CHAPITRE XII
La gens Otcili». — Son Illustration «ou* les roi». — El'e reparaît sous la république. — L. Cxciliu* Métellu» vainqueur de* Carthaginois. — Q. Grciliua Métcllus. — La gens Cxcilla fe divise en deux branche*. — La première a pour chef Q. Cxcilius Métcllus le Macédonique. — La seconde L. CatciliUS Métcllus Cal vus. — Ses deux fils, le ILilmaliquc et le Numidique. — Grandeur d'ime du Numidique.
— I.e* Carcilii vengeurs de la morale dans Rome. — Q. Cxcilius Métellus Plus, lils du Numidique. — Les Carcilii en Espagne. — Q. Cxcilius Pomponianus Atticua, l’ami de Cicéron. — Les femmes de la gens Cscilia. — Cala Cccltla Tanaquil. — Tombeau et sarcophage de Cxcilie Métella. — Villa de Q. Cxcilius Marcellus sur la voie Tusculane. — L. Cxcilius Balbinus Vibullius Plus, consul en 1 3y
— Au cimetière de Lucine, L. Cxcilius chrétien, vers la fin du deuxieme siècle. — Sainte Cécile issue de la lignée du Numidique. — Sa naissance.
es éloquentes paroles de Tcrtullicn qui terminent le chapitre précédent serviront d’introduction à celui-ci, où nous allons parler enân de l’héroïne dont le nom brille sur le titre de cet ouvrage, et dont la noble vie est comme le résumé de tout ce que nous avons exposé jusqu’ici de l’alliance de Rome antique avec le christianisme, du patriciat de la ville aux sept collines avec la race cosmopolite des chrétiens. Le nom de Cécile qui est une des gloires principales de l’Eglise réveille en meme temps les plus beaux souvenirs de l’histoire romaine, et nous sommes amené naturellement à tracer ici la généalogie de la race héroïque dont l’illustre vierge est issue. Plus d’une fois déjà le nom des Cæcilii s’est rencontré sous notre plume : nous ne pouvions parler des Comelii sans signaler leur alliance avec la famille qui fut leur émule dans les hauts faits et les nobles entreprises d’où sortit la grandeur de Rome. Nous ne pouvions non plus rappeler le rôle des Pompon», sans mettre
en relief les Cæcilii, qui Ieurapportèrent l’illustration en s’unissant avec eux. Les Sergii, que nous avons rencontrés sur la route, nous ont pareillement révélé leur lien de parenté avec la gens Cæcilia. Le moment est venu de faire appel aux traditions de la ville éternelle, et de montrer quels furent les ancêtres directs de cette jeune femme, dont le nom est l’objet d’un respect et d’une admiration qui surpassent tout ce que la postérité a pu accorder en ce genre aux grands hommes dont elle fut la fille.
La gens Gtcilia, qui semble avoir été originaire de l'Étrurie, a pour premier représentant, dans l’histoire romaine, la célèbre Caïa Cæcilia Tanaquil, dont nous parlerons bientôt. La chute des rois entraîna l’expulsion de plusieurs familles patriciennes, et les Cæcilii furent du nombre. Ils rentrèrent de Bonne heure dans Rome; mais ce ne fut qu'au prix des plus
Fig. 36. — Monnaie consulaire des Cæcilii. I.es éléphants. Cabinet des médailles.
signalés services qu’ils recouvrèrent avec le temps les honneurs du patriciat. Nous ne ferons que nommer Q. Cæcilius, tribun du peuple en l’année de Rome 3 1 6 ; mais, dès l’an 470, les fastes consulaires s’ouvraient pour L. Cæcilius Métellus. C’est la première fois que le cognomen Métellus apparaît uni au nom des Cæcilii, dont il est désormais inséparable.
