‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 39 sur 113 · I.A SOCIÉTÉ ROMAINE · texte numérisé non relu

I.A SOCIÉTÉ ROMAINE

a eu pour origine une fausse interprétation des Diptyques des martyrs de l’Église romaine , sur lesquels saint Clément ne devait en effet occuper que la troisième place. A la suite des doctes archéologues Bianchini , Vignoli , et de nos jours M'r Héfélé, nous nous attacherons donc au chronographe du troisième siècle, qui avait connaissance des autres listes, et qui assurément ne détermina pas la place de saint Clément sans avoir interrogé soigneusement les vraies traditions de l’Église de Rome.

Le pontificat de Clément devait voir s'accomplir le terrible jugement de Dieu sur Jérusalem, et le dernier écroulement de la religion mosaïque. Rome était déjà constituée héritière de la ville autrefois sainte et désormais maudite. Lit gentilité ébranlée se rendait de toutes pans au vrai Dieu , ainsi que l’avaient prédit les prophètes juifs eux-mêmes. L'élite d'Israël avait passé à l’Évangile; mais la multitude, ayant sur le cœur ce voile que lui reprochait saint Paul II Cor. , in), s’obstinait de plus en plus dans la haine et le mépris des chrétiens. Pourtant, dans cette substitution d’une nouvelle alliance à l’ancienne, les premiers honneurs avaient été pour Israël. C’était à ses fils qu'il avait été dit : « Allez, enseignez toutes les nations. » Les nations prêtaient l’oreille, et le gentil devenu croyant était désormais , non disciple de Moïse, il est vrai, mais fils d’Abraham. Le juif pouvait-il, sans irriter le ciel , s'obstiner à ne pas remonter au-delà du Sinaï, à ne pas tenir compte de la page où il est écrit qu'Abraham , avant même la naissance d'Isaac, avait reçu de Dieu la promesse qu'en lui seraient bénis tous les peuples de la terre ?

La race des Flaviens, qui nous a paru déjà marquée d’un signe surnaturel, que l’on verra se dessiner plus vivement encore, avait été choisie pour être l’exécutrice des vengeances divines , et devait en retour recevoir la couronne de l’Empire. Heureuse cette famille, si sa branche cadette, qui obtint en partage les grandeurs du monde, eût prêté l'oreille, comme sa branche aînée , à l'enseignement des apôtres ! En l’année 67, tandis que son frère Flavius Sabinus occupait encore la préfecture de Rome, Flavius Vespasien était envoyé en Palestine pour réprimer l'insurrection des juifs dans cette province. Une fureur inouïe entraînait ce peuple à sa perte. Divisé en partis féroces les uns envers les autres, il bravait Rome avec une imprudence qui devait précipiter sa ruine. Vespasien commença par faire la con-

SAINT CI.F.MKNT.

quête de la Galilée, et les bandes juives qui n'avaient pas été exterminées refluèrent sur la Judée et Jérusalem. La campagne en était là lorsque Vespasien apprit, au mois de juillet (>ti, qu'il venait d'être proclamé empereur à Alexandrie. Il se rendit d'abord dans cette ville, avant de se présenter à Rome, où il n'avait pour compétiteur que l'ignoble Vitellius. En partant, Vespasien laissait à son fils Titus la charge d'en finir avec les juifs, et, dans les derniers mois de l’an 70, il arrivait sur le théâtre de sa fortune. En avril 70, Titus mit le siège devant Jérusalem, et dès les premiers jours de septembre, après les plus affreuses convulsions, la ville déicide succombait avec son temple. Pour le culte du vrai Dieu, Jérusalem n'était plus; il n’y avait plus que Rome.

Fig* 11. — McJuiUc de la Judée vaincue. Cabinet des médailles.

