‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 58 sur 113 · I.ES FRESQUES DES CATACOMBES · texte numérisé non relu

I.ES FRESQUES DES CATACOMBES

tille dont nous ne donnons ici qu'une idée imparfaite. Elle est dans le style des fresques contemporaines de Pompéi. On y voit servi sur une table élégante un poisson entouré de petits pains, et deux convives assis qui vont s’en nourrir (fig 90).

Les fresques du troisième siècle au cimetière de Calliste sont plus expressives encore et plus détaillées ; mais étant postérieures, à l’époque à laquelle nous nous arrêtons, nous avons dû les négliger, malgré leur importance dogmatique, dans ce travail auquel nous voulons laisser jusqu'à

Fig. 90. — Pain et pol&son servis sur la mime tabla. Arabulacre de Domilille.

la fin sa couleur historique. Nous sommes plus que dédommagés par la précieuse peinture que nous offre le cimetière de Lucine, dans un cubiculum que sa forme et son ornementation font aisément remonter au règne des Flaviens.

Sur la paroi de l’une des chambres primitives de cette catacombe, dans l’intervalle qui sépare l’un de l’autre deux loculi superposés, est peint le Poisson portant sur son dos une corbeille identifiée avec lui dans un même symbole. Cette corbeille est remplie de petits pains qui s’accumulent jusqu'à son orifice; au centre de la corbeille est une ouverture fermée par un léger treillis, à travers lequel on aperçoit un vase dé cristal rempli d’un vin dont la transparence est encore sensible. Ce symbole eucharistique est répété deux fois, deux poissons ainsi chargés de la corbeille

se correspondant l’un à l’autre. Nous en reproduisons immédiatement ici le dessin (fig. 91).

Il est aisé de reconnaître que cette peinture n’a rien d’historique, et qu’elle est exclusivement dogmatique. Désormais le poisson eucharistique est expliqué. L’iyOù;, c’est-à-dire « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, » est ici identifié avec le pain et le vin eucharistiques, et la parole du Christ est prise à la lettre, lorsqu’il a dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. Ma chair est véritablement nourriture et mon sang est véritablement breuvage. » (Johan., ibid.) Sur d’autres fresques, le poisson apparaît mort et préparé comme pour un repas; ici il est vivant et l'on ne peut plus nier que, dès la fin du premier siècle, la relation personnelle du Christ avec le pain et le vin consacrés n’ait été reconnue. Il n’est pas jusqu’à la corbeille contenant

Fig. 91. — Pain et vin identifiés au poisson* Cimetière de Lucine.

les dons eucharistiques, qui n’ait son fondement dans les usages primitifs, comme étant usitée pour renfermer le pain et le vin consacrés. (Hieronym. ad Rusticum . ) En présence de cette peinture de si grande importance, M. de Rossi relève la légèreté avec laquelle M. Renan a osé dire que le poisson ne paraît dans les catacombes qu’à l’état de mets, servi sur une table où le Christ prend un repas avec scs disciples. D'abord, la peinture d’un tel repas n’existe pas dans les catacombes, et si, plusieurs fois, des convives y apparaissent se nourrissant de poisson, c’est une application de l'arcane, tandis qu’ici c’est l’arcane lui-même antérieur à toute représentation historique. La peinture du cimetière de Lucine constate irréfragablement ce fait, que la foi de l’Église catholique représentée sur ce monument de l’àge apostolique n’a pas varié, et que l’identité du pain et du vin eucharistiques avec la personne même du Christ, fut reconnue dès l’origine du christianisme.

Après les symboles dans lesquels se déclare cette identité, viennent les

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figures où l’on voit le Christ, sous la forme humaine, dispensant lui-même le Pain vivant. Telle est cette fresque du cimetière de l'Ardéatine, où il est représenté ayant les pains dans le pan de sa robe (fig. 92).