En l’année 5o3, les faisceaux consulaires reposent aux mains de L. Cæcilius Métellus, fils du précédent. On peut dire qu’en cet illustre personnage est le point de départ de la gloire des Cæcilii. La victoire de Panorme qu’il remporta sur les Carthaginois répara les désastres de Scipion et de Régulus, et assura l'heureuse issue de la première guerre punique. Le triomphe fut digne de la victoire. On y mena treize généraux ennemis, et cent vingt éléphants furent offerts aux regards du peuple romain. De là, sur les monnaies des Cæcilii, les éléphants qu’on y remarque si fréquemment (fig. 36).
La haute estime que recueillait L. Cæcilius parut dans son élévation au
F ig. 37 — Arbre généa'ogique de la gens Gecilia,
LES C.ECILII.
suprême pontificat, où il acheva de conquérir l’estime du sénat et du peuple par un acte célèbre de dévouement. Un incendie dévorait le temple de Vcsta, et allait faire périr le Palladium et les autres objets sacrés auxquels Rome croyait ses destins attachés. Les vestales elles-mêmes avaient fui. Métellus s’élance au milieu des flammes, et enfin il reparaît portant dans ses bras à demi-consumés le signe tutélaire de la première Rome. Ses yeux
l-'ig. 3S. — Monnaie consulaire «les Cacilii La Pallas. Cabinet «les raéJaillca.
avaient cruellement souffert de l’action du feu , et ils en demeurèrent frappés de cécité. En retour d’un tel acte de courage, le sénat décréta que Métellus aurait désormais le privilège de se rendre à la curie sur -un char; ce qui jusqu’alors n’avait été accordé à aucun sénateur. Les Cæcilii voulurent conserver la mémoire du haut fait de leur aïeul, en représentant l’image de Pallas sur leurs monnaies consulaires (fîg. 38).
Fig. 3 9. — Monnaie consulaire des Cæcilii. Le bouclier mactMoniquc. Cabinet des médailles.
Le fils de ce grand homme fut Quintus Cæcilius Métellus, consul en 548 «dictateur en ôqy. C’est à lui que Rome fut redevable de l'envoi en Afrique de celui des Scipions qui devait mériter si glorieusement le nom ^Africain, et ruiner pour jamais la fortune de Carthage. Il fallut, pour faire prévaloir ce choix d'un général capable d’anéantir enfin la rivale de Rome, que v^uintus Cæcilius luttât en plein sénat avec des hommes tels que Caton et Fabius. H l’emporta par l’ascendant de son nom et par son mérite personnel, « les destinées de la ville éternelle reprirent leur cours.
K-UNTH IKClUL — ÂO
A partir de ce Quintus, la gens Cæcitia sc divise en deux branches de la plus haute illustration. La première a pour chef Q. Cæcilius Métcllus le Macédonique. Simple préteur, il gagna ce titre en soumettant la Macédoine révoltée. C’est de ce fait (007) que date l’introduction du clypeus Macédoniens sur les monnaies céciliennes (fig. 3 g). De retour à Rome, Q. Cæcilius, après le triomphe (fig. 40), commença l’embellissement de la ville, en faisant construire sur la partie du Champ de Mars où s'éleva plus tard le portique d’Octavie, les deux premiers temples de marbre que Rome eût vus dans son enceinte, dédiés l’un à Jupiter et l’autre à Junon. On remarqua qu’il n’inscrivit point son nom sur ces monuments. La modestie et la modération furent constamment, avec le courage et l’honnêteté des moeurs, le caractère des Cæcilii. Le Macédonique aimait cette magnificence qui élève
Fig. 40. — Monnaie de» Caccilii. Un triomphe. Cabinet de» médailles. ,
les idées d’un peuple. Il encadra d’ün portique les deux temples qu’il avait bâtis, et réunit à l’entour une suite de statues équestres rapportées de sa conquête. Elles étaient, disait-on, l’œuvre de Lysippe qui, sur l’ordre d’Alexandre, l’avait représenté lui-même, ainsi que les chevaliers de son armée tombés au passage du Granique.
