‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 70 sur 113 · III* SIÈCLE · texte numérisé non relu

III* SIÈCLE

Commencement de Phîitoire posihume de sainte Cécile. — Saint Cil liste, archidiacre de saint Zéphyrln, est chargé du Cimetière pjf.il. — Ce cimetière est transféré du Vatican sur la voie Appienne, dans 11 catacombe de* Car cil M. — Le corps de sainte Cécile est changé de place. — Nouveau cubieulum de la martyre. — La salle des Pontifes. — La première area du cimetière des Grcitii achevée par saint Cal liste. — Pontificat de saint Callistc. — Saint Urbain. Son épitaphe. — Saint Pontîen. — Saint Antéros. Son épitaphe. — Saint Fabien. Basilique qu'il construit au-dessus du cimetière de Callistc. Son épitaphe. — Saint Cornélius. Sa sépulture au cimetière de I.ucine. Son épitaphe. — Dernier coup d'ceil sur les Inscriptions cécilienncs des cimetières de Lucine et de Callistc. — Saint Lucius. Son épitaphe. — Saint Étienne. — Saint Sixte tt. Son martyre dans le cimetière de Prétextât. Translation de son corps dans l'hypogée des Pontifes — Saint Denys. — Saint Félix. — Saint Eutychien. Son épitaphe. — Saint Carus. — Les papes saint Eusèbe et saint Melchiadc ensevelis les derniers au cimetière de Callistc. — Paix de Constantin.

'église romaine avait à peine installé Zéphyrin sur le siège apostolique, quelle le vit tout aussitôt choisir pour son archidiacre Calliste, l’exilé d’Antium, et, durant son pontificat de dix-huit ans, il l’entoura de sa confiance. C’est ce qu’attestent les Philosophumena; mais l'histoire n’a aucun besoin d’épouser les colères personnelles de l’auteur d’un pamphlet; il lui suffit de se tenir sur le terrain des faits. L’auteur anonyme nous apprend que Calliste, entre les attributions de sa charge, fut préposé au Cimetière. Cette expression, commentée à laide des documents archéologiques par M. de Rossi , jette une vive lumière sur l’histoire de Rome souterraine. On savait que, durant la période des persécutions, les cimetières chrétiens furent l’un des principaux

objets de la sollicitude du clergé et des fidèles de Rome. Ils étaient désignés tantôt par le nom de la personne qui les avait fait construire, tantôt par celui d’un martyr principal que l'on y avait enseveli. Il s’agit ici du Cimetière sans appellation secondaire, et ce cimetière est tellement réservé, que l’archidiacre en reçoit la direction des mains du pontife lui-même. Les autres catacombes se rattachaient chacune à quelqu’un des Titres de la ville, et les prêtres chargés de desservir celui-ci étendaient leurs soins sur celle qui était ainsi unie à leur Église. Il est aisé de reconnaître à la désignation qu'emploient \esPhilosophumena l’hypogée principal, celui dans lequel reposaient les pontifes. Jusqu’ici nous avons vu chacun des successeurs de saint Pierre, après les labeurs de sa charge pastorale, aller tour à tour prendre place au cimetière Vatican, ouvert dès le premier siècle par les soins des Comelii chrétiens. Désormais, dans le cours du troisième siècle, nous n’en verrons plus un seul enseveli dans cet hypogée vénérable. Les papes de ce siècle iront reposer sur la voie Appienne, dans un autre cimetière qui deviendra ainsi, jusqu’à la paix de l’Église, la nécropole des pontifes. C’est là le Cimetière proprement dit, qui fut achevé, décoré et disposé par les soins de Calliste, dont le nom lui demeurera attaché.

Il est difficile aujourd'hui d’assigner le motif qui porta les papes, dès le commencement du troisième siècle, à renoncer à l’honneur d’avoir leur sépulture autour de la tombe du prince des apôtres. Il nous faudrait entrer dans les récits de cette époque pour raconter à loisir et apprécier une telle mesure. Il eût été intéressant de parler aussi des corps de saint Pierre et de saint Paul transférés sur la voie Appienne par Calliste devenu souverain pontife, de raconter leur déposition dans le lieu même où ils furent cachés parles Orientaux au lendemain du martyre des deux apôtres, ainsi que de leur rétablissement à leurs places respectives par le pape Cornélius; mais ces narrations, si émouvantes d'ailleurs, nous entraîneraient trop loin; et la nécessité seule de retrouver les traces de notre héroïne, nous oblige à quelques excursions dans ce siècle qui n'est déjà plus le sien. Il se trouve que la salle où reposeront désormais les pontifes, est celle-là même où Urbain a déposé, il y a vingt ans, le corps de Cécile. Par une attraction mystérieuse, la tombe de la grande martyre appellera près d’elle le sénat majestueux des vicaires du Christ, durant une période tout entière de l’histoire des catacombes. Il a

