, ajoutait la jeune sainte avec son inflexible logique, comment, lorsqu'on se sait une créature, éprouverait-on des sentiments de vaine gloire ? » Elle était sincère, le P. Raymond en acquit la preuve.

L'un des jprihcipaux disciples du bienheureux Colombini, le Siennois Bianco di Santi, séjournait depuis quelque temps près de Pise, à Città di Çastello. Mal informé sur Catherine, il lui écrivit une épître en vers où, l'avertissant des dangers de la vanité, il semblait admettre qu'elle y devait succomber. On remit le pli de parchemin ali P. Raymond. Le Dominicain, connaissait les belles poésies lyriques du Jésuate, qu'il tenait pour un théologien instruit, aussi fut-il non moins surpris qu'indigné de cette satire; appelant le P. deiDominici, il commença la lecture des trente-deux strophes de

Bianco^ Catherine survint: v Vous voyez le mal OÙ il n'y a que le bien, dit-elle, discernant le mobile de l'auteur avec sa pénétration surnaturelle des âmes. Cet homme craint que je ne m'égare, c'est par charité qu'il m'admoneste, je veux avoir ses vers et le remercier. » Sur l'heure elle dicta à l'adresse du Jésuate une réponse admirable par son humilité.

L'apostolat de Catherine s'exerça bientôt chez elle, chez les autres, parfois même sur la place publique. A haute voix elle exhortait les pécheur^ à revenir au Seigneur et, quand ils avaient reçu l'absolution : c Ne pensez plus à vos fautes, leur disait-elle, je veux les prendre sur moi, je répondrai pour vous à Dieu, j'acquitterai vos dettes envers lui. » Souvent des gens qui ne s'étaient jamais approchés des sacrémétits racontaient toute une vie souillée de crimes horribles. Les religieux siennois entraient donc au confessionnal aussitôt après leur messe et y restaient à jeun jusqu'au soir. Leurs forces épuisées se renouvelaient auprès de la Sainte; le vidage pâle, lés mkins amaigries, le corps presque > spiritualisé de leur mère, témoignaient assez qu'à son école on ne pouvait ni s'épargner ni se reposer ; son incessante prière à Dieu leur donnait une action sur les âmes et son exemple les soutenait *.

En même temps que les maladies spirituelles.

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