AUTO CECILE
clair, en manière de crêpe blanc. Des dons,- faits à des particuliers, ont presque épuisé cet intéressant dépôt, qui n’était plus garanti contre une pieuse avidité parle reliquaire qui l’avait longtemps préservé.
Une autre châsse, de bronze doré et ciselé en arabesques, montée sur un pied et ayant la forme d’une coupe très-évasée, munie d'un couvercle scellé et pareillement ciselé, est désignée par une inscription gravée sur la coupe même, comme contenant, avec un os de saint Biaise, le voile de sainte Cécile. C’est sans doute ce voile dont Maderno a entouré la tête de la sainte, sur la statue de la Confession, et qui aura été trouvé dans l’arche de cyprès autour de la tête de Cécile. Il y a d’autant moins lieu d’en douter, que le beau reliquaire qui contient ce voile est du nombre de ceux que Sfondrate offrit à la basilique.
Sfondrate fit faire trois châsses d’argent pour les chefs des trois saints martyrs, Valéricn, Tiburce et Maxime : nous dirons plus loin ce que sont devenues ces châsses. Présentement, ces pieuses reliques sont contenues chacune dans un simple cylindre en cuivre, fermé d’un cristal que retient un cercle en argent. Le crâne de saint Tiburce est ferme et intact ; celui de saint Valéricn est plus tendre et un peu fracturé ; quant à celui de saint Maxime, il est toujours remarquable par ses cheveux bruns et collés de sang.
Jusqu’ici nous avons suivi fidèlement Bosio dans la relation qu’il écrivit par ordre de Sfondrate sur la découverte du corps de sainte Cécile, et qu’il fit paraître dès l’an 1600. Aux détails que nous avons extraits de ce récit trèscomplet, nous avons ajouté diverses particularités qu’il a omises, et que nous avons recueillies soit dans les archives de la basilique et dans celles du Vatican, soit de nos propres observations. Bosio termine sa relation par le récit des actes de piété qui s’accomplirent dans la basilique de Sainte-Cécile, le 22 novembre 1G00, anniversaire de la translation. Le concours des fidèles fut immense; le sénateur de Rome vint offrir un calice d’or au tombeau de la martyre, au nom de la ville étemelle. Clément VIII se rendit en personne à la basilique, pour présenter à Cécile les hommages du chef de la chrétienté. Après avoir célébré le saint sacrifice, et baisé humblement la terre près de l'endroit où, l’année précédente, il avait déposé le corps de la vierge, il laissa en offrande les ornements précieux dont il s’était servi. Ce jour-là, on ne chanta pas la Messe conventuelle, par respect pour l’autel
TRIOMPHE OE CÉCILE
sur lequel le pontife avait célébré; on se contenta d’exécuter divers motets; mais les Vêpres furent chantées avec la plus grande solennité.
Sfondrate sollicita et obtint un décret du sénat et du peuple romain, par lequel la ville s’engageait à offrir tous les ans à la basilique un calice d’argent du prix de trente écus (environ 160 francs), le jour de la fête de sainte Cécile. Ce décret est du 9 décembre 1600. (Archives de Santa Cecilia, dossier 56, n” 27.)
La piété fervente de Sfondrate et le succès dont ses efforts avaient été récompensés par la découverte du tombeau de sainte Cécile, lui inspirèrent, quelques années après, la pensée de tenter des recherches dans la basilique de Sainte-Agnès hors les murs, sur la voie Nomentane, dans l’espoir de retrouver le corps de cette célèbre martyre. Il eut le bonheur de réussir. La translation des saintes reliques fut accomplie par Paul V, avec une solennité qui, si elle n'égala pas celle dont sainte Cécile avait été l’objet, n’en fut pas moins un des événements intéressants de la vie du pontife.
