‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 3 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mission providentielle de Rome. — Rôle temporaire de Jérusalem. — Grandeur et succès dé Rome par son patriciat. — Action de ce patriciat dans la transformation chrétienne. — Influence de la femme dans la lutte entre le christianisme et le paganisme. — l.es Cornelii. — Le centurion de la cohorte Italique. — Admission des gentils dans l'Église par saint Pierre. — l.e christianisme fi Antioche. — La Chaire de saint Pierre dans cette ville. — Le nom Chrétien. — Excursions apostoliques de saint Pierre dans l'Orient. — Son retour à Jérusalem. — Sa captivité. — Son départ pour Rome.

v Providence divine avait préparé Rome pour servir de fondement à l’édifice du christianisme , lorsque le moment serait venu d’appeler tous les peuples à l’adoption céleste. Les annales de Rome sont la clef des temps, de même que le bassin de la Méditerranée, avec ses rivages habités par tant de peuples divers, devait être le témoin et le théâtre des destinées de la race humaine tout entière. L’Assyrie et la Perse semblèrent un moment devenues le centre d’une assimilation redoutable des nationalités orientales, et déjà elles menaçaient

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l'Occident ; pour réduire à néant ces puissances colossales, mais éphémères, il fallut peu d'années à un jeune roi parti de la Grèce. Quant à l’Égypte, son rôle était déjà fini. Ce n’était cependant pas' par les armes que la Grèce devait régner sur l’Orient; ce fut par sa langue et par sa civilisation qu’elle l’envahit. Elle avait à le préparer de longue main pour la grande affiliation que Dieu avait résolu de créer entre les peuples.

Deux villes, situées l’une et l’autre près du littoral de la Méditerranée, avaient à accomplir chacune une mission dont l'avenir du monde dépendait. La plus ancienne, Jérusalem, capitale du petit peuple' hébreu, n’était pas destinée à la conquête armée; mais elle avait l’honneur d’être la dépositaire des vérités dont vivent l’homme et la société, et qui s’obscurcissaient de plus en plus sur la terre. C’était à elle qu’étaient confiés les oracles divins, et elle devait les garder jusqu’au moment où la parole révélée se ferait jour dans toute la race humaine. Alors, des conquérants d’une espèce nouvelle se partageraient les provinces du monde, et, moins d’un siècle après leur sortie de Jérusalem, ils auraient porté le nom de Jésus- Christ au-delà des régions explorées par les géographes de l’antiquité.

La seconde ville était Rome, à peine au début de scs succès , lorsque déjà la Grèce en finissait avec les Perses , et rompait l’isolement de ces races pour qui l’Occident existait à peine. L’Empire cependant était pour l’Occident, et pour l’Occident par Rome. Elle était née sans bruit sur le Palatin. Son enfance s'écoula sous le régime monarchique. Elle s’en émancipa plus tard, et inaugura le pouvoir consulaire qui la conduisit à l’apogée de la grandeur et de la puissance, non sans avoir eu besoin de recourir assez souvent à la dictature.

L’aristocratie romaine, qui concentrait dans le sénat les secrets de la politique et les honneurs du pontificat, fournit aussi à Rome les généraux qui commandèrent ses armées. De bonne heure, il est vrai, l’élément démocratique fit sentir ses résistances, et fut au moment de tout perdre; mais l’habile gouvernement du sénat, son dévouement à la chose publique, maîtrisèrent longtemps ces réactions menaçantes. Après avoir abattu Carthage, que son instinct d’origine tyrienne semblait pousser à une jalousie implacable contre la future héritière d’Israël, il ne fallut pas à Rome plus de deux siècles pour porter son nom et sa fortune jusqu'aux frontières du

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