La multiplication miraculeuse du pain eucharistique qui ne s'épuise jamais, quel que soit le nombre de ceux qui y participent, est marquée au cimetière de Nérée et Achillée par les sept corbeilles qui demeurèrent

Fig. 93. — Le Christ et les pains dans le pan de sa tunique. Cimetière de l'Ardéatine.

pleines de pain, après que les cinq mille hommes eurent été rassasiés. On voit que cette peinture est à la fois historique et symbolique (fig. <j3).

Nous retrouvons le pur symbole dans une autre série de peintures, où l’aliment divin est présenté sous la forme mystérieuse du lait, qui est la première nourriture de l’homme. L’emploi de cette figure de l’Eucharistie se trouve déjà dans les Actes de sainte Perpétue, écrits aux premières années du troisième siècle. La martyre raconte que le Pasteur représenté, comme le personnage des sept corbeilles, sous les traits d’un homme en cheveux blancs, lui a mis dans la bouche un lait délicieux. Sur une peinture du cimetière de la voie Lavicanc, le vase contenant ce lait divin est placé sur le dos de l’Agneau lui-même, pour figurer son identité avec lui, comme

la corbeille contenant le pain et le vin est incorporée au poisson sur les peintures de Lucine (fig. 94).

Fig. 93. - Les sept corbeilles. Cimetière de l’ArJéaiinc.

Le même Agneau reparaît sur une fresque du cimetière de l'Ardéatinc; mais le vase ne pose pas immédiatement sur lui. Il en apparaît comme le

Fig. |>| — Le vase de lait porte par l'Agneau. Cimetière de la voie Lavicanc.

dispensateur et le gardien, comme celui auquel il faut s’adresser pour obtenir cet aliment qui procède de lui ; c’est dans cette intention qu'il le tient suspendu à sa houlette. On voit combien ce symbolisme est à la fois plein de grâce et de doctrine (fig. 95).

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Outre une fresque du cimetière de Lucine où le Pasteur lui-même tient le vase de lait, nous en signalerons une autre encore au cimetière de la voie

Fig. gi. — L'Agneau ayant le vase de lait suspendu à la houlette. Peinture des cryptes de l'Ardéatinc.

Nomentane, où ce même Pasteur est représente entre deux de ces vases, sur l’un desquels pose sa houlette (fîg. 96).

Nous terminerons la déclaration du symbole du lait eucharistique, par cette

Fig. 96.— Le bon Pasteur ayant à ses côtés deux vases de lait. V’oie Nomentane.

représentation tirée des peintures primitives du cimetière de Lucine. On y voit le vase de lait établi seul sur une sorte de monticule. A droite et à gauche, deux brebis le gardent respectueusement, comme un dépôt dont elles connaissent le prix, et qui semble avoir été placé là pour elles (fîg. 97).

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Nous avons dû nous étendre longuement sur les manifestations d'un point aussi capital de la doctrine catholique que l'est celui de l’Eucharistie. On a été à portée de constater la croyance primitive sur l'essence de cette nourriture divine, et, après avoir contemplé le chrétien régénéré dans l’eau et rendu parfait par l’huile sainte, nous le voyons maintenant mis en possession du Christ lui-même qui s’incorpore à lui. Mais il nous faut explorer

Fig. 97. — Le rase de lait et les deux brebis. Cimetière de Lucinc.

encore la série des grâces dont le sacerdoce chrétien, que nous avons vu ci-dessus conféré par le pontife, est le moyen.

L’homme régénéré dans le Christ n’est pas pour cela devenu impeccable. Si, après le baptême, après la réception de l’ Esprit-Saint, et la participation au Poisson divin qui est le même que l’Agneau, il lui arrive de retomber dans le péché, sera-t-il perdu sans retour? La miséricordieuse prévoyance du Christ est venue à son secours, en établissant un autre sacrement, dont l’effet est de remettre les fautes commises après le baptême.

