XVI« SIECLE
Hommages Je la peinture 1 sainte Cécile, au seizième siècle. — Francia. — Raphaël. — Fresques Je la cathédrale J’Alby. — L'Académie de musique Je Sainte-Cécile, à Home. — Le cardinal Paul-Emile Sfondrate. — Il outre le tombeau de sainte Cécile dans sa basilique. — Témoignage de Baronius. — Piété et munificence de Clément VIII. — Statue d’Etienne MaJcrno — Deuxième translation du corps de sainte Cécile. — Nouvelle confirmation Je la véracité des Actes. - La chapelle du Bain, — Zèle de Sfondrate pour tes divers monuments de sainte Cécile à Rome. — Sa sépulture et son épitaphe dans la basilique.
c seizième sièclequi, dans ses dernières années, devait offrir un si glorieux triomphe à Cécile par la nouvelle translation de sa dépouille mortelle, se montra, dès le début, empressé de continuer par les arts le concert d’hommages que lui avait offert le siècle précédent. Le Pérugin, qui ne paraît pas avoir laissé d’œuvre ayant pour objet spécial sainte Cécile, avait formé deux élèves appelés à consacrer d'une manière splendide leur pinceau à la vierge romaine. Francia avait débuté dans son art en 1490, ayant déjà atteint sa quarantième année, et ce coup d’essai le lit inviter immédiatement à peindre une madone pour la chapelle de Jean Bentivoglio dans l’Eglise de Saint- Jacques à Bologne. C’est dans cette même église qu’il fut chargé plus tard de retracer les divers épisodes de la vie de sainte Cécile, dont les fresques sont encore si dignes d’admiration, dans l'état où les ont réduites les injures du temps et l’incurie des possesseurs. L’élite des élèves de Francia était
réunie autour de lui quand il travaillait à cette grande œuvre. On cite parmi eux Chiodarolo, Lorenzo Costa et Amico Aspertini. Nous donnons dans cet ouvrage la gravure de deux des sujets, le mariage de Cécile et sa sépulture. Le principal compartiment, aujourd’hui complètement effacé, représentait le martyre de la sainte, que la tradition a toujours affirmé avoir été l’œuvre de prédilection et toute personnelle de Francia. On ne peut plus s’en faire l’idée aujourd’hui que d’après une gravure au trait exécutée au commencement de ce siècle, dans une collection où toutes les fresques sont reproduites. >
Un autre élève de Pérugin, plus jeune que Francia, mais destiné à approcher, plus que tout autre homme, de l'idéal dans la peinture, fut Raphaël. Nous n’avons pas ici à décrire la puissance de son génie, ni les chefsd’œuvre qu’enfanta sa main ; mais , restant dans notre sujet, nous dirons qu’il fut le peintre de Cécile, à qui cette gloire encore était réservée. A vingt et un ans (tSoq), il donnait le Sposaliÿio. L'année suivante, étant à Pérouse, son pinceau produisait entre autres une grande composition où était figuré le Christ mort entre les bras de sa mère. D’un côté on voyait saint Pierre et saint Paul ; de l'autre sainte Cécile et sainte Catherine. Vasari, qui décrit ce tableau , nous apprend qu’il fut fait pour les religieuses de Saint- Antoine. Les airs de tète, les expressions et le bel agencement de ces figures 'furent alors regardés comme quelque chose d’entièrement nouveau. Audessus de cette composition, dans un cadre demi-circulaire, Raphaël peignit le Père éternel. Trois petits sujets de la Passion étaient retracés à la base du tableau : ils en furent détachés plus tard, et M. Quatremère de Quincy nous apprend même qu’ils ont été gravés. Quant au tableau principal , après avoir appartenu à la galerie Colonna, à Rome, il est passé ù Naples, où il est devenu un des principaux ornements du musée Bourbon. ( Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël.)
La renommée de ce jeune peintre, que n’éclipsaient à Florence ni Léonard de Vinci ni Michel-Ange, parvintaux oreilles de Jules II , et, dans l’année t5o8, Raphaël fut appelé à Rome par le pontife, à qui Bramante l’avait recommandé comme étant de force à peindre les salles du Vatican. Le jeune artiste se mit à l’œuvre tout aussitôt, et commença à décorer la salle appelée délia Scgnatura. Pendant qu’il accomplissait ainsi la déco-
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ration des stau^e, il vint en pensée à Jules II de le distraire de cet immense travail, en lui faisant prendre part à l'ornementation d'une maison de campagne affectionnée de ce pontife. A six milles de Home, près de Fiumicino, était un casino bâti par Innocent VIII, et dont Jules II voulait faire une résidence digne d'un pape. On appelait cette résidence la Magliana, du nom de la petite rivière dite le Magliano. Il fallait une chapelle à cette sorte de villa, qui était souvent un rendez-vous de chasse. Sous Jules II , le cardinal Alidossi fut chargé de présider aux décorations de cette chapelle, et, comme il mourut en 1 5 1 ■ , il est évident que les fresques confiées à sa surveillance sont antérieures à cette date. Jules II lui avait conféré pour Titre la basilique de Sainte-Cécile; ce fut ce qui porta Alidossi à demander à Raphaël qu’il peignit dans la chapelle le martyre de la vierge romaine. Le grand artiste entreprit une vaste fresque, sur laquelle il représenta Cécile dans la chaudière, comme l'avaient fait Francia et tant d’autres peintres de cette époque; mais, par un anachronisme qui n’a pas été répété, il unit dans ia même scène le martyre des saints Tiburce et Valérien auxquels des bourreaux tranchent la tête.
D'affreuses barbaries commises dans cette chapelle par un fermier, en 1 83o, ont fait périr cette précieuse peinture presque en entier. Cette homme trouva commode de se faire ouvrir une porte qui le mît à même d’assister à la messe dans une tribune attenante à la chambre qu’il occupait, et cette porte fut ouverte par ses ordres au beau milieu de la scène du martyre de sainte Cécile, dont il ne resta plus que quelques figures plus ou moins tronquées aux deux extrémités. On ignorerait pour toujours les conditions dans lesquelles Raphaël avait établi ce chcf-d'ceuvre, si nous n'en avions pas la gravure exécutée par Marc- Antoine Raimondi, que nous reproduisons dans ce volume. On connaît l’alliance qui s’établit entre Raphaël et ce célèbre artiste. Souvent Raphaël lui communiqua l'esquisse des œuvres qu’il se disposait à peindre; d’autres fois Marc-Antoine s’attacha à reproduire celles qui étaient déjà réalisées. Par bonheur, il avait consacré son burin à celle de la Magliana. On y retrouve le génie de Raphaël, mûri déjà par les travaux qu’il avait commencés dans les chambres du Vatican, et, si la gravure de Marc-Antoine laisse à désirer, surtout pour le personnage principal, on est heureux de pouvoir encore se faire une idée de la com-
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position d'une scène digne de celui qui l’avait conçue et exécutée. Le gouvernement français a fait l'acquisition des débris de cette fresque qui orît été transportés sur toile ; il a acheté également une autre peinture de Raphaël demeurée entière dans la même chapelle de la Magliana, et représentant le Père éternel avec des anges d’une incomparable beauté.
Ce ne fut pas seulement cette fois que Raphaël peignant les chambres du Vatican, fut appelé à consacrer son immortel pinceau à sainte Cécile. En i5iî, une pieuse femme, nommée Hélène Duglioli, dont l’Église de Bologne célèbre chaque année la fête, eut l’inspiration de consacrer à sainte Cécile une chapelle dans une des églises de cette ville, appelée Saint-Jean in Monte. Raphaël fut chargé de peindre le tableau de l’autel, et s’appliqua à cette œuvre dans l’année i5i3. Il avait à y faire figurer saint Paul, sainte Marie-Magdeleine, saint Jean l’Évangéliste et saint Augustin, qui représentent sans doute les patrons des donateurs. Avant de réaliser d’une manière définitive l’idéal qu’il poursuivait, Raphaël dut, selon son usage, produire plusieurs esquisses du futur tableau. C’est une de ces esquisses que grava Marc-Antoine, et que nous reproduisons dans ce volume. Enfin la peinture fut achevée, et tout aussitôt on reconnut en elle le progrès qui s’était opéré chez le grand artiste. La vigueur du ton, l’énergie des teintes, laissaient loin derrière elles toutes ses oeuvres antérieures. On a cru reconnaître le concours de Jules Romain sur cette toile, par la manière dont les ombres un peu noires y sont dispensées. Avec quelque perfection que soient peints les quatre saints , la figure et la pose de Cécile ne tardent pas à absorber le spectateur et le subjuguent aux pieds de ce personnage principal. L’intention de Raphaël est d’exprimer la noble pensée qui a fait choisir sainte Cécile pour patronne de la musique. Aux pieds de la vierge sont épars les emblèmes de la musique profane ; Cécile abaisse l’instrument qu’elle tenait dans ses mains, et, son ardent regard fixé au ciel, elle écoute dans un ravissement divin le concert que des anges exécutent avec transport au-dessus de sa tête. Un tel chef-d’œuvre a droit d’être compté parmi les principaux hommages qu’a reçus dans le cours des siècles la fille des Cæcilii.
Vasari a prétendu que Francia à qui Raphaël avait adressé son tableau , le priant d’en surveiller le décaissement, d’y réparer les accidents que le transport aurait pu causer, et d’y corriger même ce qu’il jugerait à propos.