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fallu pour cela que les Cæcilii , ayant connaissance de la nécessité où se trouvait l’Église romaine, de changer le domicile funéraire des pontifes, aient mis à la disposition du pape leur propre hypogée, qu’ils ont ouvert et qu’ils poursuivent à leurs frais, et sur lequel plane déjà avec une gloire incomparable le grand nom de Cécile.

Nous donnons ici le plan primitif de la modeste area qu’avait préparée cette famille. Elle longe la voie Appio-Ardéatinc, et s’étend sur un espace de deux cent cinquante pieds de face sur cette voie, et de cent de largeur

Fig. 1 38. — La crypte <tes Ocilii, au moment où le corps de sainte Cécile y fut déposé. — 1. Escalier, a. Cubicutum. 3. Premier tombeau de sainte Cécile. 4. Corridors et galeries ébauchés. 5. Vole Appio- Ardéatine.

dans la campagne : in front e pedes ccl, in agro pedes c, pour nous servir du texte officiel dans le mesurage des areæ funéraires. Plus régulière que les autres, cette catacombe inachevée a tracé ses corridors en ligne directe, et jusque-là les cubicula y apparaissent à peine (fig. 1 38).

Le travail de Calliste va consister maintenant à disposer cet hypogée pour la fin à laquelle il devra désormais servir. Il faut qu'on y célèbre les saints mystères au milieu des tombes sacrées que la mort remplira successivement, et que le lieu soit digne de la majesté des pontifes. Au fond de la salle, en face de la porte d’entrée, repose le sarcophage de Cécile. Il est devenu nécessaire de le transférer, afin d’établir à cette place même l’autel et la chaire du pontife qui viendra célébrer les divins mystères dans cet imposant sanc-

tuaire. Calliste aura donc à faire construire en dehors de la salle des pontifes un nouveau cubicidum contigu à celui-ci, et destiné à recevoir le corps de la martyre. Nous allons donner tout à l’heure le plan de l'hypogée, complété et renouvelé par Calliste; mais auparavant, il convient de mettre sous les yeux du lecteur la disposition première. Malheureusement nous sommes obligé de l’emprunter à l’état de ruine dans lequel se trouve maintenant un

Fig. i3«j. Emplacement du premier tombeau de sainte Cécile, vu de l'entrée de la crypte papale. I>e Rossi. Homa sotterranea, t. Il

asile autrefois si sacré (fig. 1 3<j). Le spectateur a devant soi la porte de l’hypogée. Sa vue le traverse, et va s’arrêter au fond de la salle sur ce réduit à (leur de terre, longtemps intercepté par une cloison en brique, en partie écroulée. C’est là que reposa d’abord le sarcophage de Cécile; c'est de là qu’il a été tiré pour être placé dans le voisinage. On voit avec évidence que l’arcature ne contenait plus rien, quand elle fut murée, et qu’elle n'avait eu d’autre raison d’être que celle de recevoir un sarcophage. Cécile a laissé la place d’honneur aux pontifes, et le lieu où elle a reposé primitivement

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Fig. 1 io. — Intérieur de It crypte des papes disposée par saint Calliste et décorée par saint barnase. Restitué par M. le commandeur de Rossi.

est devenu le point central de la noble crypte, l'endroit où s'élèveront la chaire et l'autel.