Consul en 61 1 , le Macédonique passa en Espagne. La Ccltibérie, soulevée et défendue par Viriathc, allait échapper à Rome. En deux années, on la vit pacifiée et soumise presque tout entière par la valeur et l’habileté de Métcllus. Rentré dans Rome, où il sut conquérir au plus haut degré l’estime de ses concitoyens, il fut créé censeur (6î3). Un de ses premiers soins fut de travailler à l’épuration des mœurs publiques. Dans un discours qu’il prononça en vertu de sa charge, on l'entendit insister sur le devoir qu’il aurait voulu imposer à tous les Romains de contracter mariage, afin d'anéantir l’odieuse indépendance du libertinage. Un siècle après, Auguste, poursuivant le même but, fit rechercher ce discours d’un Cæcilius, le fit lire
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dans le sénat, et un édit en notifia le texte au peuple romain. Inexorable contre les désordres qui tendaient à corrompre la république, l’intègre censeur usa de son autorité sans se mettre en peine de la fureur des gens vicieux qu’il ameutait contre lui. Aünius Labéon, tribun du peuple, avait été rayé du sénat par Métellus. Ayant rencontré celui-ci près du Capitole, à une heure où l’extrême chaleur du jour avait rendu ce lieu comme désert, il se jeta sur lui, et déjà il l’entraînait vers la roche Tarpéienne, lorsque les autres tribuns, arrivant au secours, arrachèrent enfin de ses mains l’intègre et courageux censeur. Labéon, déçu de son projet homicide, s’en vengea audacieusement, en confisquant solennellement ses biens, sur les rostres, au profit des temples. De tels outrages ne faisaient qu'élever plus haut Métellus dans l'estime des gens de bien. Des dissensions avaient existé entre lui et Scipion Émilien ; jamais elles ne lui firent perdre de vue le mérite de ce grand homme. Il pleura sa mort, et commanda à ses propres fils de porter eux-mêmes son corps au bûcher.
L’an de Rome 639 vit terminer la vie de ce vertueux citoyen qui porta si haut le nom des Gecilii. Il mourait prince du sénat, et l’on remarqua à ses funérailles que de ses quatre fils qui déposèrent son corps sur le bûcher, l’un était consul de l'année, deux l’avaient été déjà, et un quatrième allait le devenir à son tour. Ses deux gendres eux-mêmes, qui étaient présents à la pompe funèbre, obtinrent aussi dans la suite cet honneur.
Les quatre fils du Macédonique, auxquels leur père avait laissé de si nobles exemples, étaient Q. Cæcilius Métellus, dit le Baléarique, triomphateur des Baléares, consul en 63 1 ; Lucius Cæcilius Métellus, consul en 637; Marcus Gæcilius Métellus, consul en 63ç>, et Caïus Cæcilius Métellus Caprarius, consul en 641 ; ces deux derniers, triomphateurs en un même jour de deux peuples différents. Nous n’enregistrerons pas ici les autres descendants du Macédonique qui furent honorés des faisceaux jusque dans les dernières années du septième siècle de Rome; mais il nous est impossible d’omettre le type de la magnanimité et de l’indomptable fidélité au devoir, Q. Gæcilius Métellus Céler, l’adversaire de Catilina, vengeur aussi de la morale, dont les fastes consulaires portent le nom inscrit à l’année 694. Ce fut sous ce consulat que se forma, pour la perte de la république, le triumvirat de Pompée, César et Crassus. Céler en prévit les suites et en mourut de douleur.
Telle fut la branche aînée dans la descendance de Quintus Gecilius Métellus, le consul de 548. La seconde va nous apparaître plus illustre encore. Son chef fut L. Cæcilius Métellus Calvus, frère du Macidonique, et consul en Ci 2. Il laissa deux fils, le Dalmatique et le Kumidiquc , dont nous allons suivre la filiation.
