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CHAPITRE XIII

i Ci i — 1 70.

Enfance de Cécile. — EUe élevée dans le christianisme. — L'ardeur de sa foi. — Rome souterraine et scs enseignements. — Peintures des c.i incombes. — Leur ensemble doctrinal. — Sir ie des faits qui sont le corps Ju christianisme. — Iiisgriee de la synajtoRuc et vocation des Rentes. — Le Christ et ses apôtres. — L’Lgliic. — La dogmatique chrétienne. — Mission du Fils de (lieu, suivie de celle du Saint- Esprit. — L'Agneau et la Colombe. — La Croix. — Le Baptême et la Chrismation. — Le Poisson et l'Eucharistie. — La rémission des péchés. — La morale chrétienne. — Le Martyre. — !.* théologie mystique. — T.e dogme de la résurrection des corps affirmé dans tes catacombes.

ors savons par le témoignage de Cécile cite— meme qu’elle fut nourrie dans le christianisme dès son berceau. La maison où elle fut élevée et où elle passa scs années jusqu’à l'âge nubile était située au Champ de Mars. I .a piété romaine crigca de bonne heure une église sur l’emplacement de cette maison, et cette église fut appelée Sainte-Cécile de Domo. (FonSECA, de Basil. S. Laurent ii in Dam.) Elle fut rebâtie dans de moindres proportions, au siècle dernier, par la munificence de Benoît XIII, et une inscription qui provient de l’ancienne église, et qui est gravée en caractères de la fin du moyen âge sur un cippe antique, porte ces mots :

HAEC EST DOMVS IN QVA ORABAT SANCTA CAECI LIA.

Le titre populaire (Santa Maria del divino amore) qui s’est attaché à

cette église relie le monument moderne à la maison des Cæcilii, qui fut véritablement, durant les années que la vierge passa sous son toit, un temple auguste de l'amour divin.

On ne doit pas s’étonner de trouver déjà, sous les Antonins, une maison patricienne établie au Champ de Mars. Quoique les auteurs anciens donnent à entendre que ce vaste emplacement fut destiné aux exercices militaires, sous les empereurs, il était déjà envahi dans sa plus grande partie par des temples et des édifices publics, et l’on vit Auguste, dès son sixième consulat, faire construire son célèbre mausolée entre la voie Flaminienne et la rive gauche du Tibre, au-delà même du lieu où s'éleva le palais des Cæcilii. Ce mausolée était environné de bosquets que l'empereur avait destinés à l’agrément du peuple. On sera moins étonné encore que les Cæcilii aient choisi le Champ de Mars pour y établir leur demeure, lorsque l’on se rappellera que le Numidique avait sa maison sur le Palatin. Personne n’ignore les bouleversements que Néron opéra sur cette colline, lorsqu’il bâtit sa maison dorée. Il réduisit par là même les anciens habitants du Palatin à aller chercher ailleurs l'emplacement de leur demeure, et le Champ de Mars, déjà envahi depuis Auguste, offrait assez d’espace pour que l’on fût à même de choisir. C’est donc à l’antique règle ecclésiastique qui fut en vigueur si longtemps dans la construction des églises, que nous devons de pouvoir constater aujourd’hui l’emplacement du palais des Cæcilii, au temps de l’Empire. Le souvenir de l’enfance et de l’habitation de Cécile au Champ de Mars a protégé, en le déterminant, le lieu où les Metelli, descendus du Palatin, étaient venus se poser, de même que son église de la voie Tiburtine nous éclaire sur l’emplacement de la villa du Numidique. Des fouilles nécessitées par quelques réparations vers le milieu de ce siècle, dans les substructions de la petite église de Santa Maria del divino amore, ont mis à découvert les restes d’importantes constructions qui attestent qu’un somptueux édifice s’élevait autrefois en ces lieux.

On ignore à quel âge Cécile fut régénérée dans l’eau baptismale. Hors le cas où la vie de l’enfant pouvait courir des risques, l’Église d’alors retardait le plus souvent ce grand acte jusqu'au moment où, l’intelligence et la volonté étant éveillées, le néophyte pouvait comprendre l’étendue des engagements contractés avec le Dieu des chrétiens. Soumise aux influences des membres

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de la famille qui adoraient le Christ, Cécile n’eut point à chercher la voie qui conduit l'homme à Dieu. Elle fut de bonne heure à même de connaître d’autres aïeux, auprès desquels pâlissait la gloire de ceux que Rome païenne lui avait donnés. Elle sut que, par son baptême, elle avait eu part à l’adoption divine, et qu’elle était devenue la propre fille de l’Église qui est l’Épouse du Fils de Dieu. Sa première gloire fut de se sentir disciple des apôtres qu’il a envoyés aux hommes, comme son Père l’avait envoyé lui-même. A ses yeux, la Rome dont ses pères avaient porté si haut la puissance et si loin la domination, était déjà transformée en une Rome nouvelle, mère et nourrice des élus dans le monde entier. Les tombeaux de Pierre et de Paul étaient là comme les témoins impérissables de la foi qu’ils avaient annoncée : Pierre, dans la crypte vaticane, sous la garde des Cornelii ; Paul, sur la voie d’Ostie, dans le sanctuaire souterrain que lui avait consacré Pomponia Græcina. Dès ses jeunes années, les yeux de Cécile avaient pu contempler la chaire vénérable sur laquelle Pierre s’était assis, et scs lèvres avaient pu baiser respectueusement les chaînes qu’il avait portées dans le Carcer Titlliamis.

La jeune fille n’ignorait donc pas à quelles dures conditions la foi qu’elle professait s’était implantée, au prix de quelles épreuves elle se maintenait et se propageait, dans ce centre de l’idolâtrie et de tous les vices d’un monde dégradé. Elle savait que l’Église issue de la croix obtenait son accroissement par le glaive, et tout aussitôt elle se sentit prête. L’espérance du martyre reposa dans son cœur, jusqu’au jour où elle put en cueillir la palme. Avec quel enthousiasme elle repassait dans son souvenir les glorieux combats livrés au paganisme par les fidèles sous la tyrannie de Néron ! Avec quel pieux respect son regard s'arrêtait sur le cirque Vatican, fameux par tant de victoires chrétiennes ! L’amphithéâtre Flavien lui redisait le triomphe d’Ignace, qui avait suivi de si près les immolations commandées par Domitien. En descendant la série des Césars plus voisins de son temps , elle sentait avec transport que, si le martyre était devenu plus rare, les règnes des Trajan, des Hadrien, des Antonin, avaient eu cependant leurs privilégiés, et un pressentiment semblait lui annoncer que le César sous lequel elle avait vu le jour ouvrirait plus largement la carrière aux soldats du Christ.

Cécile était fière de la part que son sexe avait eue à tant de victoires. Elle connaissait mieux que nous la liste des héroïnes qui l’avaient précédée dans

l'arène; mais nous ne pouvons douter que ceux de ces glorieux noms qui ont pu descendre jusqu’à nous, n’aient fait battre son cœur d’une noble envie. Ainsi, au milieu des sanglantes hécatombes de Néron, son œil discernait les deux héroïques femmes, Danaïs et Dyrcé, dont la renommée était allée jusqu’à Corinthe. Sous Domiticn, la gracieuse Flavia Domitilla lui apparaissait s’envolant vers l’Époux céleste, du milieu des flammes. Sous Trajan, Balbine et Théodora payaient avec joie le tribut du sang au Christ qui les avait choisies; Sérapie conduisait au triomphe Sabine, sa noble mère, à qui elle donnait ainsi la vie céleste, en retour de la vie naturelle qu'elle en avait reçue; sous Adrien, c’était Symphorose, le front ceint d'un diadème où brillaient sept rubis; sous Marc-Aurèle, Félicité, seconde émule de la mère des Machabées, entourée d’un nouveau septénaire de héros; et à l’heure où Cécile, mûrie par la grâce, repassait ainsi les glorieux fastes de son sexe, il était à espérer que l’invincible phalange des chrétiennes martyres ne tarderait pas à s’enrichir de nouvelles recrues. La superbe forteresse du paganisme, Rome la déesse, se sentait assiégée; mais elle ne devait se rendre qu’après de sanglants combats, dont la durée s’étendrait à plus d’un siècle encore.

