‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 75 sur 113 · V- • • - lu lib'.r\u de 1 A6neAU.de van Kvek · texte numérisé non relu

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MOYEN AGE

céleste, elle recourait avec transport à cette même strophe du roi-prophète que Cécile avait chantée dans son cceur.

Il n’y a donc rien à retrancher dans l’acclamation de la terre vers Cécile, lorsqu'elle la célèbre comme la musicienne par excellence ; il suffit seulement de ne pas aller chercher la raison de cette attribution dans un fait qui n’a pas de fondement historique, et de saisir la relation délicate entre les deux musiques dont Cécile est devenue le lien merveilleux. Ce caractère manquait encore à l’ensemble de ses grandeurs, et la Providence divine a voulu qu’un jour il lui fût attribué pour durer jusqu'à la fin des siècles. Aujourd’hui encore, malgré la froideur universelle et l’abaissement de l’art, la fête de sainte Cécile ne passe point inaperçue, partout où la musique est l’objet d’un intérêt plus ou moins sérieux.

Dans ces concerts annuels qui ramènent au pied des autels tant d'hommes entraînés le reste de l'année par les préoccupations mondaines, les chefsd’œuvre peuvent être rares, l’exécution défectueuse, les motifs ou insignifiants, ou trop souvent empruntés à des sources profanes; mais il sera toujours beau de voir le plus séduisant des arts amené, chaque année, à confesser que le sentiment supérieur de l’harmonie émane de la pureté du cœur et des sens, si divinement symbolisée dans Cécile. C’est alors que, dans plus d’une âme, l'attrait céleste cherche à pénétrer, qu’il sollicite l’homme d'aspirer à des concerts plus harmonieux et plus durables que ceux de ce monde de douleurs, où le péché brisa les cordes de la lyre, qui ne se sont jamais rejointes que par instants fugitifs, et qui ne résonnent d’un son plein et parfait que lorsque l’homme les emploie à célébrer son Créateur, de concert avec les esprits angéliques.

Mais il est temps de rentrer dans Rome et d’y glaner encore quelques traits de l'histoire de notre héroïne, qui se rapportent au quinzième siècle. Nous voyons, dans les dernières années de ce siècle, le cardinal Laurent Cibo, neveu d’innocent VIII, titulaire de la basilique, comme l’avait été son oncle, y entreprendre d’importantes restaurations. Entre autres, il fit réparer à neuf la chapelle du Bain , où l’on voit encore aujourd'hui ses armes ; mais il respecta l’autel et le pavé de cet auguste sanctuaire, qui ont conservé jusqu’aujourd’hui le caractère du moyen âge.

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans jeter un coup d’œil attristé sur

les catacombes romaines, qui depuis des siècles ne comptaient plus, pour ainsi dire, parmi les sanctuaires de la ville sainte. L’enlèvement des corps des martyrs au neuvième siècle et leur translation dans les basiliques de la ville avaient peu à peu éteint le pieux intérêt dont Rome souterraine fut si longtemps l’objet. En perdant les martyrs, elle avait perdu ses trésors. Ses nombreuses cryptes n’auraient pu se maintenir qu’au prix de réparations continuelles, et nous avons vu qu’un des motifs qui portèrent les papes du huitième et du neuvième siècle à en retirer les saintes reliques, fut en particulier l’état de délabrement dans lequel ces immenses souterrains étaient tombés. Les ruines s'accumulèrent d’année en année, et, de toutes parts, des éboulements vinrent intercepter les voies. Une sorte de terreur semblait planer sous ces voûtes que les pèlerins ne visitaient plus. A peine demeura-t-il quelque quartier très-restreint qu’un reste de dévotion fréquentait encore, au voisinage d'un petit nombre de basiliques situées hors les murs. Les troubles politiques dont Rome ne cessa d'être le théâtre depuis le dixième siècle jusqu’à la fin du moyen âge, y rendaient d’ailleurs l’existence des papes trop précaire, pour qu’il leur fût possible d’entreprendre de grands travaux. La nomenclature des cimetières s’était cependant conservée; mais, avec le temps, des confusions inévitables s’y introduisirent. Nulle part cet inconvénient ne fut plus sensible que sur la voie Appiennc, si riche de souvenirs chrétiens, et sur les deux côtés de laquelle s’étendaient les plus célèbres hypogées. On en vint jusqu’à perdre la notion du lieu précis où était situé le cimetière de Calliste. Quelques galeries cémétériales étaient demeurées accessibles autour de la basilique de Saint- Sébastien, non loin du célèbre puits où avaient été cachés les corps des saints apôtres. On voulut y voir l'œuvre de Calliste, et peu à peu, à l’aide du Liber pontificalis mal compris, une crédulité inventive alla jusqu’à assigner dans ces corridors vulgaires la place et les noms de chacun des papes qu’on savait avoir reposé sur la voie Appiennc. Les Bollandistes ont publié, à ce sujet, un curieux document qui nous apprend comment ces arrangements étaient encore entendus dans le cours du seizième siècle. ( Acta SS., t. III. Aprilis. )