Le Dalmatique fut appelé Lucius comme son père, et le surnom dont il est décoré vient de son triomphe sur les Dalmates. L’année 635 le vit consul. Vengeur sévère des mœurs comme un Cæcilius, il osa, étant censeur, expulser du sénat jusqu’à trente-deux sénateurs.
il eut pour fils L. Gecilius Métellus, consul en 686. Le frère de celui-ci fut Q. Gecilius Métellus le Critique. Il dut ce glorieux agnomen à la conquête qu’il fit de la Crète. Les fastes consulaires le portent à l’année 685. Ce dernier fut le père de Cæcilia Métella, femme du triumvir Crassus, sur laquelle nous aurons occasion de revenir. Un fils du Critique, nommé comme lui Q. Gecilius Métellus, fut tribun du peuple, et plus tard l’un des généraux du parti d'Antoine à la bataille d'Actium. Il avait adopté un membre de l’antique gens Junia, qui prit le nom de Q. Gecilius Métellus Créticus Silanus, et fut consul en 760. Sa fille Junia fut fiancée à Néro Gesar, fils aîné de Germanicus. Etant morte peu de temps après, ses cendres furent déposées dans le mausolée d’Auguste, en sa qualité de membre de la famille impériale.
Mais aucun des Cæcilii n'a atteint la gloire du'NuMiniQUE, frère du Dalmatique. Il portait le pramomen Quintus qui continua dans sa descendance. Envoyé, dans sa jeunesse, à Athènes, pour y recevoir les leçons du rhéteur Carnéade, il en revint orateur distingué; mais scs principes de morale ne lui permirent jamais d’user de son éloquence qu’en faveur du bon droit, et on le vit refuser de plaider la cause de son beau-frère Lucullus, parce que celui-ci lui semblait avoir forfait à l’honneur. En 645, il était consul, et ne tarda pas à se rendre en N umidie , où la fortune de Rome cédait devant l’âpre résistance de Jugurtha. Il fallut peu de temps à Q. Métellus pour remonter le moral de l’armée, et pour humilier un si redoutable adversaire. Heureux s’il n’eût pas choisi pour son lieutenant le plus ingrat et le plus perfide des hommes, C. Marius ! Celui-ci, laissant tout-à-coup l’armée, après avoir obtenu quelques succès militaires, osa se rendre à Rome dans le but
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de supplanter un si grand général, dont il accusait les sages et habiles lenteurs. Il parvint, par ses intrigues auprès du sénat et par ses flatteries envers la populace, à se faire attribuer, avec le consulat, le commandement de l'expédition en Numidie, et se hâta de repartir pour l’Afrique. A peine avait-il disparu, que le sénat et le peuple se repentaient déjà de la légèreté avec laquelle ils avaient cédé à l’intrigue d'un ambitieux. Cependant Métellus revenait avec tristesse vers Rome si redevable déjà aux Cœcilii, et si amère pour leur héritier. Contre son attente, il fut reçu avec les plus vives démonstrations d'enthousiasme et de reconnaissance. Des médailles furent frappées en son honneur, et, au grand dépit de Marius, le surnom de Numidique lui fut décerné d’un commun accord.
En quittant Rome, Marius y avait laissé de dignes héritiers de sa haine, et bientôt Métellus se voyait citer en justice, et accuser de concussion par les jaloux de sa considération et de son opulence. Mais son jugement fut un nouveau triomphe, plus insigne encore que le premier. Le tribunal se hâta de déclarer qu’un homme tel que le Numidiquc devait être jugé, non sur telles ou telles écritures, mais sur sa vie tout entière qui proclamait assez haut l’intégrité de son caractère.