C’est au sein de cette ville impure que Cécile devait attendre son départ pour sa vraie patrie, et, jusqu’à cette heure fortunée, il lui fallait rencontrer à chaque pas ces odieuses idoles auxquelles les esprits infernaux semblaient s’être incorporés, ces pompes, ces cérémonies de tous les jours, où Satan se faisait rendre hommage par un peuple enivré de toutes les erreurs et voué à toutes les corruptions. Plus d'une fois, dans les calamités publiques, ce cri féroce : « Les chrétiens aux lions! » digne écho des clameurs du cirque et de l’amphithéâtre, avait retenti aux oreilles de la jeune fille. On avait peut-être lieu de s’attendre de la part du pouvoir à des ménagements envers les classes élevées de la société. Le christianisme, on l’a vu, avait jeté de profondes racines dans l’aristocratie romaine, et ses progrès, de ce côté, paraissaient au grand jour. En même temps, ceux entre les mains desquels se trouvaient à ce moment les destinées de l’Empire avaient quelque intérêt à ne se pas déclarer hostiles à certaines familles, dont au besoin ils auraient réclamé l’alliance. Aussi verrons-nous que la haine du christianisme, qui était un sentiment intime dans Marc-Aurèle, sévit de préférence sur les rangs inférieurs

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de la société. Les choses devant se passer ainsi, on aurait eu lieu de penser que l'ambition de Cécile pour le martyre pourrait être déçue; et en effet, si un jour elle fut satisfaite, notre héroïne le dut, après la grâce divine, à cette grandeur d’âme, à cette sublime ardeur qui la fit courir au-devant du sacrifice.

Un puissant stimulant vers le martyre s'ofirait de lui-même aux chrétiens de cette génération, dans les fréquentes visites qu'ils faisaient aux catacombes pour les réunions religieuses, les anniversaires déjà si multipliés des martyrs, la sépulture des morts et le culte de leur mémoire. Rome souterraine n’était plus réduite aux hypogées primitifs qui dataient de l’époque apostolique; l’immense labyrinthe avait rayonné en tous sens, ayant, sur chaque voie romaine, pour point de départ quelque sépulture historique. Des escaliers nouvellement creusés conduisaient à des étages inférieurs; de toutes parts, grâce à l’opulence de la communauté chrétienne, les galeries s'étendaient, et leurs alvéoles recevaient journellement les corps des fidèles du Christ que la mort enlevait à l’Eglise militante. De nombreux cubicula se couvraient de fresques, œuvres d’un pinceau que n’avait pas encore trop affaibli la décadence de l’art. Sur la voie Ardéatine, les salles auxquelles accédaient les corridors qui partaient de la tombe des martyrs Néréc et Achillée, donnent encore par leurs élégants plafonds et leurs peintures murales une idée de la magnificence avec laquelle ces demeures sépulcrales étaient ornées. Les cryptes de la voie Nomentane autour du cimetière Ostrianum , celles de Prétextât, n’étaient point au dessous. Celles de la voie Salaria, des voies Latine et Lavicane, rivalisaient souvent avec ces types d’un art qui savait fondre ensemble le génie classique et l’intention chrétienne. Passé l’époque des Antonins, le style s'affaiblit et se perd dans les catacombes comme ailleurs.

Les regards de Cécile durent fréquemment rencontrer, en ces lieux sacrés, la représentation émouvante des scènes et des symboles dans lesquels se résumaient les dogmes de sa croyance. En dépit des ravages du temps, cette synthèse animée de la foi chrétienne peut encore être suivie aujourd'hui. En étudiant dans les cimetières de Lucine, de Domitille, de Priscillc et des voies que nous venons de nommer, les fresques du premier et du deuxième siècle, sur lesquelles la peinture conserve encore cette pureté de

lignes et cette manière antique que celles du troisième siècle ne retracent plus que par exception, on se sent avec attendrissement en face des mêmes scènes si souvent contemplées par ces chrétiens qui, sous le règne des deux Césars Marc-Aurèle et Commode, lorsque la persécution sourde et cruelle sévissait dans tout l’Empire, venaient étudier à leur source les traditions du martyre.

Quant à l’intention et au choix des représentations qui ornent les parois et les plafonds des cttbicula, on ne saurait y méconnaître un enseignement officiel et garanti par l'autorité compétente. Sans cesse les prêtres de l’Église romaine, les papes eux-mêmes, étaient amenés dans les cimetières, soit pour la célébration des mystères, soit pour les sépultures; ils n’eussent pas souffert que cet enseignement contredît la doctrine précitée par les saints apôtres, et conservée comme un dépôt inviolable dans l’Église de Rome. On a donc le droit de considérer le cycle des peintures cémétériales comme ayant été exposé aux regards des fidèles avec la sanction de l’autorité. Par suite des destructions à jamais déplorables qui ont eu lieu, il est indubitable que plusieurs des sujets de cette vaste synthèse nous manquent aujourd’hui; mais assez d’éléments nous sont restés pour nous mettre à même d’y retrouver sans effort le symbole presque entier de la foi catholique. Une réserve qui s’explique aisément par la loi de l’arcane, et par le danger où l’on était sans cesse de voir la police païenne descendre dans ces souterrains pour les explorer, a fait employer plus d’une fois des types usités avec une signification différente dans la gentilité, et reproduire comme ornement des motifs profanes que leur qualité accessoire rendait insignifiants; mais les représentations directement et exclusivement chrétiennes, quoique toujours mesurées dans l’expression, y sont en telle majorité, qu’un ceil investigateur ne saurait s’y tromper. Les illusions de M. Raoul-Rochette n’ont eu d’autre raison d’être que l’inconvénient dans lequel il est tombé, de prendre l’accessoire pour le principal.

La police impériale pénétrant dans ces sombres galeries n’aurait eu du moins aucune raison de poursuivre comme provocatrices à la révolte ces inoffensives peintures, qui traduisaient la pensée chrétienne sur les murailles des cryptes. Tout y respirait la paix, et rien n’annoncait qu’une réaction politique fût à craindre de la part de ceux qui venaient déposer dans les

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alvéoles de ces labyrinthes les corps de tant de personnes chères et si souvent victimes de la férocité païenne. Lcr. effigies de ces nobles victimes apparaissent plus d’une fois sur les fresques des cimetières; mais rien ne dénote en elles la résistance; c’est par la patience qu’elles ont vaincu; rien ne rappelle les tortures par lesquelles elles ont passé. En contemplant ces héros, on voit seulement qu’ils sont arrivés et qu’ils sont dans la paix : !N RACE, £N CIPHNH, ainsi qu'il est écrit sur leurs tombes.

Oui, ils sont là comme les vainqueurs, et nous verrons que les palmes et les couronnes ne leur manquent pas ; mais, comme le dit l’apôtre saint Jean, « c’est par la foi qu’ils ont vaincu le monde. » (I Johan., v.) Rien n’est donc plus intéressant que de saisir au vif le principe qui les a soutenus et armés, et, sans tarder davantage, nous allons en rechercher la trace, interrogeant celles des peintures cémétérialcs que leur style nous montre contemporaines des événements que nous avons A raconter. Le désir de ne pas franchir l'époque où Cécile subit son glorieux martyre nous interdit le secours que nous auraient fourni les sarcophages chrétiens par les basreliefs dont ils commencent à paraître ornés dès le siècle suivant, et surtout au quatrième. Il nous faut renoncer pareillement à l'emploi de plusieurs peintures du plus haut intérêt que produisit le troisième siècle dans les catacombes ; mais nous avons préféré conserver à cette monographie son cachet particulier. A l’époque où Cécile donna sa vie pour le Christ, l'antique société romaine est encore reconnaissable; le troisième siècle, avec ses empereurs asiatiques et tout ce qu’ils entraînent après eux, lui enlève par trop cette physionomie dont les Antonins essayèrent de lui conserver quelques restes.