Lorsque la crypte papale, si longtemps ignorée des explorateurs des cata-

combes, apparut tout à coup, ainsi que nous le racontons plus loin, aux regards de la Commission d'archéologie sacrée, la dévastation y était au comble; mais, chose merveilleuse! tout était reconnaissable. Le lucernairc étant débouché, on pouvait suivre, à l’aide des débris de toutes sortes, le plan et la disposition de cet auguste sanctuaire, tel qu’il était lorsqu’il sortit des mains de Calliste. Au fond de l’hypogée, sur la gauche, s'ouvrait une porte qui conduisait à la crypte contiguë que Calliste avait fait creuser pour recevoir dignement le corps de Cécile; et là, peintures et inscriptions, tout

Fig. 141. — La crypte des Cccilii et son area , après les travaux de saint Calliste et de saint Damase. — 1. Escalier primitif. 2. Salle sépulcrale des papes. 3. CuHcu/um de sainte Cécile. 4. Son second tombeau. 3. Corridors et galeries terminés, selon le plan primitif. 6. Voie Appio-Ardéaiine.

annonçait le séjour de la martyre jusqu'au neuvième siècle. Aidé par les débris considérables demeurés en place, plus encore par ceux qui jonchaient le sol, M. de Rossi a pu dresser le plan exact de ce sanctuaire tant visité par les pèlerins des premiers siècles dont les noms innombrables, gravés au poinçon sur le stuc, se lisent encore aux deux côtés de la porte d’entrée et sur les murs voisins. C'est donc avec une pleine certitude d’avoir rencontré la véritable disposition d’un lieu si vénérable, que le savant archéologue a pu donner l’intéressante description que nous reproduisons ici (fig. 140).

Calliste ne se borna pas à préparer la crypte des pontifes avec son autel, sa chaire, ses niches à Heur de sol, ses loculi superposés, ses peintures et ses revêtements en marbre, tout ce luxe d’ornementation qui fut plus

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tard complété par Damase; il ne se contenta pas d’avoir établi la dépouille de Cécile dans une demeure digne d’elle, et aussi voisine que possible de son premier tombeau; il acheva de creuser l’area tout entière qu’avaient préparée les Cæcilii, continuant de suivre les longues avenues qui correspondent aux ambulacres avec une régularité, on peut même dire une monotonie, que l'on ne retrouve pas dans les autres cimetières. Le lecteur verra avec plaisir le plan du cimetière des Cæcilii, complété par les soins du vigilant archidiacre. Nous le donnons ici d’après le travail de M. de Rossi (fig. 141).

L’area céciliennc était trop insuffisante pour le cimetière principal de Rome : deux autres lui furent adjointes successivement dans la première moitié du troisième siècle. Il est naturel que l’importance des travaux de Calliste ait fini par attacher son nom à l’ensemble de cette vaste nécropole.

Après un pontificat de dix-huit ans, Zéphyrin alla jouir du bonheur des justes, et, selon l’expression remarquable du Liber pontijicalis, « il fut enseveli dans son propre cimetière, auprès du cimetière de Calliste. » Ces expressions annoncent que l’on faisait à l’origine une distinction entre l’hypogée cécilien qui forma la crypte papale où Zéphyrin fut déposé le premier, et les chambres et corridors qui avaient dû leur origine ou leur continuation aux travaux de son archidiacre.

L’Église romaine, après la mort de Zéphyrin, appela Calliste sur le siège apostolique (21 5). Nous ne pouvons nous étendre sur les événements si pleins d’intérêt de son pontificat, ni sur les luttes qu’il eut à subir; mais, dans cet ouvrage consacré en grande partie aux traditions de Rome souterraine, nous devons rappeler que c’est lui-même qui, dans un moment de péril, leva de leurs tombeaux les corps de saint Pierre et de saint Paul, et les transporta sur la voie Appienne, au lieu même où les avaient cachés les Orientaux, lorsqu’ils voulurent les enlever à la ville de Rome. Comme il s’agissait de prendre toutes les précautions pour soustraire ce trésor aux profanes, Calliste ne plaça point les dépouilles des saints apôtres dans quelque cubiculum apparent; il fit fabriquer un puits, au fond duquel se trouve une chambre sépulcrale, où l'emplacement des deux sarcophages est encore visible aujourd’hui, par la disposition des dalles employées dans le carrelage de ce mystérieux réduit. Autour de ce monument s’ouvrirent bientôt des

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galeries et des cubiculà, et cette région de Rome souterraine, située autour de l’espace qu’occupe la basilique de Saint-Sébastien, fut enviée, comme lieu de sépulture, par un grand nombre de fidèlesqui désiraient reposer près des tombes des saints apôtres. Cette dévotion persista même après que leurs dépouilles sacrées eurent été rapportées dans les cryptes d’où elles avaient été tirées. Ce lieu fut appelé dans la plus haute antiquité Ad Catacumbas [Kata tumbas), c'est-à-dire près des tombes des Apôtres, et ce n’est qu’improprement que l’on a étendu beaucoup plus récemment l'appellation générale de catacombes aux cimetières de Rome.