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aurait été saisi d’une telle impression, provenant d’admiration ou de jalousie, qu’il en serait tombé malade et en serait mort. Heureusement pour l’honneur de l'art catholique, ce récit est une fable, et la gloire de Francia ne s’est pas ternie par une faiblesse dont un sentiment si peu noble eût été l’occasion. La sainte Cécile de Raphaël fut commencée de peindre vers la fin de 1 5 1 3, et achevée en 1 5 14 ; Francesco Francia ne mourut qu’en i533. Enfin, pour ne rien omettre de ce qui se rapporte à la fameuse sainte Cécile de Bologne, nous rappellerons que ce fut à la vue de ce tableau que le Corrége recevant tout à coup la révélation de son talent, s’écria : Anch’io son pitlore!
L’instigatrice de cette grande œuvre, la bienheureuse Hélène Duglioli, mourut en 1 5io ; elle put donc voir encore la sublime peinture qu’elle avait sollicitée. On l’ensevelit à Saint-Jean in Monte, dans sa chère chapelle de Sainte-Cécile.
En parlant de la sainte Cécile de Bologne, nous avons nommé Jules Romain, qui travaillait alors auprès de Raphaël et recevait scs leçons. Il entreprit plus tard de consacrer à son tour un tableau à sainte Cécile. Ce fut la scène du martyre qu’il choisit, non point à la manière de ses prédécesseurs, en y employant une chaudière comme accessoire; mais prenant le moment où la vierge, ayant triomphé des ardeurs du caldarium, les bras étendus en orante, s’apprête à recevoir le coup de la mort. Jules Romain n’a pas oublié de retracer, dans le pavé de la salle, les conduits par lesquels montait la vapeur embrasée. Nous publions dans ce volume une gravure de ce beau tableau, dans lequel il est aisé de reconnaître l’influence de Raphaël.
Nous aurions traité notre sujet d’une façon incomplète si, à propos de la peinture, nous ne revenions sur Sainte-Cécile d’Alby. Tandis que Raphaël peignait les chambres du Vatican, d’autres disciples du Pérugin entreprenaient en France, à l’honneur de la grande martyre, le plus vaste ouvrage à fresque qui jamais ait existé. Treize années, de i5oî à 1 5 1 5 , suffirent à l’achèvement de ce merveilleux travail qui ne comprenait rien moins que l’ornementation de la voûte tout entière d’un si immense édifice.
Des peintures antérieures ornent les chapelles, et sont dignes d’attirer l’attention; mais on les a vite oubliées, lorsque ponant les regards sur cette
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voûte de trois cents pieds de longueur, dont l'azur semble doubler encore la hauteur, et sur laquelle se jouent en enroulements infinis d’innombrables rinceaux d'acanthe, on retrouve tout à coup, et dans des proportions colossales, l’ornementation contemporaine des fresques du Vatican. Ces arabesques délicates qui semblent emprunter à l'albâtre sa blancheur et dont l'or seul rehausse les élégants contours, offrent d’inépuisables encadrements ménagés avec un goût exquis, et dont chacun est habité par des sujets et des personnages d’une grâce inouïe. Au centre de la voûte, les peintres ombriens se sont ménagé des espaces plus vastes sur lesquels s’épandent des sujets plus étendus, tirés de la Bible pour la plupart; mais on y admire particulièrement le couronnement de Cécile et de Vaiérien par l’ange, et la parabole des vierges sages, amenée ici à l’honneur de la glorieuse patronne. Des enroulements dont le champ est moins étendu , et qui parcourent la voûte tout entière, ont reçu chacun un saint et une sainte, qui, avec la pureté du dessin, la grâce et la simplicité des poses, représentent toute l’imagerie chrétienne. Les allégories, les écussons, les emblèmes sont jetés avec une profusion infatigable ; et il faut de longues heures pour se rendre maître de ce superbe et gracieux ensemble qui dépasse par sa richesse, comme par son étendue, l'attente du pèlerin. A l'aspect de tant de merveilles, on sent que la France a rendu à Cécile, dans cette ineffable cathédrale, le plus splendide hommage que les arts lui aient offert sur la terre, et l’on bénit la mémoire des deux prélats Louis II d’Amboisc et Charles de Robertet, qui conçurent une telle œuvre, et la firent exécuter avec des frais immenses dans l’espace de treize années. Les noms des artistes ne se sont pas conserves, mais, à la fraîcheur des peintures, on dirait que c’est hier seulement qu’ils ont déposé leurs pinceaux.
Il serait impossible de parcourir la série des peintures exécutées au seizième siècle par des artistes de renom en l'honneur de sainte Cécile. Nous nous bornerons donc à nommer pour l'Italie Guido Reni, Vanni, et Louis Carrachc qui, marchant sur les traces de Francia, peignit dans le cloître de Saint-Michel del Bosco, à Bologne, une série de peintures, malheureusement effacées aujourd’hui, et représentant les divers traits de la vie de la grande martyre. Le grand peintre hollandais Lucas de Leyde voulut aussi illustrer son pinceau en traitant un si noble sujet. Il a représenté Cécile,
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vêtue en grande dame du seizième siècle, et accompagnée d'un ange qui tient un orgue dans ses bras. Mais il est temps de rentrer dans Rome, où nous rappelle le triomphe de Cécile.
Le monastère que Paschal avait bâti, au neuvième siècle, près de la basilique, ne s'était pas maintenu, et le soin de desservir l’auguste sanctuaire passa successivement aux mains de diverses corporations. Enfin en 1 527, il plut au Seigneur de le rendre à l’Ordre de saint Benoît. La pieuse abbesse des bénédictines de Sainte- Marie in Campo Mar\o , Maura Magalotta, sollicita du pape Clément VII la faveur d’aller habiter le monastère de Sainte-Cccilc avec celles de ses sceursqui consentiraient à la suivre. Le pontife, qui était alors assiégé au château Saint-Ange par l’armée du connétable de Bourbon, accueillit avec empressement la proposition de la pieuse abbesse, et il data de la forteresse même la bulle qui assurait désormais d’une manière permanente à la basilique la célébration des offices divins, selon les intentions de son prédécesseur Paschal.
En 1584, Rome vit confirmer par l’autorité apostolique une nouvelle institution qui avait pour objet le culte de la grande martyre. Sous le pontificat de saint Pie V, une académie s’était formée dans le but de conserver les traditions de la bonne musique, et elle s'était placée sous l'invocation de sainte Cécile, qui recevait de plus en plus les honneurs de la chrétienté en qualité de reine de l’harmonie. Le pape Grégoire XIII voulut encourager de si louables efforts, et érigea solennellement par lettres apostoliques la nouvelle académie qui s’est maintenue jusqu'à nos jours, honorée de nombreux privilèges successivement accordés par les pontifes romains. Dès l’année 1576, une confrérie musicale s’était fondée à Paris, sous le vocable de Sainte-Cécile, dans l’église des Grands-Augustins, et avait été honorée des lettres patentes du roi.
Sur la voie Salaria, en 1578, un éboulement amena tout à coup la découverte d’une suite de corridors de l'un des cimetières de cette voie, avec les cubicula ornés de peintures qui les accompagnaient. Rome s’émut tout entière de cette apparition inattendue, ainsi que le rapporte Baronius. Tout le monde voulut visiter cette région de la Rome souterraine que l’on ne connaissait plus; mais peu de temps après, un second éboulement effaça l’entrée de la catacombe, et les sacrés cimetières demeurèrent plongés encore
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dans les ténèbres qui les tenaient envahis depuis tant de siècles. Leur guide cependant venait de naître à Malte, Antoine Bosio, que M*' Gerbet a appelé avec raison le Colomb des catacombes. Venu à Rome de bonne heure, l’apparition subite du cimetière de la voie Salaria dont il entendit parler dès ses jeunes années, fut pour lui une révélation de sa carrière future, et Rome souterraine devint sa conquête. Nous ne pouvons nous étendre sur l’importance des travaux gigantesques de ce grand homme; mais ceux de nos lecteurs qui nous ont suivi jusqu’ici, ont dû comprendre que la connaissance et l’appréciation de Rome souterraine sont le moyen principal de retrouver et de conduire l’histoire du christianisme dans Rome durant les trois premiers siècles. Les travaux si méritants de Bosio n’ont pas produit, il est vrai, tout ce qu’ils devaient produire. L’ordre chronologique dans la succession des cimetières, l’âge des fresques, des inscriptions, des monuments, des constructions, ne l’ont pas assez préoccupé, et en résumé le résultat de ses labeurs n’a pas été aussi fécond qu’il eût pu l’être; mais il lui reste la gloire d’avoir révélé Rome souterraine, qui, sans lui, était perdue de nouveau. Reprise en sous-œuvre de nos jours par la science archéologique, elle ne cesse de fournir sur l'unité de la foi et sur les origines chrétiennes des secours et des renseignements venus en leur temps, et qui nous mettent à même de tracer sûrement les annales de Rome chrétienne et de justifier de l'antiquité apostolique de nos croyances. On a vu à quel point l’histoire de Cécile est intimement liée à tout cet ensemble; mais, à ce moment, ce n’est plus dans les souterrains qu’il nous faut l’aller chercher; c’est au grand jour que la plus solennelle ovation l’attend.