Il entrait dans notre plan de commencer cette investigation des fresques cémétériales par une description générale des catacombes, ramenant le sujet à certains principes fondamentaux, à l’aide desquels il est aisé de saisir tout le système de Rome souterraine, au point de vue géologique, architectonique et chronologique. On sait que Mabillon créa un jour la science diplomatique qui n’existait pas avant lui. Il y avait eu jusqu’alors des essais plus ou moins heureux ; mais, lorsque le maître eut paru, on entendit un homme aussi érudit que modeste, Papcbrock, témoigner hautement de son admiration, et rendre grâces, au nom du monde lettré, au moine français qui

avait ainsi reculé les bornes du savoir humain. Notre siècle aura vu quelque chose de semblable. On avait écrit beaucoup et doctement sur les catacombes; il était réservé à M. de Rossi d'en fonder la science. Nous n’aurions fait, après tout, que répéter les leçons que nous avions prises, non-seulement dans la lecture des écrits si lumineux du puissant archéologue romain, mais dans nos relations intimes avec lui. Quant au résultat quelconque de nos études personnelles, il n’a jamais fait que confirmer ce que le moderne

Fig. 46 ct.|7. — Fossoyeurs «les catacombes de Rome, au deuxième siècle. Cimetière de la voie Lavicane.

Bosio a enseigné dans ses savants écrits. Au reste, les travaux récents de M. Desbassayns de Richemont, de MM. Northcotc et Brownlow, et du docteur Kraus, suffisent abondamment pour initier tout lecteur de bonne volonté à une branche si importante de l'archéologie chrétienne, et dans leurs excellents travaux chacun peut prendre une idée exacte de la Rome souterraine.

Avant de nous enfoncer dans ses sombres galeries, pour retrouver à la lueur des torches les fresques qui retraçaient aux yeux des chrétiens du deuxième siècle les faits et les symboles auxquels la foi les avait initiés, nous payerons un tribut de reconnaissance à ces humbles fossores qui par

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leurs travaux gigantesques ont créé cette nécropole aux détours infinis, et dont l’étendue réelle ne sera probablement jamais connue. Les effigies de ces constructeurs à la pioche, à l’équerre et au ciseau, se rencontrent de temps en temps sur les peintures murales; hommage légitimement dû aux hommes laborieux qui préparaient ainsi des tombeaux aux martyrs, des sépultures aux fidèles, des sanctuaires et des lieux de réunion pour les membres de la chrétienté romaine. Nous reproduisons ici à leur honneur deux peintures de la catacombc des saints Marcellin et Pierre, sur la voie Lavicane, inter duas lauros (fig. 46 et 47). Il est à regretter que les peintres

Fig. 48. » Adam et Kva tentas par le serpent. Cimetière de la vole Momentané.

dont nous admirons les scènes historiques, les symboles et les élégants plafonds, n'aient pas songé à nous léguer aussi quelqu’un de leurs portraits, reconnaissable à la postérité.

Au début de la synthèse doctrinale qu’offrent les peintures des deux premiers siècles dans les catacombes, il est naturel de placer les faits dont la succession historique constitue la base du christianisme. Nous produirons donc d’abord une fresque du cimetière de la voie Nomcntane représentant Adam et Eve au pied de l’arbre de la science du bien et du mal (fig. 48). L’unité de la race humaine, sa descendance d’une même famille, l’épreuve

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à laquelle furent soumis nos premiers parents, la tentation du serpent; tout est compris dans cette importante peinture.

Le cimetière de la voie Lavicane offrait aux chrétiens le spectacle de la catastrophe amenée par la désobéissance. Le péché commis, le mal et par lui la mort introduite sur cette terre, Adam et Eve dans la honte et la désolation, le serpent détaché de l'arbre et triomphant de sa victoire (fig. 49); mais, en face de cette scène désolante, le fidèle avait à se rappeler la miséri-

Ftg. 49. — Adam et i » e après la chute. Cimetière de la voie Lavicane.

cordieuse promesse d’un rédempteur pour les coupables et pour leur race, la tête du serpent ennemi brisée par le pied de la femme.

Un sujet répété maintes fois sur les fresques des catacombes: le déluge et le rôle de Noé, nous est offert sur les belles peintures du cimetière de la voie Ardéatine; nous le retrouverons plus loin au point de vue symbolique; ici nous l'insérons dans les représentations historiques, comme l’un des jalons de l’enseignement chrétien. La justice de Dieu punissant les crimes de la terre, et sa miséricorde conservant une famille de la race humaine, afin que la grande promesse s’accomplisse en ce monde repeuplé, au temps marqué par les décrets divins (fig. 5o).

L’histoire du sacrifice d’Abraham continue l’instruction du chrétien. Pour

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afii

prix de son obéissance envers Dieu, le patriarche apprend que de sa race naîtra un fils, et que, dans ce fils d'Abraham, « toutes les nations de la terre seront bénies ». ( Genèse , xxn.) Rome a déjà part à cette bénédiction par le grand nombre de chrétiens qui se pressent dans son enceinte. Le sacrifice d’Abraham a valu à celui-ci la gloire d’être non plus seulement le père d’Israël, mais le père de tous les croyants, même dans la gentilité, comme

Fig. So. — Noé et l'arche. Cimelüre de la voie Ardéatine.

l’a enseigné saint Paul aux Romains eux-mêmes. Ce sujet revient souvent sur nos fresques; nous prenons celle-ci au cimetière de la voie Lavicane(fig. 5t).

C’est maintenant le rôle passager d’Israël qui va se dessiner. Il faut à Dieu un peuple qui conserve son nom et son culte, jusqu’à l’avénement du Sauveur promis, un peuple au sein duquel s'accomplissent les figures, dont les réalités sont réservées au peuple cosmopolite des chrétiens. Saluons donc Moïse et le Sinaï, sur les sommets duquel est donnée la loi de crainte dont le juif est encore si fier, bien qu’elle ait croulé avec les murs de J érusalem et de son temple. C’est encore le cimetière de la voie Lavicane qui nous fournit cette belle peinture (fig. 5î).

I-c peuple Israélite ne pouvait se maintenir dans la réaction contre le polythéisme et l’idolâtrie , que par le secours d’une Providence occupée

Fig. 5 J. — Sacrifice d'Abraham. Cimetière de la voie Laricane.

sans cesse à multiplier les prodiges; autrement, il retournait au veau d’or et à d’autres divinités plus odieuses encore. Un échantillon de ces merveilles

Fig. 5a. — Moïse recevant la loi sur le Sinaf.

Cimetière de la voie Lavicane.

Fig. 53. — Moïse fait sortir l'eau du roeber.

est le miracle de l’eau sortant du rocher, au contact de la verge de Moïse. Cette peinture sert de pendant à la précédente, au cimetière des saints Marcellin et Pierre, inter duas Lut r os (fig. 53).

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Il est temps que paraisse David, roi et prophète, ancêtre direct du libérateur. Le livre de scs cantiques a passé tout entier de la synagogue dans l’Église. Sans cesse, dans ses strophes inspirées, il montre le Christ, tantôt

Fig. 5.j. — David armé de la fronde. Cimetière de la voie Ardéatinc.

dans les souffrances, tantôt dans la gloire. Il convie toutes les nations de la terre à l’adoration du Dieu unique et véritable. C’est à David même que résiste le juif qui s’obstine à vouloir éloigner le gentil. La peinture que nous

Fig. 55. — Élit enlevé au ciel. Cimetière de la voie Ardéatinc.

reproduisons est extraite d’un des plus beaux plafonds de la catacombc de Domitille, sur la voie Ardéatinc. On y a peint le jeune David marchant, avec sa fronde, à l’attaque de Goliath (fig. ôq).

L’Esprit de Prophétie, qui est un des principaux traits de l'Ancien Testament, est représenté par Élie dans les catacombes, comme il le fut sur le

Thabor. La peinture que nous reproduisons ici est au même cimetière de Domitille. Élie monte sur le char céleste qui va l’enlever, et laisse à Élisée son manteau de prophète. Il est à regretter que la dévotion indiscrète d’un chrétien ait mutilé cette belle fresque, en creusant un loculus, afin d’ensevelir un enfant plus près du martyr qui reposait sous X'arcosolium (fig. 55).