Tant de travaux sur la voie Appienne semblaient donner à Calliste un droit spécial de reposer dans le noble hypogée où l’attendait Zéphyrin. La divine Providence en avait autrement disposé. Sous le règne bienveillant d’Alexandre Sévère, il perdit la vie au quartier du Transtévère, dans une sédition des païens contre lui. La cause de cet attentat fut sans doute l’acquisition qu’il avait faite d’une ancienne taberna meritoria, située dans cette région, et qu’il consacra en église. C’est l’auguste basilique de Sainte- Marie traits Tiberim. La propriété en fut disputée à Calliste, et la cause référée à l’empereur, qui décida pour les chrétiens. (Lamprimus, in Alexandro Serero, cap. xix.) La mort violente de Calliste semble une vengeance de scs adversaires, et elle eut lieu tout près de l'éditice que sa fermeté avait conservé à l’Église. Les séditieux précipitèrent le pontife dans un puits, que l’on voit encore dans l’église de Saint-Calliste, à quelques pas seulement de la basilique Transtibérine. La sédition ne permit pas, à ce qu’il paraît, de transporter le corps du martyr sur la voie Appienne, et on alla le déposer dans un cimetière déjà ouvert sur la voie Aurélia, où sa sépulture donna origine à un nouveau centre historique dans cette partie de Rome souterraine.

Le successeur de Calliste fut Urbain (22a), dont le pontificat s'écoula tout entier sous Alexandre Sévère. I^a ressemblance des noms l’a fait prendre pour l’évêque Urbain, qui figure dans la vie de Cécile; nous expliquerons bientôt comment et à quelle époque la confusion eut lieu. L’Urbain dont il est question dans les Actes de la martyre reposait depuis cinquante ans déjà au cimetière de Prétextât, et l’on ne saurait assigner la raison pour laquelle on n’eût pas enseveli un pape dans la crypte des pontifes qui est en face de ce

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cimetière. Un monument précis vient confirmer cette conclusion. Dans l’hypogée papal, M. de Rossi a trouvé le fragment d'un bord de sarcophage, sur lequel on lit : OYPBANOC (fig. 142). Tout porto à croire que le trait arqué qui vient après le nom est le commencement de la première lettre du mot EniCKOTTOC. La forme même du fragment montre avec évidence qu’il a été détaché du couvercle d’un sarcophage. I.es autres inscriptions de la crypte papale que l’on a retrouvées, ont servi à fermer les simples loculi qui sont en bien plus grand nombre dans la salle, ainsi qu’on peut le voir sur le plan général (fig. 140'. Celui-ci, étant détaché d’un sarcophage, annonce une des premières sépultures faites dans l’hypogée, et pour lesquelles on aura employé les alvéoles ouvertes près du sol, dans lesquelles seules il était possible d’établir les sarcophages. Pour peu que l’on se rappelle qu’à

OYPBANOC.

Fig, 143. — Kpitaphe du pape saint Urbain. De Rossi. Roma sollcrrancs , t. II.

la mort d’Urbain, Zéphyrin reposait encore seul dans la crypte papale, il est aisé de comprendre que le corps du successeur immédiat de Calliste ait été placé dans un sarcophage de préférence à un loculus. D’autres arguments viendront confirmer l’existence du tombeau du saint pontife en ce lieu, et non sur la gauche de la voie Appicnnc, où la présence d’un autre Urbain est aussi formellement constatée.

Pontien succéda à Urbain (23o). L’Empire changea de mains, et passa au pouvoir de Maximin dès le 1 8 mars 233. Une sentence impériale déporta le pontife des chrétiens, avec le prêtre Hippolyte, dans l’île de Bucina, où il souffrit d’indignes traitements qui lui valurent la couronne du martyre. De bonne heure, il avait voulu pourvoir au gouvernement de l'Église romaine, en abdiquant la papauté. Son corps demeura dans cette île de la Méditerranée jusqu’au pontificat de saint Fabien qui l’alla chercher, accompagné de ses prêtres, et le réunit aux autres papes qui dormaient déjà sous les voûtes de l’hypogée cécilicn.

