‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 4 sur 113 · DESTINÉE DU PATRICIA !' ROMAIN · texte numérisé non relu

DESTINÉE DU PATRICIA !' ROMAIN

monde connu. Mais, sur les derniers temps, une civilisation hâtive introduisait la corruption des mœurs dans son sein, l'ambition et la cupidité déchaînaient des passions égoïstes, et l'on put prévoir que cette Rome si fiêrc, ayant achevé sa mission de conquérante, s’affaisserait sur elle-même, et se donnerait au premier maître à qui il plairait d’en faire son esclave.

Ses destinées cependant étaient loin d’être épuisées, et l’on peut même dire que tout ce qui avait précédé n était qu’un commencement , et comme le glorieux prélude de ce qui devait suivre. Au temps marqué, les promesses du ciel à la terre s’étaient enfin accomplies. Les oracles dont Jérusalem était dépositaire avaient reçu leur éclaircissement par les faits. Le Christ , qui était l’attente des nations, était venu, et il avait fondé son Église. Mais l’orgueilleuse Jérusalem , qui méprisait tout ce qui n’était pas juif, préféra l’ombre à la lumière, la lettre à l’esprit , et son infidélité fut le signal de la substitution de la gentilité dans les destinées de la race de Jacob. Dès lors, la mission de Rome allait être d’entreprendre une nouvelle conquête du monde, dans le but « de réunir en société les enfants de Dieu, qui jusque-là étaient dispersés sans lien visible sur la surface de la terre ». (Johan., xi.)

En même temps le passé de la ville de Romulus était expliqué. Ce n’était pas pour le profit des Césars qu’elle avait conduit tant d’expéditions sur terre et sur mer. De nombreux passages des prophéties annonçaient l’annexion de toutes les races au cultedu vrai Dieu, et Rome avait été appelée à réunir tous les peuples sous une même capitale, afin d’abaisser devant la prédication évangélique les barrières qu’eussent opposées tant de nationalités diverses et ennemies. Ce n’était donc pas en vain que cette ville superbe avait la conscience de son éternité; mais elle n’avait pas prévu qu’il lui faudrait d’abord mourir en tant que cité païenne , pour revivre à jamais comme capitale de l’universellc religion, et pour devenir l’instrument de la civilisation du monde.

Dans cette transformation , Rome ne devait pas perdre la forme imposante et souveraine sous laquelle elle avait apparu aux yeux des peuples. Il lui fallait seulement abaisser ses faisceaux devant la croix, s'assimiler l’élément divin que lui inoculeraient ses deux pacifiques conquérants venus de la Judée, et restituer cet élément, devenu désormais le sien , à toutes les nations de la terre. Ce ne sera plus du Capitole aux toits dorés que descen-

dront les volontés impérieuses du peuple-roi; ce sera du Vatican, tombeau sacré d’un vieillard immolé par Néron , que partiront ces décrets doctrinaux qui maintiennent et éclaircissent la vérité révélée, ces lois disciplinaires qui épurent et conservent les mœurs; et la société spirituelle, qui a là son centre, a déjà traversé dix-huit siècles, gardant toujours la même hiérarchie, le même principe d'autorité, le même symbole qui se développe et ne change jamais.

Entre les faits caractéristiques qui amenèrent une si vaste et si profonde révolution , il est à propos d'étudier l’accueil que rencontra dans cette ville la prédication évangélique, unique moyen de conquête qui fut employé par le christianisme. Pour cela , détournons un moment nos regards *de cette corruption colossale qui fait de Rome, sous les Césars, le scandale du monde, et cherchons la véritable raison des succès qui avaient élevé cette vill# au-dessus de tout. A la différence des républiques éphémères de la Grèce, dont l’action politique ne s’étendit pas, la république romaine passa, comme naturellement, de la conquête de l’Italie à celle du monde. A quelle cause est duc un tel succès ? A la moralité , à la dignité que montrèrent dans l’exercice de leur haute influence un petit nombre de familles romaines qui se transmirent, durant plusieurs siècles, la tradition du dévouement à la chose publique. C’est par elles que tout s’accomplit, par elles que Rome antique aurait duré, si scs mœurs, tombées en décadence, n’avaient pas paralysé enfin cet élément qui avait été sa vie.

On suit aisément dans l’histoire romaine la trace de l’action de ces races patriciennes, desquelles tout émane pour le maintien et le progrès de Rome; mais arrive le moment où cette action s’arrête. Ces nobles familles ne sont pas éteintes encore; mais leur influence dans l’ordre politique a cessé. Pour citer deux noms en paniculier, les Cornelii et les Cæcilii ont tout conduit, tout décidé dans Rome depuis plusieurs siècles; mais après la défaite de Thapsus, où triompha la fortune de César, ils semblent s’effacer et disparaître. La place est désormais à l’empire brutal de la force qui s'éleva sur lescorruptions de la république, et dont la durée ne s'explique que par la vigueur de tempérament qu’avaient su donner à Rome les mâles patriciens dont nous venons de rappeler les services.

Cependant ces illustres races n’avaient pas toutes péri : Dieu les gardait

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