Le même sujet se retrouve, quoique traité d'une manière un peu différente, sur un plafond du cimetière de Priscille. D'Agincourt a recueilli cette

Fig. 5o. — Kl ic enlevé au ciel. Cimetière de Pmcille. D'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, L V»

fresque que Bosio n’avait pas donnée, et nous désirons n'en pas priver nos lecteurs. La voici telle que la donne l'illustre auteur de Y Histoire de l'art par les monuments [fig. 5(ï).

Enfin le moment est venu où la promesse faite au commencement va s'accomplir. Un ange est envoyé à la Vierge, fille de David, pour lui annoncer qu'elle concevra, sous l'influence de i'Esprit-Saint, un fils qui, tout en étant le sien, sera appelé le Fils du Très-Haut. Une scène si imposante ne pouvait manquer d’être placée, quoique avec mystère, sous les yeux des

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fidèles. Le cimetière de Priscille nous fournit ce beau plafond, où la Vierge, assise sur un siège d’honneur, ainsi que nous la montrent presque toujours les fresques des catacombes, afin de marquer sa supériorité sur tous autres personnages, reçoit de Gabriel l’intimation du décret divin par lequel elle va devenir la mère de Dieu (fig. 57).

Fig. 57. — Annonciation de la maternité divine à Marie. Cimetière de Priscille.

Une autre peinture, continuant cette divine histoire, nous montre la Vierge-Mère allaitant le Créateur de toutes choses, qui a pris chair dans son chaste sein. Un personnage tenant à la main le rouleau qui contient les prophéties d'Israël la désigne aux gentils. L'étoile annoncée par Balaam, et qui guida les mages de l'Orient à Bcthléhem, scintille au ciel. Le style primitif de cette fresque, dont la gravure ne peut donner qu'une impar-

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faite idée, la fait remonter, aux yeux des connaisseurs, jusqu’à l'âge des Flaviens. On la voit au cimetière de Priscillc, où elle semble se dérober aux regards, et par sa dimension très-restreinte et par la manière mystérieuse avec laquelle elle a été placée. Sur cette peinture, malheureusement détériorée par l’humidité, nous possédons le plus antique monument de Rome chrétienne en l’honneur de la Mère de Dieu (fig. 58).

Fig. 58. — Lt Vicrgc-Mcre et l'étoile. Cimetière de Priscillc.

La même catacombe de Priscillc nous offre dans une autre salle, célèbre sous le nom impropre de Capella græca, une autre image de la Vierge- Mère, assise sur le trône, et se disposant à allaiter le divin enfant. Cette peinture, ainsi que celles qui l'accompagnent, remonte au temps de Marc Aurèle. C’est du même compartiment que nous avons extrait le groupe de la vierge Pudentienne. Praxèdc a dû veiller à l’exécution de cette fresque, dans cette crypte des Pudcns vlîg. 5g).

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Mais ces deux images de la Madone à i’usage des chrétiens de l'Église primitive ne sont pas les seules qui se rapportent aux deux premiers siècles. Celle que nous donnons à la suite des précédentes se trouve au cimetière de Nérce et Achillée, entourée des plus classiques peintures de l’âge des Antonins. Le trône désigne, selon la coutume, la majesté et la puissance de celle qui est assise et tient entre ses bras l’Enfant-Dieu. Autour d’elle sont les Mages offrant au souverain Roi, son fils, les présents de l’Orient. Il est à regretter que cette peinture ait souffert de graves détériorations (fig. 60).

Fig. 59. — La Mire de Dieu avec l'enfant Jésus. Gmetière de Priacille.

La série des peintures historiques retrace quelques-uns des prodiges de l’Homme-Dieu, de ces prodiges auxquels Cécile fera appel dans sa harangue à Tiburce, comme aux irréfragables arguments de la divinité du fils de Marie. Quant aux épisodes relatifs à la Passion du Sauveur, ils manquent, sauf peut-être celui du couronnement d’épines, au cimetière de Prétextât, et encore y serait-il tellement déguisé qu’on aurait peine à trouver des arguments pour répondre au contradicteur. Rien d’étonnant d’ailleurs, lorsque nous rencontrons si souvent les martyrs sur nos fresques, toujours placides et n’annonçant leur triomphe que par la sérénité de leurs traits.

Nous donnons ici, d’après une fresque de Néréc et Achillée, la guérison de l’aveuglc-né par le Sauveur (fig. 61).

La résurrection de Lazare revient souvent sur nos peintures, et comme fait historique et comme symbole; car les traits de l’Évangile, ainsi que l’ont remarqué les Pères, servent à la fois d'arguments dans la démonstration chrétienne et d’instruction morale aux fidèles. Dans cette première partie de notre exposé, nous insérons d’abord ce qui tient au positif des

Fig. 60. — La Vierge-Mère assise sur un tr&ne. Cimetière de la voie Ardéatine.

faits sur lesquels s’appuie la croyance. Les gentils de Rome et de l’Empire ont cru à Jésus-Christ, parce qu’il a ressuscité à Jérusalem un mort nommé Lazare, enseveli depuis quatre jours. Le sens moral que l’on peut tirer de ce fait les eût peu intéressés, si, avant tout, le fait n’eût pas été certain à leurs yeux. Tenons-nous donc pour assurés qu’ils y ont regardé de fort près, avant d’accepter le récit dans sa teneur; car personne n’ignorait les conséquences qui pouvaient résulter du passage d’un païen au christianisme. Quant à la société polie de Rome au sein de laquelle nous avons signalé et nous signalerons tant de conversions à la foi prêchée par les apôtres, on conviendra qu’elle s'affirme suffisamment par le luxe colossal de ces innom-

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brables peintures dont les débris sont encore si imposants et si précieux pour l'histoire de l’art. Ne faudrait-il pas être insensé, pour prétendre encore que le christianisme, réduit aux ressources d’une agrégation formée au sein des

Fig. 61. — Le Christ guérissant l'aveugle-né. Cimetière de l'Ardéatine.

classes vulgaires, eût pu concevoir et exécuter ces œuvres d’une si haute distinction, et qui souvent rivalisent d’élégance avec les fresques si admirées des tombeaux des Nasons? Non; c’est bien l’aristocratie chrétienne de

Fig. 6a. — Le Christ ressuscite l-aaare. Cimetière de TArdéatlne.

Rome qui a cru la résurrection de Lazare par le Christ, et qui a reconnu pour un Dieu le Nazaréen, maître de la vie et de la mort. Le dessin que nous donnons ici de ce sujet si souvent répété dans les cryptes chrétiennes, est pris au même cimetière de Nérée et Achilléc, sur la voie Ardéatinc.

Lazare est représenté en momie, et la baguette dont le Sauveur le touche figure le pouvoir divin qui peut seul rendre un mort à la vie (fig. 62).

La foi chrétienne est désormais établie sur le fondement des miracles. Les apôtres reçoivent la mission d’enseigner toutes les nations : que va devenir le judaïsme ? après avoir recruté d’une faible partie de ses membres la nouvelle société, il s’irrite de voir les gentils admis à l'alliance de Dieu. Par son dépit inhumain contre le christianisme, il renouvelle la jalousie de Jonas contre Ninive pénitente. Il fallait que ce trait tînt bien fortement à cœur aux premiers chrétiens, pour qu’ils l'aient reproduit si souvent, nonseulement sur leurs fresques murales, mais jusque sur les bas-reliefs de leurs

Fw- 63. — Jonas tous Scs ardeurs du soleil. Cimetière de l'Ardéatinc.

sarcophages. La fureur des juifs contre la loi nouvelle, le bonheur chez les gentils convertis, de se sentir héritiers des promesses, et d’avoir éprouvé les miséricordes de Dieu, nous donnent la raison de cette insistance.

Le livre sacré nous apprend que Jonas, après avoir dénoncé aux Ninivites l’arrêt divin qui condamnait leur ville à une destruction violente dans le terme de quarante jours, s’irrita de voir Dieu pardonner à cette ville infortunée qui l’avait désarmé par la prière et par l’expiation. Dans son dépit d’avoir proféré une menace que la bonté divine avait daigné retirer, il alla se placer sur une montagne située à l’orient de Ninive, et de là il considérait avec indignation la ville qui venait de faire l’épreuve de la miséricorde céleste. Le soleil était ardent au ciel, et dardait vivement ses rayons sur le prophète. Une des fresques du cimetière de Domitille nous le représente dans l’accablement physique et moral qu’il éprouvait (fig. 63).