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L’Église romaine n’eut pas seulement à consigner l’expression de ce dogme sur les représentations patentes dans les lieux de réunion des chrétiens. Elle dut protester avec une insistance particulière contre les orgueilleuses tendances des sectes rigoristes qui prétendaient borner le pouvoir sacramentel à établir l’homme dans l’amitié de Dieu, sans plus aucun moyen de le restituer dans cet heureux état, s’il avait le malheur d’en déchoir.

Ces pharisiens de la loi nouvelle se scandalisaient des paroles que le Sauveur avait dites à ceux de la synagogue : « Le Fils de l'homme a le

Fig. 98. — I.e paralytique emportant son lit. Voie Ardlatine.

pouvoir de remettre les péchés. » (Matth., ix.) Semblables à d’autres hérétiques qui n’ont pas voulu prendre à la lettre les paroles du Christ, quand il dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » ils refusaient d’accepter la portée de son langage, lorsqu’il déclara qu’il remettait les péchés « en tant que Fils de l’homme ». Ils entendaient par là borner la puissance du caractère sacerdotal conféré dans l’ordination, comprenant très-bien que si le Christ, en tant que Fils de l’homme, a pu remettre les péchés, d’autres fils de l’homme peuvent recevoir de lui le même pouvoir. Pour protester contre cette odieuse hérésie, l’Église romaine fit peindre fréquemment dans les catacombes l’image du paralytique emportant son lit, parce que ce fut dans

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la guérison de ce malade que le Christ prononça ces solennelles paroles, qu’il interpréta plus tard, en disant : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur sont remis. » Nous choisissons encore dans le cimetière de la voie Ardéatinc le sujet que nous plaçons sous les yeux du lecteur (fig. 98).

Fig. 99. — I.e bon Pasteur et les chèvres. Cimetière de Priscille.

De là, transportons-nous au cimetière de Priscille, et contemplons-y ce gracieux plafond dont le dessin est donné ci-dessus (fig. 99). Le Pasteur en occupe le centre ; mais ce n’est plus une brebis qu’il porte sur ses épaules; c'est la chèvre qui ne semblait pas appelée â un tel honneur. Aux pieds du Pasteur, le troupeau est représenté par l’agneau et la chèvre, afin de donner à entendre que, dans sa miséricorde, le Sauveur, qui n’a parlé que

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d’agneaux, consent à recevoir près de lui cette espèce inférieure qui figure les pécheurs ayant perdu la sainteté de leur baptême, et l’ayant recouvrée par le ministère des clefs. Ils sont rentrés au bercail, et il ne tient qu’à eux de n’en plus sortir. Avec quel amour cette humble chèvre réhabilitée dans le troupeau contemple le Fils de l'homme, auquel elle doit son heureuse rentrée sous les ombrages dans lesquels se jouent des colombes !

L’Église romaine, lorsque le montanisme fit irruption dans son sein, ne. se borna plus à faire peindre le bon Pasteur sur les murailles des cimetières ;

Fig. >oo. — La Samaritaine. Voie Ardlaiine.

Tertullien, dans son dépit, se plaint que le pape Zéphyrin fût allé jusqu'à faire graver ce signe d’espérance pour les pécheurs jusque sur les calices, où, après avoir été réconciliés par le sacrement de la Pénitence, ils venaient aspirer le sang du Christ. Mais, pour revenir à nos fresques, l'Évangile y avait déjà été mis à contribution quant aux types de la réhabilitation, témoin la coupable mais humble Samaritaine, si gracieusement représentée sur une des fresques du cimetière de Domitille (fig. ioo).

La scène de Lazare enseveli depuis quatre jours, et répandant déjà l’odeur de la corruption, est sans cesse représentée, non-seulement comme un monument du pouvoir du Christ sur la vie et la mon, mais le plus

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ordinairement comme le symbole du pouvoir sacramentel qu’il a laissé à son Église, de rendre la vie de l’âme au pécheur le plus invétéré, par la rémission des péchés. Nous choisissons, dans la catacombe inter duas lauros, sur la voie Lavicane, le sujet que nous donnons ici. On y voit le Christ étendant sa main vers la momie de Lazare, et formant le signe de la bénédiction (fig. 10 1).