Antéros (235) qui ne fit que passer sur le siège de Rome eut la même sépulture. On a pu réunir les fragments de l'inscription de son loculus, et son nom Anteros s’y lit aisément (fig. 143). Il eut pour successeur Fabien (236), duquel le Liber ponti/icalis raconte qu'il fit faire de nombreuses constructions dans les cimetières. La crypte des pontifes dans laquelle il fut enseveli nous a rendu son inscription tumulaire, fracturée comme celles que nous avons données jusqu’ici, mais non moins importante (fig. 144). Parmi ses constructions, il est permis de compter le petit édifice à trois absides qui s'élève au-dessus de la seconde area callistienne, et qui, par les pèlerins du

FiR. u3 Épiuphc de saint Anteros. Oc Rossi. Roma sotlcrranea, I. II.

quatrième siècle et des suivants, fut appelé la basilique de Sainte-Cécile et de Saint-Sixte, à cause du voisinage de leurs tombeaux, les plus célèbres de tous.

Le successeur de Fabien fut un Cornélius (25 1 ). Dans ce rapide parcours de l'histoire pontificale au troisième siècle, il nous est agréable de rencontrer ce grand nom. Une seconde Lucinc apparaît aussi auprès de ce nouveau pontife, zélée comme la première pour la sépulture des martyrs, et exerçant des droits sur le cimetière qu’avait creusé la première Lucine. Nous ne faisons aucun doute qu’elle n'appartînt également aux Pomponii qui, comme nous l’avons dit plus haut, avaient des liens avec les Comelii. Dans ce récit abrégé , où nous ne parlons des pontifes que dans leurs rapports avec les cimetières de la voie Appienne, nous ne devons pas cependant omettre l’acte important que Cornélius accomplit, à l’instigation de Lucine ( Liber

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pontifie.) ; ce fut de retirer du puits où les avait placés Calliste les corps des deux grands apôtres de Rome, qui avaient reposé plus de trente ans dans ce sombre asile. Cette translation s’opéra secrètement et à la faveur des ombres de la nuit. Lucine se chargea de faire replacer le corps de saint Paul dans son ancienne Confession, située près de la voie d’Ostie, sur le prædium de la première Lucine. Quant au corps de saint Pierre, Cornélius prit soin de le faire replacer dans l’antique crypte des Cornelii au Vatican , où l’attendaient ses successeurs du premier et du second sjècle, et où, depuis lors, il est demeuré immobile dans toute la majesté apostolique, « près du lieu où il avait été crucifié », ainsi que le répète pour la seconde fois, à cette nouvelle occasion, le Liber pontijicalis.

Fig. 144. — Épitaphe de saint Fabien. De Rossi. Rnma sotterranea , t. 11.

Saint Cypricn a célébré l'intrépidité avec laquelle Cornélius accepta et occupa la chaire pontificale, dans un moment où Décius était possédé d'une telle fureur contre l’Église « qu’il eût préféré voir s’élever dans l’Empire un compétiteur, que de laisser remplacer dans Rome le pontife des chrétiens. » { Epist . ad Antonian.) La carrière du saint pape ne pouvait se terminer que par le martyre; mais le crédit de Lucine était tel en ces lieux, qu’elle obtint que ce membre de la race des Cornelii ne serait pas enseveli dans la crypte ordinaire des pontifes : elle lui donna donc la sépulture au cimetière voisin décoré d'un nom qui rappelait de si grands souvenirs.

Le seul fait de cette sépulture insolite pour un pape au troisième siècle suffirait â attester le lien de parenté qui devait exister entre Cornélius et la noble héritière de Pomponia Græcina, et il confirme pleinement ce que nous avançons ici sans aucun doute sur l’origine du saint pontife. L’épi-

taphe tumulaire placée sur son monument particulier au cimetière de Lucinc, était en langue latine. Il est permis de penser que, de mêmeque Lucineavait voulu que Cornélius fût enseveli au milieu des siens, elle aura repoussé la langue grecque, lorsqu'il se sera agi de tracer l’épitaphe d’un pontife dont le nom seul rappelait ce que le Latium avait produit de plus illustre. Nous donnons ici ce précieux marbre, qui se rapporte plus directement encore que les autres au sujet spécial que nous avons traité dans cet ouvrage ;fig. 145).