En 652, Métellus était créé censeur avec son cousin Caprarius. Rome tout entière fut contrainte de s'incliner sous le joug austère de ces deux Cæcilii, non sans des réactions violentes qui allèrent jusqu'à contraindre le Numidique de se réfugier au Capitole, où la multitude armée des citoyens vicieux le poursuivit et l’assiégea, jusqu’au moment où les chevaliers romains accoururent le délivrer. Ce fut dans l’exercice de cette vigoureuse censure qu’à l’exemple de son oncle le Macédenique, le Numidique sonda la plaie profonde des moeurs romaines, et prononça à son tour une célèbre harangue pour réclamer la réhabilitation du mariage. Cette double protestation, demeurée célèbre dans la postérité, attesta qu’avant d’attacher son glorieux nom à la régénération de Rome par le christianisme , la race des Cæcilii avait été, plus que toute autre, la gardienne de l'honnêteté dans cette ville qui n’eut pas de plus grand ennemi que sa propre corruption.
Mais les épreuves du Numidique n’étaient pas terminées. Une nouvelle intrigue de Marius suscita la discussion d’une loi agraire. Le projet de cette loi, présenté par le tribun Apuléius Satuminus, portait qu’après son
acceptation par le peuple, tout sénateur qui ne consentirait pas à la jurer se verrait interdire l’eau et le feu. Marius proposa au sénat de jurer la loi, en sous-entendant une clause qui aurait annulé le serment, persuadé qu'il était que le Numidiquc ne se prêterait jamais à une telle feinte. Il ne s’était pas trompé. Les sénateurs juraient de toutes parts, et suppliaient le grand homme d’imiter leur exemple. Métellus fut inflexible, et accepta de subir la peine qu’avait méritée sa probité. En quittant le forum, il disait à scs amis dans ce style dont nous retrouverons encore la trace chez notre héroïne au deuxième siècle : « Faire ce qui est mal, c’est le propre des esprits mauvais; faire sans courir de risques ce qui est bien, peut appartenir aux âmes vulgaires; l’homme de cœur ne s’écarte jamais de ce qui est juste et honnête, qu’il ait à attendre la récompense ou les menaces. » (Plutarque, in C. Mario.) Les citoyens probes prenaient déjà les armes et se préparaient à livrer combat pour la défense de Métellus; mais celui-ci se hâta de se dérober à ses amis comme à ses ennemis. Disant adieu à Rome et à sa brillante existence, il monta sur un navire et alla se retirer à Rhodes, où sa vie d’exilé s’écoula dans toute la grandeur et la dignité des mœurs antiques.
La réaction ne tarda pas à se faire sentir. Apuléius fut massacré, et le peuple réclama le retour d’un si grand citoyen, rappelant avec enthousiasme tous les services dont Rome était redevable à la gens Cæcilia. Métellus était passé de Rhodes à Smyrne, lorsqu’il reçut la nouvelle de son rappel. Son arrivée fut signalée par les transports d’une joie inouïe ; Rome tout entière sentait qu'il rentrait le même qu’il était sorti.
Son fils, Q. Cæcilius Métellus, dont la piété filiale s'était signalée, avec la plus noble constance, dansjes démarches qui amenèrent le retour d’un homme si honoré de la population romaine, reçut par acclamation le cognomen de Pius, qui demeura comme un héritage dans cette branche des Cæcilii. A peine sorti de l’adolescence, il se vit élevé au suprême pontificat, et préféré pour cet honneur aux personnages même consulaires. A partir de ce moment, les monnaies des Cæcilii offrirent souvent l’image d’Enée portant son père, ou la cigogne ayant devant elle la Piété. Pour exprimer la gloire militaire unie au pontificat, on y représenta aussi Vurceus et le litiius, au centre d’une couronne de laurier chargé de ses fruits (fig. 41).
Avant de nous séparer du N umidique, nous dirons que sa maison de ville
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était située sur le Palatin ; mais il avait sa villa sur la voie Tiburtine, à une faible distance de Rome. Son opulence lui avait permis d'en faire un des plus somptueux monuments de la campagne romaine, et il n’avait pas mis moins de quatre ans à la bâtir. Nous notons ces points en passant, nous féservant d’y revenir.