C’est ainsi que la mission du Fils de Dieu et de l’Esprit-Saint, de l’Agneau et de la Colombe, au moyen du Baptême, de la Chrismation, de l'Eucha-

Fig. 101» — Résurrection de Lazare. Voie Lavicane.

ristie et de la Pénitence, a restitué à l’homme, malgré sa chute, l’être surnaturel, et, selon l’expression hardie de saint Pierre, l’a fait « participant de la nature divine ». (Il Petr., i.)

Il s’agit maintenant de montrer ce que doit être cet homme renouvelé, et pour cela nous avons à chercher les traits de la vie morale du chrétien sur nos peintures.

La première chose qui nous frappe, c’est cette sorte d’identité qui semble désormais établie entre le médiateur divin et ceux qu’il est venu rattacher à Dieu. Elle avait déjà apparu, lorsque l’appellation de Christianus fut décrétée à Antioche, pour désigner désormais les disciples du Christ.

LES FRESQUES UES CATACOMBES

Dans les catacombes et sur les antiques représentations chrétiennes, le Poisson apparaît fréquemment, mais il ne signifie pas toujours le Christ; souvent c’est le fidèle même qu’il exprime. Qu’est le fidèle en effet, sinon un poisson ? le Christ n’a-t-il pas dit à ses apôtres : « Je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Matth., iv ) ? Aucune des peintures de l’époque à laquelle nous nous arrêtons ne représente cette pêche, si ce n’est peut-être celle par trop effacée de l’ambulacre du cimetière de Domitillc; mais le chréticn-

Fig. 10a. — Poisson, symbole du chrétien. Vote Latine.

poisson lui-même abonde déjà sur les fresques du second siècle. Nous le donnons ici comme échantillon, d’après une peinture du cimetière de la voie Latine (fig. 102).

De même, le Verbe incarné étant dépeint sous les traits de l’agneau, son disciple devra revêtir aussi le caractère de l’agneau. « Je vous envoie, dit le Sauveur, comme des agneaux au milieu des loups. » (Lie, x.) Dans la parabole où il se représente comme le Pasteur, il parle sans cesse des fidèles

Fig. 10J. — Agneau, symbole du fidèle. Voie Lavicane.

comme de ses brebis « qu’il connaît, et dont il est connu ». {Johan., x.) Le cimetière de la voie Lavicane nous fournit les types que nous produisons ici (fig. ■ o3). Il n'est pas jusqu’au pauvre pécheur réhabilité après le baptême dont il avait perdu la grâce, qui ne reparaisse, sous les traits de la chèvre, il est vrai, mais agile et régénéré. Le même cimetière nous met à même d’en reproduire ici le type (fig. 104).

La manifestation de l’Esprit-Saint sous la forme de colombe amenait un nouveau type pour désigner le chrétien par imitation. Au-dessus des eaux du Jourdain c’est l’Esprit-Saint qui se manifeste sous un signe sensible :

Spin tus Sanctus ; mais l'âme humaine est désignée aussi, dans les Écritures, sous le nom de spiritus. Le Psautier se termine par ces paroles : Omnis spiritus laudet Dominum. ( Psalm . cl.) L’antiquité païenne avait consacré la colombe à Cypris; le christianisme s’en empare désormais et l’inscrit de toutes parts, dans son sens nouveau, sur scs monuments primitifs. Tantôt elle vole, tantôt elle repose, tantôt elle tient dans ses pattes le laurier de sa

Fig. 104. — Chèvre, symbole du pécheur réconcilié. Voie Lavicanc.

victoire , tantôt elle le porte à son bec ; rien de plus répété aux catacombes. Nous en réunissons ici deux seulement, d’après les fresques des cimetières de Priscille et de Sainte-Agnès : l’une sort du combat triomphante, l’autre plane déjà vers le Christ (fig. io5).