On fut à même de le reconnaître, lorsqu'au printemps de l’année suivante se déroula dans les rues de cette ville la pompe triomphale qui célébrait la défaite du judaïsme, non par la main des hommes, comme l'attesta Titus lui-même, mais par la main de Dieu. Les yeux des Romains virent passer tour à tour le mystérieux chandelier à sept branches, la table des pains de proposition, les trompettes sacrées, le voile du Saint des Saints; en un mot les dépouilles du sanctuaire que Dieu délaissait, ayant - transporté ailleurs ses affections. Vespasien et son fils paraissaient sur un char, aux acclamations d’un peuple immense, au sein duquel les chrétiens seuls savaient qu'en ce jour Rome célébrait une victoire qui dépassait en résultats toutes celles qui lui avaient soumis le monde. Désormais, c’était dans ses murs qu’il fallait venir chercher la montagne de Sion, tant aimée de Dieu, le vrai temple, le sacrifice éternel, le Christ du Seigneur, que la

première Jérusalem n'avait su que méconnaître et crucifier. Dans cette consommation terrible il y eut, entre mille autres, un trait caractéristique de la vengeance divine. Le représentant de la résistance judaïque se nommait Simon, fils de Gioras; c’était lui qui devait être égorgé, selon l’usage, pen-

Fig. i3. — Arc de Titus.

dant la marche du cortège, lorsque celui-ci serait arrivé en vue du temple de Jupiter capitolin. Flagellé durant tout le parcours de la pompe triomphale, il fut saisi et plongé dans le cachot de la prison Mamcrtine, où Simon Pierre, quatre ans auparavant, avait passé les heures qui précédèrent son martyre. Là, Simon, fils de Gioras, fut immolé, et l’on remonta son cadavre.

SAINT CLÉMENT

La mémoire d'un événement aussi grave pour le christianisme que le fut l'extinction de Jérusalem et le renversement de son temple donne un intérêt saisissant aux médailles qui furent frappées à cette occasion. La Judée vaincue, assise tristement sous un palmier, exprime de la façon la plus expressive le châtiment qu’elle s’attira en repoussant son Messie, en s’obstinant à vouloir n’être que la capitale d’un peuple, et dédaignant de devenir celle du genre humain. Nous choisissons , entre plusieurs qui offrent le même motif v une de ces médailles commémoratives du plus grand désastre que rapporte l’histoire (fig. 1 2).

Fig. 14.— I.’un des bas-reliefs de l are de Titus.

Mais le trophée de Rome victorieuse et héritière de la cité de David est l’arc de Titus, qui, dans la beauté et la pureté de ses lignes, sedressse en face de l’amphithéâtre de Vespasien. En l’établissant avec cette solennité sur la voie Sacrée , Rome ignorait qu’elle posait sur le sol le premier monument de sa transformation. Nous plaçons ici sous les yeux du lecteur l’arc de Titus dans l’état de parfaite conservation que ni les siècles ni les barbares ne lui ont enlevé (fig. 1 3'.

Les bas-reliefs dont l'intérieur de l’arc était orné ont été cruellement mutilés; mais on discerne encore avec un vif intérêt l’épisode de la marche triomphale où figurait le chandelier à sept branches. Nous donnons ici savamment restauré ce magnifique monument de la sculpture romaine (fig. 14).

L’arrivée de Vespasien à Rome [fig. 1 5), avait été saluée de vives accla-

mations. On espérait que ce chef militaire effacerait l’odieux souvenir de Néron, et mettrait un terme à l'anarchie qu’avaient amenée les trois compétiteurs à l'Empire que l’on avait vus disparaître tour à tour d’une façon si tragique. Parmi les monuments de l’épigraphie romaine, nous rencontrons un groupe d’inscriptions ayant pour objet d’exprimer à Vespasien les félicitations de la tribu Succusana.

Cette tribu tirait son nom du ficus Succusanus , situé dans la cinquième région de Rome (Sf.xtis Rifis) , laquelle comprenait, avec le Viminal, la partie de l’Esquilin la plus rapprochée de cette colline, et aussi la petite vallée qui les sépare. Nous connaissons déjà ces lieux comme habités par une partie de l'aristocratie romaine. Quatre inscriptions recueillies par Grutcr, et découvertes en 1^47 près de l'arc de Septime Sévère , s'unissent pour attester le solennel hommage que la tribu Succusana, dans ses différents corps , offrit à Vespasien , le quinze des kalcndes de décembre de l’année 70, anniversaire de sa naissance. Les dédicaces de ces marbres respirent l’enthousiasme , et donnent à entendre que le nouvel empereur n’était pas étranger à la même tribu. On lit sur une d’elles [page 78):

FORTVNAE REDVCI DOM V S A V G V S T SACRVM

TRIII. SVC. CORP. FOEDER sur une autre [page 2q3) :

V1CTORIAE

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