En l’année 1590, Grégoire XIV monta sur le siège apostolique qu’il occupa â peine quelques mois; mais il eut le temps de promouvoir 4 la dignité cardinalice son neveu Paul-Émile Sfondrate, et le Titre qu’il lui conféra fut celui de Sainte-Cécile. Paul-Émile était né à Milan, en i56i. Son père était Paul Sfondrate, frère de Grégoire XIV; sa mère appartenait à la maison d’Este et se nommait Sigismonde. Les plus heureuses dispositions signalèrent la jeunesse de leur fils, et lorsqu’il fut en âge de choisir un état de vie, son attrait le dirigea vers l’Église. Il vint à Rome de bonne heure, et passa quelque temps dans la maison des Pères de l’Oratoire, à Sainte-Marie in Vallicella, où il eut encore le bonheur de connaître saint
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Philippe Néri. La piété ardente du jeune Sfondratc s’enflamma encore dans la société de cet illustre serviteur de Dieu , et il puisa dans ses entretiens avec le saint vieillard cette charité envers les pauvres, ce zèle pour l’ornement du
sanctuaire, cette religion fervente pour les martyrs, qui furent toute sa vie les principaux traits de son caractère.
Le jeune prélat, âgé alors de vingt-neuf ans, était absent de Rome lorsque la nouvelle de son élévation vint le surprendre. 11 se rendit auprès de son oncle qui avait su toujours apprécier sa vertu, et qui voulut tout aussitôt l’employer dans ses conseils. La mort de Grégoire XIV rendit à son neveu
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les pieux loisirs dont il avait toujours été si jaloux, et Rome le vit plus assidu que jamais aux œuvres de la piété et de la miséricorde. Pourvu de riches bénéfices par la munificence de son oncle, il n'en avait pas profité pour s’entourer d’un luxe que sa haute position eût légitimé aux yeux de tous. On avait vu ce cardinal -neveu habiter un palais dont les appartements, dépourvus de tentures et de tapisseries, attestaient qu’il songeait de préférence à vêtir les membres de Jésus-Christ. La cour pontificale avait admiré ce prince de l’Église qui ne souffrait sur sa table que de la vaisselle de terre, afin de pouvoir nourrir un plus grand nombre de pauvres. Tel avait paru Sfondr'atc au faîte des honneurs, tel il sc montra tout le reste de sa vie. Le 25 janvier t5yi fut le jour où il prit possession du Titre de Sainte-Cécile.
La basilique, restaurée soixante ans auparavant par l’abbesse Maura Magalotta, réclamait déjà les sollicitudes de son cardinal titulaire. Elle avait soulfert dans quelques parties, et d’ailleurs le cardinal ne la trouvait pas assez magnifique. 11 entreprit une restauration générale, dans laquelle, tout en conservant le caractère antique et vénérable de l’édifice, il en consoliderait toutes les parties, et répandrait sur l’ensemble cet air de splendeur qui sied si bien aux églises de Rome.
Sfondratc voulut d'abord enrichir sa basilique des nombreuses et importantes reliques qu’il avait rassemblées à force de pieuses recherches, et souvent en employant la médiation de son oncle. Elles étaient contenues dans un grand nombre de châsses précieuses par la matière ou le travail, et, afin qu’elles fussent conservées plus dignement, il eut l’idée de les placer sous l’autel de la Confession. Mais l'espace accessible entre la masse de cet autel et la mystérieuse région des tombeaux ne suffisait pas pour offrir une retraite assez spacieuse & ce sacré dépôt. Le cardinal dut songer à agrandir le lieu, et, rempli d’un ardent désir de trouver le corps de sainte Cécile, il se décida à faire percer l’épais mur sur lequel reposait l’autel. 11 pensait, avec raison, que les tombeaux ne devaient pas être éloignés de l’entrée, et d'ailleurs l’ouverture pratiquée dans la masse de l’autel devait correspondre directement au sépulcre de Cécile, puisque les fidèles faisaient descendre autrefois par ce conduit les linges qu’ils voulaient sanctifier et conserver en mémoire de la martyre. Dans l’attente d’une découverte qui devait répandre
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tant de gloire et de consolation sur sa vie entière, Sfondratc, tout entier à ses pieuses émotions, avait ordonné aux ouvriers de ne travailler que sous ses yeux, et de suspendre toutes recherches durant les instants qu’il était contraint de passer hors de la basilique.
Enfin, le mercredi 20 octobre i5gr), le cardinal commanda d’enlever le pavé aux abords de l'autel. On déblaya ensuite la terre qui se trouvait sous les dalles, et on dégarnit les fondations du mur qui fermait l’enceinte souterraine. Ce mur ayant été attaqué lui-même, et une ouverture pratiquée avec beaucoup d'efforts dans son épaisseur, les regards pénétrèrent enfin dans l’espace vide qui s'étendait sous l’autel. Deux sarcophages de marbre blanc, placés côte à côte, à trois pieds au-dessous du sol, apparurent aux yeux de Sfondratc. Ces deux tombeaux étaient directement sous l’autel qui leur correspondait par le conduit dont nous avons parlé.
Transporté d’une sainte joie, le cardinal songe à s'entourer de témoins respectables avant de procéder à l'ouverture des tombeaux. Il mande aussitôt l’évêque d’Iscrnia vice- gérant du cardinal -vicaire, Jacques Buzzi chanoine de la congrégation de Latran, et les pères Pierre Alagona et Pierre Morra de la Compagnie de Jésus. Ils arrivèrent bientôt accompagnés de plusieurs personnes de la maison du cardinal.
Après une nouvelle reconnaissance des lieux, on s’empressa d’ouvrir le premier tombeau , celui qui se trouvait le plus près de l’entrée du souterrain. Les ouvriers ayant enlevé la table de marbre qui le recouvrait, on aperçut dans l’intérieur un coffre en bois de cyprès. Ce cercueil ne présentait aucune trace de serrure, et la planche du dessus n était point fixée avec des clous. Elle était fort mince et retenue au moyen d’une coulisse, en dedans de laquelle on pouvait la faire aller et venir. Sfondrate et les assistants furent quelque temps incertains sur les moyensqu’il leur fallait prendre pour ouvrir cette arche sacrée, que déjà tant d’indices leur désignaient comme celle-là même où reposait Cécile. Enfin le cardinal découvrit lui-même le moyen à employer, et de ses mains, tremblantes d’émotion, il enleva respectueusement le frêle obstacle qui dérobait la vue du corps de la vierge.
Le moment fut solennel. Après huit siècles d’obscurité et de silence, Cécile apparaissait encore une fois aux yeux des fidèles du Christ, dans l'ineffable majesté de son martyre. C'était bien encore dans l’intérieur du
cercueil l’étoffe précieuse, quoique un peu fanée par le temps, dont Paschal avait fait garnir les parois. Les siècles avaient respecté jusqu’à la gaze de soie que le pontife avait étendue sur les restes glorieux de Cécile, et à travers ce voile transparent, l'or dont étaient ornés les vêtements de la vierge scintillait aux yeux des spectateurs.
Qui pourrait décrire le tressaillement de ces coeurs catholiques auxquels le ciel accordait la faveur de saluer les premiers, sur la couche de son repos triomphal, la martyre de l’âge héroïque qui se révélait ainsi à l'Église romaine, en ces jours de tempêtes, comme pour encourager par sa présence les nouveaux combats, et pour en certifier la récompense? Ces héros de la foi catholique que l’on avait vus naguère verser leur sang, en Angleterre, en Hollande, et jusque sur les mers, dormaient aussi d’un sommeil de gloire, et Cécile se levant du tombeau leur souhaitait la paix, et proclamait par son exemple la vérité de cet oracle du Psalmiste : « Le Seigneur garde les ossements de ses serviteurs; il ne s’en perdra pas un seul. » ( Psalm ., xxxin.)
Mais qui n’eût aspiré à contempler de plus près la dépouille mortelle de l’épouse du Christ ? Sfondrate leva enfin avec un profond respect le voile qui recouvrait le trésor que les mains d’Urbain et de Paschal avaient successivement confié à la terre, et les assistants eurent sous les yeux Cécile elle-même, dans toute la vérité de son sacrifice.
Elle était revêtue de sa robe brochée d’or, sur laquelle on distinguait encore les taches glorieuses de son sang virginal; à ses pieds reposaient les linges teints de la pourpre de son martyre. Étendue sur le côté droit, les bras affaissés en avant du corps, elle semblait dormir profondément. Le cou portait encore les cicatrices des plaies dont le glaive du licteur l'avait sillonné; la tête, par une inflexion mystérieuse et touchante, était retournée vers le fond du cercueil. Le corps se trouvait dans une complète intégrité, et la pose générale, conservée par un prodige unique, après tant de siècles, dans toute sa grâce et sa modestie, retraçait avec la plus saisissante vérité Cécile rendant le dernier soupir, étendue sur le pavé de la salle du bain. On se croyait reporté au jour où le saint évêque Urbain avait renfermé dans l’arche de cyprès le corps de Cécile , sans altérer en rien l’attitude que l’épouse du Christ avait choisie pour exhaler son âme dans le sein de son
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Époux. On admirait aussi la discrétion de Paschal qui n’avait point troublé le repos de la vierge, et avait su conserver à la postérité un si grand spectacle.