Avant d’aller plus loin, il nous faut parler du symbolisme des fleurs sur les peintures des catacombes. Nous y rencontrons souvent la rose et le lis réunis ensemble comme sur une même tige; le lis, signe de la pureté de l’âme; la rose consacrée par les païens à l’amour profane, et devenue pour

Fig. 10L — Colombes, symboles des âmes. Cimetières de Priscille et de Sainte Agnes.

les chrétiens l’expression de cet amour suprême qui les conduisait au martyre. Minucius Félix, dans son Octavius (cap. xxxvm), répond aux païens qui accusaient les sectateurs du christianisme de dédaigner les fleurs, parce qu’ils ne s’en couronnaient pas : a Bien que toute créature, étant un don inviolable de Dieu, ne puisse être souillée en elle-même par le mauvais usage, nous nous abstenons, il est vrai, de certain emploi de ces créatures, pour ne pas donner lieu de penser que nous accordons quelque chose aux

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démons dans ce qui leur est consacré, ou que nous rougissons de notre religion. Mais est-il permis d’ignorer le goût que nous professons pour les Heurs, nous qui faisons tant de cas de la rose du printemps et du lis, et généralement de ce que les fleurs offrent de charme, soit dans leurs couleurs,

Fig. 106. — La rose cl le lis. Cimetière de l’ArJlatinc.

soit dans leur parfum? Nous savons nous en servir, soit pour en joncher la terre, soit pour en former de fraîches guirlandes, dont nous entourons notre cou. Si nous n’en couronnons pas nos têtes, excusez- nous; c’est par l’odorat et non par les cheveux de l’occiput, que nous aspirons le parfum

Fig. 107. — Le laurier el le collier de perles. Voie Ardéalinc.

des fleurs. » Ce goût des premiers chrétiens pour les plantes et les arbres odoriférants paraît sur les peintures cémétériales, dans les rinceaux dont elles sont décorées si souvent. Quant à la rose et au lis emmêlés, il ne se peut rien voir de plus gracieux que les échantillons que nous en donnons ici, d’après les fresques du cimetière de l'Ardéatine (fig. 106}.

saintk ckcuje. — 3y

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Le laurier, symbole de cette victoire qui ne s’acquiert que par une lutte au champ d'honneur , et qui est sans cesse célébré dans l’antiquité ecclésiastique comme l’emblème du martyre, ne pouvait manquer de figurer parmi les symboles en faveur dans Rome souterraine. La même catacombe qui vient de nous donner la rose et le lis, nous fournit aussi le laurier accompagnant le collier de perles qui sera le prix du vainqueur (fig. 107).

Mais il faut entrer maintenant dans la série des actes de vertu que le chrétien devra pratiquer pour être digne de son divin caractère. Avant tout, il lui faut mettre en Dieu une confiance inaltérable. Son espérance dans le secours d’en haut doit être cette ancre que recommande l’apôtre. ( Hebr . vi.)

Fig. 108 et 109. — Le poisson et l'ancre.

Pierres gravées du cabinet de M. Hamllton, publiées par Lupi.

Aussi voyons-nous fréquemment sur les pierres gravées pour l’usage des fidèles, et qui sont arrivées jusqu’à nous, le poisson, figure du chrétien, se serrant fortement contre cette ancre de salut, qui, terminée par la Croix, montre que toute l’espérance de l’homme repose dans le Christ, qui a délivré le genre humain par l’efTusion de son sang sur le bois de la rédemption. Nous produisons seulement ici deux exemples de ce symbole si connu (fig. 108 et 109).