LES FRESQUES DES CATACOMBES

Il se leva cependant, et chercha à se construire un abri en ce lieu où sa colère le retenait. Dieu, qui lui ménageait une leçon, fit croître à l'instant sur l'appentis une plante grimpante aux larges feuilles que l’ancienne Vulgatc appelle cucurbita, ce qui a donné lieu aux premiers chrétiens d’en mêler les fruits au-dessus de la tête du prophète. Sous cet ombrage, Jonas put goûter le repos de ses membres, garanti qu'il était des ardeurs du soleil. Les fresques du même cimetière, avec leur allure classique, nous le représentent dans cette attitude (fîg. 64).

Fig. 64. — Jonas abrité sous le feuillage. Cimetière de I Ardéatine.

Mais Dieu, qui voulait donner aux juifs une leçon d’humanité, envoya dès le matin un ver qui coupa la racine du bienfaisant arbrisseau; les feuilles séchèrent tout à coup et tombèrent, et les premiers feux du soleil dont l'ardeur montait toujours vinrent donner d’aplomb sur la tête de Jonas. Le courage l’abandonna, et, dans sa déception, il en vint jusqu'à souhaiter la mort. Le peintre chrétien du deuxième siècle l'a représenté dans cette situation (fîg. 65).

Dieu se fit entendre alors à son prophète infidèle : « As-tu raison de t’irriter contre cet arbrisseau qui te refuse service? » — « Oui, répondit le prophète; je suis irrite à en mourir. » Et le Seigneur lui dit : « Tu te fâches

ija

au sujet d'une plante que tu n'as pas fait pousser. Née dans une nuit, elle a disparu dans une nuit, et moi je n’aurai pas le droit de pardonner à Ninive, cette immense cité, où plus de cent vingt mille hommes ne savent pas encore discerner leur main droite de leur main gauche? » (Jonas, IV.)

Saint Augustin explique ce type de Jonas si populaire dans les premiers siècles, et si inintelligible aujourd'hui pour les chrétiens qui ne lisent plus la Bible, « Jonas, dit-il, figurait le peuple charnel d’Israël. Ce peuple était

Fig. 65. — Jonas privé de son abri. Cimetière de TArdéatine.

triste du salut des Ninivites, c’est-à-dire de la rédemption et de la délivrance des gentils. Pourtant, le Christ est venu appeler, non les justes, mais les pécheurs à la pénitence. Cette ombre de la cucurbite qui s'étendait sur la tête du prophète, signifiait les promesses du Vieux Testament, qui ne garantissaient, pour récompense, que l'exemption des maux temporels, et dont les bienfaits, dans la terre de promission, n’étaient qu’une ombre des récompenses futures. Ce ver qui, dès le matin, vient ronger la racine de la cucurbite, est le Christ qui, par sa parole, par la prédication de l’Évangile, a desséché ce feuillage temporel, à l’ombre duquel l'Israélite avait cru trouver un repos sans fin. Maintenant ce peuple expulsé de Jérusalem, privé de sa royauté, de son sacerdoce, de son sacrifice, toutes choses qui n'étaient que

LES FRESQUES DES CATACOMBES. *73

l’ombre des biens futurs, est esclave et dispersé; il est brûlé, comme Jonas, des ardeurs de la tribulation. » ( Epist . ad Deogratias.)

Nous arrêtons ici la première série des peintures cémétériales, qui conduisaient les fidèles de la création et de la chute de l’homme à la réparation par le Christ, et se terminaient par la substitution de la gentilité au peuple d'Israël. Nous allons suivre maintenant l’enseignement dogmatique de la foi chrétienne; mais, auparavant, il est nécessaire d’établir l’Église par laquelle la foi et la grAce nous sont transmises.

La mission du Christ sur la terre ne devait être que temporaire, et l’application des moyens par lesquels l’homme s’unit à Dieu devait être confiée à d’autres hommes. Jésus en choisit douze, auxquels il dit : « Je vous envoie comme mon Père m’a envoyé. Allez, enseignez toutes les nations et les baptisez. » (Johan., xx ; Matth., xxviii.) La crypte Ardéatine nous offre, sur une de ses fresques, le Sauveur assis sur un trône, et entouré de ces douze hommes, entre les mains desquels il va laisser la race humaine. Il les enseigne, et il leur donne l’investiture de leur pouvoir. Deux d’entre eux sont assis sur un pliant, comme préférés aux autres; c’est Pierre, pasteur des agneaux et des brebis, qui doit entrer en fonctions lorsque son maître sera monté au ciel ; c’est Paul , docteur des gentils, exprimant par son office spécial la vocation de tous les peuples. Au centre sont placés les rouleaux des Écritures sacrées, qui contiennent la parole de Dieu et l’annonce prophétique de tout ce qu’il a daigné opérer pour le genre humain (fig. (56).

Mais la notion ne serait pas complète, si l’on se bornait à nous montrer ces douze dépositaires de la parole et des mystères du Christ. Ces hommes passeront, comme ont passé les prophètes; mais ils ont une œuvre à établir avant de disparaître. Ce sont eux que la sainte Liturgie célèbre, quand elle chante : « lœs voici, ceux qui, vivant encore dans la chair, ont planté l’Église par leur sang. » Ils sont les ministres de l’alliance que le Fils de Dieu veut contracter avec le genre humain. Cet Homme-Dieu a résolu de se donner une épouse sur la terre, et cette épouse sera l’Église. En elle vivront

KAINTE t JK lUt. — 35

jusqu’à la lin des siècles les prérogatives qu'il a départies à ces douze hommes. Elle sera bâtie sur le fondement des apôtres [Ephcs., n), et en elle résideront les dogmes de la foi, les grâces qui opèrent le salut de l’homme; hors de son sein il n’y aura pas de salut. Une seconde fresque, empruntée à la catacombe de Sainte-Agnès, sur la voie Momentané, exprime d’une manière saisissante ce passage des apôtres à l’Eglise. Là encore, le Christ est assis au milieu de scs disciples; mais l’exiguïté du lieu n’a pas permis à l’artiste de représenter ceux-ci au-delà du nombre de six. Au

Fig. (36. — Le Christ et les Apôtres. Cimetière de l'Ardéatine.

dessous apparaît une femme, les bras étendus pour la prière; les festons suspendus au-dessus de sa tête annoncent les noces que le Fils de Dieu a célébrées avec elle. La Colombe, portant dans son bec le rameau d'olivier, l’assiste; c’est l’ Esprit-Saint sous l’inlluencc duquel elle est placée. Le parallélisme a obligé le peintre de répéter ce symbole à droite et à gauche (lig. C7).

Les apôtres avaient été institués pour l'enseignement : l'Église est en même temps enseignante et enseignée. Les apôtres avaient tous reçu le don de sanctifier les hommes par les Sacrements; l’Eglise possède le même don de sanctification, mais seulement dans un certain nombre de scs membres qui ont reçu un caractère spécial. Le baptême, à cause de sa nécessité, est le seul qui puisse être conféré sans ce caractère. Cette division entre l’Église

UES FRESQUES DES CATACOMBES

enseignante et enseignée, sanctifiante et sanctifiée, n’altère point son unité, mais elle la resserre. Le moyen dont le Christ s’est servi pour établir et conserver cette unité, est l’établissement d’un des membres de l'Église comme base essentielle de l’édifice tout entier. Pour entrer dans la construction de l’Église, tous les autres membres doivent poser sur cette base. C’est Pierre, auquel Jésus, qui est la pierre angulaire, a communiqué sa propre solidité, et qui doit vivre dans ses successeurs jusqu'à la fin des temps. Les peintures du troisième siècle expriment déjà la prérogative de ce chef des apôtres.

Fig. 67. — Le Chris! , les Apûïrcs et l'Église. Cimetière tie le voie Nomenune.