L’arche de cyprès devait nécessairement remonter jusqu'à la sépulture de Cécile par saint Urbain. On sent aisément qu’il eût été impossible, au neuvième siècle, de transférer le corps de la martyre dans un cercueil si étroit, sans déranger l’attitude et peut-être même sans disjoindre les membres. On a dû remarquer que le Liber pontificalis , racontant les actes de religion du pontife Paschal envers la sainte, ne parle que de l’étoffe dont il fit garnir le cercueil, donnant assez clairement à entendre que ce cercueil existait antérieurement, et n’avait besoin que d’être décoré. La dimension assez faible du coffre de cyprès s’explique aisément par la nécessité de l’insérer dans un sarcophage. Les corps des saints Valérien, Tiburce et Maxime étaient dans un sarcophage semblable, mais étendus sur le dos, et simplement enveloppés de linceuls. Les savants protestants Platner, Bunsen, etc., dans leur grand ouvrage sur Rome (Beschreibunp der Stadt Rom, t. III , part, mi), ne voient aucune difficulté à faire remonter l’attitude du corps de la sainte à sa première sépulture; nous croyons avoir montré jusqu’à l’évidence qu’il faut rapporter au meme temps le coffre de cyprès qui le contenait.
On dut procéder ensuite à la reconnaissance du second sarcophage; il était contigu à celui de Cécile, mais il s’enfoncait plus avant sous l’autel, vers l’abside. L’ouverture en ayant été faite, on y trouva trois corps étendus séparément, côte à côte, et enveloppés d’un linceul. Le premier avait les pieds dans la direction du côté droit de l’autel; la tête avait été enlevée. Le second corps était posé en sens contraire; la tête s’y trouvait, mais détachée du tronc, et les pieds étaient tournés vers la gauche de l’autel. Le troisième était couché dans le même sens que le premier, mais la tête était encore adhérente au corps.
Il fut facile de reconnaître et de discerner dans cet imposant triumvirat de martyrs, Tiburce, Valérien et Maxime. D’abord, l’inscription de Paschal qu’on avait sous les yeux énumérait dans ce même ordre les trois corps qu’il avait ensevelis auprès de Cécile. L'absence de la tête de celui qui occupait la première place ne permettait pas de douter que le corps appartint à
Tiburce, dont le chef, et non celui de Valérien, était conservé dans une des châsses du trésor de la basilique. Le second ne pouvait être que l’époux de Cécile, décapité comme son frère, et l’on remarqua que les ossements des deux martyrs témoignaient d’une ressemblance étonnante, en sorte que l’on était à même de conclure que les deux frères avaient souffert la mort dans un âge à peu près semblable.
Quant au troisième corps, on ne pouvait douter qu’il ne fût celui de Maxime. Ce greffier d’Almachius n’avait pas eu la tête tranchée; il avait été assommé avec un fouet armé de balles de plomb. Le crâne offrait les traces les plus énergiques de ce supplice. On le trouva fracturé en plusieurs endroits, et, chose merveilleuse! la chevelure brune du martyr, collée de sang, était conservée tout entière, comme si le Seigneur eût voulu montrer en lui l’accomplissement littéral de cette promesse qu’il a faite à ses athlètes: « Pas un de vos cheveux ne se perdra. » (Luc, xxi.) Les ossements de Maxime attestaient une taille beaucoup plus élevée que celle des deux frères, et la tête était encore si adhérente au corps qu’il fallut beaucoup d’efforts â Sfondrate, lorsqu'il voulut, comme nous le dirons bientôt, la séparer du tronc.
Le sépulcre où reposaient Urbain et Lucius ne fut point découvert en ce jour. On savait par le diplôme de Paschal et par son inscription qu’il devait exister près des deux autres; mais Sfondrate était empressé de revenir au tombeau de Cécile, à laquelle appartenait la principale part de gloire dans cette seconde invention comme dans la première.
11 fit enlever le cercueil de cyprès du sarcophage de marbre qui le contenait, et on le transporta aux flambeaux dans une pièce attenante à l’église et au monastère, qui servait pour entendre les confessions des religieuses. On avait préparé à la hâte un autre coffre en bois, garni d’une étoffe de soie et fermant à clef. Sfondrate y déposa l’arche de cyprès qui contenait le précieux trésor auquel sa foi attachait tant de prix; il ferma ensuite la serrure du coffre extérieur, et le scella de son sceau. On dressa une estrade dans la pièce où était déposé le corps de Cécile, afin d’élever la châsse à la hauteur d’une fenêtre grillée qui donnait sur l’église, à l'extrémité de la nef latérale qui s’étend à gauche en entrant dans la basilique. On avait cependant laissé approcher plusieurs peintres, auxquels il fut permis de dessiner le corps de
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la martyre. Le bruit d'une si importante decouverte se répandit promptement dans Rome, et prépara l'explosion de l'enthousiasme qui éclata les jours suivants.
Sfondrate n’avait pas voulu procéder plus avant, ni consommer l’invention des martyrs, sans avoir invité le souverain pontife à venir lui-même
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faire la reconnaissance d’un si sacré dépôt. A l’exemple de Jean qui courut plus vite que Pierre et arriva avant lui au sépulcre, mais s’abstint d’y entrer le premier, déférant l’honneur au chef du collège apostolique (Johan., cap. xx), Sfondrate, muni de la clef qui garantissait l’inviolabilité des reliques, et ayant donné les ordres convenables, partit en hâte pour Frascati, où Clément VIII était allé prendre le repos de la campagne. Baronius était en ce moment auprès du pontife. Nous emprunterons quelque chose à la
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narration qu’il a donnée, dans ses Annales, du grand événement que nous racontons :
« Clément se trouvait retenu au lit par de violentes douleurs de goutte, et n’admettait personne à son audience ; mais lorsqu’il eut appris le motif de l’arrivée de Sfondrate, il voulut tout aussitôt voir le cardinal, et entendre de sa bouche le récit de l’événement. Le pontife écouta tout avec une joie extrême; mais sa douleur fut grande de ne pouvoir, à cause de son infirmité, partir immédiatement pour rendre visite à une si grande martyre, et lui présenter ses hommages. Or il advint que ce contre-temps tourna à mon avantage ; car, tout indigne que j’en fusse, le pontife me donna commission d’aller reconnaître et vénérer le corps de sainte Cécile. Sans perdre de temps, Sfondrate repartit donc aussitôt pour Rome; je l’accompagnai, et le jour même, nous entrâmes dans la ville, et arrivâmes sur le soir, pleins d’allégresse, au Titre de Sainte-Céciie.
« Je vis l’arche de cyprès qui avait été renfermée dans le sarcophage de marbre. Elle contenait les membres sacrés de Cécile. Un couvercle fort mince et légèrement endommagé servait à la fermer. J’admirai comment, après huit cent soixante-dix-huit ans, un coffre de simple bois, enfoui sous terre, privé d’air, ayant à combattre l’humidité du marbre qui le contenait, avait pu se conserver ainsi dans son entier, sans aucune disjonction ni avarie, mais toujours solide et résistant; en sorte que chacun pouvait encore le toucher, le manier, lui donner en un mot les marques les plus vives de sa vénération, sans le léser en aucune manière. Son couvercle ductile était dans un tel état de conservation qu’on pouvait, sans aucun péril, l’ôter et le remettre, comme il arriva sans cesse, pendant plusieurs jours, pour satisfaire la dévotion de ceux qui désiraient voir et vénérer la sainte martyre dont il recouvrait le corps. » Nous avons démontré que l'on doit rapporter ce coffre de cyprès à une époque plus éloignée encore. Baronius reprend ainsi sa narration :
« Ayant donc considéré cette châsse avec une grande admiration, nous voulûmes voir enfin le corps sacré qu’elle renfermait. C’est alors que, selon la parole de David , comme nous avions entendu, ainsi nous avons vu, dans la cité du Seigneur des armées, dans la cité de notre Dieu. ( Psalm . xlvii.) En effet, nous trouvâmes le vénérable corps de Cécile dans le même état où
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nous avions lu qu'il avait été trouvé et remis dans le tombeau par le pape Paschal. A scs pieds étaient encore les voiles imbibés de sang; la robe dont parle le pontife était toujours reconnaissable à son tissu de soie et d'or, quoique endommagée par le temps.
« Immédiatement sur le corps de la sainte martyre, on remarquait d’autres tissus d'une légère étoffe de soie ; leur dépression aidait à suivre la pose et l'inflexion des membres. On voyait avec admiration que ce corps n'était pas étendu comme ceux des morts dans leurs tombeaux; mais la très-chaste vierge était couchée sur le côté droit, comme sur un lit, les genoux rapprochés avec modestie, offrant plutôt l'aspect d’une personne endormie, et inspirant à tous un tel respect, que, malgré l’attrait d’une pieuse curiosité, nul n’osa soulever les vêtements pour découvrir ce corps virginal. Chacun se sentait ému d’une ineffable vénération, comme si l’Époux céleste, veillant sur le sommeil de son épouse, eût proféré cet ordre et cette menace : « Ne réveille ; pas ma bieit-aimée, jusqu’à ce qu’elle le veuille elle-même. (i Cant . ii, 7.) »
« Nous vîmes, nous reconnûmes, nous adorâmes. Le lendemain, dès le matin, nous offrîmes à Dieu, sur l’autel de la Confession, le sacrifice de la Messe, pour la mémoire et l’honneur d’une si grande vierge et martyre et des autres saints ensevelis près d’elle. Nous repartîmes ensuite pour Frascati, afin de faire le rapport de ce que nous avions vu au souverain Pontife qui nous avait envoyé. Clément écouta notre récit avec satisfaction, et s'occupa tout aussitôt de la translation de cet auguste corps dans sa Confession, fonction qu’il déclara vouloir accomplir lui-même, & l'exclusion de tout autre prélat, de quelque dignité éminente qu’il fût revêtu. Le jour fut fixé à la fête même de sainte Cécile. » (Baronius, Annal. Nccles., ad annum 821 .)