A côté de l’espérance apparaît l'humilité, l’homme étant d’autant moins disposé à mettre sa confiance en lui-même, qu’il sent tout ce que Dieu opère en sa faveur. De là cette simplicité héroïque, caractère d’une nouvelle génération que l’on aurait crue descendue du ciel et se révélant à la terre. Un jour le Christ avait béni un enfant, et il avait dit à ceux qui l’entouraient : « Si vous ne devenez comme cet enfant, vous n’entrerez point dans le royaume

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des deux. » (Matth., xviii.) I.a simplicité devait donc faire le caractère de la nouvelle société appelée à triompher de l’ancienne, au sein de laquelle l’orgueil et toutes les convoitises étaient déchaînés. Cette vertu respire de toutes parts dans les nombreuses figures qu'a produites l’art des catacombes. On sent que tous ces personnages ont traité avec Dieu, et qu’il leur en reste l’impression douce et profonde du néant de l’homme. Clément d’Alexandrie, dans son délicieux Carmen au Christ, Roi des enfants, épanche l’enthousiasme qu'inspirait à ses contemporains cette paix, fruit de l’humilité chrétienne. Nous donnons ici le Christ bénissant un enfant, d’après une fresque

Fig. 1 10. — l.e Christ bénissant un enfant. Cimetière de 1a Yoie Latine.

du cimetière de la voie Latine (fig. i io). Ceux qui voudraient y voir la guérison de l’aveugle-né n’ont évidemment pas considéré avec attention cette peinture qui retrace un enfant et non un homme, en même temps qu’elle est en parfait rapport avec le récit évangélique.

La confiance envers Dieu et l’humilité produisent la prière; et l’on peut dire que le grand nombre des figures chrétiennes des catacombes représente le chrétien dans l’exercice de cet acte de piété envers Dieu. La révérence avec laquelle l’homme doit aborder ce souverain seigneur, est exprimée par le type de Moïse qui vient d’ôter sa chaussure par respect, avant de s’approcher du buisson ardent, près duquel il doit s’entretenir avec Dieu. Les belles peintures du cimetière de Nérée et Achilléc nous fournissent encore cet intéressant sujet (fig. 1 1 1).

Quant à la prière elle-même, ainsi que nous venons de le dire, elle est partout dans les catacombes. Ces hommes, ces femmes, recueillis et immobiles, qui ont reçu le nom à'Orantes, se retrouvent à chaque pas. On sent que c’est avec Dieu qu'ils traitent. Leur attitude représente le Christ, les bras étendus sur la croix et offrant sa prière pour le salut du genre humain. Ils savent que c’est par lui que leur prière monte jusqu’au ciel et est agréée, et ils persévèrent dans l’application à Dieu avec lequel la con-

Fig. tu. — Moïse »c déchaussant. Catacombe de la voie Ardéatine.

templation les unit. Que leur importe le fracas qui accompagne les convulsions de l’Empire au-dessus de leur tête? Leur âme repose en Dieu, leur corps exprime la figure de la croix ; sous quelques jours peut-être ils seront immolés; mais la Rome nouvelle, grâce à la prière silencieuse, s'établira par eux, et les temples des faux dieux, s’écroulant, verront s'élever du sol de la ville étemelle les basiliques qui porteront jusqu’aux cieux le nom et la gloire des martyrs. Nous donnons pour spécimen la prière d’un homme, prise sur une fresque des saints Marcellin et Pierre (fig. 1 1 2), et celle d’une femme, empruntée aux galeries de la voie Nomentane (fig. 11 3). Soit que les orantes des catacombes expriment la prière étemelle des bienheureux au sein de Dieu , soit qu’ils rendent la prière de ceux qui sont encore dans la

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voie de l’épreuve, il est à remarquer que le caractère et l’expression demeurent toujours les mêmes.

Le détachement des choses temporelles et la patience sous la main de Dieu dans les épreuves, entraient aussi dans le caractère du chrétien. Il lui fallait se déprendre des charmes de la vie présente dont il avait reconnu la vanité et trop souvent le danger, depuis qu’il avait écouté les enseignements

Fig. 1 13 et 1 1 3.

Catacombe de la voie Lavicane.

— Orantes.