Le retour que nous venons de faire au cimetière de Lucinc nous donne lieu de jeter un regard sur les marbres céciliens du troisième siècle qu’on y a retrouvés. La sépulture de Cécile dans une crypte nouvelle n’entraîna pas

Fig. i j5. — Épitaphe de saint Cornélius. I >e Rossi. Komj sciterranea, t. II.

l’abandon de la catacombe de Lucine par les familles qui déjà y étaient représentées dans leurs membres chrétiens. Ainsi, vers la fin du deuxième siècle, on y ensevelit une Cæciliana Paulina, dont le marbre s’est retrouvé récemment. Au troisième siècle, c’est le tombeau d’un enfant qualifié de puer clarissimus, et nommé Q. Cæcilius Maxknus. La peus Valeria est une des rares familles, et la première, qui furent honorées par le peuple romain du surnom de Maximus. II est peut-être permis de reconnaître ici une suite de l’alliance des Valcrii Maximi et des Cæcilii dans la personne de Cécile et de Valérien. Avant cette époque, on ne rencontre pas sur les inscriptions le cognomen Maximus donné aux Cæcilii. Au quatrième siècle, les Cæcilii font défaut dans les cryptes de Lucine ; mais les premières années du cinquième nous donnent l’inscription d’une enfant qui ne vécut que quelques mois. Elle est appelée Pompeïa Octavia Attica Cæciliana c. p. ( clarissima

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puella). Les épitaphes du père et de la mère ont été presque en même temps découvertes par M. de Rossi, au cimetière de Calliste; l’un et l'autre ayant voulu reposer près de la grande martyre. Le père est appelé Octavius Cæcilianus, v. c., et la mère Pompeïa Attica c. f. ( clarissima fcemina) : l’enfant avait réuni les noms de l'atn et de l’autre. On voit par d'autres monuments encore que les Cæcilii se partagèrent entre les deux cimetières jusqu'à la fin. Les uns étaient attirés par les sépultures antérieures de la famille dans les cryptes de Lucine, les autres optaient pour le voisinage de Cécile. Parmi ces derniers, il faut compter une Cæcilia Fausta du troisième siècle, dont l'inscription est encore entière et à sa place. Elle est ainsi conçue :

SERGIVS ALEXANDER CAECILIE FAVSTAE CONIVGI SVE BENE MERIENTI FECIT.

Cette épitaphe, dont nous avons conservé l’orthographe fautive, montre la continuité de l’alliance entre les Sergii et les Cæcilii. Nous avons déjà mentionné comme ayant eu sa sépulture, au même siècle, près du tombeau de Cécile, un Septimius Prætextatus Cæcilianus. Le quatrième siècle nous donne, dans la même région, les inscriptions d’une Cæciliana c. F., et d’une Cæcilia h. p. ( honesla foemina). Nous terminerons cette énumération des Cæcilii chrétiens ensevelis dans ces cryptes, par un Cæcilius Cornélianus retrouvé dans la seconde area callistienne , et qui se trouve réunir en sa personne les deux plus grands noms de notre histoire. Jusqu’ici Rome souterraine ne nous a plus rien transmis en fait de monuments funéraires des Cæcilii.

Les Pomponii chrétiens si intimement liés aux cryptes de Lucine, ne pensèrent pas leur être infidèles, en choisissant parfois leur sépulture hors de ce cimetière pour se rapprocher davantage de Cécile. Ainsi, M. de Rossi a découvert parmi les inscriptions du cimetière de Calliste, se rapportant à la première partie du troisième siècle, celle d’un Pomponius Bassus, le mari sans doute d’Annia Faustina, et, ce qui est encore d’un plus grand prix, celle tant désirée d’un

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Nous ne quittons qu’à regret ces augustes souterrains, où tant de noms historiques, et noms chrétiens en même temps, voudraient nous retenir encore. Au cimetière de Lucine, un Æmilius in pacic, un Saloninus, surnom d'une branche des Cornelii célèbre au troisième siècle ; une nouvelle Ttivx, et surtout une Iallia Clementina, fille de Iallius Bassus, dont la science archéologique vient de recouvrer la généalogie, et qui nous reporte au deuxième siècle, auraient droit de nous arrêter. Au cimetière de Callistc, nous prenons congé avec un regret non moins vif des nombreux Æmilii et Æmiliæ, des Aurelii, des Maximi, des Attici, des Valeriani, des Claudiani. Nous eussions aimé à approfondir ces épitaphes d’une <be>.ixiTac «Nuariîvot, d’un Rufus, époux d’une Valéria, d’un Ællius Saturninus, et de tant d’au-