Le Christ s’est présenté comme le Pasteur universel. Les peintures cémétériales le retracent sans cesse avec ce caractère. L’homme qui doit tenir sa place a reçu de sa bouche, en la personne de Pierre, le pouvoir de paître brebis et agneaux. (Johax., xxi.) Nous donnons ici, simplement comme notion, l’une des innombrables fresques qui représentent le Pasteur. C’est un plafond du cimetière des saints Marcellin et Pierre, sur la voie Lavicanc (fig. 68).

Les brebis reposent tranquilles à l’ombre de ce pasteur qui les protège, en maintenant l’unité du bercail. Une hiérarchie descend du Pasteur suprême, source divine de l’unité pastorale, et place à portée de chaque fidèle, au moyen de l’épiscopat, un représentant de l’autorité même du Christ. Mais

le lien des chrétiens entre eux étant d'abord l'unité d’une même foi, et la foi, comme l’enseigne l’apôtre, pénétrant par l’ouïe {Rom. x), le pouvoir pastoral est représenté par la Chaire, de laquelle descendent les enseignements. De là, dans l’antiquité, cette vénération pour la propre Chaire sur laquelle s’était assis le fondateur d’une Église, et qu’occupaient ensuite scs succès-

Fig. 68. — Le Chriat en paMcur. Cimetière de la voie Lavicanc.

seurs. Tertullien et saint Cyprien sont d’une grande éloquence sur l’incommutabilité de cette Chaire, et telle était l’idée qu’en avaient les premiers chrétiens, qu’on l’a trouvée, non-seulement peinte, mais gravée sur le marbre, au cimetière de la voie Lavicanc. Lllc y apparaît avec pompe, dominée par la colombe divine qui dirige les enseignements qui en descendent. Son importance et sa dignité sont marquées par les draperies qui l’entourent (fig. 69).

LES FRESQUES DES CATACOMBES

La hiérarchie de puissance figurée ainsi par un trône, et de laquelle descend l’enseignement de la foi, d’où les chrétiens sont appelés Jid'eles, n’est pas la seule dans l'Eglise. Elle est appelée à s'unir à une autre qui se transmet par voie sacramentelle, et est appelée la hiérarchie d'Ordre. C’est par celle-ci que la sanctification découle sur les fidèles. On entre dans ses rangs par l’imposition des mains du Pontife, lequel communique par degrés la vertu divine, qui chez lui a sa source dans le caractère suprême de l'épiscopat. Un plafond du cimetière de Domitille représente ce grand acte d’une

façon expressive. Le Pontife est assis; deux ministres l’accompagnent, et il impose ses mains sur trois fidèles qui sont à ses pieds. Les rouleaux des saintes Écritures sont là, et rendent témoignage de la réalité de ce qui s’opère dans cette auguste transmission du sacerdoce même du Christ (fig. 70).

Régie par la hiérarchie de Pouvoir, et sanctifiée par la hiérarchie d'Ordre, l’Église ne forme qu’une grande personnalité, une, sainte, catholique, apostolique. Elle est l’élite de l’humanité. Elle tend vers tous les hommes, et tous les hommes ont un chemin pour arriver à elle. C’est pour s'unir à elle que le Fils de Dieu est descendu du ciel en terre. Une partie d’elle est déjà triomphante et glorifiée au ciel; l’autre est encore ici-bas, et elle se nomme militante, parce qu’il lui faut lutter contre les obstacles qui l’en-

travent de toutes parts dans son reuvrc. Elle n’a rien à craindre cependant, car elle a été établie pour être la colonne inébranlable sur laquelle repose

Fig. 70.

— (.'imposition des mains pour l'Ordination. Cimetière de l'Ardlatine.

pour nous la vérité. (I Tint, ni.) C’est cette expression de saint Paul qu’a voulu rendre le peintre du cimetière de la voie Lavicanc, lorsqu’il nous fait

Fig. 71. — La Colonne, symbole de l'Église. Cimetière de le voie Levicenc.

voir deux colombes posant avec tant de sécurité au pied d’une colonne mystérieuse (fig. 71).

Dans son passage sur la terre, les épreuves ne manquent pas à l’Église. Elle a deux sortes d’ennemis. Les premiers sont les persécuteurs qui espèrent

LES FRESQUES DES CATACOMBES

l’anéantir par la violence; mais l’amour de son Époux lui fait tout souffrir avec patience, et par sa douceur elle triomphe de la force brutale. Ainsi se montra-t-elle à l'époque où nos peintres chrétiens la représentaient sur les murs des catacombes. Quoi de plus touchant que cet arcosolium du cimetière de la voie Lavicane ! L'artiste y a réuni l’Époux et l’Épouse. Le Christ est sous les traits du bon Pasteur; l’Église modeste et tranquille prie les bras étendus. Près d’elle, d’un côté, est le fouet garni de plomb dont la puissance des Césars l’a meurtrie; de l’autre, le lis qui figure sa virginité. Sur un

Fig. 73. — l e Christ Pasteur et l’Église sous la persécution. Cimetière de la voie Lavicane.

arbre, les colombes aspirent vers elle, tandis que les agneaux caressent le Pasteur ou se complaisent en lui (fig. 72).

Les hérétiques forment la seconde classe des ennemis de l’Église. Us ont juré de la corrompre, comme les deux vieillards de Babylone le tentèrent vainement à l’égard de Susannc ; mais elle garde avec une fidélité complète le dépôt de la vérité quelle a reçu de son Époux. Elle a horreur de la moindre nouveauté en matière de doctrine, elle ne sait que mettre en pratique le commandement du Christqui est la Vérité : Est, est : Non, non. (Matth., v.) Au cimetière de Prétextât, le peintre l’a représentée sous la forme d’une innocente brebis, au-dessus de laquelle est écrit : Susanna. Deux loups s'approchent d’elle, espérant en triompher. Sur la tête de l’un d'eux est écrit : Senioris, pour Seniores. Par la pureté inviolable de sa foi > l’Église triomphe

de toutes les séductions, et mérite le bel éloge que lui donne saint Paul, de n’avoir en elle « ni tache ni ride ». ( Ephes ., v.) Cette peinture n'appartient

Fig. 73. — L'Église sous le type de Susannc. Cimetière de Prétextât.

qu'au troisième siècle; mais elle nous était si utile pour achever de caractériser l’Église, que nous nous sommes permis de l’insérer ici (fig. 73).

Fig. 74* — L'Église intercédant pour le genre humain. Cimetière de Prisclllc.

Mais là ne se borne pas le rôle de l’Kglisc en ce monde. Elle est la mère commune, et, sans cesse, elle intercède pour les enfants que son sein a portés. Voyons-la suppliante au cimetière de Priscille. Le laticlave décore

LES FRESQUES DES CATACOMBES

sa tunique-, on sent en elle l’Épouse du roi. Son attitude exprime l’ardeur de sa prière, bille demande le retour des brebis perdues, la persévérance des brebis fidèles, l'éloignement des iléaux, les effusions nouvelles de la miséricorde. Vit-on jamais plus de grandeur unie à plus de majesté (fig. 74) ?

Un plafond du cimetière de la voie Lavicane nous montre encore l’Église dans son rôle d’intercession. Elle n’a plus la même grandeur qu’au cime-

Fig. 7 5. — L'Église sous les traits de la jeunesse. Cimetière de la voie Lavicane.

tière de Priscillc ; sa tunique est néanmoins ornée du laticlavc; une sorte de diadème apparaît sous son voile. Inspiré par les visions d’Hermas que nous avons citées plus haut, le peintre a affecté de lui donner les traits de la jeunesse, afin d’exprimer quelle ne saurait vieillir :fig. y5).

La notion de l’Église étant ainsi établie, nous avons à suivre maintenant sur nos peintures les traces de son action. C’est elle qui met le chrétien en plein rapport avec le Christ dont elle est l'Épouse, et le chrétien, une fois

tttixTB miuz. — 36

initié, se trouve faire partie lui-même de l'Église. Nous avons montré la Chaire de renseignement comme l’organe de la vérité révélée. Un dogme primordial en descend ; c’est que Dieu s’est manifesté à l’égard des hommes par deux missions divines qui ont eu lieu : mission du Fils par le Père, mission du Saint-Esprit par le Père et le Fils. Dans la mission qu’il a reçue, le Fils est symbolisé par un agneau. Or l’agneau est destiné à l’immolation. On l’offre en sacrifice par l’effusion de son sang, et ce sang est destiné à

Fig. 76. — L'Agnc«u et U Colombe, type» divins. Cimetière de PrisclIJe.

apaiser la colère du ciel. Mais l’Agneau divin triomphe de la mort, et saint Jean, dans sa prophétie, nous le montre établi royalement sur l’autel, portant la trace glorieuse de son immolation; et les chœurs célestes chantent éternellement : « 11 est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir la gloire et les hommages dus à la Divinité. » (Apoc., v.)

