‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 38 sur 113 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Saint Linus. — Son pa»»ngc rapide sur le siège de Rome.— Sa pierre sépulcrale au Vatican. — Mort de Néron. — Châtiment des meurtriers de saint Pierre. — Clément souverain pontife. — Eiplication du dipytque romain des martyrs l.inus, Cletus, Clemcns. — Guerre des juifs. — Vespasien empereur. — Chute de Jérusalem et de son temple. — Arc de Titus. — Félicitations de la tribu Succusana à Vespasien sur son avènement à l'Empire. — Inscription chrétienne du Corpus juniorum. — Cornélius Pudcntianus. — Flavius Sabinus et ses vertus.— Flavius Clemens, son fils, chrétien, épouse Flavia Domitilla, petite-fille de Vespuicn, chrétienne aussi. — Saint Clément établit sept régions ecclésiastiques dans Rome cl sept notaires pour recueillir les actes des martyrs. — II envoie de Rome les premiers évêques à diverses Églises de l’Occident. — Troubles dan» l’Église de Corinthe. — Saint Clément intervient pour rétablir l’ordre et la paix. — Sa lettre aux Corinthiens. — Ses lettres aux Vierges. — Le christianisme renouvelle la notion de la chasteté. — La virginité consacrée par saint Clément dans la personne de la jeune Flavia Domitilla. — Hermus adresse le livre de se» Visions k saint Clément et à la diaconesse Grapté. — Allégories d'Hermès sur l’Église.— Annonce d'une persécution.— Saint Clément encourt la disgrâce de Vcspasicn. — Il e»t exilé dan» la Chersoncse et abdique le pontificat.

jierrf. avait designé Clément pour son successeur, il l'avait fait asseoir dans sa propre chaire; cependant tous les Catalogues des pontifes romains, sans exception , s’accordent à placer Linus immédiatement après Pierre. On en doit conclure que si le mérite et la considération de Clément , joints à l’estime que lui avait témoignée le prince des apôtres, le recommandaient particulièrement au respect de ia population chrétienne de Rome, sa modestie l’élevait plus haut encore. Souvent les apôtres avaient laissé dans une même ville plusieurs de leurs disciples honorés du caractère épiscopal; la mission de l’apôtre terminée, la succession s’établissait par le concert de ces

hommes desintéressés de toute idée humaine, et bientôt l'unité d’évêque, qui est la force de toute Église particulière , s’établissait pour durer toujours.

Depuis douze ans, Linus avait reçu la consécration ; durant l'absence de Pierre, il l’avait suppléé dans le gouvernement de l'Église romaine; que pouvait faire Clément, ordonné évêque tout récemment, sinon donner l'exemple de l'humilité chrétienne, en s'effaçant devant un homme vénérable et dès longtemps en possession du respect de la chrétienté de Rome ? On découvre les sentiments qui suggérèrent à Clément cette conduite pleine de modestie, en lisant sa lettre aux Corinthiens, dans laquelle il exprime avec un accent si ferme l'obligation, pour les pasteurs de l’Église, de vivre dans un entier détachement des honneurs et des charges ecclésiastiques. I, inus dut donc accepter, pour les quelques jours qu'il devait vivre encore, la qualité de successeur de Pierre, ayant près de lui Clément et Clétus comme les vicaires de son autorité.

Tandisque la succession au pontificat chrétien s’opérait ainsi dans Rome, la tyrannie de Néron, qui s’obstinait à poursuivre en Grèce ses succès d'histrion, devenait de plus en plus odieuse. Des conjurations se formaient et se multipliaient. Hélius, effrayé de la vindicte publique qui le menaçait chaque jour autant que son maître, s'embarqua pour la Grèce, et parvint enfin à ramener le tyran à Rome, dans les derniers mois de 67. L'année G8 vit la chute honteuse et tragique du monstre, en ce même mois de juin où, l'année précédente, le sang des apôtres avait coulé dans Rome, et l’Église put enfin respirer.

Mais déjà Linus avait disparu. Dès le 2 3 septembre 67 , il avait été atteint par le glaive delà persécution. On l’ensevelit dans la crypte Vaticane , près de la tombe du prince des apôtres , et telle fut la vénération qui entoura son sépulcre, qu'il fut découvert encore immobile , dans les restaurations que fit exécuter Urbain VIII, en i633, à la Confession de saint Pierre. Severano et Torrigio, témoins oculaires, attestent que sur un tombeau voisin de celui du prince des apôtres, on lut cette simple inscription : Linus. L'emplacement de ce tombeau, qui n’est plus apparent aujourd'hui, est indiqué sur un plan de la crypte Vaticane dressé en i635 par Benoit Drai , employé à la basilique, et ce plan est celui-là même que Bonanni a inséré dans son Histoire de la basilique Vaticane.

SAINT CLÉMENT

L’Empire, vacant par la mort de Néron, vit successivement passer Galba, Othon et Vitellius. L’ Église n'eut rien à souffrir durant la crise qu’entraînèrent ces révolutions si rapides; mais la Providence sévit contre les ennemis des chrétiens. Galba eut le temps d’ordonner le supplice d’Hélius et de Polvthètes; quant à l’infâme Tigcllinus, ce fut la main d'Othon que Dieu employa pour lui infliger la peine de ses cruautés contre les chrétiens dans les jardins de Néron.

Linus ayant reçu la couronne du martyre, Clément dut enfin se résoudre à occuper la chaire de saint Pierre. Ici les critiques se partagent; les uns voulant que Clétus ait précédé Clément dans le pontificat, les autres que Clément ait siégé avant Clétus. Le sentiment des premiers s’appuie sur les listes des papes dressées loin de Rome, sur lesquelles en effet Clétus est préposé à Clément; l'opinion des seconds est fondée sur le plus ancien Catalogue des pontifes romains rédigé à Rome dans la première partie du troisième siècle, etquise trouve confirmé par l’autorité de saint Optât de Milève et de saint Augustin. On connaît les relations intimes que l’Eglise d'Afrique entretenait avec celle de Rome, dont elle était sortie. La divergence qui s’est manifestée sur ce point semble avoir eu pour origine la manière dont les trois premiers successeurs de saint Pierre sont établis sur les Diptyques de l’Eglise de Rome, tels que l’on peut encore les constater au Canon de la Messe. On y lit en effet : Lini , Clcli , Clementis; mais il serait utile de remarquer que le martyre de saint Clément, dont la date précise nous est fournie par saint Jérôme, n’avant eu lieu qu’après celui de saint Clétus, il est tout naturel que, sur une liste de martyrs, on ait enregistré les martyrs dans l’ordre chronologique de leur martyre.

Cette question de l’antériorité de saint Clément à saint Clétus ou de saint Clétus à saint Clément n’a sans doute qu’une importance très-secondaire; mais outre que la marche des faits relatifs à ces deux pontificats s’agence parfaitement en plaçant Clément avant Clétus, l’archéologue ne peut faire abstraction du précieux Catalogue romain du troisième siècle, dont le rédacteur, qui semble avoir été le chronographe saint Hippolytc, a procédé à l’aide des fastes consulaires. La nature de notre travail ne nous permettant pas les dissertations, nous ne nous arrêterons pas davantage sur ce sujet. Il nous suffit d’avoir touché le point de solution, en montrant que la méprise

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