Fig. 14.O. — Épitaphe de saint Lucius, ne Rossi. Rama tollcrratura, 1. 11.

très qui montrent si éloquemment les riches conquêtes de l’Église dans l’aristocratie romaine, ainsi que la permanence, au sein du christianisme, des alliances constatées par les monuments de l’ancienne Rome, entre les plus illustres familles de la république. Mais il nous faut bien plutôt demander pardon au lecteur de cette digression à laquelle la sépulture insolite du pape Cornélius "a donné occasion, et reprendre le fil de notre narration malheureusement trop rapide.

Lucius succéda à Cornélius sur la chaire de saint Pierre (253). U fut moissonné par le glaive du martyre, et s’en vint reposer en la compagnie de scs prédécesseurs dans la crypte papale. Son marbre est aussi du nombre de ceux qu'a retrouvés M. de Rossi (fig. 14Ô).

Nous n’avons point conservé l’épitaphe d’Étienne qui succéda à Lucius (ïSq), et fut comme lui déposé, après son martyre, dans l’hypogée des papes. Sixte II, successeur d’Étienne (257), a laissé une mémoire plus

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imposante que tous les autres pontifes qui sont venus, depuis Zéphyrin, reposer dans ce cimetière. Il eut la gloire de lui donner son nom, et c'est ainsi que cette région est si souvent appelée Ad sanctum Xystum, Ad sanction Sj'stnm ou Sustiim. La grandeur du martyre de Sixte avait ému les peuples, et un témoignage unique aux catacombes, celui d’une chaire de marbre teinte du sang pontifical, contribuait à maintenir ce sentiment d’admiration qu’attestent les nombreux graphites, tracés à l'entrée de la salle funéraire, et sur lesquels le nom de Sixte est si souvent répété avec l’accent de l'admiration et de la confiance.

L’empereur Valérien avait compris que le centre de vie pour le christianisme à Rome était dans les cimetières, et, le premier des princes persécuteurs de l'Église, il avait fini par publier un édit qui en interdisait l’accès aux fidèles. Les catacombes n’étant plus désormais inviolables allaient courir les plus grands dangers de la part des païens, si une active prévoyance ne faisait prendre des mesures pour en rendre impossible l’envahissement. On trouva moyen de couper les escaliers, d’obstruer les voies dans tous les quartiers importants, et de mettre par là en sûreté les trésors sacrés qui s’étaient accumulés durant deux siècles entiers dans les sanctuaires de Rome souterraine. Pour pénétrer désormais dans les cimetières, il fallut d’autres itinéraires, et des guides auraient été nécessaires aux païens s’ils avaient tenté sérieusement d’y pénétrer. Cet état de choses dura, sauf de courts intervalles, jusqu'à la paix de l'Église, qui restitua à la fois aux chrétiens et les cimetières qu’ils avaient creusés sous le sol et les églises que, depuis la première moitié du troisième siècle, ils bâtissaient déjà au grand jour, particulièrement en Orient. Les édits qui interdisaient les réunions dans les cimetières, ne portaient rien moins que la peine de mort contre les infracteurs; mais certaines fonctions qu’avait à remplir le pontife, l’obligeaient souvent d'enfreindre de telles prohibitions. La prudence exigeait par-dessus tout que la crypte papale fût mise hors d'atteinte ; elle fut donc interdite au moins momentanément par une soigneuse interception de l’entrée et des voies.

Le cimetière de Prétextât n’était pas, comme celui de Calliste, désigné aux recherches des persécuteurs par un caractère officiel. Un jour du mois d’août de l’année 258, Sixte y présida une réunion qui devait laisser un

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souvenir ineffaçable dans la mémoire des fidèles. Il était assisté des diacres Félicissime et Agapit, et vaquait à une fonction sacrée dans une des salles principales de cet important cimetière. Tout à coup, le lieu de réunion est envahi par des soldats envoyés par le préfet de Rome. Sixte occupait la chaire de marbre, du haut de laquelle il adressait une allocution aux fidèles. Le spectacle si nouveau de ces hommes armés qui venaient mettre la main sur le pontife saisit de terreur toute l'assemblée, mais sans arrêter l’élan de la foi dans ces généreux fidèles. Ils offraient tous leur tête pour sauver celle de leur père. Sixte fut entraîné dans Rome, il comparut et fut condamné à recevoir la mort au lieu même où il avait bravé les édits de César.