Dans la mission qu’il est venu remplir, non temporaire ainsi que celle du Fils, mais permanente jusqu’à la fin des siècles, l’Esprit-Saint qui est comme l’àmc de l’Église, ainsi que l'enseignent les Pères, de même que le Fils en est l’Époux, opère en même temps sur chaque fidèle par la grâce dont il est le dispensateur et l’instrument. Le symbole sous lequel il s’est manifesté est la colombe. Son attribut visible est la branche d’olivier, autre signe d'amour

LES FRESQUES DES CATACOMBES

et de paix. L’olive donne l’huile qui, avec le pain et le vin, est le troisième bienfait que Dieu a départi aux hommes dans l’ordre de nature et dans l’ordre de grâce ( Psalm iv). Sanctifiée par les rites sacrés, l'huile devient le Chrême, qui est le moyen de l’action sacramentelle de l'Esprit-Saint sur l’homme.

De la diversité des missions et des opérations du Fils et du Saint-Esprit, nous apprenons à connaître la distinction des personnes en l’Essence divine, sans qu’il soit porté atteinte à l’unité de cette Essence. Le Fils, que représente l’Agneau, nous a révélé le Père. L’Esprit, qui s’est manifesté sous l’image de ia Colombe, nous a donné par son action le troisième terme des relations divines. Les peintres des catacombes ne pouvaient avoir l’idée de représenter la personne du Père qui n’est pas envoyé; mais ils ont exprimé la seconde et la troisième personne sous les traits à l’aide desquels les saintes Écritures ont caractérisé leur mission. C’est ainsi que nous trouvons au cimetière de Priscille l'Agneau et la Colombe, posés hiératiquement sur le pied d’égalité, comme la base de toute la croyance chrétienne (fig. 76).

Or c’est par son immolation sur la croix que l’Agneau a racheté les péchés du monde. C’est par la substitution de l’arbre du Calvaire qu’a été réparé le désastre dont l’arbre de la science du bien et du mal avait été l’occasion dans le paradis terrestre. La croix, « scandale pour les juifs, folie aux yeux des gentils » (I Cor., 1), est donc le point de départ du christianisme. Les peintures des catacombes ne pouvaient pas demeurer muettes sur ce signe sacré , et s’il importait de ne pas l’exposer trop visiblement aux regards des païens qui pouvaient pénétrer tôt ou tard dans ces sanctuaires souterrains, il n’en avait pas moins le droit d’être exprimé aux yeux des fidèles, pour lesquels d’ailleurs il était l’objet de tant d’amour et de tant d’espérances.

Aucun sujet en effet, si ce n’est le divin mystère de l’Eucharistie, ne s’offrait aussi fréquemment dans les catacombes aux regards des futurs martyrs, que le signe de la croix sur laquelle l’Agneau de Dieu a offert le sacrifice de la rédemption. Les plus anciennes peintures de Rome souterraine sont celles du cimetière de Lucine. Nous leur empruntons le plafond d’une des deux chambres les plus primitives {fig. 77). Au centre, on aperçoit encore l’image demi-effacée du bon Pasteur, qui se retrouve sur les pendentifs de la voûte, croisant avec l’image de la femme qui prie, les bras

étendus. Le reste appartient au pur agrément de la décoration. Des têtes selon le goût antique, des génies dessinés dans toute la pureté classique; tous ces motifs secondaires sont de ceux que le sévère Tertullien permet aux chrétiens d’employer « comme simple ornement, simplex ornamen-

Fig. 77- — Plafond décoré de la croix. Premier siècle. Cimetière de Lucine.

tum. » [Adv. Marcionem. Lib. II, cap. xxn.) Le style est celui des peintures de Pompéi, et des connaisseurs d’un goût incontestable ne font aucune difficulté de rapporter cette fresque au temps des Flaviens. Pour un œil tant soit peu attentif, le sujet n’est autre que le triomphe de la Croix, et le jeu des compartiments n’a d’autre but que de la représenter tout en la dissimulant. Le centre du plafond l’exprime de la manière la plus sensible.

LES FRESQUES DES CATACOMBES

Les pendentifs la présentent encore d’une façon plus développée , et, pour la troisième fois, on la retrouve projetant ses quatre lignes à la retombée de la voûte. On dirait un défi lancé par Lucine au paganisme de Rome.

Un autre plafond qui descend à l’âge des Antonins, au cimetière de Pris-

Fig. 78. — Autre plafond orné de la crois. Deuxième tiède. Cimetière de Priscille.

cille, présente la croix d’une manière non moins expressive, ayant aussi le bon Pasteur au centre (fig. 78). L’ornementation simple et animée donne à cette charmante peinture le cachet de l’époque; et, à son aspect, on éprouve quelque chose du bonheur que devaient ressentir les chrétiens, en voyant ainsi le signe du salut qu’ils osaient très-rarement risquer sur les pierres sépulcrales, arboré d’une façon si significative, et dominant la salle tout entière.

Le plus souvent la croix n’est pas arborée avec cette pompe. Elle est simplement un arbre dont la vue doit rappeler celui qui fut l’instrument du salut du monde. Toute l'antiquité des Pères, et le concert de toutes les

Fig So. - La colombe devant les deux arbres. Fig. 79. — La colombe devant 1‘arbre.

Cimetière de l'Ardéaline-

liturgies de l'Orient et de l'Occident, célèbrent le choix que le ciel a fait du bois pour réparer le dommage causé par le bois à l’humanité tout entière. Cette jolie peinture du cimetière de la voie Ardéatine nous présente une

Fig. Si. — L'arbre tendant vers la croix. Cimetière de l'Ardéatinc.

âme symbolisée sous la forme d'une colombe, et aspirant avec tout son amour vers l’arbre qui lui redit le dévouement de son libérateur divin (fig. 79).

Une autre colombe, dans un des compartiments du même plafond, contemple le mystère du bois dans toute son étendue. Les deux arbres sont

LES FRESQUES DES CATACOMBES

devant elle; le premier n’est plus qu’un bois mort, auquel le second arbre, par la réparation du péché de l’homme, a ôté la vie (fig. 80).

Toujours au même cimetière, dont les fresques occupent par leur nombre et par leur importance la première place dans les merveilles de la Home

Fig. 8a. — L'arbre étendant scs rameaui sur le troupeau. Cimetière de l'Ardéaiine.

souterraine, nous devons signaler l’arbre mystérieux trahissant sa signification d’une façon plus sensible encore. Pour signe de la vie qui est en lui, il lance deux rameaux verdoyants, et son tronc est accompagné d’une tra-

Fig. 83. — Même sujet, avec variation. Même catacombe.

verse horizontale qui donne à cette peinture sa signification complète. A droite et à gauche, une colombe le contemple, et chacune d’elles a devant les yeux le tronc dénudé de l’arbre fatal (fig. 81).

D'autres fois, l'intention est plus cachée, et, sous l’apparence d’un paysage, la même région des catacombes nous ofl’re l’arbre étendant deux rameaux.

comme pour embrasser le monde (fig. 82). A son ombre bienfaisante, le troupeau, représenté tantôt par la brebis, tantôt par le boeuf, goûte le repos et la sécurité (fig. 83).

Ainsi la croix d’où est descendue la réconciliation du ciel avec la terre, et par laquelle a été renouée l’alliance entre Dieu et l’homme, planait sur toutes les pensées et sur tous les sentiments des fidèles qui se réunissaient dans ces lieux sacrés. Tous les bienfaits divins avaient émané de la croix par le sang rédempteur dont l’Agneau l’avait arrosé. Ce sang précieux était la source d’où découlaient les moyens mystérieux par lesquels Dieu s’unit à l’homme, c’est-à-dire les Sacrements.