Son fils Q. Cæcilius Métclius Pius avait fait ses premières armes dans la guerre contre Jugurtha, où le Numidique l’emmena simple soldat sous ses ordres. Il parut plus tard comme un des meilleurs généraux de Sylla, dans les luttes de celui-ci contre la faction démocratique; mais il n’avait d’autre but que de refouler la démagogie qui, sous la conduite de Marius, menaçait Rome des derniers malheurs, et il ne trempa jamais dans les violences atroces qui ont souillé la mémoire du dictateur. Il eut les honneurs du
Fig. 41. — Monnaie des CcciliL. La Pielas cl la cigogne. L’urceui cl le lituus. Cabinet des médailles.
consulat en 674. On ne tarda pas à l’envoyer en Espagne, où Sertorius tenait en cchcc la puissance romaine. Les rebelles, qui avaient compté sur l’isolement de la péninsule pour prolonger leur occupation séditieuse, se virent contraints de céder devant la science militaire de Pius. Celui-ci, dans l’expédition, avait eu pour collègue le jeune Pompée qui partagea avec lui les honneurs du triomphe en 684. Il mourut en 691, ayant tenu durant quarante ans le pontificat souverain.
Le rôle militaire dcsCæcilii sur la terre d’Espagne, ouvert parle Macédonique, ne s’étendit pas au-delà des dernières campagnes de Métclius Pius; mais cette contrée demeura chère aux Cæcilii qui l’avaient occupée assez de temps, pour y fonder comme un second établissement de leur famille. Deux villes nouvelles, Métellinc, et Castra Catcilia, aujourd’hui Cacérès, en Estramadure, ont marqué le souvenir de leur glorieux passage. Lorsque tout fut perdu pour la grandeur romaine, on vit une partie de cette noble race s’établir sur le sol que ses ancêtres avaient reconquis à Rome, et venir chercher
au milieu des races ibériennes l'héritage de cette estime que leurs pères y avaient méritée. Les médailles et les inscriptions nous les montrent, aux premiers siècles de notre ère, se liant toujours plus par leurs bienfaits avec les peuples de la péninsule. Au reste, les Cæcilii ne furent pas seuls à venir demander à cette terre l’indépendance et la dignité de la vie, telles qu’elles pouvaient exister encore sous le règne des Césars.
On peut dire que l’époque la plus heureuse et la plus brillante pour l'Espagne fut celle où, à partir du règne d’Auguste, ayant renoncé à la lutte contre la puissance des légions, elle recueillit et appliqua les moyens de civilisation qu’apportèrent dans son sein les grandes races de l’émigration romaine. Ce fut au moment même où la péninsule Italique marchait vers la décadence que l’Ibérique s’éleva a'u faîte de sa grandeur. Grâce aux influences que nous signalons, l’esprit romain, la langue et les mœurs latines, s’y montraient plus florissants qu’en Italie même, où l’esprit grec avait si fort modifié le vieux caractère national. On ne s’étonne plus alors de voir l’Espagne fournir à Rome des empereurs: Trajan, Hadrien et Théodose. (Reinhold Balmstark. Une excursion en Espagne.)
Entre les familles du patriciat romain dont plusieurs membres émigrèrent dans ce pays, nous ne pouvons omettre de désigner les Valerii. On les y suit comme les Cæcilii, à l'aide des inscriptions et des médailles, ù partir du règne d’Auguste, exerçant l’un après l’autre ou simultanément les premières charges dans les colonies et les municipes de cette contrée. Bien plus, les deux noms s’unissent dans la communauté la plus intime. A Sagonte, un Valérius est adopté par les Oecilii (Griter., pag. 378); à Barcelone, une Valéria dédie un monument funèbre à son mari Cæcilius ( ibid ., 334); un Cæcilius Bassus épouse une autre Valéria [ibid., topa), tandis que, à Rome, un Valérius Bassus est le mari d’une Caxilia (ibid., 478). Ces rapprochements auront plus tard leur prix dans notre histoire.