Nous suspendons ici le récit du grand annaliste; mais qu’il nous soit permis d’arrêter un moment le lecteur, pour considérer avec lui un des plus touchants caractères de l’Église catholique, si divinement exprimé dans les scènes que nous venons de raconter, et dans celles qui nous restent à décrire. Un homme d’État a dit de nos jours : a Le catholicisme est la plus grande école de respect qui soit sur la terre; » nous ajouterons que la religion, telle que l'enseigne et la pratique l’Église romaine, est la source intarissable de la plus haute et de la plus noble sensibilité qu’il soit donné à l’homme
d’éprouver en ce monde. C'est cette inépuisable tendresse qui produit chaque jour tant d’actes de dévouement dans son sein, qui enfante sans effort tant de généreux sacrifices, et entretient cet enthousiasme ardent et pur que les sectes séparées ne connurent jamais.
Or veut-on savoir où l’Église catholique en puise le secret? Sans doute, dans la doctrine et les exemples de l’Homme- Dieu; mais cet Homme-Dieu, depuis qu’il est remonté à la droite du Père, se plaît à reproduire dans les saints les traits admirables sous lesquels il s'est montré à nous. De là, dans l’Église, cet amour, ce souvenir incessant des héros qu’elle a produits, et par eux, en elle, ce développement toujours ancien et toujours nouveau du principe de charité. Ils vivent avec Dieu dans l’éternité bienheureuse; mais elle vit avec eux dans cette vallée de larmes, et de même qu'elle ne cesse de ressentir leur protection, de même aussi elle ne cesse de les aimer, de se délecter dans leur souvenir, de rechercher leurs traces, comme la voie lumineuse qui la conduit au Christ lui-même. Les personnes vraiment chères que la mort nous a ravies ne sont jamais totalement absentes de nous ; car, ainsi que le dit le livre sacré, « l’amour est fort comme la mort » ( Cant cap. vin) ; quelle ne sera donc pas la confiance de l’Église qui sait que les saints, objet de son amour durant leur vie mortelle, sont plus vivants pour elle, plus occupés de ses destinées, plus tendres à son égard, maintenant qu’ils sont établis à la source même de l’amour étemel, qu’ils ne le furent aux jours où ils vivaient en ce monde, séjour de toutes les imperfections ?
Voyez Clément VIII, vieillard austère, qui naguère différa deux ans entiers la réconciliation du Béarnais triomphant dans Paris, et implorant à genoux par ses ambassadeurs l’absolution de son hérésie; ce pontife, héritier de l’énergie de ses plus mâles prédécesseurs, et qui porta sans fléchir le poids de la catholicité dans ce siècle où Rome avait vu se détacher d’elle un si grand nombre de ses provinces d’Europe ; voyez-le ému jusqu’au fond de sa grande âme, à la nouvelle que l’on vient de découvrir les restes d’une jeune femme chrétienne de l’âge des persécutions. Aussitôt que scs forces le 1 ui permettront, il se rendra en personne pour vénérer ces ossements séculaires, il les arrosera de scs larmes de joie et d'attendrissement ; il estimera l'un des grands événements de son pontificat, la translation que ses mains auront
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faite du cercueil de Cécile dans une châsse splendide, pour laquelle il épuisera le trésor papal.
Un tel spectacle est incompréhensible, sans doute, pour quiconque n’est pas initié à la foi catholique ; mais est-il rien cependant qui fasse mieux saisir la suprême moralité de l’Église, toujours éprise pour la vertu de ce fervent enthousiasme envers ceux qui l’ont pratiquée, sans que les siècles attiédissent en rien cette noble ardeur, sans que la durée d’un tel sentiment fasse autre chose que de le rendre plus touchant et plus vif? A six siècles d’intervalle , Paschal ressentit pour la vierge Cécile la respectueuse tendresse dont l’avait entourée Urbain , et, huit siècles après, la fille des Cæcilii retrouvait au cœur de Clément, sans aucun refroidissement, la pieuse affection que lui vouèrent Urbain et Paschal.
A ce moment pourtant, l’orgueilleuse réforme triomphait, les souvenirs les plus chers à tant de générations fidèles étaient foulés aux pieds, les ossements des saints protecteurs étaient jetés à la voirie; car ils rappelaient l’exemple de ces sublimes vertus qui n'allaient plus à un siècle émancipé des superstitions du papisme. Cependant, celle qu’on appelait la Prostituée de Babylone et que maudissaient tant de nations, Rome s'ébranlait à la nouvelle de la découverte du corps d'une jeune patricienne immolée pour la foi chrétienne sous les Césars, comme si un trésor destiné à enrichir tous ses habitants se fût tout à coup révélé. Quelle idée, quel sentiment représentait donc cette Romaine ensevelie depuis tant de siècles ? Une pureté digne des anges, un dévouement inviolable à Dieu auquel elle s’était consacrée, un zèle ardent pour le salut des âmes et pour le soulagement des pauvres, une indomptable fermeté à confesser cette foi qui relève ainsi la nature humaine, un courage qui brava deux fois la mort ; enfin ce charme inexprimable que de si sublimes vertus répandirent sur la grande martyre de Rome.
Tels étaient aux jours de son immolation, tels furent au neuvième siècle, tels furent à la fin du seizième, tels seront jusqu’à la fin des temps, les titres de Cécile à l’amour des enfants de l’Église. Les générations passées l’avaient aimée parce qu’elle leur frayait, par l’attrait de scs exemples, la voie qui mène à un monde meilleur, et voici qu’aux derniers jours d’un siècle à jamais fatal par les tristes défections dont il fut le théâtre, la grande martyre apparaissait tout à coup comme pour raviver l’étincelle du feu sacré.
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Comment la catholicité n’eût-elle pas répondu à l’appel de Cécile? Quoi d’étonnant que le Père du peuple fidèle, de ce peuple si cruellement décimé par l’hérésie, tressaille d’allégresse, et salue par les élans de son cœur l’heureuse et noble fille de l’Eglise romaine, toujours sa gloire et son appui? . Quoi d’étonnant que le pieux et docte Baronius dépose pour un moment cette plume immortelle qui avait raconté les mérites de Cécile, pour accourir à ce tombeau d’où elle semble se lever et dire au monde que l'Église du seizième siècle est encore l’Église de l'âge primitif, parce qu’elle est toujours l’Église de Jésus-Christ? Quoi d’étonnant que l’opulent et généreux Sfondrate consacre désormais son zèle et ses richesses à orner le triomphe de Cécile, quand on songe que ces saintes profusions ont pour objet de glorifier et d’encourager dans les cœurs catholiques les vertus qui forment l’éternelle auréole de la vierge martyre ?
Cette pompe, ces largesses, ces honneurs, ces transports d’un peuple tout entier, depuis le vieillard qui ceint la tiare jusqu’au plus humble des fidèles, ne rendraient pas à l’Église romaine cette moitié de l’Allemagne envahie par la révolte, ni l’Angleterre, ni la Suède, ni le Danemark, ni les cantons suisses, nations aliénées de leur mère commune pour des siècles; mais ils attesteraient que, au sein même de cette crise affreuse, la sainteté, la pureté de la vie, l’héroïsme du dévouement étaient à Rome l’objet d’un culte aussi fervent que jamais, et le temps viendrait où ces peuples fatigués d’incertitude et d'incroyance se tourneraient vers la patrie universelle où l’idéal de la venu ne saurait jamais s’éteindre, puisqu’on l’y place sur les autels.
Sfondrate, à son retour de Frascati, fit faire de nouvelles fouilles, dans le but de retrouver le tombeau des saints Urbain et Lucius. On ne tarda pas à le découvrir. Paschal l'avait placé sous le sarcophage qui contenait l’arche de cyprès où reposait Cécile. Les deux corps étaient étendus côte à côte, mais en sens contraire. La tête du premier était dans la direction de la droite de l’autel, tandis que celle du second se dirigeait à la gauche. Chacun d’eux était dans son linceul particulier. Ces précieuses reliques furent réservées pour accroître encore par leur présence la splendeur de la fête que Clément avait fixée au 22 novembre.
Mais, avant cette solennelle journée, la piété de Sfondrate songea à prendre
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Sculpture du commencement du dii-sepiiéme siècle, exécutée par S. Madente. Eglise de Sainte Cécile, t Rome
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les dispositions convenables pour associer la postérité catholique aux joies qu’il avait ressenties en contemplant l’épouse du Christ dans son repos mystérieux. Un jeune et habile sculpteur, Étienne Maderno, fut chargé d'éterniser par son gracieux ciseau l’attitude de Cécile dans le tombeau. Le dessin fut levé avec une religieuse exactitude, et le brillant artiste de vingtquatre ans, inspiré par un tel sujet, dota la statuaire chrétienne de ce chefd’œuvre de grâce et de modestie, qui est l’une des principales gloires de la basilique transtibérinc. Cécile vient d’adresser il U rbain ses dernières paroles ; les trois jours d’attente sont écoulés ; il est temps qu’elle s’élance vers le bien infini qu’elle a conquis. Par un suprême effort, elle s’isole de ceux qui l’entourent, en détournant sa tête. Son âme s’échappe et s'envole vers le Christ, laissant planer sur ce corps virginal une grâce et une pudicité que l'inspiration chrérienne de Maderno a sentie et que son ciseau a su exprimer. Il voulut rendre jusqu’à la pose des mains qui attestait d’une manière si expressive la foi de Cécile mourante. Les trois premiers doigts de la main droite étaient étendus; ceux de la main gauche fermés, sauf l’index. Unité de la substance divine, trinité des personnes : telle est la foi de l’Église, tel était aussi le sens du geste symbolique qui témoignait, après tant de siècles, la croyance pour laquelle Cécile avait versé son sang. Cette œuvre merveilleuse fut achevée dès l’an 1600, afin d’être placée sans retard à la Confession de la martyre.