Sfondrate ne se borna pas à relever la gloire de Cécile dans la célèbre basilique où elle repose ; il voulut donner aux autres sanctuaires consacrés dans Rome à l'illustre vierge des marques de sa pieuse sollicitude. Il commença par la petite église de Sainte-Cécile de Domo, au Champ de Mars. Ce pieux monument qui rappelle le lieu où la fille des Cæcilii passa ses premières années, avait été placé sous la dépendance de la basilique de Saint- Laurent in Damaso; plus tard, on l’avait rattaché à la basilique de Saint-Laurent in Lucina, à raison du voisinage. Mais le service divin s’y faisait avec négligence, et la piété de Sfondrate envers Cécile lui inspira d’y pourvoir d’une manière plus convenable. Il établit dans cette église deux religieux dominicains chargés de la desservir, et il subvint à leur entretien. Après la mort du cardinal, Paul V tinta honneur de sanctionner ses pieuses intentions par l’autorité apostolique, et il rendit un bref, en date du 2Î janvier 1622, dans lequel, après avoir recommandé la piété de Sfondrate envers cette église qui s’élève sur un lieu sanctifié par l’habitation de Cécile, le pontife supprime d’abord le Titre de Saint-Biaise, qui s’était postérieurement attaché à ce sanctuaire ; ensuite il le soustrait à la juridiction de la basilique de Saint-Laurent in Lucina, et le soumet à perpétuité au cardinal titulaire de Sainte-Cécile.
L’Église de Sainte-Cécile dite a Monte Giordano, et qui appartenait aussi à la basilique de Saint- Laurent in Damaso, était contiguë à la nouvelle et vaste maison que l’on bâtit pour les Pères de l’Oratoire, sous le nom de Sainte-Marie in Vallicella. Afin d’honorer la grande martyre, sous les auspices de laquelle il allait vivre désormais, saint Philippe Néri voulut attendre, pour prendre possession de cette résidence, le 22 novembre t583, fête de sainte Cécile. Dans la suite, le petit sanctuaire, qui excitait tant d’intérêt chez le serviteur de Dieu, vint à menacer ruine. Sfondrate se fit un devoir de le relever, et vint poser la première pierre de la nouvelle construction, le 21 juin iGoî.
Plus tard, en. 1621, après la mort de Sfondrate, les Pères de l’Oratoire ayant voulu donner un développement aux bâtiments de leur maison, se mirent en instance auprès de Grégoire XV pour obtenir qu’il leur fût permis de démolir cette église, dont la présence mettait obstacle au plan que leur architecte avait conçu. Le pontife accorda la demande, à la condition que l’autel principal de la célèbre chapelle, dite de Y Oratoire, que l’on devait construire sur cet emplacement, serait dédié à sainte Cécile conjointement à saint Philippe Néri, et que sur le tableau qui devait être placé sur cet autel en l’honneur des deux saints, l'illustre vierge occuperait la droite. Cette disposition fut exécutée fidèlement. Le tableau est de Vanni, et représente dans sa partie supérieure l’Assomption de Notre-Dame. Chaque année, le 22 novembre, on célèbre dans cette chapelle la fête de sainte Cécile, comme fête patronale, avec un grand concours de fidèles.
Après avoir occupé l’évêché de Crémone, Sfondrate fut pourvu du siège suburbicaire d'Albano. Dès lors il ne pouvait plus, selon les règles communes, conserver le Titre simplement presbytéral de Sainte- Cécile; mais Sfondrate pouvait-il laisser à un autre la garde du dépôt que la vierge ellemême lui avait confié ! Il sollicita donc et obtint de Paul V , en retour de ses largesses envers la basilique transtibérine, la faveur de pouvoir conserver toute sa vie, en commendc, son premier Titre, avec l’évêché qu’il avait dû accepter.