Fig- >47* — Médaille de Cornélia Salonina. Cabinet des médailles.

Comme on l’entraînait par la voie Appienne, son archidiacre Laurent lui reprocha de se rendre sans lui au lieu du sacrifice. — « Dans trois jours tu me suivras, » lui répondit le saint pontife. L’escorte qui conduisait Sixte au supplice envahit le cimetière où on l’avait surpris, et ce fut sur la chaire même d’où il avait présidé la sainte assemblée, qu’on lui trancha la tête. Cette chaire toute teinte du sang du martyr fut plus tard apportée dans la crypte papale; elle était adossée, ainsi que nous l’avons dit, au premier tombeau de Cécile. Dès qu’il fut possible, on transféra le corps de Sixte auprès de scs prédécesseurs du troisième siècle ; mais les circonstances si glorieuses de son immolation le firent considérer comme le plus illustre de tous par le peuple fidèle.

Denys succéda à Sixte (25<j), et il vit l’Église jouir quelque temps d’une heureuse trêve par l’inlluence de Cornélia Salonina, femme de l’empereur Gallicn, qui était chrétienne et parvint à arrêter la persécution (fig. 147).

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Nous avons signalé tout à l’heure la tombe d'un Saloninus, visible encore près du tombeau de saint Cornélius, au cimetière de Lucine. La sépulture de Denys eut lieu dans la crypte papale, ainsi que celle de son successeur Félix (260), comme en fait preuve l’inscription de Sixte III. Eutychien, qui succéda à Félix (27.S), vint reposer auprès d’eux, et son épitaphe, que nous reproduisons ici, est une de celles qu’a retrouvées M. de Rossi (fig. 148).

Caïus, qui siégea ensuite (283), fut inhumé pareillement dans la crypte céciliennc ; mais ses deux successeurs Marcellin et Marcel furent ensevelis au cimetière de Priscillc.

Fig. 14H. — Épitaphe de saint Eutychien. De Rossi. Romj totterranea, t. Il*

A cette époque figure une troisième Lucine non moins zélée pour l’Église que les deux premières ; mais on ne voit pas que son nom soit lié avec le cimetière primitif de la voie Appicnne. Un trait qui se rapporte à la persécution de Dioclétien, et que nous ne devons pas omettre dans la recherche que nous faisons des monuments chrétiens de cette voie, est la sépulture du grand martyr Sébastien près du puits, au fond duquel avaient été cachés les corps des saints apôtres. C’est là aussi que ia troisième Lucine fut inhumée, à la suite d’une vie toute consacrée au service de l’Église.

Au commencement du quatrième siècle, nous trouvons encore deux papes, saint Eusèbe et saint Melchiade ensevelis au cimetière de Cal liste ; mais leurs corps ne furent pas déposés dans la crypte papale, sans doute encore inaccessible par suite des mesures qu’on avait dû prendre pour en interdire l’entrée aux païens, durant les années orageuses de la persécution. Us eurent chacun leur cubiculum particulier, et celui de saint Eusèbe, heu-

reusement retrouvé, garde encore les traces de son élégante ornementation.

A la suite de ces vicissitudes, Rome souterraine et les cryptes de la voie Appienne en particulier entendirent proclamer la paix de l'Eglise. L’édit de Milan rendait la liberté à leurs sentiers et la sécurité à leurs sanctuaires. Par les ordres de Constantin, la croix paraissait au grand jour; mais nul n’ignorait dans tout l’Empire, nul homme de bonne foi ne pouvait disconvenir, qu’une telle victoire était due au courage et au sang des martyrs. Le sol de la ville éternelle vit s’élever de splendides basiliques comme autant de trophées de la religion du Christ; mais, durant de longs siècles encore, les catacombes demeurèrent en honneur. Les anniversaires des martyrs y ramenèrent constamment la population romaine; et de nouveaux travaux, galeries, peintures, constructions, annoncèrent que l’histoire de Rome souterraine se continuait, tandis que la ville éternelle, retenant encore debout les monuments du passé qui devaient succomber sous les coups des barbares, se purifiait et s’embellissait sous une parure chrétienne.

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