Malgré le désir qu’on pouvait légitimement éprouver de ravir à cette tombe merveilleuse quelque portion de son riche dépôt, la dévotion de Sfondratc était trop délicate, pour qu’il eût même la pensée de distraire la moindre partie d’un corps que la Providence divine avait conservé dans toute son intégrité, durant un si grand nombre de siècles. Il voulut le réserver tout entier pour le jour où l’âme de Cécile, au son de la trompette angélique, doit venir reprendre possession de ces membres glorieux auxquels la virginité semble avoir déjà conféré les arrhes de l’immortalité.
La vierge parut vouloir elle-même récompenser la pieuse réserve dont Sfondrate avait usé envers elle. Pour conserver du moins un souvenir vivant du touchant spectacle qui l’avait frappé à l’ouverture du tombeau, le cardinal avait cru pouvoir enlever une partie des voiles ensanglantés qui reposaient aux pieds de Cécile, dans le but de leur assurer la vénération qu’ils
méritaient comme monuments de son martyre. Il distribua à la plupart des cardinaux résidant à Rome des portions de ces linges sacrés, dans l’intention de retenir pour lui la dernière. Or il arriva que sur le morceau échu à Sfondrate lui-même adhérait encore un éclat d'ossement détaché du crâne de Cécile, et collé à ce linge qui avait servi à essuyer les plaies de la vierge expirante. La grande scène de la salle du bain se retraçait tout entière à la pensée, quand on considérait ce précieux gage envoyé par Cécile à son zélé serviteur. On se représentait cette tête auguste fracassée par les trois coups de la large épée du licteur; la main tremblante de quelque amie de Cécile sondant avec les linges de si profondes blessures, et, si légère que fût la pression, enlevant des éclats d’os brisés, avec le sang même dont elle voulait dégager la plaie. Sfondrate garda toute sa vie comme un joyau inestimable ce touchant souvenir de la martyre, qui le lui avait légué au moment où le sépulcre allait se refermer encore une fois sur elle.
Avant ce moment suprême, il voulut aussi, comme dernière consolation, retenir quelque chose des vêtements de Cécile. Sans toucher à la tunique de soie qui recouvrait immédiatement le corps, il détacha un morceau de la robe tissue d’or. Ce fut sans doute dans cette circonstance qu’il osa, avec un respect profond, interroger Cécile elle-même sur les secrets de sa pénitence, et il attesta avoir senti sur la poitrine de la martyre, à travers ses vêtements, les noeuds du cilice qui, comme une forte armure, avait protégé les combats de la vierge, et partageait maintenant scs honneurs.
Nous avons dit que le chef de saint Tiburce avait été réservé par Paschal et placé dans une châsse spéciale, lors de la première invention, en 821. Sfondrate crut devoir imiter cet exemple, et, avant de fermer le tombeau où reposaient les trois martyrs, il enleva la tête de l’époux de Cécile, pour la réunir à celle de son frère. Il fit de même pour le chef de Maxime, afin que le trésor de la basilique offrît du moins à la vénération des fidèles la partie principale des trois corps qu’avaient sanctifiés l’époux, le frère et le disciple de Cécile.
Le cercueil de la vierge avait été, comme nous l’avons dit, déposé dans une salle située à l’extrémité supérieure de la nef gauche de l’église, d’où l’on pouvait l’apercevoir à travers une fenêtre grillée qui ouvrait sur la basilique. L’estrade et l’arche de cyprès furent revêtues de tentures de soie
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rehaussées de broderies d’or; de riches candélabres, de nombreuses lampes, des fleurs d’or et d’argent, ajoutaient un nouveau degré de magnificence à cette décoration. On s’abstint de brûler des parfums près du saint corps, parce que, selon le rapport du témoin irrécusable auquel nous empruntons tous ces détails, une délicieuse odeur de roses et de lis émanait sans cesse du cercueil de la vierge, et embaumait le sanctuaire où il était déposé.
Dans les jours qui s’écoulèrent jusqu’à la translation, le concours des fidèles fut prodigieux. On se vit obligé de réclamer le secours des Suisses de la garde pontificale pour maintenir l'ordre, au milieu de ce débordement de la population romaine sur la région transtibérine. Plus d’une fois, Sfondrate, qui semblait avoir fixé sa demeure dans la maison de Cécile, faillit être écrasé par la foule.
Les princesses romaines et les jeunes patriciennes se distinguèrent par leur assiduité à venir rendre leurs hommages à celle qui avait vaincu toutes les séductions du monde; mais rien ne pourrait rendre l’allégresse des religieuses du monastère de Sainte-Cécile, gardiennes d’un si cher dépôt, et qui ne savaient comment témoigner à la puissante patronne leur reconnaissance d’avoir été choisies pour être les heureux témoins de sa dernière manifestation. Les vœux, les chants, les larmes de tendresse, tous les empressements d’une cour assidue, rien ne pouvait satisfaire le besoin d'exprimer à Cécile le bonheur que leur causait sa présence au milieu d’elles.
La plupart des cardinaux vinrent apporter le tribut de leurs hommages à l’épouse du Christ, et Clément VIII, ayant enfin recouvré la santé, accourut de Frascati pour se prosterner à ses pieds. Nous laisserons Baronius raconter l’entrevue du pontife avec la fille des Mctelli.
« Clément se rendit, accompagné des cardinaux, à l'église de Sainte-Cécile, pour visiter et vénérer les dépouilles sacrées de la vierge martyre. La planche mobile de la châsse de cyprès ayant été levée, le pontife vit et vénéra ce corps digne du respect des anges mêmes, et lui offrit un hommage plus précieux que l’or et les pierreries, des prières accompagnées de larmes qui marquaient l’offrande même de son cœur. Il célébra ensuite, en l’honneur de la martyre, le sacrifice non sanglant du corps de Jésus-Christ, se réservant d’accomplir des actes plus solennels de religion, en la fête de sainte Cécile qui approchait. Tel fut ce jour-là l’hommage offert à la vierge par un si grand pontife.
o Mais ce qui recommande par-dessus tout la modestie de Clament, c’est qu'il ne voulut pas, malgré les invitations qui lui furent faites, soulever les tissus qui couvraient le corps de la vierge, ni le considérer à découvert, dans l’état où la mort et tant de siècles l’avaient réduit; le sang épanché dans ce tombeau rappelait trop cette chaste rougeur, gardienne de la modestie virginale. Il pensa qu’il lui suffisait d’avoir reconnu les membres de Cécile, à travers les voiles qui les environnaient, et d’avoir lu les caractères gravés près du sépulcre et conservés par la protection divine ; en un mot d’avoir trouvé toutes choses conformes à ce qui est écrit sur le diplôme de Paschal. »
Le pontife ne pouvait se laisser passer en munificence par un cardinal, et il s’apprêtait à offrir à Cécile, dans la solennité de sa translation, un présent digne d’elle et du siège apostolique. A peine avait-il reçu à Frascati le rapport de Sfondrate et de Baronius qui étaient accourus lui rendre compte de l’heureuse découverte du tombeau de Cécile, qu’il comprit aussitôt que c’était à lui-même de signaler, en cette occasion, sa religion envers la vierge dont l’Église romaine se glorifie d’être l’humble cliente. Il exprima d’abord l’intention de faire exécuter en or la châsse qui devait renfermer le corps de la martyre ; les deux cardinaux l’en dissuadèrent en lui représentant qu’un si riche objet pourrait tenter la cupidité. Clément s’arrêta donc à une châsse en argent, en forme de tombeau, d’une dimension suffisante pour recevoir l’arche de cyprès.
L’orfévre chargé du travail fut en mesure de présenter son oeuvre au pontife avant le jour fixé pour la translation. Il avait employé deux cent cinquante et une livres d’argent, et le prix qui lui fut compté pour le travail et la matière s’éleva à quatre mille trois cent quatre-vingts écus d’or. Une étoffe de soie couleur de pourpre tapissait l’intérieur de la châsse, et des étoiles d’or semées sur les parois extérieures en faisaient comme un nouveau ciel, selon la poétique expression de Baronius, qui compare l’artiste dont la main avait exécuté ce beau travail à Béséléel , divinement inspiré dans la fabrication de l’arche d’alliance et du chandelier d’or.
Le dessin était du reste fort simple; quatre têtes de chérubins dorés occupaient les angles des parties supérieure et inférieure de la châsse. Les armes de Clément VIII, avec sa tiare et les clefs, le tout richement doré, étaient relevées en bossa sur les flancs de ce vaste coffre d’argent herméti-
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quemcnt fermé de toute part. Le couvercle mobile qui complétait l’ensemble portait gravée cette inscription :
CORPVS S. CAECILIAE VIRGIN1S ET M ARTVRIS A CLEMENTE VIII. PONT. MAX. INCLVSVM ANNO M. D. IC. PO N Tl F. VIII.