Il mourut à Tivoli, à l’âge de cinquante-sept ans, le 14 février 1618. La nouvelle en parvint aux moniales de Sainte-Cécile dans la matinée du jour suivant. Rien ne pourrait peindre la désolation dans laquelle les plongea
TRIOMPHE DE CÉCILE
cette mort inattendue; la Chronique manuscrite de l’abbaye en a conservé l'impression touchante. « Plusieurs sœurs, y est-il dit, tombèrent sans contt naissance, et ce jour-là on ne dîna pas: in quel giorno, non si pranÿh. * Toujours fidèle à son amour pour Cécile, Sfondrate avait fait son testament en faveur de sa chère basilique. Depuis dix-huit ans, il avait renoncé à son propre nom, et ne souffrait plus d’être appelé que le Cardinal de Sainte-Cécile. On verra avec intérêt quelques traits du testament de ce prince de l'Église, dont le nom demeure à jamais uni à celui de Cécile dans lés annales du christianisme :
« Premièrement, dit Paul-Émile Sfondrate, je recommande mon âme en toute soumission, humilité et affection entre les mains de Jésus-Christ, mon très-bénin rédempteur, et en celles de sa très-sainte et jamais assez louée Mère et Vierge Marie très -pure et vraie avocate des pauvres pécheurs; en celles des glorieux princes des apôtres Pierre et Paul, de ma glorieuse et très-fidèle protectrice Cécile, très-chérie, de sainte Agnès, ma particulière avocate, de sainte Marie-Magdeleine, sainte Thècle, saint Joseph, des saints Lucius, Urbain, Valérien, Tiburce et Maxime, et de tous mes autres saints de dévotion et protecteurs, afin que je sois rendu digne de la divine miséricorde et d’être en leur compagnie dans la vie éternelle.
a Ensuite je veux que mon corps soit enseveli dans l’église de ma chère sainte Cécile, dans le tombeau que j'ai fait faire, sous la Confession, devant l’autel de la sainte. »
Suivent les dispositions relatives aux services religieux que le cardinal fonde pour son âme, et aux aumônes qui doivent être faites le jour de sa sépulture. Il réclame les obsèques les plus simples, avec douze torches seulement, puis il ajoute: «J'institue légataire universelle mon église de Suinte.- Cécile, au Trasterere, où repose son très-saint corps. L’emploi de ce legs se fera en cette manière: on devra pourvoir, avant tout, à l’entretien de quatre-vingt-dix lampes, jour et nuit, et avec l’huile la plus pure. Quatre chapelains prêtres, dont l’un aura le titre de gardien du corps de sainte Cécile, desserviront la basilique, avec obligation de présence journalière; ils seront assistés de deux clercs. Il y aura de plus un employé laïque chargé de l’entretien et de la propreté des marbres et des bronzes de la Confession, et aussi d’allumer et de pourvoir les lampes. Défense est faite, tant
aux chapelains qu'aux autres, de se mettre au service de qui que ce soit, même d’un cardinal. »
Sfondratc abandonne à sa basilique toutes les reliques qu'il a recueillies et rassemblées dans le trésor. On n'en pourra jamais distraire la moindre parcelle, et chaque abbesse, en prenant possession de son office, fera serment d’observer fidèlement cette disposition. Le trésor fermera de trois clefs, dont l'une sera aux mains de l’abbesse, l’autre en celles de la doyenne, et l’autre en celles de la maîtresse des novices.
Ce testament, étemel monument de la piété du cardinal, porte la date du 6 août i6i5.
Le corps de Sfondrate fut apporté de Tivoli à l’église de Sainte-Cécile, et on le déposa près de la grille de communion, afin que les sœurs pussent encore contempler les restes mortels de celui qui avait été leur protecteur et leur père. On ne jugea pas à propos de se conformer aux prescriptions de l’humble cardinal relativement à ses obsèques. L’abbesse et les moniales de Sainte- Cécile voulurent qu’elles fussent célébrées avec toute la pompe et la solennité possibles.
La sépulture d’un si grand homme ne pouvait être ailleurs qu’aux pieds de la grande martyre qu’il avait tant aimée. Il avait fait préparer d’avance son tombeau dans la crypte même où elle repose, et graver sur une table de porphyre l’inscription qu’il avait composée lui-même comme un dernier hommage à Cécile.
PAVI.VS TITVLI S. CAECI MAE S. R. E. PRESB.
CARD. SFONDRATVS MISERRIMVS PECCATOR ATQVE EIVSDEM VIRGINIS HVMILIS SERVVS HIC AD EIVS PEDES HVMILITER REQVIESCIT.
VIXIT ANNOS LVII. MENSES X. DIES XXV. • OB1IT ANNO MDCXVIII. MENSE FEBR. DIE XIV.