Naturellement, il avait bien fallu découvrir une alvéole pour l’assigner à Cécile, que l’on savait, par les Actes, avoir été ensevelie près des pontifes.

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Cette assignation était déjà faite en 1409. Guillaume de Bois-Ratier, archevêque de Bourges, se trouvant à Rome en cette même année, descendit dans les cryptes de Saint-Sébastien, et, trouvant sans honneurs cette tombe qu’on lui disait avoir gardé durant six siècles le corps de la grande martyre, il fit décorer à ses frais ce sépulcre abandonné. Le temps a détruit le monument que la piété de Guillaume y avait élevé à Cécile; mais l’inscription qu’il y plaça est demeurée jusqu’à nos jours. On y lit ces paroles :

HIC QVONDAM RECONDITVM FVIT CORPVS BEATAE CAECII.IAE VIRGINIS ET MARTYRIS HOC OPVS FECIT FIERl REVEREN DISSIM VS PATER DOMINVS GVII.I.EI.MVS ARCIEPS BITVRICENSIS ANNO DOMINI MCCCC NONO

Cette inscription devait contribuer à égarer de plus en plus l’opinion sur la véritable topographie de Rome souterraine. Qui jamais eût songé, avant ces années de notre siècle, où l’archéologie chrétienne rend chaque jour de si éminents services aux antiquités ecclésiastiques, à dresser la topographie des divers cimetières, à rechercher sur chaque voie les centres historiques, en un mot à refaire Rome souterraine ? Qui songeait à consulter les fioles de Monza comme une carte routière des catacombes, même après que le savant Marini eut publié le diplôme de l’abbé Jean dans ses Papiri diplomatici (i8o5)? Les Itinéraires des pèlerins qui se succèdent à partir du septième siècle , gisaient incompris dans de savants recueils ; mais qui pensait à leur consacrer un intérêt quelconque? Sur la voie Appienne, les éboulements avaient rendu inaccessible le centre même de Rome souterraine, la crypte papale et le cubiculum de Cécile. Si parfois les excavateurs à la recherche des corps saints ont traversé ces lieux, leur passage fut sans nulle conséquence, et bientôt les terres qu'il fallait déplacer pour passer d’une galerie explorée à une autre qui ne l’était pas, venaient fermer toute communication avec les vénérables sanctuaires dont nous jouissons aujourd’hui. Pour n'avoir pas su employer les secours dont nous venons de parler, les plus savants voyageurs dans Rome souterraine, malgré leur science réelle, ne purent jamais se démêler sur la voie Appienne. Bosio en est

SAINTE CÉCIl-E.

venu jusqu'à confondre le magnifique cimetière de la voie Ardéatine avec celui de Calliste, et des hommes tels que Boldctti et Marangoni n’ont pu sortir des difficultés inextricables que leur présentait une question dont ils n'avaient pas tous les termes. Sans une topographie appuyée sur les faits, la vie de sainte Cécile ne pouvait être exactement racontée, et nous tenons à exprimer ici à M. de Rossi la reconnaissance personnelle que lui a vouée l’humble historiographe de l'illustre Romaine.

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