Catacombedc la voie Nomcntane.

de l’Évangile. L’exemple de Job soumis à Dieu au sein même des plus grandes tribulations, était rappelé aux premiers fidèles par saint Jacques dans sa solennelle Épître (Cap. v). L’effigie de ce héros de la patience nç pouvait donc être omise dans la série des peintures catéchétiques des cimetières. Nous la donnons ici, d’après une des fresques de la catacombe Ardéatinc, où le saint arabe apparaît isolé de tous les biens de ce monde, et assis sur son fumier (fig. 1 14).

Au reste, ils devaient être prêts à la tribulation, ces chrétiens des générations premières, obligés qu’ils étaient de compter sans cesse sur le martyre, comme sur le dénouement plus ou moins prochain de leur existence.

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Ils n’allaient pas au baptême sans avoir entendu lire, durant les heures solennelles qui précédaient, l'histoire des trois enfants jetés à Babylone dans une fournaise ardente, pour avoir refusé d’adorer la statue de Nabu-

Fig. 114. — Job sur son fumier. Cimetière de l’Ardlatine.

chodonosor. Ces trois héros furent miraculeusement préservés; mais les chrétiens n’ignoraient pas que Dieu ne s’était pas engagé à répéter le prodige, chaque fois que scs serviteurs de la loi nouvelle seraient appelés h

Fig. u5 et 1 16. — Les enfsnts dans la fournaise. Voie Nomentane. Voie Salaria.

confesser leur foi. Pierre avait dit aux chrétiens dans sa première Épîtrc: « Le Christ a souffert dans sa chair; armez-vous de cette pensée. » (Cap. iv.) Le martyre ou l’apostasie, telle était l’alternative qui pouvait s’offrir à eux d’un moment à l’autre. C’est pour cette raison que la représentation des trois enfants dans la fournaise est une des plus fréquentes sur les fresques des catacombes. Nous en produisons deux exemples ici : le premier emprunté

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au cimetière de la voie Nomentanc (fig. 1 i5), et le second à celui de Priscillc (fig. i 16). Cette dernière fresque est remarquable par la présence de la divine Colombe planant au-dessus des trois martyrs, et portant dans son bec le rameau d'olivier, pour rappeler l’huile sacrée de la Confirmation, qui donne au chrétien la force de confesser la foi du Christ, au milieu même des supplices.

Un autre type du martyre non moins expressif et non moins fréquent sur nos fresques est Daniel dans la fosse aux lions. Le courage tran-

Fig. 117. — Daniel dans la fosse aux lions. Voie Ardéatine.

quille avec lequel le prophète aflïonta ces bêtes féroces devait accompagner le chrétien, lorsqu’il aurait à descendre dans l’amphithéâtre pour y être à son tour dévoré par les lions; et si quelquefois, par exception, il plaisait à Dieu de donner la leçon aux païens, en contraignant ces animaux féroces à demeurer immobiles et respectueux aux pieds des athlètes de la foi, le chrétien ne devait pas compter sur le prodige, mais se tenir toujours prêt à sentir la dent de ces animaux affamés s’enfoncer dans sa chair et dévorer ses membres. Le nombro des martyrs de l’amphithéâtre dépasse de beaucoup, on le sait, celui des martyrs du bûcher. Les jeux publics étaient fréquents et ils avaient besoin d’être alimentés. Nous prenons ce sujet dans les peintures des cryptes Ardéatincs, à cause de la solennité avec laquelle il est traité (fig. 117). Saint Pierre et saint Paul, fondateurs de l’Église

romaine, ayant près d’eux les saintes Ecritures, sont assis de chaque côté du martyr, pour soutenir sa foi, et lui rappeler la constance dont ils lui ont donné la leçon par leurs écrits et par leurs exemples.