A la vue de ce magnifique objet d’orfévreric, la pensée se reportait sur le sarcophage de Cæcilia Métella, si élégant, si grandiose, mais vide, et laissé
Fig. 1 56 — La châsse de sainte Cécile.
sans honneur sous le portique d'un palais. L’opulente épouse de Crassus avait traversé le monde au milieu de toutes les joies qu'il offre à ceux qu'il favorise; le monument que lui éleva son époux ornera durant de longs siècles encore l'antique voie Appienne; mais le souvenir de Cæcilia Métella ne fera jamais battre le cœur ; nul ne s’est jamais inquiété du sort des ossements qui reposèrent dans son sépulcre, objet d'une froide et stérile curiosité; tandis que la Cécile chrétienne, cherchée avec tant d'amour sous les voûtes funèbres des catacombes, saluée avec tant d’enthousiasme chaque fois que sa chaste et sainte dépouille reparaît aux yeux des fidèles, marche pour ainsi dire, de triomphe en triomphe.
Telle est, encore une fois, la gloire incommunicable des saints. Mais
ici, les symboles du sépulcre parlent aussi leur langage, et nous montrent le contraste des deux Céciles. Le sarcophage de la première demeure exposé aux injures de l’air; son ornementation ne dit rien à lame : deux têtes de cheval sortant du milieu des cannelures ondulées qui en sillonnent la masse; à la partie supérieure, une frise sévère et gracieuse, surmontée d'un rinceau de feuillages où se jouent quelques animaux, rien qui exprime une espérance immortelle, ni même un sentiment; c’est le paganisme dans toute son élégante froideur.
Voyez, au contraire, le tombeau de la Cécile chrétienne. Si la tempête qui sévit encore sur l'Église pour un siècle et demi, oblige Urbain à déposer furtivement sous une humble arcature de la crypte à peine ébauchée des C®cilii le corps de la martyre, au neuvième siècle, Paschal lui prépare un sarcophage de marbre; et s’il enfouit le précieux dépôt dans une crypte sous l’autel de la basilique, il élève d'opulents trophées, afin d’avertir les peuples que, par-delà cette somptueuse barrière, Cécile repose dans la paix.
Huit siècles après, Clément VIII ne veut plus que l’arche de cyprès soit reçue dans un tombeau de marbre; l’or seul lui semble digne de protéger un si cher dépôt; et si la prudence le fait renoncer à ce projet, il veut du moins que la fille chrétienne des Cæcilii dorme son sommeil dans un sépulcre d'argent. Pour décorer ce lit de repos de la martyre du Christ, il ne fait point appel à de vains ornements; tout est grave, tout imprime le respect, tout parle de l’immortalité. Les anges dont Cécile est la sœur par la virginité ; les étoiles d’or qui se détachent des Hancs du sarcophage étincelant et emportent la pensée au ciel ; la tiare et les clefs qui attestent l’humble et tendre respect du premier des mortels envers la vierge et la martyre : tels sont les emblèmes vivants qui décorent le dernier tombeau de Cécile et l’clèvent au-dessus du beau sarcophage de Cæcilia Métella. Que l’artiste et l’archéologue admirent ce dernier comme l'un des plus remarquables monuments de l'art funéraire des anciens Romains, nous nous joindrons à eux; mais nous dirons que le chrétien éprouve d’autres émotions à la pensée du lit de repos que la piété du pontife prépara aux membres inanimés de l’héroïne de Rome chrétienne.
Les dimensions de cette magnifique châsse ayant été prises sur le cercueil de cyprès qu’elle devait recevoir, le sarcophage préparé par Paschal se
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trouvait désormais trop étroit pour contenir l’un et l’autre. L’inépuisable générosité de Sfondrate avait préparé un nouveau sépulcre en marbre, à la même place qu’occupait l'ancien, et les mesures en avaient été prises exactement sur la châsse d’argent qu’on y devait déposer.
Quant aux deux sarcophages qui contenaient, l’un les corps des saints Tiburce, Valérien et Maxime, l’autre ceux de saint Urbain et de saint Lucius, ils étaient restés au même lieu, dans la Confession, et les reliques qu'ils contenaient ne furent point changées de place, à l’exception des deux chefs dont nous avons parlé, et de quelques ossements que Sfondrate enleva à chacun de ces corps vénérables. Il retint aussi le coffre de bois fermant à clef dans lequel l’arche de cyprès avait reposé depuis le jour de l’invention jusqu’à celui de la translation, et l'envoya à Milan, au monastère de Saint- Paul, où deux de ses sœurs et plusieurs autres personnes de sa famille s'étaient consacrées à Dieu par la profession religieuse.
Enfin, le 22 novembre arriva avec toutes ses pompes. L’enthousiasme des Romains le salua avec des transports que rendait plus vifs encore la renommée des miracles que Cécile avait opérés sur plusieurs malades et infirmes, durant ces jours où elle avait semblé revivre et tenir Rome tout entière sous ses lois. Un édit papal fut publié, portant défense aux équipages et aux voitures de pénétrer dans la région transtibérine, durant toute la matinée du jour de la translation, afin de prévenir les accidents que pouvait occasionner un si grand concours.
La basilique avait été parée avec une magnificence digne delà fête. Le corps de Cécile, toujours renfermé dans son arche de cyprès recouverte d’un tapis de drap d’or, reposait sur l’autel, dont on avait augmenté les dimensions. Les beaux marbres des colonnes du ciborium, les émaux des mosaïques de Paschal, réfléchissaient l’éclat de mille flambeaux.
Escorté du sacré collège et d’une cour brillante, à travers les flots d’un peuple immense. Clément VIII arriva aux portes de la maison de Cécile. Le pontife se rendit d’abord à la sacristie, où il procéda à la bénédiction de la châsse, qui fut ensuite portée dans la crypte, et placée ouverte dans le sarcophage de marbre qui posait sur le tombeau des saints Urbain et Lucius, étendus dans leur antique sépulcre. Valérien, Tiburce et Maxime attendaient Cécile, qui bientôt allait venir reprendre sa place à leurs côtés,
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toute radieuse des nouveaux hommages que la foi des fidèles lui avait prodigues.
Le pompeux cortège s’avança ensuite vers l'autel où l'Agneau divin devait être offert avec le corps immolé de la vierge. Après les prélats, marchaient quarante-deux cardinaux richement revêtus et ceints de la mitre. Dans cet auguste sénat, on remarquait Alexandre de Alédicis, qui devait gouverner l'Église après Clément, sous le nom de Léon XI ; Camille Borghèse, qui succéda à Léon, et fut Paul V ; César Baronius, l’historiographe de l’Église; Robert Bellarmin, le vainqueur de l’hérésie. La France était représentée par d’Ossat ; les lettres par Silvio Antoniani; le zèle de la foi, la piété, la charité envers les pauvres, par un grand nombre de ces princes de l’Église, au milieu desquels tous les regards cherchaient Paul-Émile Sfondrate, auquel Rome et la chrétienté étaient redevables des joies de cette grande journée , et de l’éclat qu’elle devait répandre sur l'Église entière.
A la suite des cardinaux , Clément marchait revêtu du pluvial et la tiare en tète, sous un dais splendide, dont les lances étaient portées par les ambassadeurs de la république de Venise et du duc de Savoie, et par des princes romains. L’ambassadeur du roi de France soulevait le pluvial pendant la marche du pontife, lorsque, descendu de la sedia gestatoria, il se dirigea vers l’autel.
Le sacrifice fut célébré avec tous les rites usités lorsque le pape officie à Saint-Pierre. Le cardinal François Sforza et le cardinal Alexandre de Montaltc, ‘neveu de Sixte-Quint, remplirent les fonctions de diacres assistants, et le cardinal Pierre Aldobrandini , neveu de Clément VIII, celle de diacre de l’autel. Le pape ajouta à la Collecte de sainte Cécile, celle des saints Tiburce, Valérien et Maxime.
Après la communion selon l'antique usage, il fallut procéder à la translation du corps de Cécile dans son tombeau. Sfondrate descendit le premier les marches du prcsbfterium , et pénétra dans la crypte pour y attendre la vierge et le pontife. Clément préluda à la levée du saint corps par un triple encensement, après lequel quatre cardinaux-diacres, Odoard Famèse, Antoine Facchinetti, Pierre Aldobrandini et Barthélemy Ccsi, Soulevèrent de dessus l’autel l’arche de cyprès, et, précédés (le la croix et des sept chandeliers d’or, la descendirent dans le souterrain de la Confession. Durant
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le transport. Clément appuyait pieusement sa main sur le cercueil de Cécile, comme pour prendre une part directe & la translation. Le sacré collège entourait le pontife, et le chœur exécutait celte antienne :
« O beat a Cæcilia, quæ Almachium superasti, Tiburtium et Valerianum ad martyrii coronam vocasti ! »
Le trajet était court de l'autel au lieu que Paschal avait marqué, huit siècles auparavant, pour le repos de Cécile, et dont elle allait reprendre possession. Clément, aidé du ministère des diacres, déposa le cercueil de la vierge dans la châsse d’argent. Il reçut ensuite, des mains de Sfondrate, une lame du même métal, sur laquelle était gravé le récit de cette dernière translation, et la plaça dans l'intérieur de la châsse. Enfin, après avoir encore encensé trois fois le précieux dépôt qu’il rendait à la tombe, le pontife se prosterna, et offrit, par d’abondantes larmes et par de ferventes prières, les adieux de l’Eglise à Cécile ; puis il ferma la châsse de son riche couvercle. On plaça par-dessus le marbre qui devait clore le sarcophage, et Clément, l’ayant scellé de son sceau, remonta, précédé et suivi de son imposant cortège, vers l'autel, où il acheva les prières du sacrifice, et donna la bénédiction apostolique au peuple qui remplissait l’église, le portique, la place et les rues adjacentes. Le concours i^es fidèles continua jusqu’à la nuit, et chacun remarqua que le ciel, qui, les jours précédents, était couvert de nuages et fondait en pluies incessantes, n’avait jamais paru plus pur et plus serein. On eût dit un jour de printemps à l’entrée de l’hiver.
