I.ES CÆC1LII
tement exercitée aux lettres, bien apprise à jouer de la lyre, et sçavante en la géométrie, et si prenoit plaisir à ouïr propos de la philosophie, non point en vain, ny sans fruict : mais, qui plus est, elle n’estoit point pour tout cela ny fascheuse, ny glorieuse, comme le deviennent ordinairement les jeunes femmes, qui ont ces parties et ces sciences-là. Davantage, elle estoit fille d’un père, auquel on n’eust sccu que reprendre, ny quant à la noblesse de sa race, ny quant à l’honneur de sa vie. » ( Plutarque d’AMYOT, in Pompeium.)
Notre intention n’est pas d’énumérer ici toutes les gloires qu’apportèrent, par leurs alliances, à la gens Ctecilia, les femmes de cette grande race. L’ar-
Fig. ,}5. — Fragment de la frise du sarcophage de Cx-cilta Métclla, d'après Piranesi.
bre généalogique placé en tête de ce chapitre en donnera quelque idée (fig. 3 7' ; mais nous ne devons pas omettre la fille de Pomponius Atticus, celle-là même que Cicéron salue encore tout enfant, dans ses lettres à son père : « Pnellæ Cæcilicc bellissimcc salutem dices. » {Ad Atticum, vi, 4.) Elle fut mariée à l’ami et lieutenant d’Auguste, M. Vipsanius Agrippa, qui préféra l'alliance de Pomponius Atticus, simple chevalier de la gens Cæcilia, à celle des plus grandes familles.
La fille de Cæcilia Attica fut appelée des noms de son père Vipsania Agrippina, et Auguste l’ayant fiancée, dès l’àge d’un an, à Tibère, elle épousa celui-ci et lui donna pour fils Drusus César, le père même de cette Julie que Messaline fit périr en l’année 43, et dont la mort fut le moyen dont se servit la divine Providence pour amener au christianisme notre illustre Pomponia Græcina. Plus tard, Auguste rompit le mariage qu’il avait noué lui-même. Tibère se vit contraint de renvoyer Vipsania qui était
enceinte, et jouissait de l’estime universelle, aussi bien que de la tendresse de son mari. Ce divorce imposé fut très-sensible à Tibère qui dut épouser Julie, la propre fille d’Auguste. Il est à croire que si le futur empereur fût demeuré sous l’ascendant de la petite-fille des Cæcilii, Rome et le monde n’auraient pas vu les affreux désordres qui souillèrent le trône impérial, et mirent à l'ordre du jour les infamies qui forment le caractère du règne des premiers Césars.
Séparée pour toujours de Tibère, Vipsania épousa en secondes noces Asinius Gallus, et mourut en l’année 20 de l’èrc chrétienne. Elle est la seule des nombreux enfants d’ Agrippa qui n’ait pas péri de mort violente. Son second mari, Asinius Gallus, était fils du célèbre orateur C. Asinius Potlion, qui, appelé aux honneurs du consulat et du triomphe, eut aussi la gloire d’ouvrir à Rome la première bibliothèque publique. Il mourut dans sa villa de Tusculum, la troisième année de notre ère. Sa fille, belle-sœur de Vipsania, épousa M. Claudius Marcellus Æscminus; et ce fut cette alliance qui introduisit dans la gens Asinia l’usage du surnom Marcellus, qu’on y retrouve fréquemment depuis, avec celui d'Agrippa qu’y apportait en même temps la petite-fille de Cæcilius Atticus. Un nouveau mariage sera-t-il venu, dans la seconde moitié du premier siècle, resserrer encore l’alliance des deux familles Asinia et Cæcilia ? C’est ce que semblerait insinuer le cognomen de ce Q. Cæcilius Marcellus, possesseur, sous Trajan, de la magnifique villa Tusculanedont M. de Rossi vient de déterminer l’emplacement. ( Bollettino 1872.) Il n’était pas rare à cette époque que les fils de famille adoptassent comme troisième nom celui de leur mère, et cette villa de Q. Cæcilius Marcellus, si elle ne fut pas la dot même d’ Asinia Marcella, mère de celui-ci, se trouve du moins en rapports de voisinage avec d’importantes possessions des Asinii (villa, briqueteries) sur ce même territoire de Tusculum.
Telle fut l’illustre race d’où sortit au deuxième siècle la vierge Cécile, dont la gloire efface par son éclat toutes les grandeurs qui l’avaient précédée.
Elle fut donnée du ciel pour unir en sa personne l’ancienne Rome, en ce qu’elle avait de plus noble et de plus pur, à la Rome nouvelle qui , à partir de Cornélius Pudens et de Pomponia Græcina, avait déjà enrôlé dans ses rangs généreux plus d’un membre ou d’un allié de la gens Cæcilia. Les