Nous avons parlé déjà, à propos des Cornelii, de Q. Cæcilius Métellus Pius Scipion, adopté par les Cæcilii. En même temps qu'il était arrière-petitfils de P. Cornélius Scipion Nasica Corculum, il se rattachait au même degré de parenté, par son aïeule, à Cæcilius le Macédoniquc, en attendant qu’il entrât définivement dans la gens Cæcilia par l’adoption que fit de lui Métellus Pius. Nous avons dit comment, en la journée de Thapsus, cet
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héritier des deux races succomba avec Rome devant la fortune de César. C’est une justice de prendre dans la série des monnaies cécilicnnes et de reproduire ici celle qui représente unis en sa personne les deux grands noms Métellus et Scipion (fig. 42). On sait que les têtes représentées sur les monnaies consulaires ne sont pas celles des consuls eux-mêmes, mais celles de quelque divinité ou de Rome même.
Avant de parler des femmes de la gens Catcilia, il n’est pas hors de propos de dire quelque chose des- simples chevaliers de cette famille. On entendait sous ce nom ceux des Cæcilii qui, laissant à leurs frères- l'illustration des hautes magistratures, se contentaient de l’état intermédiaire où les plaçait leur fortune. Ainsi nous mentionnerons Q. Cæcilius Bassus qui, après la bataille de Pharsalc, lutta avec énergie dans Apaméc contre les
forces de César. Nous avons nommé déjà l'ami de Cicéron, Q. Cæcilius Pomponianus Atticus, né d’un Pomponius et d’une Cæcilia. L’existence splendide et pacifique de ce personnage dans des temps aussi agités est un des épisodes les plus intéressants de cette époque où Rome finit. Nous avons dit la grande fortune que lui assura l'adoption de son oncle Q. Cæcilius, et son nom ne tardera pas à revenir, à propos de sa descendance féminine.
Le nom d’une Cæcilia brille aux premières pages de l’histoire romaine, et là il est le point de départ des gloires inouïes qui se sont rassemblées autour de cette famille. L’époque des rois était close depuis bien des siècles, la république avait épuisé scs destinées, l’Empire s’en allait chancelant vers sa ruine, que le souvenir de Caïa Cæcilia Tanaquil, femme de Tarquin l’Ancien, planait encore sur la ville éternelle. Dans son admiration pour cette matrone, Rome lui avait érigé une statue au Capitole. Varron, au rapport de Pline, atteste que la quenouille garnie de laine et le fuseau de
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Caïa Cæcilia sc conservaient encore de son temps dans le temple de Sangus, et que l’on gardait dans celui de la Fortune une robe que cette princesse avait tissue pour l’usage de Servius Tullius.
Ce culte traditionnel rendu à une femme que son rôle politique n'avait point détournée des convenances et des occupations de son sexe, est un des
Fig. 43. — Tombeau de Cxcilia Mctella sur la voie Appicnne, d'après Piranesi.
traits caractéristiques de l’ancienne Rome, et nous aurons occasion de remarquer jusqu’à quel degré l'idée et les attributs de Caïa Cæcilia étaient entrés dans le type de l’épouse romaine. Mais ce qui ajoute encore à la gloire de ce personnage mystérieux, c’est d’avoir obtenu les éloges d’un Père de l’Église. Saint Jérôme a cité l’épouse de Tarquin l’Ancien comme l’un des modèles de la pudicité conjugale chez les gentils, a Le nom du prince auquel elle fut unie, dit le saint docteur, disparaît sous les ombres de l’antiquité comme celui des autres rois; mais la rare vertu qui a élevé cette femme
au-dessus de son sexe est gravée si profondément dans la mémoire de tous les siècles, que le temps n'a pu l’ell'acer. » [Adv. Jovinian. Lib. I, c. xlix.)