Le premier de tous était le Baptême, qui montrait l’eau devenue puissante pour laver, non plus seulement les corps, mais les âmes. Le sang du Christ lui a donné cette vertu, et elle s'est écoulée avec lui du flanc du Rédempteur ouvert par la lance. Mais le prélude de l’emploi de l’eau pour purifier le monde a été le déluge, oeuvre de justice, en attendant l'œuvre de la miséricorde qui ne devait paraître qu’après l’arrivée du Rédempteur. La représentation de Noé dans l’arche flottant sur les eaux est fréquente sur nos peintures; mais elle s’y complète toujours par la présence de la colombe apportant le rameau d’olivier. Dans notre nouvelle naissance, la Colombe opère avec l’Agneau. L’eau régénère l’homme, et l’huile le fait parfait chrétien.C’est ceque chante l’Église, le Jeudi-Saint, lorsqu’elle célèbre la dignité du Chrême sacré. « Lorsque les crimes du monde, dit-elle, eurent été expiés par le déluge, la colombe vint présager la paix rendue à la terre, par le rameau d’olivier qu’elle portait, annonce des faveurs que nous réservait l’avenir. Cette figure se réalise aujourd'hui, lorsque, les eaux du baptême ayant efface tous nos péchés, fonction de l’huile vient donner beauté et sérénité à nos visages. » (Pontificale rom.) Nous prenons, entre plusieurs autres, cette représentation du mystère dans les peintures du cimetière de la voie Lavicane (fig. 84).

On sent que c’est en face d’une peinture analogue, que Tcrtullicn a écrit

LES FRESQUES DES CATACOMBES

ces lignes : « De même qu’après les eaux du déluge qui fut comme le baptême du monde, l’antique iniquité étant effacée, la colombe sortit de l’arche, et y rentrant avec la branche d’olivier, signe de paix chez les gentils

Fig. 84. —

Noé, l'eau cl la colombe. Cimetière de la voie La ricane.

eux-mêmes, annonça l’apaisement du courroux céleste; ainsi, dans l’ordre spirituel, lorsque la terre, c’est-à-dire notre chair, remonte du lavoir sacré, laissant derrière elle ses anciens péchés, la Colombe de l’ Esprit-Saint, envoyée

Fig. 85.— Le baptême et la confirmation. Cimetière de Lucinc.

du ciel , vole sur nous , apportant la paix de Dieu , en sorte qu’il nous est aisé de voir que l'arche a été la figure de l’Église. » [De Baptismo, cap. vu.)

Sur la fresque que nous donnons à la suite, et que nous empruntons à l’une des chambres primitives du cimetière de Lucine, les paroles de Ter-

SAIXTK CMC ILJt. — 37

ïyO

tullien sont appliquées à la lettre. Le ministre du Baptême, après avoir plongé trois fois son néophyte dans l'eau purifiante, l’en retire régénéré, et du ciel, la Colombe divine descend, apportant l’olivier dont l’huile confirmera le nouveau chrétien (fig. 85).

Quoi d’étonnant si le catéchumène, instruit des merveilles qu’il a plu à Dieu d’opérer par l’élément de l’eau, aspirait ardemment à la fontaine sacrée où il devait perdre toutes ses souillures, et si, pour peindre son ardent désir, il empruntait avec transport les paroles de David, au psaume xli: « Comme le cerf altéré désire l’eau des fontaines, ainsi mon âme aspire vers

Fig. 86. — Cerfs figurant les catéchumènes qui aspirent au baptême. Voie Laricane.

son Dieu ?» De là, les représentations de l’âme haletante au baptême sous la forme d'un jeune cerf, ainsi que nous la rencontrons sur cette peinture du cimetière des saints Marcellin et Pierre, inter duas lauros (fig. 86).

Le Christ ayant ainsi régénéré le néophyte, et l’Esprit-Saint l’ayant marqué de son sceau, il lui faut désormais une nourriture qui soit en rapport avec son origine. « Ce n’est pas de la chair et du sang, dit saint Jean, qu’il est né, mais de Dieu » (Johan., i); il faut que Dieu même devienne son aliment. Ce sera encore le fruit de l’arbre de la croix, sur lequel l’Agneau est immolé pour être ensuite mangé dans le festin pascal, et la Colombe divine aura encore ici son rôle. Mais rien n’étant plus merveilleux et plus surhumain que cette nutrition que le Christ avait annoncée, lorsqu’il disait : « Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage » {Ibid., vi), la représentation d’un tel mystère sur les pein-

LES FRESQUES DES CATACOMBES

tures chrétiennes devait être Tarcane par excellence. Dès l’origine, les fidèles, pour l’exprimer, eurent recours à une anagramme qui renfermait tout, et ne trahissait rien aux yeux des profanes. Cette anagramme, composée de chacune des premières lettres d'une formule exprimant le dogme de la foi, donnait un mot significatif en rapport avec le mystère et représentant les figures bibliques qui l’avaient annoncé. La formule était: IHZOYC XPIETOC ©EOY YIOC ItUTHP, Jésus-Christ Fils de Dieu, Sauveur. L’anagramme donnait IXQYC, Poisson. Dès lors, le nom et l'image du Poisson devinrent la lessère des chrétiens, et on le retrouve, dès l’origine, sur leurs inscriptions, sur leurs pierres gravées, et sur leurs peintures. L’inscription d’Autun, celle de saint Abercius, mille autres débris de l’antiquité chrétienne ont

Fig. 87. — La colombe et le poisson. Tombe gravée, au cimetière de Priscîlle. De Rossi, BoUtttino, t8Gi, février.

donné matière à écrire, avec autant de profondeur que d'intérêt, sur le symbole chrétien du Poisson; et des savants, comme S. E. le cardinal Pitra et M. de Rossi, ont laissé peu à dire sur un point de si haute importance.

Pour rester dans notre sujet, nous nous bornons aux représentations du Poisson dans les catacombes romaines. Nous commençons par cette pierre sépulcrale du cimetière de Priscîlle (fig. 87).

Nous avons là un monument en parfait rapport avec celui que nous avons relevé ci-dessus, représentant les deux personnes divines envoyées pour le salut de l’homme, avec cette différence que le Fils de Dieu ne paraît pas sous la forme de l’Agneau , mais sous celle du Poisson. L’un et l’autre symbole a la même signification; mais l’Agneau est pour être immolé, et'le Poisson pour servir de nourriture. Cette tombe qui n’a pas d’autre inscription, et qu’un œil distrait pourrait aisément négliger, n’a pas été relevée, et la réunion des deux symboles n’en est pas moins d’une haute importance.

si on la rapproche de l'autre peinture du même cimetière, sur laquelle la Colombe est unie à l’Agneau.

La peinture chrétienne des catacombes ne pouvait manquer de remonter jusqu'à l’Ancien Testament, pour y chercher la première manifestation du Poisson mystérieux qui doit être à l'homme nourriture et remède. Or voici

sur les fresques du cimetière de Nérée et Achillée le jeune voyageur Tobic rapportant triomphalement le Poisson qui doit opérer d’une manière si efficace en faveur de lui-même et des siens (fig. 88).

Mais pour servir à la (in bienfaisante à laquelle il est destiné, il faut préalablement que le Poisson meure comme l’Agneau. Le fer l’a traversé,

et il a été soumis à l’action du feu avant de devenir l’aliment mystique des âmes. De là, est-il représenté, au même cimetière de l'Ardéatine, dans l’état de souffrance et de mort qui a fait de lui la victime du sacrifice, à laquelle participe le chrétien comme à l’aliment de sa vie (fig. 89).

Ainsi préparé pour le besoin de l'homme, l’i/èi/ç ( Jésus-Christ Fils de Dieu, Sauveur ) apparaît maintes fois servi sur la table, uni au pain et nourrissant ses convives. La plus ancienne de ces peintures, malheureusement plus qu’à demi ruinée, est celle de l’ambulacre du cimetière de Domi-

Fig. 68. — Tobic et le poisson. Cimetière de l'Ardéatine.

Fig. 8g. — Le poisson immolé. Cimetière de l'Ardéatine.

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