Qu’ils fussent appelés ou non à sortir de cette vie d'une manière précipitée et violente, les chrétiens devaient toujours se tenir prêts, gardant dans leurs âmes l'alliance qu'ils avaient scellée avec Dieu par le baptême, et pratiquant jusqu'à la fin les œuvres qu’inspire une foi vivante. La parabole de l’Évangile leur était connue. (Matth., xxv.) C’est au milieu de la nuit, au sein meme de leur sommeil , que devait retentir le cri qui les appellerait

Fig, ii 8. — Les cinq vierges sage*. Voie Momentané.

devant le juge. A ce moment, leurs lampes devaient être non-seulement allumées, mais garnies de cette huile, sans laquelle la lumière ne saurait briller. Le Christ donne à entendre que, parmi les hommes, les uns se trouvent prêts pour ce moment solennel, et les autres en retard. Il met en scène dix vierges, dont cinq sont pourvues de l’huile nécessaire qui manque aux cinq autres. Les riches galeries de la voie Nomentane nous ont fourni le gracieux sujet que nous reproduisons ici. On y voit les cinq vierges sages qui viennent d’entendre le cri. Elles se sont levées, leur provision d’huile est faite, et, le flambeau à la main, elles s'avancent vers la lumière éternelle qui va les recevoir pour toujours (fig. 1 1 8).

Le Sauveur avait établi sa loi sur le double fondement de l’amour de Dieu et de l'amour du prochain; les peintures cémétérialcs ne pouvaient donc manquer d’ofi'rir leurs enseignements sur la pratique du second com-

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mandement, que le Christ déclare être exigible de nous aussi bien que celle du premier. (Matth., xxii.) Le symbole de cette charité fraternelle était exprimé par les agapes, festins communs institués par les apôtres et continués après eux, pour unir ceux qui étaient frères par le baptême dans une étroite familiarité. Les mêmes cryptes de la voie Nomcntanc nous fournissent cette charmante fresque, où brille, avec la simplicité chrétienne, tout le charme de la peinture antique (fig. 1 19).

Fig. 1 19. — Le festin des Agapes. Voie Nomentane.

Mais l'union entre les frères ne suffirait pas à l'accomplissement du grand précepte de l’amour du prochain. Le chrétien doit subvenir par l’aumône aux besoins de scs frères. Cette charité qui porte à s’imposer des privations pour soulager les autres hommes dans leurs nécessités, fut un des caractères du christianisme qui émurent davantage les païens, d’autant plus qu’ils voyaient les chrétiens non-seulement se secourir entre eux, mais encore prendre à leur charge ceux qui n’avaient pas le bonheur de partager leurs croyances. Nous trouvons au cimetière de la voie Lavicane une charmante expression de la charité chrétienne, dont il nous semble ne devoir pas priver le lecteur. Trois chrétiens sont à une table; l’un enlève un mets, et s'empresse de le donner à un pauvre; l’autre, voyant arriver un

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serviteur chargé d'un autre mets, lui fait signe de l’aller portera quelque indigent; en sorte que la table restera à peine servie. Une chrétienne préside à cette table et approuve par sa présence et par son geste les largesses que font ses deux convives (fig. 120).

Nous avons parcouru dans cette revue des peintures de Rome souterraine un nombre considérable de sujets exprimant, tantôt dans leur réalité, tantôt

sous des symboles, les principaux points du dogme et de la morale du christianisme. Notre investigation, nous l’avons dit, ne devait avoir pour objet que les fresques dont le style nous reporte généralement à la période qui a précédé le troisième siècle. Sans les pertes à jamais regrettables qu’a éprouvées Rome souterraine, il est à croire que notre synthèse eût été beaucoup plus complète. Nous pouvons cependant l’enrichir encore, en reproduisant ici quelques sujets que nous avons réservés pour la fin, parce qu’ils sont le complément de l’instruction catholique, et ouvrent la voie à la théologie mystique qui, recherchant l’union toujours plus intime avec Dieu, est le sommet de la perfection chrétienne. Cette tendance supérieure qui ne s’écarte jamais de la stricte orthodoxie dogmatique, a son point de départ dans les écrits de saint Denys et de Clément d’ Alexandrie, et elle continue de se manifester dans les livres des auteurs mystiques canonisés par l’Église.

Fig. 120. — L'aumône. Voie Lavicane.

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