Nous avons déjà été à même de recueillir, sur les circonstances de la première invention du corps de Cécile, quelque abrégé que soit le rapport de saint Paschal, plusieurs traits confirmatifs de la vérité de nos Actes; l’abondance des détails qui nous sont restés sur la seconde découverte nous met à portée de signaler encore de nouveaux indices de la sincérité de l’écrivain du cinquième siècle.
D’abord, il est évident que la pose insolite du corps de la vierge dans son tombeau contraste avec celle qu’on a été à même de reconnaître dans tous les martyrs, dont les corps ont été découverts à Rome et partout ailleurs. Mais si l’on se rappelle le genre et les circonstances de la mort de Cécile, d’après le rapport des Actes, tout s'explique de soi-même. C’est bien là cette martyre expirant sur les dalles ou les mosaïques d’une salle de son palais,
s’enveloppant de sa modestie comme d’un voile, et dérobant son visage aux regards des hommes qui s'empressent pour contempler la vierge immolée.
Le cilice constaté sous les vêtements de la sainte par Sfondrate vient ajouter une nouvelle preuve de l’exactitude du narrateur, jusque dans les faits d’une importance secondaire. Nous n’insistons pas sur la robe brochée d’or et sur les linges ensanglantés, détails certifiés déjà sur le diplôme de Paschal, et que nous avons relevés en leur temps.
Un nouveau fait vient encore à l’appui de nos Actes; c’est la stature même du corps de Cécile, que l’on reconnut, en 1599, avoir été fort peu élevée. Sans doute la contraction générale produite par l’effon de la souffrance, le retrait de la poitrine, le rapprochement et la saillie des genoux, enfin la dessiccation des membres, ont dû enlever quelque chose aux dimensions du corps dans sa longueur; mais il n’en faut pas moins reconnaître que la stature de Cécile, pendant sa vie, n’a guère pu excéder la plus médiocre dans les personnes de son sexe. Cette observation semble confirmer deux passages des Actes : celui où il est raconté que Cécile s’adressant aux envoyés d’Almachius, qui étaient venus pour l’engager à sacrifier aux dieux, monta sur un marbre qui se trouvait près d’elle, afin de se faire entendre de tous; et le début de l’interrogatoire qui contient une allusion, peu séante d’ailleurs, mais assez d’accord avec la vulgarité du juge, lorsque, l'épouse de Valérien se présentant à sa barre, il débute par cette question : a Qui es-tu, jeune fille, puella ? »
Mais ce n’est pas seulement dans les faits relatifs à Cécile elle-même que les indices reconnus en 1 599 se réunissent pour attester la minutieuse fidélité des Actes. S’il y est raconté que Valérien et Tiburcc eurent la tête tranchée, on trouve dans leur commun sépulcre deux corps décapités. Almachius, dans l’interrogatoire, hésite sur l’âge des deux frères ; quatorze siècles après, leurs ossements offrent encore une telle ressemblance que l’on serait exposé à les confondre, si chacun des deux corps n’eût été enveloppé dans son linceul particulier. Les Actes racontent que Maxime ne fut pas décapité, mais assommé avec des fouets garnis de balles de plomb; on trouve, en 1599, la tête de ce martyr encore adhérente au tronc, et son crâne fracassé, ses cheveux collés de sang attestant encore le genre du supplice par lequel le greffier d’Almachius remporta la couronne céleste.
TRIOMPHE DE CÉCILE
Il nous reste à faire ressortir un dernier trait d’une plus haute importance encore, dans cette démonstration de la vérité des Actes de sainte Cécile par les détails archéologiques. On n'a pas oublié cet oratoire ouvrant sur une des nefs latérales de la basilique, à droite en entrant, et désigné sous le nom de Bain de Sainte-Cécile. Ce sanctuaire, reconnu de temps immémorial pour un appendice de l’église elle-même, et honoré d’un autel particulier, était un monument du genre de martyre qu’avait soufTert la sainte, d’après ses Actes, et il confirmait leur récit qui nous apprend que Cécile mourante consigna sa propre maison à Urbain, afin qu’elle devînt plus tard une église chrétienne. Nous remarquons en effet qu’il ne s’agit pas ici d’un de ces bains établis auprès de quelques églises, à Rome et ailleurs, et qui servaient aux fidèles pour certaines lotions mystérieuses. C’est ici un véritable sudatorium pour les bains à vapeur, qui n’ont rien de commun avec ceux que les chrétiens des premiers siècles venaient prendre dans les thermes sacrés des églises. (PACiAtim, De sacris christ ianorum Balneis.) D’autre part, il est certain que cette salle a reçu constamment l’hommage spécial de la piété des fidèles. Avec les Actes, tout s’explique, et ce fait extraordinaire n’est plus désormais que la confirmation de l’événement qu’il rappelle.
11 appartenait à Sfondratc de restituer à ce lieu vénérable son antique forme et ses honneurs. Pendant qu’il dirigeait les travaux de réparation et d’embellissement auxquels il voulait faire participer la basilique tout entière, il ordonna des fouilles sous le pavé de cette chapelle, et l’on vit bientôt qu’elle portait sur une voûte. Les abords ayant été sondés, on ne tarda pas à reconnaître l’hypocauste d’une salle de bains. Les nombreux soupiraux qui avaient été interceptés furent facilement ouverts, et l’on reconnut encore une des chaudières, avec les restes des tuyaux de plomb par lesquels la vapeur montait dans le caldarium.
Sfondrate disposa l’ornementation de la chapelle de manière à rendre impossible désormais la destruction d’un souvenir si cher à sa piété. Il fit garnir de grilles en fer les ouvertures par lesquelles l’œil du pèlerin pénètre jusque dans les ombres de l’hypocauste, «découvre la chaudière que le temps a épargnée. Il dégagea les tuyaux en terre cuite qui donnaient passage à la vapeur, ainsi qu’un autre tuyau en plomb qui s’élève comme les premiers au-dessus du niveau de la salle ; les uns et les autres furent protégés par des plaques de
cuivre fixées à la muraille. Rien enfin ne manqua à la restitution de ce vénérable monument qui reparut ce qu’il avait été dans l’origine, un sudatorium dont les dimensions , très-inférieures à celles qu’on remarque dans les anciens thermes destinés à l’usage public, étaient en rapport avec l’habitation particulière dont cette salle avait formé un appendice (fig. 1 57). Platner et Bunsen ne font aucune difiiculté de reconnaître dans cette pièce l'antique salle de bain, lieu du martyre de Cécile, [Beschreibung der Stadt Rom, t. III, 3" part.)
montait la vapeur. 4. f/autcl. 5 Balustrade de Centrée.
En repassant toutes ces circonstances, reconnues et constatées tant de siècles après les événements auxquels elles se rapportent, n’est-il pas évident qu’elles forment à elles seules la plus imposante démonstration en faveur des Actes de sainte Cécile? Quel est le récit d'un auteur ancien, eût-il été jusqu’alors considéré comme douteux, qui ne se trouvât confirmé à jamais par des découvertes archéologiques de cette importance ? Y aurait-il assez d’académiciens dans toutes les sociétés savantes de l’Europe pour proclamer la réhabilitation de l’écrivain , pour venger sa probité contre la négligence et la préoccupation des siècles antérieurs ?
TRIOMPHE DE CÉCILE
Nous donnerons maintenant une idée des travaux que Sfondratc fit exécuter dans sa chère basilique, pour la rendre plus digne encore de servir de demeure à l’auguste patronne. Il songea d’abord à l’autel de la Confession. Les colonnes du ciborium, polies de nouveau, reprirent leur ancienne beauté, et l’on établit sur l’autel un tabernacle de petite dimension, en bronze doré et enrichi de pierres précieuses. Quant à l'autel lui-même, Sfondrate avait voulu le dégager totalement du côté de la nef, afin d’y établir un monument digne de transmettre à la postérité les merveilles dont ses yeux avaient été témoins. Ce fut là, au-dessous de l’œuvre d’Amolfo di Lapo, qu'il fit pratiquer une niche oblongue dont tous les abords sont incrustés d’onyx, d’agates, de lapis-lazuli et des marbres les plus rares, et au centre de laquelle repose la statue si expressive que le cardinal avait confiée au ciseau d’Étienne Maderno. L’inscription suivante explique au pèlerin saisi de respect et d’émotion la scène inattendue qui frappe scs yeux :
PAVLVS TT. S. CAECILIAE
EN TIBI SANCTISSi MA E VIRGINIS CAECILIAE I M AGI N EM
QVAM IPSE 1NTEGRAM SEPVLCHRO I ACENTEM VIDI