‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 77 sur 113 · EANDEM TIBI PRORSVS EODEM CORPORIS SITV HOC MAR.MORE EXPRESSI · texte numérisé non relu

EANDEM TIBI PRORSVS EODEM CORPORIS SITV HOC MAR.MORE EXPRESSI

Voici l’image de la très-sainte vierge Cécile que, moi Paul, du Titre de Sainte- Ccciie, j’ai vue ainsi étendue dans son sépulcre. J’ai voulu que ce marbre exprimât jusqu'à la pose qu’il m'a été donné de reconnaître.

Une riche balustrade, à laquelle étaient suspendues quatre-vingt-dix lampes qui jour et nuit devaient brûler, défend l’approche de ce lieu sacré dont l’enceinte est pavée d’albâtre oriental et d’autres pierres précieuses. Le centre de cette élégante marqueterie présente une plaque en marbre noir, sur laquelle on lit en lettres d’or :

SV B HOC ALTAR1 REQVI ESC V NT CORPORA SS. MARTYRVM CAECILIAE VIRGINIS VALERIANI TIBVRTII MAXIMI SOCIOR. I.VCII ET VRBANI EISDEM SANCTIS M ARTYRIBVS CONSECRATO

Sous cet autel qui leur est consacré, reposent les corps des saints martyrs Cécile, vierge; Valéricn, Tiburce et Maxime, ses compagnons; Lucius et Urbain.

Sur les marbres qui supportent la balustrade s’étend à fleur de terre cette inscription :

CORPORA SANCTORVM HIC IN PACE SEPVLTA SVNT ET NOMINA EORVM VIVENT IN AETERNVM

Les corps des saints sont ici ensevelis dans la pais, et leurs noms vivront à jamais.

Sfondrate porta aussi tous ses soins sur la crypte elle-même, au centre de laquelle repose la grande martyre. 11 y érigea sur son pourtour quatre autels : le premier, directement sous l'autel majeur, et dédié à sainte Cécile; deux autres, à droite et à gauche, consacrés l'un à sainte Agnès et l'autre à sainte Catherine; enfin un quatrième, en rapport avec celui de sainte Cécile, sous l'invocation des saints Valérien, Tiburce, Maxime, Urbain et Lucius. Le tableau de l'autel de sainte Cécile était du pinceau de Vanni, et représentait la vierge mourante.

D’antiques peintures exprimant diverses scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament dues au pinceau de Cavallini (Vasari, tome II, Vita di Pietro Cavallini) s’étendaient sur les murs de la grande nef; on remarquait aussi les portraits des papes peints au-dessus des colonnes par ordre de Paschal. Sfondrate respecta ces précieux monuments de l'art chrétien, et se contenta de faire rafraîchir les couleurs des fresques, dont une partie remontait à la première invention du corps de Cécile. Il fut moins heureux dans son idée de faire disparaître de la nef les ambons qu'elle avait conservés; mais il voulait que l'oeil du pèlerin ne fût arrêté par aucun obstacle, et qu'il pût se porter, dès l'entrée de la basilique, sur l’autel qui couvre le tombeau de la vierge et sur la statue qui la représente avec tant de vérité. Plusieurs fenêtres interceptées jusqu’alors, du côté du monastère, furent débouchées par les ordres de Sfondrate, et versèrent sur tout l’édifice une éblouissante lumière qui en faisait ressortir l’harmonieux ensemble.

Les colonnes de la grande nef étaient en simple pierre et avaient été endommagées par le temps. Cette considération détourna Sfondrate du projet qu’il avait eu d’abord de leur imposer le poids d’un soffito, avec peintures et caissons dorés. Il laissa donc à découvert l'antique charpente qu’elles soutenaient depuis Paschal, et il se contenta de les faire restaurer et de leur

TRIOMPHE UE CÉCILE

donner de nouvelles bases et de nouveaux chapiteaux en travertin. Les chapelles des nefs latérales furent décorées d’autels formés des marbres les plus rares, et reçurent toutes des tableaux remarquables. L’une d’elles, celle de la famille Ponziani, si touchante par les souvenirs de sainte Françoise Romaine, et si remarquable par les peintures de la voûte qui rappellent la manière de Pinturicchio, fut destinée ù servir désormais de sacristie. La chapelle du Bain reçut une décoration noble et sévère. L’autel, consacré, en 1073, par Hubald évêque de Sabine, fut restauré avec soin, et on y plaça une copie du martyre de sainte Cécile, par Guido Reni. Le vestibule de cette chapelle fut orné de fresques à paysages représentant les Pères des déserts, de la main de Paul Brill.

Les offrandes de Sfondrate en argenterie pour les vases sacrés et les lampes furent d'une magnificence digne d’un prince; mais ce que le pieux cardinal offrit de plus précieux fut le riche trésor de reliques qu’il avait amassé, et qui avait été, comme nous l’avons vu, l’occasion de la découverte du corps de la martyre. Nous n’entreprendrons point l’énumération de toutes ces châsses qui remplissent le trésor de la basilique; mais nous devons donner quelques détails sur les reliquaires dans lesquels sont conservées les dépouilles de nos martyrs.

Nous avons dit que Sfondrate avait gardé toute sa vie le petit fragment d’ossement qui s'était trouvé adhérent aux linges sur lesquels fut reçu le sang qui coulait des plaies de Cécile. Il le légua à sa chère basilique, et nous avons tenu entre nos mains ce gage précieux de la reconnaissance de la sainte martyre envers son dévot serviteur. Il est contenu dans un petit reliquaire fort élégant, en bronze doré, en forme de tourelle, garni de cristaux et portant sur un pied.

Nous avons constaté sur les titres de la basilique l’existence d’un autre reliquaire contenant un morceau de la robe brochée d’or, et une partie des linges imbibés du sang de la vierge. Ce reliquaire ne se retrouve plus dans le trésor. Peut-être a-t-il disparu dans les spoliations dont nous parlerons plus loin; peut-être en a-t-on disposé, à une époque plus ou moins éloignée. Ces précieux souvenirs de Cécile étaient renfermés dans un tube de cristal ; il ne reste plus aujourd'hui que quelques débris des linges sacrés dont nous parlons. Une partie est en toile fine, et le reste est un tissu

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