Une autre Ca:cilia est restée célèbre jusqu’à nos jours, non par les qualités dont elle fut ornée, puisque les historiens ne nous en ont rien transmis, mais par la grâce et la majesté du monument qui lui servit de tombeau. Fille de Q. Cæcilius Métellus le Critique, que nous avons vu consul en C85, elle fut mariée au triumvir M. Licinius Crassus. Assis vers le sommet d'une colline que la voie Appienne monte rapidement, le sépulcre élevé par le Romain à son épouse dominait avec grandeur les tombeaux, les temples, les villa et les aqueducs qui portaient à la ville des Césars le tribut des lacs et des fleuves. De nos jours, cet admirable monument n’est plus qu’une ruine; mais il est resté le plus noble ornement de cette sublime région de la campagne romaine, si grandiose dans scs lignes, si suave dans l'ondulation de ses plans.
Posant sur un dé quadrilatère, construit en travertin, ce tombeau a la forme d’une tour aux plus élégantes proportions. Une frise â festons entrecoupés de tètes de taureau décore avec grâce la partie supérieure, et un toit conique terminait autrefois ce gracieux monument. Ce toit fut renversé au moyen âge et remplacé par des créneaux de défense qui subsistent encore en partie. Le temps et les hommes ont respecté jusqu’aujourd’hui l’inscription dédicatoire placée sous la frise, faisant face du côté de la voie, et surmontée de plusieurs trophées. Elle porte seulement ces mots :
CAECILIAE Q. CRET1CI F.
METELLAE CRASSI.
Nous ne résistons pas au désir de placer sous les yeux du lecteur, dans un chapitre consacré à la mémoire des Cæcilii, ce monument si connu, et dont les ruines défieront longtemps encore les siècles (fig. 43).
A l’intérieur du monument, on admirait le sarcophage dans lequel Crassus déposa le corps de son épouse, il fut enlevé au seizième siècle, et placé dans Rome sous le cortile du palais Farnèse, où il est encore. Nous donnons ici le dessin de ce sarcophage avant les restaurations qu’on lui a faites, et qui lui ont enlevé quelque chose de son caractère (fig. 44 et 45).
Q. Cæcilius Métellus Plus fut père d’une autre Cæcilia Métella, qui épousa d’abord M. .Emilius Scaurus, prince du sénat, deux fois consul. Devenue veuve, elle s'unit en secondes noces à celui qui fut plus tard le trop célèbre dictateur L. Cornélius Sylla Félix (6GG), consul cette année même avec Pompée. Cette mésalliance d’une fille des Cæcilii choqua toute la ville, et Plutarque (in Sf liant ) rapporte que l’on chanta dans les rues des couplets à la honte de celui qui n’avait pas reculé devant une telle ambition; « les sénateurs eux-mêmes, au rapport de Tite-Live, n’estimant
Vif. 4+- — Sjrcopliage Je C*clli« Métdla, d'après Plraneai.
pas digne de la main d’une si grande dame celui qu’ils avaient jugé digne du consulat. » Au reste, Sylla entoura toujours Métella de la plus haute considération. Il eut d’elle deux enfants jumeaux, un fils et une fille, qu’il appela, l’un Faustus et l’autre Fausta.
L heritier des Cornelii et des Cæcilii , que nous avons vu succomber à Thapsus, eut une fille qui conquit au plus haut degré l’estime de la société romaine. Elle est connue sous le nom de Cornélia. Ayant perdu son mari P. Crassus qui périt dans la guerre des Partîtes avec son père le triumvir, elle épousa en secondes noces le grand Pompée. Plutarque dit à propos de cette nouvelle Catcilia : « Ceste dame avoit beaucoup de grâces pour aura ire un homme à 1 aimer, oultrc celle de sa beaulté; car elle estoit hones-